Chapitre 71
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 71 : Un nouveau tournant (1)
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L’ambulance arriva rapidement.
Elle passa le nez par l’ouverture dans le mur que Yoon avait abattu. Une tête familière surgit de l’ambulance à l’arrêt.
Ska entra d’un pas vif, une civière d’urgence à la main.
« Tu as meilleure mine que d’habitude. »
Ce fut la première chose qu’il dit en voyant Ye-hyeon.
Yoon hocha silencieusement la tête. Mon partenaire senior jeta un coup d’œil à ma blessure soignée, puis se redressa et rejoignit Ska.
Ska soupira, se tourna vers moi et m’examina.
En voyant la plaie à mon épaule, il fronça les sourcils.
« Hé, ça doit faire un mal de chien. »
« Oui. Un peu. »
Je répondis franchement.
Mon absence d’hésitation l’amusa peut-être, car Ska eut un petit rire.
« Attends un peu. Je vais te donner un antidouleur. »
Yoon et Ska agirent très vite.
Ils installèrent Ye-hyeon sur la civière et le transportèrent jusqu’à l’ambulance. Je me relevai en chancelant et les suivis. Le véhicule se trouvait au milieu des décombres poussiéreux. Je vis les anciens achever les premiers soins de Ye-hyeon, lui poser une perfusion et lui appliquer des compresses.
À peine eus-je fait un pas que Ska se précipita vers moi et me prit par le bras valide pour m’aider à avancer.
Avec son aide, je m’assis sur un siège étroit. Ricardo et Ami étaient eux aussi dans l’ambulance.
« Hé, toi… »
Ricardo m’adressa un sourire sans joie en me voyant.
« Tu ne peux même pas rentrer d’une réception sans te mettre dans un état pareil ? »
« Je sais, hein ? Le monde ne veut vraiment pas me lâcher. »
J’acceptai l’antidouleur que me tendait Ska.
Je me demandais qui allait conduire, mais Ami était au volant. Ami et Ricardo avaient dû rester dans l’ambulance parce qu’il n’y avait rien de bon à attendre d’une rencontre avec Jaeyeon. Voir son visage ne pouvait rien leur apporter de bon, à l’un comme à l’autre.
L’ambulance démarra aussitôt.
Elle traversa la ville à toute allure, sous la pénombre bleutée. Épuisée, je m’adossai à la paroi. Il me fallait du temps pour repenser à tout ce dont je venais de me souvenir.
Heureusement, personne ne me dérangea tandis que je restais là, absente, un moment. Yoon surveillait régulièrement les constantes de Ye-hyeon. Ami conduisait, tandis que Ricardo et Ska passaient le temps les jambes croisées ou les bras repliés, les yeux fermés.
Le silence fut rompu par la sonnerie de mon téléphone.
Il vibrait dans ma veste en lambeaux.
Ce salaud de Colton.
Tout le monde me regardant, je décrochai de ma main valide.
« Espèce d’ordure. »
Je commençai par l’insulter.
« Merci beaucoup de m’avoir aidée, espèce d’ordure. »
[Je t’en prie.]
Colton répondit d’un ton posé.
On aurait dit qu’il était lui aussi dans une voiture, sur le chemin du retour. J’entendais le ronronnement sourd du moteur et le bruit d’un verre qu’on posait.
L’idée qu’il sirote un alcool hors de prix dans une voiture de luxe pendant qu’il travaillait m’agaça.
Sans tenir compte des regards braqués sur moi, je lui lançai :
« C’est comme ça que tu traites un ami que tu connais depuis des décennies, dès que tu le retrouves ? »
[On dirait que tu as perdu la main.]
J’avais vraiment envie de le tuer.
Je fermai les yeux et ravalai ma colère.
« Pourquoi est-ce que j’étais amie avec toi, déjà ? »
[Tu crois que tu étais une amie si dévouée que ça ?]
J’entendis des feuilles froissées au téléphone. Colton lisait visiblement des documents et me répondait sans y penser.
L’air portait déjà le parfum de minuit. De son ton élégant habituel, Colton ajouta :
[Tu as l’air d’avoir oublié le jour où tu as envoyé le camion d’un rival dans la voiture où je me trouvais.]
… J’avais fait ça ?
