Chapitre 68
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 68 : Ancien (4)
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Je ne savais pas quoi faire de mes mains.
Voir Colton fumer un cigare en face de moi me rappela les moments où nous étions assis ainsi à en fumer ensemble. Kyle aimait beaucoup les cigares, lui aussi. Ils éveillaient toujours en moi la nostalgie du bon vieux temps. Quand Colton m’offrait une boîte, je me détendais et les partageais avec mes compagnons.
Le bon vieux temps ?
Y avait-il seulement eu une époque avant ma rencontre avec Colton ? J’essayai de m’en souvenir, mais ma tête recommença à me faire mal. Je laissai échapper un léger soupir et renonçai à fouiller un passé qui refusait de remonter à la surface.
À la place, je baissai à demi les yeux et le saluai.
« Ça fait plaisir de te revoir après tout ce temps. »
Au moins, ton visage.
« C’est étrange de revoir un visage familier. Il y a quelques mois encore, je ne savais même pas ce que j’étais. »
« Et maintenant, tu le sais ? »
demanda lentement Colton.
Je retins de justesse l’envie de hausser un sourcil.
Quel enfoiré. Rien n’avait changé. Il connaissait la réponse et posait quand même la question avec désinvolture.
Je répondis sans émotion :
« Je ne me souviens pas de tout. »
« Quelle tragédie. »
« Alors, raconte-moi. »
Je ne tournai pas autour du pot. Je n’avais plus rien à y gagner. L’écart entre nos connaissances était bien trop grand.
Il ne m’avait pas fait venir pour se moquer de moi parce que j’avais perdu la mémoire. Ce n’était pas quelqu’un d’aussi inefficace. Il devait avoir une raison de m’avoir convoquée.
Les autres personnes présentes n’étaient sans doute que les spectateurs de notre conversation. Ni Eric ni Yekaterina ne semblaient vouloir rompre le silence, et je ne pris pas non plus la peine de leur prêter attention.
Colton ouvrit tranquillement la bouche.
« Je ne sais pas à quel point tu te souviens. Mais on dirait que tu ne m’as pas oublié. »
« En fait, je t’avais oublié aussi. »
Je l’avouai franchement en haussant les épaules.
Je ne m’en excusais pas. Je savais très bien que ça ne le blesserait pas.
« Mes souvenirs me sont revenus dès que tu es entré dans la salle de réception. Même là, je ne me souviens pas de tout. »
« C’est touchant. »
« Pas vrai ? »
Je répondis en riant doucement.
C’était drôle. Le premier visage familier que j’avais rencontré après être tombée du portail, ce n’était ni Kyle ni un autre humain, mais Colton Wiseman.
L’accueil, le mépris, l’admiration et le dégoût qui m’avaient assaillie au retour de mes souvenirs étaient tout aussi drôles. Était-ce normal d’éprouver des émotions aussi contradictoires ? Cela dit, avec le recul, j’avais toujours ressenti cette même ambivalence à son égard.
Un lien que je croyais rompu rapidement s’était révélé plutôt tenace.
Un léger sourire aux lèvres, j’évoquai quelqu’un que nous connaissions tous les deux.
« J’ai entendu dire que Kyle s’était réveillé. »
Colton expira lentement un nuage de fumée grise.
« Le problème, c’est que je ne me souviens pas bien de Kyle non plus. J’ai entendu dire qu’il voulait me retrouver et me tuer parce que j’avais trahi les nôtres, mais je ne me rappelle ni comment ni pourquoi je les ai trahis. »
« Comment as-tu appris que Kyle s’était réveillé ? »
« Je l’ai appris par un Blaireau qui était à l’extérieur du Noyau central. »
Je ne savais pas trop ce que je devais révéler, mais Ye-hyeon ne m’arrêta pas et Colton ne demanda pas de précisions.
À la place, mon ami, qui siégeait au sommet du pouvoir, me posa une question étrange.
