Chapitre 77
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 77 : Joyeux Halloween ! (1)
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Je leur dis que j’allais vérifier mon emploi du temps à venir et que je leur répondrais.
Je consultai mes messages en retard et rangeai un peu autour de moi. J’avais reçu un colis de l’un des Anciens et un message de l’autre. Je ne me souvenais pas leur avoir donné mon adresse ni mes coordonnées.
Bien sûr, ça ne servait à rien de demander comment ils les avaient obtenues.
Comme promis, Eric Earhart m’avait envoyé une boîte de cigares.
À la première bouffée, je sus que c’étaient des cigares hors de prix. Évidemment.
Il y avait aussi un mot écrit d’une élégante écriture.
[Au plaisir de travailler avec vous, Prométhée.]
Je mis le mot de côté et consultai le message de Yekaterina.
Il provenait d’un numéro masqué, mais je sus tout de suite qu’il venait d’elle.
[À bien y réfléchir, je ne t’ai jamais remerciée de m’avoir si bien formé l’un des miens.]
Elle parlait de Lee Seung-hyeon.
Je soupirai et refermai la fenêtre de message. Il faudrait que je parle à Lee Seung-hyeon en tête-à-tête, un de ces jours. Je l’avais entraîné avec tous ses collègues, alors nous n’avions jamais été particulièrement proches.
Mais maintenant que les choses avaient pris cette tournure, je devais au moins lui parler une fois.
J’avais beaucoup de questions à lui poser.
Je poussai un nouveau soupir et consultai mes autres messages.
Ricardo m’en avait envoyé un bref.
[Mission prévue fin novembre.]
Il y avait un délai plus long que je ne l’avais imaginé.
C’était étrange d’avoir une date précise, d’ailleurs. Jusqu’ici, j’avais eu l’impression que le travail ne se présentait que quand un problème survenait. Quelque chose devait-il mal tourner fin novembre, ou bien prévoyait-on alors de régler un problème déjà apparu ?
Je le découvrirais le moment venu.
Après avoir fixé un déjeuner avec Tom et Hessi dans le groupe de discussion, je me promenai dans le baraquement. Une fois toutes mes tâches terminées, les dures réalités que j’avais essayé de repousser me revinrent en pleine face. Je tournai en rond sans raison, cherchant à calmer mes émotions sur le point d’exploser, jusqu’à ce que je finisse par renoncer.
Je me glissai dans mon lit et me mis à pleurer.
Ray.
Ray, je suis désolée.
* * *
Yoon ne dit pas grand-chose quand je me présentai à l’entraînement matinal, les yeux rougis et gonflés.
C’était l’un des avantages d’avoir un partenaire senior. Son détachement émotionnel le rendait étonnamment facile à gérer, d’une certaine façon.
Quelle que fût ma détresse, ma routine de semaine reprit. Je restai au dortoir et m’entraînai aux heures prévues.
Je m’exerçai au tir.
Contrairement à l’escrime, les leçons suivaient le manuel à la lettre.
Yoon n’était pas particulièrement gentil, mais il ne se laissait pas non plus guider par ses émotions. Il devenait un meilleur partenaire senior que je ne l’aurais cru, et remarqua vite le changement chez moi.
« Tes sens sont plus aiguisés ? »
Les détonations qui traversaient mon casque antibruit me faisaient souffrir ; je hochai la tête.
« Depuis que Jaeyeon m’a fait son injection, mes sens se sont éveillés. »
« J’ai l’intention de t’ouvrir un jour. Quand est-ce que ça t’arrangerait ? »
« Puisque vous avez l’air sérieux, évitez de me poser la question sur ce ton. »
Bien sûr, mon partenaire senior devait toujours être sérieux…
Je m’efforçai de faire comme si je ne voyais pas la réalité.
Heureusement, Yoon n’avait pas l’air de vouloir me couper en deux dans l’immédiat. Il dit qu’il avait récemment trouvé un sujet de recherche qui l’intéressait, en dehors de moi. Je ne lui demandai pas lequel ; même s’il me l’expliquait, je ne comprendrais probablement rien.
Toute la semaine, je déjeunai et dînai avec Tom et Hessi.
Ils me racontèrent qu’ils avaient vécu des choses incroyables, eux aussi.
