Chapitre 79
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 79 : Joyeux Halloween ! (3)
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Je sus aussitôt que nous étions arrivés à l’entrée des bidonvilles.
Walker se tenait là, dégageant une présence écrasante. Il portait un costume noir.
Cette apparence monochrome était vraiment…
Je ferais probablement mieux de ne pas m’approcher.
Les gens s’écartaient prudemment sur son passage.
« Monsieur. »
Je m’inclinai aux côtés de Shu, qui agitait la main.
« Ça faisait longtemps. »
« Allons-y. »
Walker ne s’embarrassa pas de banalités.
Sans un mot, nous nous enfonçâmes dans une ruelle sombre.
Je sentis que nous avions pénétré dans un autre quartier. Même l’odeur était différente. Une faible puanteur d’urine et de drogue. Du métal rouillé et des ordures infectes.
Plusieurs personnes étaient assises près des murs, complètement défoncées, le regard vide.
Nous passâmes devant elles sans nous en préoccuper et nous faufilâmes dans les ruelles étroites.
Je suivis tranquillement Shu et Walker. L’obscurité s’épaissit et l’odeur de drogue devint plus forte. Des enseignes s’allumèrent, dans des couleurs qui agressaient les yeux. Leurs lumières clignotantes révélaient le sol crasseux, le linge suspendu n’importe comment aux grilles métalliques, les déchets éparpillés partout et les seringues vides.
Après avoir dépassé tout ça, nous trouvâmes une boutique brillamment éclairée au bout d’une ruelle sombre et étroite.
Je fixai d’un air hébété son enseigne au néon, qui brillait en bleu et en rose.
[Game Over : recommencer ?]
Le nom était original.
Walker s’approcha de la boutique du rez-de-chaussée et en ouvrit la porte.
« C’est sacrément étroit. »
Walker avait l’air d’un gangster, et cette boutique de jeux tape-à-l’œil ne lui allait vraiment pas du tout.
Il se pencha tout de même pour entrer. Shu le suivit aussitôt, le visage légèrement rouge d’excitation tandis qu’elle se dépêchait de pénétrer dans la boutique.
Je comprenais parfaitement ce qu’elle ressentait. Le simple fait de me tenir devant un magasin de jeux me faisait battre le cœur à toute allure.
Je devrais acheter cette série et repartir avec une pile d’autres jeux.
Ravie, j’entrai dans la boutique.
Un espace où je pouvais me faire écraser à mort sous tous ces jeux s’étendait devant moi. Un comptoir se trouvait au milieu. Le propriétaire était assis derrière la vitre transparente, en débardeur.
Un tatouage voyant représentant un crâne recouvrait son avant-bras gauche.
Quand le propriétaire du tatouage aperçut Walker, il eut un mouvement de recul.
« Qu’est-ce que tu fous ici ? »
Nous nous immobilisâmes tous aux paroles du propriétaire.
Walker, qui le dévisageait, répondit :
« Qui es-tu ? »
« Qu’est-ce que ça peut te faire ? Je vis dans le coin, c’est tout. »
« Et qu’est-ce que ça peut te faire que je sois ici ? »
Le propriétaire, les cheveux noirs coupés court, pinça les lèvres.
Mais cela n’effaça en rien la peur dans ses yeux. Walker semblait avoir une sacrée réputation dans le quartier. On m’avait dit qu’il avait été un fixeur célèbre dans les ruelles.
Les bip-bip réguliers des effets sonores des jeux remplissaient la boutique exiguë.
Sans prêter la moindre attention à leur échange, Shu s’approcha du propriétaire.
« Vous avez la série From, avec les lettres ? »
Le propriétaire, qui se tenait les bras autour du corps tout en surveillant Walker avec méfiance, tourna la tête.
Il plissa les yeux en regardant Shu.
« Quelle série ? »
« Les jeux dont le titre commence par From, suivi d’une seule lettre. J’ai entendu dire que vous les aviez. »
« Ah, ceux-là. »
Le propriétaire prit le paquet de cigarettes posé sur le comptoir.
« Je l’ai vendu il y a quelques mois. »
« Quoi ? »
Je m’exclamai malgré moi.
Le propriétaire ne parut pas surpris. Il glissa une cigarette entre ses lèvres. Son regard se posa sur moi sans intérêt.
« J’ai dit que je l’avais vendu. »
« À qui ? »
« Qu’est-ce que ça peut te faire… »
Crac !
Le comptoir en verre vola en éclats dans un fracas assourdissant.
Je restai bouche bée devant Walker, qui venait de le réduire en morceaux.
