Chapitre 69
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Traducteur/éditeur : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 69 : Son bras droit (1)
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Ami essuya le sang sur sa robe.
Ils venaient de finir de chasser les créatures. Un quart d’heure plus tôt, on les avait prévenus que des créatures envahissaient la résidence de Choi Je-seok, le père adoptif d’Ami. Elle lisait au chevet de son père malade lorsque Ska l’avait contactée ; elle s’était alors précipitée hors de la demeure principale.
Elles étaient nombreuses, mais le combat fut bref.
Ricardo et Ska se trouvaient déjà dehors.
« Désolé de t’avoir fait sortir pendant ton jour de congé.
Toujours aussi impeccable, Ska adressa un sourire radieux à Ami.
— Cette robe te va bien.
— Merci. Et ce n’est rien. C’est plutôt moi qui devrais vous remercier d’avoir aidé à chasser les créatures venues jusqu’à la demeure principale.
— On dirait que les grands pontes ont encore donné une fête, hein ?
Ricardo ricana tandis que des berlines de luxe passaient à toute allure devant les cadavres des créatures.
La nuit était tombée. Les lampadaires éclairaient la route et une brise fraîche leur ébouriffait les cheveux. Des agents de sécurité d’A-Tech guidaient les voitures qui quittaient le manoir.
La journée touchait à sa fin. La réception était terminée et les créatures avaient été chassées.
En regardant les bâtons lumineux des agents de sécurité, Ami répondit :
— Ouais. Des VIP de classe A, le gratin.
— Ça aurait été un sacré spectacle si on les avait laissées filer vers le manoir au lieu de les chasser…
— Ne sois pas aussi cynique, Rick. Et puis, quelques-unes se sont échappées. On dirait qu’elles ont quand même été massacrées à l’intérieur.
Ska regarda la petite annexe qui se trouvait à la limite de son champ de vision.
Sa montre connectée lui avait envoyé un message : toutes les créatures qui se dirigeaient vers l’annexe avaient été chassées. Il ne prit même pas la peine de lever le poignet pour le consulter. Il savait que les bras droits des Anciens se trouvaient dans l’annexe. Ceux des Anciens les plus haut placés, qui plus est.
La chasse avait dû prendre moins de cinq minutes.
De quoi avaient-ils bien pu discuter avec ces gens dangereux ?
Tandis que Ska fixait l’annexe d’un air préoccupé, Ricardo lui posa une question.
« Hildebert…
Ami et Ska se tournèrent vers lui.
— Il est là-dedans, en ce moment, pas vrai ?
Ami et Ska réagirent différemment.
Les yeux déjà ronds d’Ami s’arrondirent encore. Ska ferma les siens et poussa un léger soupir.
Ami prit la parole la première.
— Rick, tu aimes vraiment bien Hilde !
Ricardo fronça les sourcils et haussa un sourcil. En voyant la réaction de son camarade, Ska éclata de rire.
L’odeur âcre et sanglante des cadavres de créatures fut portée par le vent jusqu’à eux. Aucune des berlines qui quittaient le manoir n’ouvrit ses fenêtres.
— C’est la première fois que je te vois t’intéresser autant à une recrue.
— Ce n’est qu’une recrue ? C’est un type sorti de nulle part, tombé d’un portail… Et s’il a été invité là-dedans, c’est qu’il n’a rien d’ordinaire, à quelque point de vue que ce soit.
— Tu as accepté de partir en mission avec lui la prochaine fois, et tu continues à faire ton grincheux.
Toujours souriant, Ska taquina son ami.
Ricardo ne détendit pas ses sourcils froncés. Il se contenta de lui adresser un sourire de travers.
Puis il soupira, à contrecœur.
— Son petit numéro de kamikaze me rappelle quelqu’un…
Ami et Ska savaient parfaitement de qui il parlait.
Il n’y avait pas un Blaireau qui ignorait que Jonathan Kudo était le cauchemar de Ska et Ricardo. Il avait même fait des missions avec Hildebert, mais il était à peine capable de se souvenir du prénom de Hilde.
Ska rit, puis son sourire s’effaça légèrement.
— Comme si tu valais mieux.
Ricardo fit habilement semblant de ne pas avoir entendu la pique.
L’homme aux yeux verts fit glisser autour de son doigt l’arme, qui avait maintenant la forme d’un serpent, puis changea de sujet.
— Je n’étais pas le seul à avoir proposé ça… J’ai entendu dire que Walker et Richard avaient aussi demandé à partir en mission avec Hilde ?
— Sérieux ?!
— C’est exact.
Ska le confirma sans hésiter.
— Yoon devra donner son accord. Rick, si tu as pu partir en mission avec Hilde cette fois, c’est parce que Yoon t’a donné la permission. Les partenaires seniors ont toujours leur mot à dire sur les affectations des nouvelles recrues.
— Il a accepté les demandes de Richard et Walker ? Mon petit frère aîné est vraiment trop discret. Je n’en savais rien.