Avec Angela, Kal et plusieurs autres Blaireaux Noirs plus expérimentés, ils avaient transformé ce qui était la Zone C en Zone D. Apparemment, la zone voisine était celle que Ye-hyeon avait désignée pour la prochaine expansion territoriale.
Je me rappelai la conversation au manoir de Choi Je-seok, où l’on avait dit que l’expansion territoriale avançait plus lentement que d’habitude.
« J’aurais aimé qu’on puisse y aller tous les trois. »
« Ouais. La prochaine fois, on sera sans doute tous les trois dispersés dans des endroits complètement différents. »
« J’ai entendu dire que c’était rare que de nouvelles recrues partent en mission ensemble. »
Tom me répondit tandis que je mordais dans mon sandwich.
Ses boucles rousses caractéristiques et ses taches de rousseur n’avaient pas changé.
« La première année avec un partenaire senior, tu passes ton temps à accompagner différents seniors, selon les ordres de ton partenaire. »
« Ah bon ? »
« Ouais, mais il paraît qu’on n’a jamais l’occasion de se rapprocher autant des autres qu’au cours de l’année de probation. »
Hessi avala un sandwich fourré uniquement au jambon et prit part à la conversation.
On aurait dit qu’Angela et Kal leur avaient donné ce conseil. Hessi but une longue gorgée de Coca, puis leva son petit doigt.
« Alors profitons de journées comme celle-ci, où on n’a que de l’entraînement et aucune mission. Une partie de basket après le dîner ? »
« Hmm… d’accord. Mais demain, je joue de la guitare. »
« Oh, tu joues de la guitare ? Fais-moi écouter demain. »
Tom acquiesça, un peu embarrassé par ma question.
Sauf mission ou programme spécial, nous mangions toujours ensemble le midi et le soir. Sauf le week-end : Hessi et Tom allaient généralement voir leurs familles.
Je restais seule au dortoir ou dans le baraquement pour jouer. Quand j’avais les yeux fatigués, je posais la console et repassais mes souvenirs jusqu’à ce que le chagrin m’engloutisse de nouveau. Si je parvenais à échapper à cette lourde haine de moi-même et au sentiment de perte, je fouillais Internet et étudiais le monde.
C’est ainsi que je passai le temps jusqu’à la fin du mois d’octobre.
La semaine de mon rendez-vous avec Shu, et peut-être avec Walker.
Le rendez-vous était fixé au dernier jour d’octobre.
* * *
Le ciel était haut et dégagé.
Le jour du rendez-vous, je devais me rendre à la boutique de jeux des taudis avant le soir. J’étais censée retrouver Shu dans le salon de réception du quartier général, peu avant midi.
Comme nous étions le trente et un octobre, je croisai des gens déguisés dans la rue.
Ils n’étaient pas encore nombreux, puisqu’il faisait grand jour. Les quelques personnes que j’avais vues disparurent dès que j’entrai au quartier général. Je déambulai dans le bâtiment silencieux et arrivai en avance au salon de réception.
J’y tombai sur Ska, qui préparait du café.
Qu’est-ce qu’il faisait là ?
Ska se retourna vers moi tandis que je restais figée à mi-chemin de la pièce, puis esquissa un sourire.
« Vous avez l’air d’aller bien. »
« Ah, oui. »
Je baissai la tête.
« Grâce à vous. »
Après avoir refermé la porte du salon, j’entrai lentement.
Ska me regarda approcher sans rien dire, une main dans la poche. Il portait encore un costume impeccable aujourd’hui. Le tissu luxueux était repassé sans un pli, et sa montre s’accordait si naturellement à sa tenue qu’on aurait dit qu’elles étaient vendues ensemble.
Il ne portait pas de cravate, cependant. Il allait bientôt finir sa journée ?
« Qu’est-ce qui vous amène ici un week-end ? »
L’assistant me devança tandis qu’il prenait un gobelet en papier.
C’était justement la question que je voulais lui poser. Je glissai mon téléphone dans la poche de ma veste de baseball et répondis sans hésiter :
« J’ai rendez-vous avec Shu Diamond. »
« Shu ? »
Ska répéta son nom, un léger sourire aux lèvres.
« On dirait qu’elle vous invite à manger ? »
« Oui. Comme c’est ma supérieure directe, elle a dit qu’elle m’inviterait une fois. On a enfin trouvé un jour où nos emplois du temps concordaient. »
Je ne précisai pas que Walker nous rejoindrait peut-être pour le dîner. Il n’était probablement pas assez curieux pour poser la question.