Je me tus un instant. Les lèvres pincées, je repensai à l’époque où mon ancien moi observait Colton et les autres lutter pour le pouvoir. C’était avant que je me brouille avec Kyle, quand je pouvais encore boire tranquillement un Americano dans un café en plein air.
Ah, ça me revenait.
« Maintenant que tu le dis, c’est vrai, j’ai fait ça. »
[Tu n’as vraiment honte de rien.]
Colton ne parut même pas surpris.
Il ne me laissa pas le temps de m’énerver davantage ni de protester. Alors que j’allais lui reprocher d’avoir dépassé les bornes, quoi qu’il en soit, il me coupa sèchement :
[Je suis occupé. Je raccroche.]
Puis Colton raccrocha.
Quel ami en or.
Agacée, je jetai mon téléphone sur le siège.
« … C’était Falcon, à l’instant ? »
La voix stupéfaite de Ska rompit le silence qui venait de retomber dans l’ambulance.
Je n’avais jamais vu Ska aussi surpris. L’homme, d’ordinaire si détendu et audacieux, me regardait comme s’il n’arrivait pas à croire ce qui venait de se passer.
Yoon me fixait lui aussi d’un air incrédule. Ricardo plissa les yeux et m’examina.
À bien y réfléchir, ils avaient dû tout entendre. L’ambulance était si silencieuse qu’ils avaient probablement entendu aussi tout ce que Colton avait dit au téléphone.
Je souris avec gêne.
« Oui. Vous avez tout entendu, pas vrai ? Désolée. »
« Des amis ? »
Ska me le demanda de nouveau, incrédule.
« Tu es amie avec Falcon ? »
« Enfin… Pas des amis comme les autres. À vrai dire, on se voyait surtout par nécessité… Dit comme ça, c’est bizarre. »
« On dirait que tu as retrouvé quelques souvenirs. »
Yoon ne m’avait pas posé beaucoup de questions à la réception, mais à présent, il me regardait, les bras croisés.
Accoudé au lit où Ye-hyeon était allongé, mon partenaire senior me demanda :
« Quel âge as-tu ? »
Je ne m’en souvenais pas non plus.
Quand je répondis honnêtement, Yoon eut l’air mécontent, mais ne dit rien de plus. J’esquissai un nouveau sourire gêné sous les regards de tous.
Ska et Ricardo me dévisageaient, muets de stupeur. Ami se concentrait sur la route, tandis que Yoon vérifiait les constantes de Ye-hyeon avant de reporter son attention sur moi.
« On t’a injecté quelque chose, c’est ça ? »
Il avait dû voir la seringue sur le sol en ruine.
Quand je hochai silencieusement la tête, Ricardo et Ska froncèrent les sourcils.
« Tu te sens comment ? »
« À part la nausée, ça va. »
« Fais-toi quand même examiner dès qu’on arrive. On a fait une analyse rapide avec ton sang, mais ça ne permet pas de tout savoir. »
Quand m’avaient-ils pris du sang ?
Ska fronça les sourcils devant mon air abasourdi et décroisa les bras.
« Qu’est-ce que tu veux dire, on t’a injecté quelque chose ? Quelqu’un t’a droguée ? »
« Oui. Mais ça va. Je ne pense pas que ce soit grave. »
« Ce n’est pas à toi de décider si ça va ou pas… »
Ricardo, qui était resté silencieux jusque-là, marmonna d’un ton menaçant :
« Tu ne sais pas prendre soin de ton propre corps ? »
Flippant.
Effrayée, je m’excusai aussitôt. L’atmosphère de l’ambulance se glaça d’un coup. Mais Ska et Ami, au volant, lancèrent chacun une remarque, et la tension retomba rapidement.
Elle était retombée, mais j’avais déjà le cœur tout serré.
Il fallait que je fasse attention… Comme je l’avais pensé au début, Ricardo n’était pas facile à vivre.
Ami et Ska me posèrent encore quelques questions sur mon état. Nous échangeâmes brièvement à propos de ma santé. Quand cette conversation stérile prit fin, le silence retomba dans l’ambulance.
Un bruit blanc me martelait les oreilles.
