Chapitre 80
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 80 : Joyeux Halloween ! (4)
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Je me lançai à la poursuite de la première personne que j’aperçus.
L’homme au visage blême continua de courir dans la ruelle sans s’arrêter. Crash ! Il percuta une poubelle de tri abandonnée là. Elle s’enfonça comme si une voiture l’avait heurtée, mais il ne ralentit pas.
Il n’allait pas s’arrêter simplement parce que je le lui demandais.
Je pris appui et accélérai.
« Taxi ! »
L’homme déboucha de la ruelle sinueuse sur la route principale et tendit la main.
« Taxi ! »
« Aïe ! »
Un passant qu’il avait bousculé à l’épaule poussa un cri et s’en empara.
Au même moment, je saisis l’homme par la nuque. Alors qu’il tentait de s’élancer sur la route, il se retourna brusquement vers moi.
Ses yeux étaient emplis d’une terreur incompréhensible.
« Lâchez-moi ! »
Pris dans ma poigne, il se mit à battre l’air des bras et des jambes.
« Lâchez-moi ! Je ne veux pas aller dans l’arène ! »
De quoi parlait-il ?
Je ne pensais pas qu’il me répondrait de façon cohérente si je l’interrogeais, alors je lui attrapai un bras qui s’agitait. Il se mit alors à me donner des coups de pied dans le bas-ventre.
Si j’avais été une personne ordinaire, mes os auraient volé en éclats dès le premier coup.
Je resserrai ma prise.
« Je ne vous envoie pas dans une arène, alors restez tranquille ! »
« Je rembourserai les frais de l’opération ! »
Les passants s’éloignèrent en hâte.
Seul le passant à l’épaule brisée était encore là, à genoux et gémissant. Tout en maintenant fermement l’homme, qui me suppliait de ne pas l’envoyer dans une arène et promettait de rembourser les frais de l’opération coûte que coûte, je sortis mon téléphone.
J’ignorais quelle organisation s’occupait des corps améliorés illégaux, mais il fallait de toute façon appeler une ambulance.
Même pendant que j’appelais, l’homme se débattait comme un forcené.
Comment étais-je censée le maîtriser ? Même si je l’assommais et l’attachais, ça ne servirait à rien une fois qu’il se réveillerait.
Mon problème fut vite réglé : un ambulancier arriva et me tendit une arme.
Elle était un peu différente d’un pistolet ordinaire.
« C’est le Rêve Vert. »
« Pardon ? »
Je ne compris pas pourquoi l’ambulancier me tendait soudain cette arme à la forme étrange.
Je la pris avec un air idiot. Un autre ambulancier, qui se tenait à côté, s’approcha.
« Je crois que c’est une nouvelle. »
« Ah. »
Le visage de l’ambulancier qui tenait l’arme s’éclaira, comprenant la situation.
« Vous êtes nouvelle ? »
« Oui. »
« Vous êtes déjà passée dans un article, non ? »
L’ambulancier qui m’avait donné le conseil m’examina le visage.
« Vous êtes la Blaireau qui a sauvé le président de Cureus Corporation, c’est ça ? »
« Oui… »
Quelqu’un se souvenait de cet article.
Mais l’ambulancier qui tenait l’étrange arme appelée le Rêve Vert ne semblait pas s’intéresser à savoir si j’étais passée dans cet article ou dans un magazine de troisième ordre.
Il appuya sur un bouton situé sur le canon et me montra la lumière verte qui filtrait par les interstices de l’arme noire.
« Je vais vous expliquer comment l’utiliser. »
Sa voix avait la monotonie d’un moniteur d’auto-école récitant sa leçon.
« C’est simple. Appuyez sur ce bouton et tirez sur la personne au corps amélioré illégalement. »
Pschitt !
Une fléchette jaillit du canon, à la place d’une balle.
Elle fila droit dans le cou de l’homme qui se débattait dans ma poigne.
Je sentis peu à peu ses forces l’abandonner, tandis que son corps terrorisé s’affaissait.
Qu’est-ce que c’était ?
J’écarquillai les yeux.
Un anesthésiant pour les corps améliorés ?
« C’est un produit qui réduit les capacités d’un corps amélioré au niveau de celles d’un corps ordinaire. »
L’ambulancier m’expliqua cela d’un ton neutre, tandis que je le regardais, surprise.