Il dominait le propriétaire de toute sa hauteur. Il avait bel et bien fracassé le comptoir pour le menacer.
Il avait vraiment le droit de faire ça à un civil ?
« Bla, Bla, Blaireau… »
« Tu as dit que tu vivais dans le coin. »
Le propriétaire se serra les bras autour du corps et bredouilla, mais Walker ne cilla même pas.
Le colosse se pencha en avant.
Le propriétaire recula, rejetant le haut de son corps aussi loin que possible. On aurait dit qu’un gangster menaçait le propriétaire d’une boutique sur son propre territoire.
Est-ce que je ne devrais pas intervenir ?
Alors que j’hésitais, Walker murmura d’une voix grave :
« Il faut avoir un peu de jugeote pour tenir une boutique de jeux correcte dans un endroit pareil. »
« J’ai rien fait… »
« C’est simple. »
Il sortit une liasse de billets de sa poche intérieure, la tendit au propriétaire et esquissa un sourire sombre.
« C’est pour les réparations. »
Les yeux du propriétaire s’écarquillèrent.
Walker posa la liasse devant l’homme, dont la bouche s’ouvrait et se refermait sans qu’un son en sorte, puis lui tapota l’épaule à deux reprises.
« Tu as un peu de jugeote, pas vrai ? »
Le jeu qui avait été vendu s’intitulait From A.
Il avait été vendu à la fin du mois d’août. Plus précisément, le trente août, à vingt heures.
Nous nous serrâmes autour des images de vidéosurveillance que le propriétaire nous montra, désormais de bonne humeur après avoir reçu bien plus qu’il ne fallait pour les réparations. Moins de trente exemplaires de chaque jeu de la série From avaient été édités, et celle-ci était appréciée des passionnés, car ses scénarios tenaient généralement la route.
Il y avait cinq jeux en tout : A, E, I, R et K.
A et E étaient les plus rares ; il en restait probablement moins de dix exemplaires de chacun. Le propriétaire avait fixé un prix exorbitant pour From A. Même les passionnés les plus mordus claquaient la langue, juraient et repartaient.
Grâce à ça, le jeu était resté longtemps dans la boutique sans trouver preneur.
Puis, deux mois plus tôt, une personne mystérieuse qu’on apercevait sur les images de vidéosurveillance l’avait acheté.
L’acheteur portait une capuche et un masque, et était recroquevillé comme un chat. Il ne parlait pas. Il tapait des messages sur son téléphone et les montrait au propriétaire pour communiquer.
Suspect.
« Probablement une femme. Elle avait les cheveux longs. »
« À voir sa carrure, je dirais plutôt un homme… »
« Le sexe n’a aucune importance. »
Walker coupa court aux murmures du propriétaire et de Shu.
Il plissa les yeux en fixant l’écran, puis se redressa.
« Impossible de l’identifier avec ça. Je retiendrai ses signes distinctifs. Comme ça, si on tombe sur cette personne, je la reconnaîtrai tout de suite. »
« Ah, merci. »
Je ne m’étais pas attendue à ce qu’il s’intéresse autant au jeu.
Je pensais qu’il allait simplement nous regarder acheter des jeux, puis en venir au fait.
Nous n’avions même pas vraiment expliqué à Walker pourquoi nous étions venues à la boutique. Shu m’avait dit qu’elle ne lui avait jamais parlé des jeux de la série From. Il ignorait en quoi ils étaient particuliers.
Alors pourquoi nous aidait-il dans nos recherches, au point de fracasser le comptoir et de payer de sa poche ?
Quoi qu’il en soit, je m’inclinai pour le remercier. Walker baissa les yeux vers moi, sans bouger autre chose que ses pupilles.
Je croisai son regard et m’expliquai :
« Je ne pensais pas que vous accorderiez autant d’importance à quelque chose qui n’en a pas. »
« C’est important. »
Walker protesta d’une voix grave.
Ses yeux luisaient au fond de leurs orbites.
« Pour toi. »
« Ah, oui. Enfin, j’aime les jeux et je veux compléter la série… Mais pourquoi m’avez-vous fait venir, monsieur ? »
En le voyant nous aider comme ça, je ne pouvais plus retenir ma question. Shu, qui regardait les images de vidéosurveillance, se tourna elle aussi vers nous.
À quelques pas de là, le propriétaire fredonnait en balayant les éclats de verre.
Walker resta silencieux un instant, puis prit la parole.
« La Vieille Araignée te connaît. »
Le propriétaire lâcha le balai et la pelle à poussière.
Mais Shu et moi ne comprîmes pas ce que Walker voulait dire.