Depuis que Jaeyeon m’avait injecté quelque chose, mes cinq sens étaient devenus excessivement aiguisés. Mon ouïe hypersensible captait tout. Les roues roulant sur la route, le moteur, le liquide qui gouttait dans la perfusion. Rien ne m’échappait, et je ne tardai pas à m’épuiser.
Mais cela me permit de remarquer un changement dans la respiration de quelqu’un.
Ye-hyeon s’était réveillé.
Trop honteuse pour le regarder, je baissai les yeux vers le plancher de l’ambulance.
« Je suis désolée. Si je n’avais pas été là, tu ne te serais pas retrouvé mêlé à cette histoire. »
Tous ceux qui étaient plongés dans leurs pensées se tournèrent vers moi lorsque je rompis le silence.
Je n’avais pas dit ça en espérant une réponse. À part Yoon, personne ne semblait avoir remarqué que Ye-hyeon était réveillé.
Pourtant, Ye-hyeon me répondit. Mon supérieur, qui venait tout juste de reprendre connaissance, laissa échapper un rire étouffé. Ricardo et Ska tournèrent brusquement la tête.
« C’est moi qui ai voulu te prendre sous mon commandement. »
« Fais court. »
Yoon le rabroua sèchement, mais mon supérieur l’ignora.
« Et Jaeyeon m’a toujours détesté. Ce n’est pas ta faute. »
« J’étais dans les vapes et ligotée, alors tu n’as sûrement pas pu résister. »
« Moins que d’habitude. »
Ye-hyeon ouvrit lentement les yeux.
Yoon fronça les sourcils, mais n’ajouta rien. Je regardai Ye-hyeon fixer le plafond de l’ambulance, l’air absent, un léger sourire aux lèvres.
« Pour avoir recueilli quelqu’un sur qui Falcon avait jeté son dévolu, c’est un prix dérisoire. »
La satisfaction teintait la voix de mon supérieur.
« Hilde, tu dois être vraiment têtue. »
Tu continueras à devenir l’atout maître de quelqu’un.
Les paroles de mon ancien ennemi juré me revinrent. Une autre phrase que Colton m’avait dite résonna à mes oreilles : Tu es l’atout maître de ma victoire. Colton n’était pas du genre à parler à la légère. S’il m’avait regardée de haut pendant la réunion avant de dire ça, ce n’était pas sans raison.
Colton avait donc appris que j’appartenais désormais à Ye-hyeon.
Colton n’était pas du genre à croire bêtement que, si quelque chose était impossible, il suffisait de le rendre possible. Il savait distinguer l’impossible du réalisable. Puisqu’il me connaissait bien, il devait savoir que je ne me mettrais jamais sous ses ordres. Il avait dû le comprendre dès nos retrouvailles à la réception.
C’était pour cette raison que Colton avait envoyé Jaeyeon s’en prendre à Ye-hyeon et à moi, furieux.
Quoi qu’il en soit, Colton avait fini par accepter la réalité. Il avait peut-être estimé que, même sous les ordres de Ye-hyeon, je ne représenterais pas une menace pour lui, et que c’était préférable à me voir rejoindre un autre Ancien.
En pensant aux deux Anciens qui s’étaient intéressés à moi, je souris faiblement.
« Je ne serai peut-être pas si douée que ça. Après tout, j’ai encore beaucoup de trous de mémoire. »
« Ce n’est pas grave. »
Ye-hyeon parla d’une voix rauque.
« Tu t’en sors déjà très bien. »
« Ah oui ? Merci, même si ce ne sont que des paroles. »
« Ouais. Ne t’inquiète pas. »
« Ça suffit, maintenant. »
Yoon donna calmement l’ordre.
C’était le signal que la conversation était terminée.
Dans le silence qui suivit, je me plongeai dans mes pensées.
Colton, mon ennemi juré de longue date. Kyle, une connaissance encore plus ancienne, devenue mon ennemi. Ye-hyeon, qui avait caché mon existence avant de m’enregistrer officiellement auprès de Black Badger. Jaeyeon, qui me haïssait parce que j’avais donné aux humains des corps améliorés. Les deux Anciens qui s’étaient intéressés à moi, et leurs bras droits.
Le père de Ye-hyeon, qui avait été l’un de ces bras droits…
Ah.
Je m’en souvenais.
