Chapitre 63
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Traducteur/éditeur : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 63 : La disparition de Martin (3)
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Je le rattrapai rapidement.
Ce ne fut pas difficile, d’autant que le scientifique paniqué s’était réfugié de lui-même dans un bureau vide.
Je refermai discrètement la porte de ce qui ressemblait à une salle de réunion.
Le scientifique comprit qu’il était coincé et se mit à trembler.
« Calmez-vous. Je ne vous ferai pas de mal. »
Ce n’était pas la bonne chose à dire ?
À en juger par ses tremblements, ça en avait tout l’air.
Ça n’allait pas.
Je restai tranquillement devant le scientifique. Il tremblait pitoyablement, mais ne lâchait toujours pas le paquet de la taille d’une tête humaine.
Je ne bougeai pas pendant si longtemps que même quelqu’un qui avait peur de moi aurait fini par s’ennuyer.
L’homme, qui se cachait à moitié derrière le paquet, finit par relever la tête.
« … Vous n’allez pas le prendre ? »
« Je peux le prendre si vous me le donnez. »
Je répondis sans hésiter à sa question timide.
L’homme eut une drôle d’expression. Je ne cherchai pas à deviner ce qui lui passait par la tête. À la place, je laissai pendre mes bras le long du corps pour lui montrer que je ne lui voulais aucun mal.
Le scientifique, qui serrait toujours le paquet contre lui, m’observa attentivement.
Un silence tendu s’installa. Je ne pris pas la parole la première, mais ne détournai pas non plus les yeux. Il ne pouvait pas voir mon visage, mais j’étais presque certaine d’afficher une expression parfaitement neutre.
Finalement, le voleur de Martin fut le premier à céder.
« V-vous m’avez écouté si gentiment… »
« Pardon ? »
Je me penchai vers lui pour ne pas manquer sa voix qui s’éteignait.
Le scientifique se mit à pleurer.
« Martin était toujours gentil et m’écoutait si bien… Je voulais rester tout le temps avec Martin… »
« Vous vouliez rester avec Martin ? »
Je ne pus m’empêcher de lui poser la question.
« Vous avez volé Martin parce que vous vouliez rester avec lui ? »
Il hocha la tête à travers ses larmes, puis s’essuya les yeux avec l’avant-bras.
Je fixai sans comprendre cet homme qui semblait avoir la fin de la trentaine et pleurait devant moi. Il avait emmené Martin pour ça ?
Ça me rendait folle.
« Je ne voulais pas voler Martin. Je voulais l’emmener chez moi… »
« Et ce que Martin voulait, alors ? »
Je ne pus dissimuler le reproche dans ma voix. Le scientifique tressaillit en l’entendant.
Il me regarda, terrifié, et marmonna :
« Martin disait qu’il aimait aussi discuter avec moi… Martin disait qu’il voulait continuer à parler avec moi, si possible… »
« Vous pouviez discuter avec Martin au labo. »
« On m’a muté dans une antenne. »
Le scientifique marmonna d’un ton lugubre.
« Je pars la semaine prochaine. »
Il baissa tristement les yeux vers le paquet de la taille d’une tête humaine. Ses épaules s’affaissèrent. Ses cheveux noirs commençaient à grisonner et sa barbe n’était pas rasée. Il avait l’air épuisé. Son impuissance avait quelque chose d’un peu pitoyable.
Mais je ne pouvais pas lui pardonner d’avoir volé Martin.
J’allais lui dire que je ne dénoncerais pas son geste à Yoon s’il me rendait Martin.
Mais le scientifique éclata en sanglots.
Il pleura si tristement que j’en fus prise au dépourvu. Les larmes ruisselant sur son visage, il me tendit le paquet.
« M-Martin ne s’allume plus… »
Quoi ?
« M-même avec le bon câble, celui que j’ai acheté et branché, Martin ne s’allumait pas… J’ai eu peur… J’avais tellement peur que j’ai ramené Martin ici… »
« Attendez, Martin ne s’allume pas, même avec le bon câble ? Pourquoi ? Vous avez touché à quelque chose ? »
« J-je ne sais pas… J’ai vraiment fait attention en portant Martin… »
Le scientifique pleurait tellement qu’il avait du mal à ouvrir les yeux.
Je pris vite le paquet et en dénouai l’ouverture. Quand la pochette de satin s’ouvrit, le corps rond de Martin apparut. Une surface blanche et lisse. Un énorme objectif.
Une lumière bleue brillait souvent derrière cet objectif tandis que Martin parcourait le plafond et les murs du labo en volant.
