Chapitre 78
WeTried Translations
Traductrice/éditrice : Natty
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Blaireau Noir ◈
Chapitre 78 : Joyeux Halloween ! (2)
──────
Ray aimait les jeux, contrairement à Kyle.
Il n’était pas particulièrement doué, mais il aimait jouer. Ce jeu était un RPG en monde ouvert, plutôt facile.
C’était aussi le premier jeu qui avait réussi à l’intéresser, après qu’il eut longtemps trouvé les jeux sans intérêt.
« Je comprends pourquoi tu continues d’y jouer. »
Je me rappelai Ray, absorbé par le jeu, un Joy-Con à la main et un sourire aux lèvres.
« C’est amusant. »
Je ne devais plus y penser.
Je ne pouvais pas fondre en larmes chez une supérieure que je connaissais à peine. Je parvins tout juste à détourner les yeux du jeu.
Je levai les yeux au ciel et regardai de nouveau la pièce.
Elle était tape-à-l’œil et remplie d’objets.
Mais ce qui attira mon attention, ce furent les titres de jeux empilés, dans leurs couleurs éclatantes. Je pouvais deviner à peu près quels genres de jeux Shu aimait.
Je restai à l’entrée à les examiner tous.
Les jeux étaient empilés en une véritable tour. Shu semblait vraiment apprécier les jeux rétro, vu le nombre de titres familiers. Ça ne m’aidait pas vraiment.
« Tu m’as dit que tu aimais les jeux. »
Les paroles de Shu me ramenèrent à la réalité.
Je croisai le regard de ma supérieure, debout là, les deux mains enfoncées dans les poches de sa veste sukajan, puis hochai la tête.
« Oui. »
« Quels genres tu préfères ? »
« Je n’ai pas vraiment de préférence. »
« Hmm. »
Shu m’examina de ses yeux bleu ciel.
Pourquoi me posait-elle la question ? Je baissai les yeux vers son visage impénétrable.
Était-elle déçue que je n’aie pas de genre préféré ?
Ça n’en avait pas l’air. Ma supérieure me fit signe de fermer la porte.
À l’instant où je m’exécutai, le bruit de la ville s’estompa brusquement.
La pièce devint accueillante. Ma supérieure fourra de nouveau les mains dans les poches de sa veste.
« Tu ne te souviens toujours de rien ? »
Cette question inattendue m’empêcha de dissimuler ma surprise.
« Vous parlez de moi ? »
« Oui. Et sérieusement, arrête de me vouvoyer. »
« Oui, je… »
À bien y réfléchir, elle m’avait vue tomber du portail.
Elle faisait partie des personnes qui savaient que j’étais devenue un Blaireau d’une manière complètement anormale. J’avais tellement de choses en tête que j’avais fini par oublier.
Jusqu’où devais-je en dire à Shu ?
Encore une fois, je me retrouvai face à cette situation : « Ne pose pas de questions au travail. Débrouille-toi pour comprendre l’ambiance et juger par toi-même. Mais si tu te trompes, c’est ta faute. »
Combien de fois m’était-ce déjà arrivé ?
Après réflexion, je répondis :
« Quelques souvenirs me reviennent, mais je ne me rappelle toujours pas de tout. »
« Ah bon ? »
Shu répondit calmement.
Elle m’examina à nouveau, comme si elle me passait au crible.
« Tu n’aurais pas créé des jeux, par hasard ? »
… Ces questions sortaient de nulle part, les unes après les autres.
Je fixai ma supérieure d’un air absent, puis secouai la tête.
« Je ne crois pas. »
« Tu en es sûre ? »
« Oui. Je n’y connais rien. J’aime juste les jeux. Je n’ai pas les compétences pour en créer un. »
Je ne pensais pas avoir jamais eu envie d’en créer, non plus. Même aujourd’hui, ça ne me tentait pas particulièrement.
Pourquoi me posait-elle cette question ? Ma confusion devait se lire sur mon visage, car Shu pencha légèrement la tête.
Elle réfléchit un instant, puis sortit les mains de sa veste sukajan.
« Tu veux enlever tes chaussures et entrer ? C’est un peu étroit. »
C’était vraiment d’accord… ?
Je fis tout de même ce qu’elle disait. Shu s’approcha de la console et alluma un petit écran de jeu.
L’endroit où s’élevait la tour de jeux était clairement un coin consacré aux jeux vidéo. Vu qu’elle avait aménagé un espace rien que pour ça dans cette minuscule pièce, elle devait les aimer autant que moi.
« Assieds-toi. Je veux te montrer quelque chose. »
J’obéis et m’assis devant l’écran.
Shu me tendit un Joy-Con, puis inséra une cartouche dans la console. Je regardai avec joie le titre du jeu apparaître sur l’écran noir.
J’ignorais de quoi il s’agissait, mais être devant une console suffisait à me mettre de bonne humeur.