Toujours avec un léger sourire, Ska acquiesça.
« Bien. C’est une bonne chose de se rapprocher des autres Blaireaux Noirs. Tôt ou tard, on finit par partir en mission ensemble. Tant qu’on y est, on pourrait aussi manger ensemble, non ? »
« Pardon ? »
Cette proposition inattendue m’arracha un son idiot.
« Manger ensemble ? »
« Oui. Si possible, avant votre mission avec Ricardo. Si je me souviens bien… c’est prévu pour fin novembre, non ? »
« Oui, c’est ça. Fin novembre… Avant la fin novembre ? »
« Je suis libre vendredi prochain au dîner. »
Pourquoi me proposait-il ça tout à coup ?
Bien sûr, je n’eus pas le courage de le lui demander. Un peu blême, je lui répondis que vendredi prochain au dîner m’allait parfaitement.
Si je n’avais pas eu le moral si bas à cause des souvenirs retrouvés, j’aurais répondu : « Même si je n’avais pas une minute pour manger avec vous, monsieur l’assistant, je pourrais en trouver une. »
Et voilà comment je pris rendez-vous avec mon supérieur.
Ska me regarda l’ajouter à mon téléphone, l’air épuisé, puis laissa échapper un petit rire.
« Vous n’avez pas besoin d’être aussi mal à l’aise. Techniquement, vous êtes plus âgée que moi. »
Ah.
Quelle façon efficace de me réconforter tout en me faisant comprendre : j’ai entendu votre histoire.
Je clignai plusieurs fois des yeux et esquissai un sourire.
« Je m’y fais encore. »
« Veillez simplement à vous y faire uniquement avec les trois membres de la direction et Yoon. »
Il venait de me faire comprendre avec élégance que seuls ces quatre-là étaient censés être au courant.
J’acquiesçai docilement.
J’allais lui demander ce que l’assistant faisait ici un week-end, mais la porte du salon de réception s’ouvrit et m’interrompit.
C’était Shu ?
« Shu… »
Non, ce n’était pas elle.
La personne qui entra était un peu plus grande que Shu.
À peu près de la taille d’Ami, donc.
Une énorme citrouille reposait sur ses épaules.
« Une citrouille ? »
Une gigantesque citrouille orange, taillée pour dessiner des yeux et une bouche qui m’étaient familiers.
« Une tête de citrouille ? »
« C’est une lanterne-citrouille. »
La voix d’Ami me parvint à travers les trous de la citrouille.
Je laissai échapper un petit rire en contemplant la citrouille immobile. Ska rit aussi, puis sortit la main de sa poche.
L’assistant donna son verdict en premier.
« Mignon. »
Eh bien, regardez-moi ça.
« À bien y penser, c’est déjà Halloween. J’ai des bonbons, venez par ici. »
Ce type devait vraiment avoir la cote auprès des hommes comme des femmes.
Mais avant qu’Ami, tête de citrouille, puisse bouger, la porte du salon s’ouvrit à la volée.
Shu entra enfin. Mais elle n’était pas seule. Ro passa devant elle. Le senior portait sa chemise rayée habituelle et un jean délavé.
L’homme aux cheveux bouclés avançait à grands pas quand il aperçut Ami et s’arrêta net.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Ses épais sourcils se haussèrent tandis qu’il fixait la tête de citrouille.
La citrouille ne bougea pas et ne répondit pas.
Ro, qui s’était lui aussi immobilisé sans dire un mot, leva le poing et tapota doucement la citrouille.
toc.
« Cacahuète ? C’est toi, Cacahuète ? »
« Ah. »
La voix d’Ami s’échappa de la citrouille.
« Arrête. »
Ro continua.
Chaque fois, Ami lui disait d’arrêter. Mais Ro n’avait pas l’air d’avoir l’intention de l’écouter. Toc. Il tapota de nouveau la tête de citrouille, l’air suffisant, en répétant : « Allô ? Allô ? »
Ami s’agaça.
Mais ses avertissements ne servirent à rien.
L’homme aux cheveux bouclés tapota encore la citrouille.
Toc.
« Où est-ce que t’as trouvé un truc aussi gros que toi à enfiler ? »
« Arrête. »
« Tu crois qu’en mettant une citrouille, tu deviens une cacahuète ? »
« Arrête. »
« Même pas. »
Toc.