— Rien n’est décidé, mais il avait l’air indifférent. Il a dit qu’il n’aimait pas beaucoup partager ce qui lui appartenait.
Ricardo laissa échapper un rire sans joie. Ami gloussa : c’était tout à fait le genre de son vrai frère.
Le vent se leva, emportant leurs voix. À présent, presque aucune berline ne sortait des grilles.
Ska observa ses camarades avec un léger sourire, puis reprit la parole.
— Je suis étonné que Walker ait fait une demande. Il n’a jamais demandé à partir en mission avec qui que ce soit, non ? Toi aussi, tu étais sur cette mission, Ami. Il s’est passé quelque chose entre Walker et Hilde ?
— Pas vraiment…
Ami pencha la tête, plongée dans ses pensées.
— Je ne crois pas qu’il se soit passé quoi que ce soit de particulier avec Walker…
— Richard a dit qu’il voulait lui apprendre à tirer…
— Ah, oui. Richard a appris à Hilde à tirer pendant un moment, lors d’une mission.
— Il a dit qu’on aurait cru que Hilde n’avait jamais tiré avec une arme ?
— Ouais. La pauvre.
Ami eut pitié de la recrue.
— Walker, ça peut aller, mais Richard est beaucoup trop strict.
L’air se rafraîchit. Ska ôta sa veste et la posa sur les épaules d’Ami. Pendant qu’elle lui souriait pour le remercier, Ricardo sortit une cigarette de sa poche.
L’homme aux yeux verts la glissa entre ses lèvres et l’alluma d’un geste expert.
— Ye-hyeon t’a mise à la porte, pas vrai, Ami ?
La question directe s’accompagna d’un nuage de fumée blanche.
Ami acquiesça sans paraître blessée le moins du monde.
— Ouais.
— Si ce sont le genre de gens qui te pourrissent la vie dès que tu en sais trop sur eux, et qu’on t’a mise dehors à cause d’eux… Pourquoi a-t-il amené Hilde dans un endroit pareil ?
— Ne cherche pas à en savoir plus, Rick.
Ska le mit en garde d’un ton doux, mais ferme.
Premier assistant du commandant en chef, il remplaçait celui-ci en son absence. Eric, qui se délectait du malheur des autres, le qualifiait d’ennuyeux ; pourtant, grâce à son tempérament souple mais déterminé, Ska avait appris à formuler des remarques d’une fermeté salutaire.
— Si tu creuses, tu vas te compliquer la vie, comme tu viens de le dire.
Au lieu de répondre, Ricardo expira lentement la fumée de sa cigarette.
Ils gardèrent le silence un moment, à regarder les agents de sécurité d’A-Tech finir de nettoyer les lieux.
Ce fut Ska qui rompit le silence persistant.
— C’est une recrue intelligente. J’espère qu’elle fera carrière sans encombre et qu’elle deviendra notre successeur.
— La relève de la direction ?
Ami leva les yeux vers lui.
Ska acquiesça, les yeux fixés sur l’annexe.
— On ne s’en rend pas compte parce que c’est encore une recrue toute verte, mais elle ferait un bon chef. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu une recrue qui semblait faite pour diriger, alors je me suis attaché à elle. J’essaie de ne pas le montrer, je ne veux pas qu’elle se sente sous pression.
— Tu ne le montres pas du tout ! Je viens seulement de comprendre que toi aussi, tu tiens à Hilde, Ska.
— Tant mieux. Ce n’est pas quelque chose qu’il faut montrer.
Ska lui adressa un sourire charmeur, visiblement ravi par sa remarque.
— Ni à la personne concernée, ni aux autres Blaireaux…
Crissement !
Le crissement perçant des pneus interrompit Ska.
Les trois se retournèrent brusquement au bruit qui leur vrilla les tympans.
Une voiture de sport franchit les grilles à une vitesse folle et s’arrêta dans un crissement devant eux. Sa portière s’ouvrit à la volée et une personne qu’ils connaissaient bien en jaillit.
Yoon descendit, son manteau noir flottant derrière lui, et balaya les environs d’un regard meurtrier.
— Ye-hyeon et Hilde sont sortis ?
L’homme posa la question d’une voix sombre.
Les Blaireaux secouèrent la tête d’un même mouvement. Habitués à affronter des situations dangereuses, ils se raidirent instinctivement.
Yoon lâcha une bordée de jurons, puis regarda Ska.
— Ce salaud a encore frappé.
— Même avec Falcon sur place ?
Ska comprit aussitôt ce que Yoon voulait dire.
Sa voix était tendue.
— Il n’a jamais fait un coup pareil quand Falcon était là.
— Alors Falcon est parti.
Yoon semblait se retenir de laisser éclater une rage bouillonnante.
— Je vais les chercher. Contacte Samuel et appelle une ambulance.
— Je l’appelle tout de suite.