« C’est comme la kryptonite de Superman. Utilisez-le pour maîtriser les bénéficiaires d’améliorations illégales. »
Je pris l’arme, qui faisait à peu près la longueur de mon avant-bras.
Les questions, les explications et les révisions attendraient que j’aie arrêté les bénéficiaires d’améliorations illégales qui couraient dans tous les sens.
Je posai le doigt sur la détente, me tournai vers les ambulanciers et m’inclinai.
« Merci. Je vous la rendrai plus tard. »
« Rendez-la à la police. »
L’ambulancier répondit sur le même ton neutre et retourna vers l’ambulance.
« De toute façon, vous remettrez les bénéficiaires d’améliorations illégales à la police. »
Ah, donc c’était aussi une affaire de police.
Je sortis mon téléphone et appelai la police.
Je ne les attendis pas. Je déchirai mes vêtements d’extérieur en longues bandes et attachai les bras et les jambes de l’homme terrorisé. Puis je le déposai sous un bâtiment, le long de la route principale.
J’avais indiqué l’endroit à la police, alors ils viendraient l’arrêter.
Je repartis en vitesse.
Des pas lourds résonnaient dans tous les sens, précipités et désordonnés.
Je courus vers ceux qui se rapprochaient.
* * *
J’en tiens une !
La cinquième bénéficiaire d’une amélioration illégale.
Je la saisis par les vêtements et la plaquai contre le mur.
Sans issue, elle se mit à se débattre frénétiquement dans la ruelle ravagée.
« Non ! »
Elle lacéra mon bras de ses ongles en se battant.
« J’ai dit non ! Je n’irai pas là-bas ! »
« Je vous ai dit que je ne vous y envoyais pas ! »
Combien de fois avions-nous déjà eu cette conversation ?
Je reculai la tête pour éviter ses ongles et levai l’arme.
La fléchette devait seulement la toucher. De ma main libre, celle qui ne la maintenait pas au sol, je levai le Rêve Vert.
Pschitt !
La fléchette se ficha dans son cou.
Mais elle continua de se débattre. J’en avais déjà assez de ce manège. À chaque fois, je devais calmer des bénéficiaires qui pleuraient, suppliaient et s’énervaient en jurant qu’ils ne voulaient pas être traînés dans une arène dont j’ignorais tout.
J’allais devenir folle.
J’étais pressée. Maîtriser dans la panique des bénéficiaires d’améliorations illégales était plus difficile que je ne l’avais imaginé. Une dizaine de civils avaient déjà été blessés dans toute cette pagaille. Certains l’étaient grièvement.
Le problème, c’était que nous n’avions même pas attrapé la moitié des bénéficiaires d’améliorations illégales. La police m’avait dit que le quartier général des Blaireaux avait dépêché d’autres Blaireaux après avoir reçu le signalement, mais je n’avais même pas le temps de découvrir qui ils étaient.
Ça aurait été bien si le Rêve Vert contenait aussi un somnifère.
Elle avait perdu ses forces, mais n’était toujours pas calmée et continuait d’agiter les bras et les jambes.
« Récupère l’argent auprès de ce salaud ! »
« Je n’ai pas besoin d’argent. »
En soupirant, je lui attachai les bras et les jambes.
« Je vais vous emmener là où se trouvent les autres. Alors, s’il vous plaît, calmez-vous. »
Je soulevai sans effort la bénéficiaire ligotée.
Je la hissai sur mon épaule et me mis à courir.
« Tu n’as pas besoin d’argent ? »
Sa voix hébétée me parvint par-dessus mon épaule.
Je ne répondis pas. À mesure que je courais, elle cessa peu à peu de se débattre avec colère.
Sans détendre mes sourcils froncés, je courus vers l’endroit où la police m’attendait.
Sa voix se mêla au vent qui sifflait à mes oreilles.
« Alors, c’est toi qui nous as sortis de là ? »
Que voulait-elle dire par « sortis de là » ?
Je levai les yeux au ciel tout en courant dans une ruelle à peine éclairée par quelques lampadaires.
« Vous étiez enfermés ? »
« Comme des animaux. »
Sa réponse était sombre.
« Ils ont dit qu’ils nous enverraient dans une arène privée parce qu’on ne pouvait pas payer les opérations pour notre corps amélioré. »
La colère brûlait dans ses yeux.
« Ils ont dit qu’ils nous feraient combattre dans un putain de Colisée clandestin ! »
Boum !
Un choc terrible fut suivi par le bruit du béton qui s’effondrait.