« Tu ne t’en es rendu compte qu’après l’avoir appris ? »
Je ne compris pas sa question.
Je relevai la tête et clignai plusieurs fois des yeux. L’odeur de l’acajou était épaisse dans la pièce. Tous m’observaient en silence, dans l’attente de ma réponse. Leurs regards perçants sur moi, je me creusai la tête.
Mais j’eus beau réfléchir, je ne parvins pas à comprendre ce qu’il voulait dire. Me reprochait-il de ne pas l’avoir deviné plus tôt au vu des circonstances ? Ou parlait-il d’autre chose ?
Il ne me ferait pas de reproches sur ce ton…
Ne trouvant pas de réponse, je décidai une fois encore d’être honnête.
« Je ne m’en suis rendu compte qu’après l’avoir appris. Pourquoi tu me demandes ça ? »
« Tu as oublié beaucoup de choses. »
Les paroles de Colton ressemblaient davantage à un murmure pour lui-même qu’à une réponse.
« C’était pourtant ce qui te définissait le mieux. »
« Quoi donc ? »
« Tu étais connectée. »
Cette réponse concise fit remonter des fragments de souvenirs enfouis.
« Tu as même oublié ce que tu cachais jusqu’au déclenchement de la guerre. »
« Ils ne savent rien. »
« Regarde. Cette force vitale, comme si elle pouvait exploser à tout instant. Cette sensation d’être connectée. Cette impression si vive de sentir la vie circuler dans ton corps. »
La voix de Kyle s’éleva dans mon esprit et brouilla mes sens. J’essayai d’accueillir le flot de souvenirs qui déferlait en moi.
Oui. Nous l’avions caché jusqu’au déclenchement de la guerre. Jusque-là, pas un seul humain n’avait eu connaissance de ce trait.
Mais comment avions-nous perçu la présence les uns des autres, au juste ?
Je fermai les yeux, terrassée par une douleur fulgurante, et me massai la tempe du doigt.
Un cigare me ferait du bien.
Par bêtise, je portai les doigts à ma bouche, puis m’aperçus qu’ils étaient vides et baissai la main, dépitée.
Eric gloussa doucement à ma gauche.
« On dirait que tu fumes. »
« Des cigares. »
Mon mal de tête ne s’était pas dissipé ; je répondis donc plus brièvement que prévu.
Comme je continuais de froncer les sourcils, Eric fit signe à l’homme aux cheveux roux qui se tenait à côté de lui.
« Shashinsky. Donnez-lui-en un. »
L’homme aux cheveux roux s’approcha de moi sans un bruit.
Un étui contenant des cigares soigneusement rangés s’ouvrit sous mes yeux dans un claquement sec. Cette gentillesse tombait à pic. Les cigares étaient alignés comme de longues barres de chocolat. L’homme que l’on appelait Shashinsky coupa avec adresse celui que j’avais choisi, puis l’alluma même avec une allumette.
« Merci. »
« Je vous en prie. »
Eric accueillit mes remerciements d’un élégant sourire.
« Je vous en prie, reprenez tranquillement votre conversation. »
Ah oui. Nous étions en train de discuter.
Faisant rouler la fumée du cigare dans ma bouche, je reportai mon regard devant moi.
La lourde odeur apaisa mon mal de tête tandis que je repensais à ce que Colton venait de me dire. Il y avait une raison pour laquelle les créatures retrouvaient toujours ma trace. Une raison pour laquelle elles savaient que j’étais revenue.
Même si j’avais oublié comment percevoir moi-même cette connexion.
« C’est un trait étrange. Je ne me souviens pas de ce que ça faisait. »
« Alors je ferai de mon mieux pour t’aider à retrouver ce souvenir. »
« Hein ? »
J’ouvris de grands yeux, surprise par ces paroles inattendues.
« Tu peux faire ça ? »
« Je vais essayer. »
« Et tu comptes t’y prendre comment ? »
Il ne m’était jamais rien arrivé de bon quand tu parlais comme ça.