« Une araignée ? »
« C’est un surnom bizarre. »
« Cette informatrice ? »
Le propriétaire expliqua d’une voix rauque :
Toujours figé dans la posture où il avait lâché le balai et la pelle, il nous regardait les yeux écarquillés.
« Cette informatrice légendaire est encore en vie ? »
« La Vieille Araignée est une informatrice ? »
Shu posa la question avec le même ton que si elle s’était renseignée sur le menu de la cantine.
« Pourquoi une célèbre informatrice des ruelles connaîtrait ma cadette ? »
Exactement.
J’étais touchée que Shu m’ait appelée sa cadette, mais je clignai des yeux, assaillie par les questions. À en juger par la réaction du propriétaire, la Vieille Araignée semblait célèbre.
Personne ne me venait à l’esprit. Peut-être parce que je n’avais entendu qu’un surnom, et pas un vrai nom.
Walker observa attentivement mon expression.
« La Vieille Araignée me cherche ? »
Je soutins le regard indéchiffrable de l’ancien fixeur.
« Je n’ai aucune idée de qui c’est, pourtant… »
« Tu le découvriras quand on y sera. »
Une note métallique étrange perçait la voix grave de mon supérieur.
« Puisqu’on ne peut pas retrouver le jeu pour l’instant, on va aller voir la Vieille Araignée aujourd’hui… »
Floc.
Un bruit étrange retentit.
Tous les occupants de la boutique se tournèrent vers la vitre pare-balles qui donnait sur la ruelle crasseuse.
Du sang et des morceaux de chair s’étaient écrasés contre la vitre.
Des globes oculaires et des organes aussi.
« Quoi ? »
Je bredouillai en regardant le cadavre, explosé comme s’il avait reçu une grenade.
« Qu’est-ce que c’est que ça… ? Quoi… ? On n’a même pas entendu de bruit particulier… »
« Une créature ? »
Shu bondit de sa chaise.
Mais Walker et le propriétaire ne furent pas surpris.
Ils ne bougèrent même pas. Ils se contentèrent de regarder calmement la vitre. Incroyablement, le propriétaire contemplait le cadavre collé contre la vitre avec indifférence.
Le propriétaire jura en voyant la vitre couverte d’un globe oculaire, de lambeaux de peau, de sang et d’un morceau d’organe.
« Bande d’amateurs. »
« Ils ont un corps amélioré illégal. »
Walker l’expliqua sans détour.
« Parfois, les gens ne supportent pas un corps amélioré et leur corps éclate comme un ballon. »
Ah.
C’était donc ça, les opérations illégales dont Ro avait parlé le premier jour ?
Stupéfaite, je regardai les restes glisser le long de la vitre.
Le cadavre était atroce. Si nous ouvrions la porte de la boutique et sortions, l’odeur de chair fraîche nous frapperait de plein fouet.
Déjà, une puanteur de mort se répandait à l’intérieur.
Pourquoi les gens se faisaient-ils opérer clandestinement, alors que les effets secondaires étaient aussi graves ? Je n’en pouvais plus et fronçai les sourcils en regardant le cadavre. De toute évidence, ni ceux qui pratiquaient ces opérations illégales ni ceux qui les subissaient n’avaient toute leur tête.
Je devrais en parler à Yoon ou à Ami plus tard.
Et à cet informateur des ruelles, aussi…
À peine cette pensée m’eut-elle traversé l’esprit que de lourds pas firent trembler la boutique.
Patapatapatapat !
Une foule innombrable courait dans la ruelle sombre.
Le martèlement précipité de leurs pas me résonnait aux oreilles. Je regardai des gens terrifiés passer en courant dans la ruelle, derrière la boutique de jeux, et s’éparpiller dans toutes les directions.
Ils étaient tous habillés pareil.
Le visage blême, ils fuyaient quelque chose.
Qu’est-ce qui se passait, maintenant ?
À leurs expressions et à leurs vêtements, ça ne ressemblait pas à une animation d’Halloween.
Et pourquoi leurs pas étaient-ils si lourds ?
Avant que la foule terrorisée ne disparaisse de notre champ de vision, Walker bougea le premier.
Il se déplaçait avec l’agilité d’une panthère noire.
« Ils ont un corps amélioré illégal. »
Mon supérieur poussa la porte de la boutique et s’élança dans la ruelle.
Shu se précipita à sa suite.
« Rattrapez-les tous avant qu’ils ne piétinent des civils à mort. »
Walker disparut de notre vue.
En entendant ses derniers mots, prononcés d’une voix métallique, je mis mes questions de côté et sortis de la boutique en courant derrière lui.
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