Un autre bénéficiaire d’une amélioration illégale venait de percuter un bâtiment. Je jurai entre mes dents et accélérai.
Bientôt, la ruelle s’ouvrit sur la route et la lumière inonda la chaussée. Des policiers m’attendaient sur la route principale.
En me voyant surgir de la ruelle, ils se préparèrent rapidement à transporter la bénéficiaire d’une amélioration illégale.
À ma grande surprise, la bénéficiaire, toujours sur mon épaule, rayonna en apercevant les policiers.
« Alors, c’est vraiment toi qui nous as sortis de là ! »
Même tandis qu’on lui passait les menottes, la femme me sourit de toutes ses dents.
« Tu nous as libérés avec l’homme aux cheveux roux, pas vrai ? »
Je n’avais aucune idée de l’endroit où ils avaient été enfermés, de l’identité de la personne qui les avait libérés, ni de la façon dont elle s’y était prise. Et je ne savais pas non plus ce qu’était ce Colisée clandestin.
Mais je n’avais pas le temps de poser des questions ni d’obtenir des réponses.
« Bon courage ! » lançai-je avant de faire demi-tour.
Je laissai derrière moi les policiers qui s’inclinaient et courus de nouveau dans l’obscurité.
* * *
J’étais arrivée trop tard.
Le onzième.
Je regardai l’homme mort à mes pieds.
Ce n’était pas une personne ordinaire. C’était un bénéficiaire d’une amélioration illégale. C’était une chance, mais ça ne changeait rien au fait que j’étais arrivée trop tard.
Quelqu’un l’avait manifestement tué.
Je restai immobile un instant dans l’obscurité, les yeux baissés vers le corps.
C’était une ruelle déserte, au cœur des bidonvilles. Personne ne vivait dans les bâtiments qui l’entouraient sur trois côtés. Ils avaient l’air de s’écrouler au moindre choc, comme si une petite voiture venait à les percuter.
Les ouvertures où auraient dû se trouver les fenêtres étaient plongées dans le noir.
La seule lumière venait d’une fête, à plusieurs rues de là, dans le quartier animé.
Après avoir contemplé le corps en silence, je bougeai enfin.
J’entrai dans le bâtiment à côté de moi.
Quelqu’un se trouvait dans l’obscurité étouffante.
« On s’est déjà rencontrés, non ? »
Je m’adressai à la silhouette que je distinguais à peine.
« Je crois que vous m’aviez dit vous appeler Shashinsky. »
La silhouette se tourna vers moi.
Elle resta immobile un instant.
Puis la personne, qui se tenait là comme une statue, s’avança lentement vers moi.
Le bruit régulier de chaussures de ville.
Il se rapprocha peu à peu. Ce ne fut qu’une fois que leur propriétaire s’arrêta juste devant moi que je pus distinguer la couleur singulière de ses cheveux.
Des cheveux rouge sang, attachés en demi-queue.
Sa peau était presque aussi pâle que celle de Ye-hyeon.
Le larbin d’Eric, qui avait l’air d’un vampire, me fixa sans expression, la moitié du corps noyée dans l’ombre.
« Vous avez une excellente ouïe. »
Shashinsky prit la parole en premier.
« Cette petite Blaireau aux pointes roses ne m’a pas entendu. »
J’esquissai un sourire.
Je ne pris pas la peine de répondre. Shashinsky savait probablement déjà pourquoi mon ouïe s’était améliorée.
Je posai plutôt une question.
« C’est vous qui avez libéré les bénéficiaires d’améliorations illégales qu’on avait enfermés quelque part ? »
Shashinsky garda le silence.
Ce silence fut sa réponse.
Alors, tout ce bazar, c’était l’œuvre d’Eric Earhart ?
Probablement en partie seulement. Eric n’était sûrement pas à l’origine des opérations illégales et n’avait pas non plus prévu d’envoyer des gens dans un Colisée clandestin. Eric n’avait pas le temps de s’occuper de broutilles pareilles.
Ce genre de travail grossier était probablement l’œuvre d’une organisation criminelle.
Le rôle d’Eric n’était pas d’enfermer les bénéficiaires d’améliorations illégales, mais de les libérer.
Comme il aimait les gens malheureux et prenait plaisir à les sauver, il avait sans doute offert un minuscule rayon de lumière à ceux qui étaient pris dans la boue. Il avait discrètement libéré les bénéficiaires d’améliorations illégales emprisonnés parce qu’ils n’avaient pas pu payer leurs opérations.