Je lui lançai un regard méfiant. Colton renifla, mais ne donna aucune explication. Je ne pris pas la peine de cacher mon incrédulité.
Quelqu’un qui aurait une conscience… Enfin, tu n’en as pas. Mais n’importe qui d’un peu sensé serait inquiet devant une telle proposition.
« Je ne sais pas de quelle aide tu parles, mais est-ce que je peux refuser pour l’instant ? »
Colton ne fut pas surpris.
Sans même me regarder, il posa son cigare dans le cendrier.
« Tu le regretteras. »
Ça me rendait folle.
Son attitude suffisante n’avait pas changé. Le pire, c’était qu’il ne proférait jamais de menaces en l’air. Il n’était pas du genre à inventer des choses juste pour se donner de l’importance.
Il n’avait pas besoin de frimer, de toute façon.
« Explique au moins clairement. »
L’homme aux cheveux blancs soigneusement plaqués en arrière accéda à ma demande.
« Kyle s’en prendra à toi bientôt. Probablement en personne. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de revivre les horreurs de la Première Guerre. »
Ah. Je voyais où il voulait en venir.
Mais j’avais du mal à y croire. Je ne comprenais pas tout non plus. Je remis le cigare, qui avait suffisamment refroidi, entre mes lèvres et gardai le silence un instant.
Puis je demandai :
« Tu veux que j’arrête Kyle ? »
« Si tu ne veux pas mourir de la main des tiens. »
« Mais j’en suis capable ? Je l’étais avant ? Je ne sais même pas tirer correctement au pistolet, en ce moment. »
Des regards se tournèrent vers moi. Jaeyeon, debout derrière Colton, haussa un sourcil. Les subordonnés d’Eric clignèrent chacun une fois des yeux, peut-être surpris par ma réponse. Le subordonné de Yekaterina — où l’avais-je déjà vu ? — plissa les yeux et me jeta un coup d’œil.
Eric et Yekaterina me regardèrent eux aussi comme s’ils se demandaient si c’était vrai.
Seuls Ye-hyeon et Colton n’étaient pas surpris.
Colton répondit avec calme :
« Tu n’as jamais su tirer au pistolet. »
« Ah bon ? Je le savais. Ça me semblait juste. »
« De quoi est-elle capable, à l’heure actuelle ? »
Cette question ne m’était pas adressée.
Colton avait tourné la tête vers la gauche pour regarder Ye-hyeon. Celui-ci, qui était assis les jambes croisées et les mains jointes sur la cuisse, soutint son regard.
Mon supérieur répondit d’une voix rauque :
« Je ne peux rien affirmer, puisque je ne me suis pas battu directement contre elle, mais on m’a dit que ses capacités étaient inégales. Son corps ne suit pas le rythme de ses souvenirs, et ceux-ci sont incomplets. »
« Et pour les opérations à l’intérieur du Noyau central ? »
« Nous ne l’y avons pas encore autorisée. »
« Pourquoi ne pas t’entraîner un peu ? »
Colton me réprimanda d’un ton désinvolte.
Ses reproches ne me firent ni chaud ni froid, mais l’évaluation sans détour de Ye-hyeon me frappa de plein fouet.
Je trouvais gênant de m’adresser à mon supérieur. Je regardai donc mon ami et lui adressai un sourire penaud.
« Oui, oui. Je ferai plus d’efforts. »
« Quand le commandant en chef t’aura autorisée à intervenir à l’intérieur du Noyau central, nous reprendrons cette conversation. »
Colton posa son cigare.
Je clignai des yeux en entendant ces paroles qui annonçaient la fin de notre discussion.
La réunion était déjà terminée ? J’avais encore tant de questions à lui poser.
Mais à voir les autres Anciens se préparer à partir, il était évident que la réunion touchait à sa fin.