J’étais vraiment accro.
L’écran s’illumina.
Bientôt, un titre en pixels se mit à flotter au centre de l’écran.
[FROM E]
Je ne pouvais pas en être certaine sans appuyer sur Start, mais on aurait dit un RPG en pixel art.
Une mélodie légère et cristalline s’accordait parfaitement à l’ambiance. J’avais envie d’y jouer. Je regardai l’écran en réprimant à grand-peine l’envie d’appuyer moi-même sur Start.
Shu se tenait près de l’écran et observait ma réaction.
« Tu connais ce jeu ? »
« Non, pas du tout. Il est bien ? »
« Plus ou moins. »
Une réponse pour le moins ambiguë.
« C’est un RPG assez court. On dirait qu’il a été créé par une seule personne. »
« Ah. Je peux essayer ? »
« Oui. En fait, je voulais te le montrer depuis le jour où je t’ai rencontrée. »
Hein ?
Je regardai Shu, abasourdie.
Mais elle se contenta de croiser mon regard, sans donner d’explication.
Elle n’avait pas l’air de vouloir m’expliquer tout de suite. Peut-être que commencer le jeu m’éclairerait ?
Sans poser d’autre question, j’appuyai sur Start.
Le titre disparut dans un son joyeux.
Le scintillant écran-titre rétrécit, et une pelouse verte ainsi qu’un vieux château apparurent sur le fond noir. On voyait bien que le décor avait été soigneusement réalisé. Malgré les pixels, le rendu était superbe. Pleine d’impatience, je regardai l’écran se stabiliser et le protagoniste sortir du vieux château.
Comme dans tout RPG à l’ancienne, le protagoniste avait une longue épée au côté.
Il dévala les marches du château, s’arrêta au milieu de l’écran, regarda autour de lui, puis ferma les yeux et sourit.
Comme n’importe quel personnage de jeu en deux dimensions, il sautillait sur place même lorsqu’il ne bougeait pas.
Une longue boîte de dialogue apparut en bas de l’écran.
[Hildebert Taleb : Il fait encore beau aujourd’hui !]
Hein ?
J’eus l’impression de recevoir un coup sur la tête.
Je restai longtemps à fixer l’écran, la bouche grande ouverte.
Au centre de l’écran, un protagoniste en deux dimensions, une épée à la main, se tenait sur une pelouse verte en pixels.
Il s’appelait Hildebert Taleb.
… Quoi ?
Non…
Qu’est-ce que c’était que ça ?
C’était quoi, ce bordel ?
Pendant un moment, ma tête ne fut qu’un amas de points d’interrogation.
Je n’arrivais pas à appuyer sur un bouton du Joy-Con. Je ne pouvais que fixer l’écran. La surprise était si brutale et inattendue qu’elle me frappa plus fort encore que ma rencontre avec Colton.
Comme je restais figée depuis un bon moment, Shu désigna l’écran.
« La couleur de ses cheveux, de sa peau et de ses yeux est aussi la même que la tienne. »
Et, à glacer le sang, elle avait raison.
« Cheveux blancs, peau bronzée, yeux jaunes. »
« C’est quoi, ce bordel… ? »
« Je me suis donc demandé si tu avais créé ce jeu. »
Shu ne semblait pas aussi choquée que moi.
Peut-être avait-elle déjà dépassé le stade de la stupeur. Je finis par détourner les yeux de l’écran et regardai ma supérieure aux cheveux bicolores.
C’était elle qui n’avait pas dit un mot le jour où j’étais tombée du portail.
Comme elle voulait me montrer le jeu depuis ce jour-là, elle devait déjà le connaître.
Pourquoi ne m’en avait-elle pas parlé à ce moment-là ? Même si elle l’avait fait, je ne pense pas qu’on l’aurait prise au sérieux.
Je repensai soigneusement au jour de ma chute et à tout ce que Shu m’avait dit depuis. Les souvenirs encore très nets revinrent les uns après les autres. Enfin… si une supérieure m’avait dit qu’il n’existait aucun Hildebert Taleb dans le Noyau central, j’aurais moi aussi eu du mal à lui parler d’un personnage de jeu portant le même nom…
Comment avait-elle réussi à ne rien dire jusqu’à maintenant ?
Mais attends.
« Tu as cru que j’étais assez égocentrique pour créer un jeu pareil ? »
Je levai les yeux vers elle et posai la question. Shu m’observa en silence de ses yeux impénétrables.
Elle resta un moment sans expression, puis haussa les épaules.
« Je me suis dit que c’était possible. Je ne te connais pas si bien. »
« Je ne suis pas comme ça. »
Je rectifiai fermement ce malentendu.
« Je ne sais pas créer de jeux et, même si je le savais, je ne ferais pas un protagoniste pareil. »
Shu hocha la tête distraitement.