Sans doute simplement parce qu’il en avait envie.
Et nous, nous étions ceux qui trimions comme des chiens à cause de cette lubie.
« Pourquoi avoir tué cette personne après vous être donné tant de mal pour la libérer ? »
« Quand on se livre à un passe-temps, il faut savoir où s’arrêter. »
Shashinsky répondit sans hésiter.
« Si on l’avait laissé faire, cette personne aurait massacré des dizaines de civils. »
« Ah. »
Voilà une raison qui leur ressemblait bien.
Eux non plus n’allaient pas rester les bras croisés à regarder les pertes civiles excessives faire dégénérer la situation. Ils avaient éliminé les bénéficiaires d’améliorations illégales qui risquaient de franchir la limite.
Mais ce n’était pas un geste humanitaire. Eric n’aurait pas bronché si quelques civils avaient été tués par des bénéficiaires d’améliorations illégales.
La conscience de celui qui occupait la troisième place dans la hiérarchie du pouvoir mondial fonctionnait bien trop différemment de celle des gens ordinaires.
Je me rappelai l’Ancien que j’avais rencontré auparavant.
« Si les bénéficiaires d’améliorations illégales font trop de victimes, les corps améliorés deviendront un problème de société. L’organisation appelée Blaireau Noir sera alors fragilisée. »
Shashinsky ne réfuta pas mes paroles, prononcées à voix basse.
Je ressentis une petite satisfaction : la théorie que je m’étais formulée depuis quelque temps était juste.
« On dirait que les Anciens ne peuvent pas non plus saper librement la position de Ye-hyeon. Je ne pensais pas que les Anciens et Ye-hyeon entretenaient une relation de subordination à sens unique. »
« Quelqu’un a dit une chose aussi stupide ? »
Shashinsky posa la question d’une voix calme et froide.
« Ils n’ont visiblement rien compris au fonctionnement du pouvoir. »
Choi Hyun-seok m’avait semblé manquer de discernement.
Je souris légèrement et acquiesçai.
« Il n’aurait jamais pu devenir homme d’affaires. »
Lee Ye-hyeon détenait l’autorité suprême sur les campagnes de reconquête des territoires.
Les campagnes de reconquête de territoires étaient sans doute l’activité la plus lucrative du moment. Le pouvoir de décider où aurait lieu la prochaine campagne donnait à l’organisation Blaireau Noir une influence immense. Cela signifiait que Ye-hyeon pouvait choisir quel Ancien gagnerait le plus d’argent cette fois-ci.
Il ne pouvait pas être le subordonné de quelqu’un à sens unique.
« Le commandant en chef est un génie de la diplomatie. »
Mes pensées au sujet de Lee Ye-hyeon avaient peut-être transpiré sur mon visage, car Shashinsky rompit doucement le silence.
Je plongeai mon regard dans ses yeux gris et esquissai un sourire.
« Oui. C’est pour ça qu’il occupe ce poste depuis si longtemps. C’est impressionnant aussi, qu’il parvienne à faire tourner l’organisation sans encombre tout en subissant le ressentiment et la colère de civils qui ne peuvent rien faire d’autre que vieillir. »
« Les privilèges dangereux ne sont accordés qu’à quelques-uns. »
Shashinsky parla d’un ton lugubre.
« N’est-ce pas la leçon que votre peuple nous a enseignée ? »
… Qu’est-ce que ça voulait dire ?
Un frisson me parcourut.
Un mauvais pressentiment m’envahit. J’avais froid de l’intérieur. J’avais peur qu’en creusant trop cette question, quelque chose que j’avais essayé d’oublier ne refasse surface.
J’avais envie de tourner le dos au passé et de me contenter d’une demi-vérité.
Le cœur embrouillé, je fixai Shashinsky un long moment.
L’appel de Walker me tira de mes pensées.
« Ah, Walker, mon aîné… »
« Tu devrais y aller. Il se fait tard. »
Sans laisser passer l’occasion, Shashinsky se fondit dans l’obscurité comme une ombre.
« La Vieille Araignée n’attendra pas longtemps. »
C’était vraiment une violation des droits de l’homme.
Ils surveillaient toujours le moindre de mes faits et gestes.
Je soupirai devant les atrocités prévisibles des Anciens, puis répondis à l’appel de Walker.
Je refoulai le mauvais pressentiment qui m’avait soudain envahie.
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