Je comprenais bien l’attitude de mon vieil ami, aussi agaçant fût-il. À quoi bon entendre la vérité si j’étais incapable de faire mes preuves ? Mon corps ne suivait pas, et retrouver mes souvenirs ne rendrait pas mes capacités miraculeusement meilleures. Pas plus que ça ne m’aiderait à arrêter Kyle quand il viendrait pour me tuer. Il voulait d’abord changer la situation, puis reprendre la conversation. C’était une approche pragmatique, comme lui.
Il se leva et rajusta le col de sa veste noire.
Rien ne changerait si je m’obstinais à vouloir continuer la conversation ici.
Je restai assise et regardai Eric et Yekaterina se lever tranquillement. Kyle et Colton. Voilà les deux noms dont je me souvenais.
Kyle, qui se moquait de l’ignorance de l’humanité, et l’homme qui m’avait regardée, les doigts entrelacés, en disant…
Un homme aux yeux bleu froid.
« Tu es la carte maîtresse de ma victoire. »
Je regardai les gens commencer à bouger, puis rompis lentement le silence.
« Colton. »
Tout le monde s’arrêta et me regarda.
« Alors, est-ce que j’ai vraiment été ta carte maîtresse, finalement ? »
Colton baissa les yeux vers moi sans répondre.
J’attendis sa réponse avec un doux sourire. Je ne me souvenais ni de la raison ni de la manière dont j’avais trahi les miens, mais j’étais désormais certaine d’avoir fini par prendre le parti de l’humanité. Au bout du compte, j’avais choisi Colton, pas Kyle.
Pas le membre de mon peuple qui me souriait avec éclat, mais celui qui ne cessait de me rabrouer et de me dire de ne pas perdre mon temps avec des futilités.
Mon vieil ami rompit le silence.
« Tu l’as été. »
Sa réponse avait du poids.
« Si tu retrouves les capacités que tu avais avant, tu redeviendras la carte maîtresse de quelqu’un. »
« Hein ? »
« Comme ça… »
Colton se mit en marche, laissant traîner ses mots.
« À condition de ne pas rester dans un état où tu ne sens même pas ce genre de chose. »
BOUM !
Trois murs s’effondrèrent et des créatures firent irruption dans la pièce.
Elles étaient quatre. On aurait dit des chevaux aux museaux déchirés. Leurs têtes étaient assez grosses pour fracasser les murs, et les élégants murs s’écroulèrent sans opposer la moindre résistance, dévoilant la vue nocturne bleutée.
Les intruses furent abattues en un rien de temps.
Je regardai les subordonnés des Anciens tuer les créatures sans même ciller. Ceux d’Eric bougeaient côte à côte, tels des reflets dans un miroir. Le subordonné de Yekaterina tourna nonchalamment la tête, balança le bras droit et transperça proprement un point vital d’une créature.
Jaeyeon dégaina un pistolet et lui fit éclater un œil.
Mais le bruit des douilles ne cessa pas. Il continua de tirer jusqu’à ce que la pupille de la créature s’affaisse. Dès qu’elle s’enfonça, Jaeyeon enfonça la main dans le trou et pressa encore plusieurs fois la détente. Je regardai avec dégoût la chair et le sang éclabousser son costume impeccable.
Après avoir évacué sa colère, Jaeyeon retira ses gants et les fourra dans une poche. Sans se soucier de son costume ruiné, elle repoussa ses cheveux noirs vers l’arrière.
Puis Jaeyeon adressa un grand sourire à Ye-hyeon.
Ye-hyeon soupira, et Colton ne lui accorda pas un regard.
« Adieu, Prométhée. »
Eric, qui n’avait pas cillé une seule fois devant ce qui se passait derrière lui, sourit en posant son manteau sur ses épaules.
Les trois Anciens étaient d’un calme effrayant. Ils traversèrent tranquillement le vent qui s’engouffrait par le mur effondré.
Je laissai échapper un rire sans joie, la fumée de mon cigare aux lèvres, et lui rendis son salut.
« Oui. Merci pour ce bon cigare. »
« On dirait qu’il vous a plu. Je vous enverrai une boîte en cadeau. Vous êtes un homme ennuyeux, mais vous comptez aussi beaucoup. »
Quel sale type.