— Je suis apparemment le seul à ne rien piger à ce qui se passe… Je ferais mieux de poser mes questions plus tard…
Ami réprima son inquiétude et sortit son téléphone. Ricardo composa le 119 et marmonna d’un ton sinistre. Yoon tourna les talons et se dirigea vers la voiture de sport.
Son manteau flottant disparut en un instant. Avant qu’il ait pu refermer la portière du conducteur, Ska lui demanda d’une voix tendue :
— Le traceur ?
Yoon ne répondit pas. Il fit un geste du doigt.
Une petite puce s’envola dans les airs, luisant sous le lampadaire. Bang ! Avant même qu’elle touche l’asphalte, la portière claqua violemment.
Ska serra les dents en voyant le dispositif de suivi implanté sous la peau du doigt de Hilde.
La voiture de sport démarra dans un rugissement. Vroum ! Elle couvrit tous les bruits alentour en filant au loin, laissant des traces de pneus sur l’asphalte.
Ricardo s’approcha et ramassa le dispositif de suivi. Ska regarda le morceau de chair qui y adhérait, releva la tête et se mit à jurer comme un beau diable.
Ils n’hésitèrent pas.
Les Blaireaux se séparèrent et partirent en courant dans trois directions.
* * *
J’avais mal à la tête.
Encore plus qu’avant, quand les souvenirs m’étaient revenus d’un coup. Mais la sensation était un peu différente… Mon corps était lourd et j’arrivais à peine à soulever les paupières…
Qu’est-ce qui m’arrivait ? Est-ce que j’avais perdu connaissance après avoir trop bu ?
Mais je ne me souvenais pas d’avoir bu…
Je luttai un moment pour ouvrir mes paupières récalcitrantes. J’essayai de bouger mon corps, lourd comme du coton gorgé d’eau.
Quelque chose clochait. J’avais l’impression que mes deux mains étaient entravées. Et je n’étais pas allongée. J’étais assise quelque part, les jambes serrées et les mains attachées derrière le dos.
Comme un otage ligoté…
« Ah ! »
Je repris mes esprits.
Mes sensations me revinrent d’un coup.
En m’efforçant d’ignorer la douleur qui me déchirait le crâne, j’entrouvris les yeux. Ma vue s’éclaircit.
Mais pas complètement. Les objets devant moi ne cessaient de grandir et de rétrécir. Un couteau acéré s’allongea, puis rétrécit de nouveau…
Un couteau ?
Mon esprit s’éclaircit.
Je repris mon souffle en voyant la lame étincelante et la personne vers qui elle était pointée.
— Jaeyeon !
Mon cri pressé sortit rauque et éraillé.
C’étaient sans doute les effets secondaires de la drogue : le mal de tête lancinant, ma vue qui se déformait sans arrêt.
Mais je n’avais pas le temps de m’en soucier.
— Arrête !
— Tu es réveillée ?
La femme tourna la tête vers moi et sourit.
Ses yeux étirés se plissèrent comme ceux d’un renard.
La scène était terrifiante. Une belle femme, agenouillée, un couteau à sashimi à la main, affichait un joli sourire. Et, à ses pieds, quelqu’un gisait inconscient.
L’homme inconscient était dans un état épouvantable. Sa chemise était trempée de sang ; on n’en distinguait plus la moindre trace de blanc. De gros clous lui transperçaient les chevilles et les poignets. Sa veste déchirée gisait au sol et ses chaussures avaient disparu. Ses cheveux maculés de sang recouvraient son visage livide.
Son corps ne bougeait pas.
La brutalité de la scène me laissa sans voix.
Jaeyeon sourit et dit : « J’attends depuis une éternité », mais je fus incapable de lui répondre correctement.
Les souvenirs qui m’étaient revenus me disaient que Jaeyeon pouvait se montrer dangereusement violente. Autrefois, seul Colton arrivait à la maîtriser. Elle détestait tout, mais se détestait plus que tout. Ses caprices, son talent exceptionnel et sa violence ne pouvaient être contenus que par les rênes que tenait Colton. C’est pourquoi je n’avais jamais vraiment vu Jaeyeon laisser libre cours à sa violence.
Colton fixait toujours une limite. Jaeyeon était restée tant bien que mal à l’intérieur de celle qu’il avait tracée.
Du moins, c’était ainsi que la Jaeyeon de mes souvenirs se comportait.
Mais maintenant…
— Bon, grâce à ça, je me sens un peu mieux.
— Ye-hyeon.
J’appelai l’autre homme d’une voix rauque.
— Ye-hyeon ?
Ma vision se voila d’argent.
Jaeyeon plaça la lame lisse devant mes yeux. Elle m’en montra le plat plutôt que le tranchant, me cachant Ye-hyeon. Ses yeux dorés se reflétèrent sur la lame étincelante.
En voyant mes yeux jaune vif dans le reflet de la lame, je relevai lentement la tête.
Je croisai alors le regard de Jaeyeon.
— Tu devrais te concentrer sur moi.
Les yeux de Jaeyeon se plissèrent.
— On a beaucoup de choses à régler, tous les deux.
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