Est-ce que je devais les arrêter ?
J’hésitais encore quand Ami explosa.
« Arrêêête ! »
C’était putain de hilarant.
Je regardai avec délice Ami perdre soudain patience et se mettre à rouer Ro de coups.
Pan ! Pan ! Boum ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan !
Des impacts assourdissants retentirent dans le salon. Ro se pencha vivement en arrière et adopta une posture défensive.
« Putain, ça fait mal ! Je te dis que ça fait mal ! »
Le senior cria en bloquant les poings d’Ami avec ses avant-bras.
Mais Ami ne s’arrêta pas. Le Blaireau Noir à tête de lanterne-citrouille martelait Ro sans pitié à coups des deux poings.
Pan ! Boum ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan !
Les coups s’enchaînaient à un rythme régulier.
Quelques minutes plus tard, ce fut Ro qui perdit soudain son sang-froid.
« Putain ! »
Il tendit le bras, arracha la citrouille et l’envoya dans un coin.
« Ah ! Ma citrouille ! »
Heureusement, Ska la rattrapa sans encombre.
Mais Ami et Ro se mirent alors à échanger de vrais coups. Comme il s’agissait d’une bagarre entre Blaireaux Noirs, des impacts terrifiants résonnèrent dans le salon.
Des claquements nets retentirent dans la pièce immaculée.
Personne ne fut surpris.
Ça devait arriver souvent.
Shu contourna les deux bagarreurs et s’approcha de moi. Ska alla les séparer tranquillement.
Je baissai les yeux vers la senior qui s’était arrêtée devant moi et esquissai un faible sourire.
« Senior. »
« Appelle-moi Shu. »
Ma supérieure directe, Shu Diamond, avait les cheveux naturellement blonds, teints en rose sur les pointes, et portait une veste sukajan violet clair.
« On n’a probablement pas beaucoup d’écart d’âge, de toute façon. »
Ce n’était probablement pas vrai.
Je hochai tout de même la tête sans hésiter. Shu leva les yeux vers moi pendant que j’acquiesçais, puis détourna silencieusement la tête. Je l’avais senti dès notre première rencontre : cette personne n’était pas très expressive non plus. Pourtant, c’était différent de la sécheresse de Yoon.
Shu semblait simplement extrêmement calme. Elle avait l’air introvertie, mais pas timide.
« Prenons le bus. Je n’aime pas trop conduire. »
« Ah, oui. Ça me va dans les deux cas. »
« Ça vous dérangerait qu’on passe d’abord chez moi ? »
Hein ?
Ska et moi fûmes surpris par cette remarque inattendue, mais Shu se dirigea simplement vers la sortie du salon de réception, toujours avec son air ensommeillé.
Elle avait presque atteint la porte quand elle se retourna vers moi, qui ne la suivais pas.
« J’ai oublié quelque chose. »
Dans ce cas…
Je saluai les seniors restés sur place et quittai le salon.
Je suivis ma supérieure aux cheveux bicolores jusqu’à l’arrêt de bus.
* * *
Shu habitait dans le quartier commercial le plus animé du Noyau central.
C’était un petit studio au deuxième étage. Il se trouvait au bout d’un escalier métallique qui avait l’air de pouvoir briser le cou d’un Blaireau Noir et le tuer en cas de chute. Le bâtiment n’avait absolument rien d’un immeuble d’habitation, et pourtant, il abritait un studio.
Dès qu’elle ouvrit la porte, des couleurs pastel et néon envahirent mon champ de vision.
Des affiches recouvraient les murs. Des décorations trônaient au-dessus de trois écrans. Cinq ou six hoverboards étaient rangés près de l’entrée étroite. Des patins à roues alignées. Des chaussures colorées. Des peluches étaient éparpillées sur une couverture bleu ciel.
Une console de jeu se trouvait dans un coin.
En voyant la console briller dans ce coin, je faillis tomber à genoux.
« Ça… »
J’eus à peine la force de parler.
« Senior, c’est… »
« Ah. »
Shu émit un son calme après avoir vu ce que je désignais.
Elle observa un instant la console qui brillait dans la petite pièce, puis acquiesça.
« Ouais. J’aime les jeux rétro. »
Les jeux rétro ?
C’était un jeu auquel Ray et moi avions l’habitude de jouer.
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