Eric et ses subordonnés quittèrent d’abord le salon. Après avoir rendu leurs salutations aux subordonnés d’Eric, je regardai mon vieil ami agaçant passer devant moi.
Colton passa sans se soucier de moi, les yeux fixés droit devant, tandis que Jaeyeon le suivait d’un regard venimeux.
J’allais leur dire au revoir quand Colton parla à voix basse.
« Félicitations d’avoir survécu. »
Je regardai son dos avec un léger sourire.
« Ouais. »
« Je te donnerai un coup de main comme il faut. Alors adapte-toi vite. »
« Je t’appellerai. »
Colton répondit d’un ton léger et quitta le salon. Le bruit régulier de ses chaussures s’évanouit.
« Ouais, bien sûr. J’allais justement te demander ton numéro », répondis-je d’un ton léger. Ce ne fut qu’une fois ses pas évanouis que je compris quelque chose.
Attends. N’avait-il pas dit plus tôt qu’il m’aiderait à retrouver la sensation de cette connexion ? J’avais dit que je refusais. Il venait de m’ignorer, là ?
Pourquoi n’avait-il pas changé d’un pouce ?
Il était vraiment incroyablement pareil à lui-même. Je fixais avec incrédulité la porte par laquelle ils étaient sortis quand Yekaterina passa à ma droite.
Elle me jeta un regard de ses yeux verts déterminés.
« J’espère que nous nous reverrons très bientôt. Je compte sur vous pour vous entraîner assidûment. »
Son subordonné la suivit tandis qu’elle s’éloignait.
Sans lisser son front plissé, il me détailla. Nos regards se croisèrent, mais l’homme détourna la tête sans un mot.
Ah. Même ce geste m’était bien trop familier. Nous n’avions probablement pas été proches, puisque je ne l’avais pas reconnu tout de suite, mais quand même.
Où l’avais-je rencontré… ?
Ah.
Il apparaissait dans le petit fragment de souvenir qui venait de remonter. En face de moi, vêtu d’une combinaison spéciale noire comme ses compagnons.
Je le connaissais donc. Mais je ne me rappelais ni son nom ni aucun détail, et cette étrange impression de familiarité ne m’avait pas quittée.
Qu’est-ce que c’était ?
Le front plissé, je regardai l’endroit où il avait disparu, mal à l’aise, comme quand on cherche à se rappeler un mot qu’on connaît. Il me semblait que la réponse me reviendrait si j’y réfléchissais encore un peu. Contrairement à mes autres souvenirs, celui-ci me donnait l’impression que la réponse était juste devant moi…
Alors que j’y repensais, quelqu’un s’arrêta près de moi.
« Hilde. »
C’était la voix de mon supérieur.
« Nous aussi, on y va. »
Je me tournai vers Ye-hyeon.
Au même instant, je trouvai l’origine de cette impression de familiarité.
« Commandant en chef, vous avez des frères et sœurs ? »
Le subordonné de Yekaterina ressemblait étonnamment à Ye-hyeon.
« Cet homme qui vient de partir… »
Mais je ne pus terminer ma phrase.
L’expression professionnelle qui couvrait le visage de Ye-hyeon disparut. Son regard s’éteignit, et une tristesse d’une intensité que je ne lui avais jamais vue emplit ses yeux voilés. Incapable d’en soutenir le poids, son regard vacillant finit par tomber.
Le silence nous enveloppa.
Ce silence devait être fait de ma surprise, du souffle du vent nocturne qui s’engouffrait dans la pièce et du chagrin de Ye-hyeon. Il fallut longtemps avant qu’il ne se brise.
« Je n’ai pas de frères et sœurs. »
Sa voix était faible, comme une bougie qui s’éteint.
« Cet homme est mon père. »
Incapable de trouver quoi que ce soit à dire, je regardai longuement Ye-hyeon.
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