Il s’appelait Lee Seung-hyeon.
Un soldat choisi en Corée.
* * *
Il semblait que je m’étais évanouie dans l’ambulance.
Je m’étais crue en état de tenir le coup, mais quand j’ouvris les yeux, je vis le plafond d’une chambre d’hôpital. À mesure que ma vue s’éclaircissait, je clignai plusieurs fois des yeux.
Combien de fois cela m’était-il déjà arrivé ?
« Oh, tu es réveillée ? »
Le docteur Samuel Han pencha la tête vers moi.
Mes sens, qui n’avaient montré aucun signe d’affaiblissement depuis l’injection, me signalèrent la présence de quelqu’un près du lit. Le médecin me regarda et claqua la langue.
« On devrait arrêter de se voir aussi souvent. »
« Désolée. »
Je venais vraiment trop souvent ici.
Sans tenir compte de la douleur lancinante dans ma tête, je regardai autour de moi. Comme je n’entendais presque aucun bruit, on m’avait probablement installée dans une chambre. Quand m’étais-je évanouie ?
Je croyais vraiment que ça allait.
Ye-hyeon allait-il bien ?
Après avoir fixé le plafond d’un air absent, je me redressai.
« Incapable de rester couchée, hein ? »
Samuel claqua la langue en me voyant relever lentement le torse.
« Ne force pas avec ton bras droit, gamine. Si tu veux guérir vite, en tout cas. »
« Oui. Au fait, vous avez eu le quatre-quarts, la dernière fois ? »
« Le quatre-quarts ? »
Le médecin avait l’air de n’en avoir jamais entendu parler.
« Quel quatre-quarts ? »
« Je vous l’avais apporté la dernière fois… Il s’est passé tellement de choses que je n’ai pas pu vous le donner. »
Je l’avais laissé dans le couloir en courant après Peter, puis je l’avais complètement oublié.
Il avait probablement déjà été jeté. Je devrais lui acheter quelque chose de meilleur.
J’entrouvris les yeux et cherchai mon téléphone à tâtons. Le médecin, qui se tenait au pied du lit, s’approcha à grands pas.
Il prit le téléphone sur la table et me le tendit.
« Laisse tomber. Reste tranquille et fais-toi sortir d’ici, gamine. Ne m’apporte rien. »
« Je vous apporterai quelque chose dès ma sortie. Qu’est-ce que vous aimez ? »
« Je t’ai dit de ne rien apporter. »
« Vous préférez les raisins secs ou le thé vert ? Si vous n’aimez pas les sucreries, je vous apporterai autre chose qu’un dessert. Comme ça, la prochaine fois que j’aurai besoin de compter sur vous, je serai au moins un peu plus à l’aise… »
« Bon sang, elle s’est fait mal à la tête et je ne peux même pas lui donner une tape. »
Samuel semblait regretter plus que tout de ne pas pouvoir me cogner la tête avec sa tablette.
Je souris en regardant le médecin qui tenait sa tablette. Il n’avait pas changé. Son visage mal rasé par endroits, ses cheveux noirs, ses yeux bleus où se lisait la fatigue sans parvenir à dissimuler son intelligence.
Le médecin, qui sentait parfois légèrement le tabac âcre, soupira devant mon sourire radieux.
« Contacte les autres, maintenant. »
Il désigna mon téléphone du menton.
« Tu as reçu plein de messages. Tu ne peux pas utiliser ta main droite, alors appelle-les au lieu d’écrire. »
Je fis docilement ce qu’il me disait.
J’allumai mon téléphone de la main gauche et consultai les messages qui s’étaient accumulés. Il y en avait d’Ami, de Ska et de Ricardo. Oh ! On dirait que Hessi et Tom étaient de retour. Je n’avais reçu aucun message de Yoon ni de Ye-hyeon.
Et celui-là, c’était qui ?
Un message d’un numéro inconnu, pas d’un numéro masqué.
Avant d’ouvrir les autres messages, j’ouvris celui-là.
Puis je lus un message de quelqu’un auquel je ne m’étais jamais attendue.
[Salut, Taleb. C’est Shu Diamond. Quand tu seras sortie, ça te dirait de m’accompagner avec le senior Walker à la boutique de jeux des bas-fonds ?]
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