Son geste disait qu’elle s’en fichait un peu. Elle était froide, mais d’une manière complètement différente de Yoon.
Elle me tourna le dos tandis que je me remettais péniblement de cet absurde malentendu, puis fixa l’écran.
Le protagoniste en deux dimensions bougeait.
Il portait le nom peu commun de Hildebert Taleb et, en plus, son apparence était identique à la mienne, à faire froid dans le dos.
Qui avait créé ce jeu ?
Seul le son de la console emplissait le studio.
Ma supérieure rompit le silence qui s’était installé dans la petite pièce.
« Je te le prête. Emporte-le chez toi et joue-y. »
« Ah ! Merci beaucoup. »
« C’est pour ça que je t’ai proposé de m’accompagner au magasin de jeux. »
Shu Diamond me l’expliqua calmement en retirant la cartouche.
Avant même que je me sois remise du choc précédent, ses mots suivants me frappèrent de plein fouet.
« J’ai entendu dire qu’il existait d’autres jeux dans cette série From. Apparemment, le plus récent a été repéré dans cette boutique des bidonvilles. »
* * *
Nous déjeunâmes.
Je crus que c’était une sorte de plat fusion, mais je ne me rappelais plus exactement de quoi il s’agissait. Je ne me souvenais pas non plus de son goût. Assise en face de Shu, je parlai du jeu sans même savoir si je tenais une fourchette ou des baguettes.
Ce jeu.
Après avoir écouté les détails, j’appris que Shu m’avait d’abord prise pour une accro complètement absorbée par un jeu appelé From E. Elle s’était demandé si j’avais confondu le nom du protagoniste avec le mien, ou si je mentais délibérément.
Je lançai un regard boudeur à ma supérieure, qui avait entretenu seule un malentendu aussi énorme.
« J’aime les jeux, mais je n’en suis pas à ce point-là. »
« D’après ce que j’ai entendu dire sur toi, c’est vrai. »
Shu m’annonça sans cérémonie qu’elle avait changé d’avis.
« Alors j’ai pensé que tu avais peut-être créé le jeu, ou que quelqu’un qui te connaît l’avait fait. »
« La deuxième option est plus probable. Même si je n’ai aucune idée de qui ça pourrait être. »
« Tu as une idée de qui est E ? »
Pas du tout.
J’essayai de penser à quelqu’un dont le nom commençait par un E, mais ça ne me mena nulle part. Ce n’était ni Colton, ni Jaeyeon, ni Lee Seunghyeon, ni Kyle, ni Ray. Et puis, aucun d’eux ne créerait un jeu, même dans un million d’années.
Peut-être qu’en jouant au jeu ou en examinant sa structure, quelque chose me reviendrait.
Bien sûr, je savais jouer, mais je n’avais aucune compétence pour en analyser la structure.
« Et si tu demandais de l’aide à Yoon ? »
Shu me le suggéra.
J’y avais pensé moi aussi, alors je hochai la tête.
« Je comptais lui demander après avoir fini d’y jouer… Merci beaucoup de m’en avoir parlé, Shu. »
« Je t’ai dit d’arrêter de me vouvoyer. »
J’eus l’impression qu’elle finirait par s’énerver si je l’appelais encore « supérieure », alors je décidai de l’appeler Shu.
Après notre déjeuner tardif, il ne restait plus beaucoup de temps avant notre rendez-vous avec Walker. Nous avions convenu de nous retrouver à l’entrée des bidonvilles. Encore secouée par ce qui s’était passé plus tôt, je ne me demandai qu’après le déjeuner pourquoi Walker se joignait à nous.
Même dans les bidonvilles, nous avions des corps améliorés. Rien de dangereux ne devait arriver.
Pourquoi Walker venait-il avec nous ?
« Pourquoi le supérieur Walker vient-il ? Vous êtes proches ? »
« Le supérieur Walker a aussi quelque chose à te demander. »
Shu lâcha une autre révélation stupéfiante comme si de rien n’était.
« Il a dit qu’il t’emmènerait voir quelqu’un qu’il connaît dans les bidonvilles. »
J’eus le vertige.
Les souvenirs de Ray étaient déjà plus que je ne pouvais en supporter, et voilà que mon passé se déversait sur moi comme une inondation.
J’essayai de comprendre pourquoi Walker se joignait à nous, à partir de ce que Shu m’avait dit, puis j’abandonnai. De toute façon, je ne comprendrais vraiment qu’en le rencontrant.
Après avoir soupiré, je décidai simplement d’accepter la réalité qui venait à ma rencontre.
En espérant pouvoir gérer, cette fois encore, tout ce qui pourrait bien me tomber dessus.
Dans la ville, où un vent frais d’automne balayait les rues, je marchai aux côtés de Shu tandis que les gens déguisés devenaient de plus en plus nombreux.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>