Mais à présent, il n’y avait plus la moindre trace de couleur. L’objectif, grand et noir, était plongé dans l’obscurité.
« Martin ! »
Je le saisis à deux mains et m’écriai :
« Martin ! Réveille-toi ! »
« Maaartin… »
Le scientifique sanglotait à côté de moi.
« Martin, je suis désolé ! Je… »
Nous appelâmes Martin pendant un long moment.
Puis je repris mes esprits la première.
Non. Ce n’était pas le moment. Se laisser submerger par l’émotion ne résoudrait rien.
Martin calé sous le bras, je me mis à rassurer doucement le scientifique. Je parlai aussi calmement que possible pour consoler le voleur effondré.
Quoi qu’il en soit, merci d’avoir ramené Martin. J’allais l’emmener auprès de Yoon et John. S’il avait peur d’affronter Yoon, il lui suffisait de me donner son numéro de téléphone. Je garderais son identité secrète et, si j’avais des questions, il n’aurait qu’à y répondre honnêtement…
À mesure qu’il m’écoutait, ses yeux s’emplirent peu à peu d’émotion.
Il me regarda, les yeux brillants.
« Merci. »
« Pourquoi ? »
« Je vais me rendre. »
« Quoi ? Vraiment ? »
« Oui. »
Le scientifique serra les dents et hocha la tête.
« Je présenterai aussi mes excuses aux autres scientifiques. »
Je rayonnai de joie. C’est ça. Il devait assumer les conséquences de ses actes.
Je le félicitai d’avoir pris une décision aussi difficile, puis lui dis que nous devrions d’abord aller voir Yoon.
Le plus urgent, c’était de sauver Martin. J’étais très inquiète à l’idée que le chouchou du labo soit cassé.
Mais lorsque j’ouvris la porte à la volée et lui dis qu’on allait voir Yoon, le visage du scientifique s’assombrit.
Il me suivit dehors à contrecœur, puis s’agrippa à l’ourlet de mes vêtements.
« V-vous pourriez dire un mot en ma faveur auprès de Yoon ? »
« Ah. »
Je comprenais sa peur.
« Bien sûr. Je ferai de mon mieux pour vous couvrir. »
Ses yeux se remplirent de gratitude et d’émotion.
De peur qu’il ne change d’avis, je lui saisis fermement le bras et me dirigeai vers Yoon, Martin sous l’autre bras.
* * *
Yoon était abasourdi.
Il avait l’air tellement sidéré qu’il n’avait même plus la force de se mettre en colère. Mon partenaire senior m’avait attendue devant la chambre d’hôpital, prêt à découper le coupable vivant, mais, dès que j’eus expliqué la situation, il ne put que laisser échapper des sons incrédules. Après ma demande d’indulgence, il soupira et secoua la tête.
Il avait l’air trop abasourdi pour trouver quoi que ce soit à dire.
Après que mon partenaire senior eut exprimé son mépris de tout son être, nous retournâmes au labo. Incapable de croiser le regard de Yoon, le scientifique resta collé à mes côtés.
Je ne le repoussai pas en entrant dans le labo.
À peine avions-nous franchi le seuil qu’un vaste espace chaotique s’étendit devant nous. Les scientifiques qui s’affairaient dans cette salle familière s’arrêtèrent brusquement.
Ils tournèrent la tête vers nous.
On aurait dit que quelqu’un avait mis tout le monde sur pause.
Leurs regards fusèrent vers nous. Le silence tomba, aussi tranchant que du verre.
Yoon, le voleur de Martin — qui s’appelait apparemment Peter — et moi nous immobilisâmes.
« Martin. »
Je regardai les scientifiques qui nous fixaient, puis brandis Martin.
« Martin est de retour. »
L’idole du département scientifique était revenue !
Une immense clameur éclata.
Le vaste espace trembla sous un rugissement si puissant que le bruit en vibrait. Je sursautai malgré moi. Je n’étais pas capable de m’éclipser aussi habilement que Yoon.
Les yeux des scientifiques brillaient d’une lueur sauvage. À moitié hors d’eux, ils poussèrent des cris stridents et se ruèrent sur moi.
En les voyant foncer comme un troupeau de buffles, je criai :
« Calmez-vous ! »
« Hilde a retrouvé Martin ! »
« Martin ! Martin ! »
« Hilde ! Hilde ! »
Impossible de calmer ces gens.
Je reculai en hâte. J’étais fichue. J’aurais dû me rappeler à quel point ils étaient sincèrement cinglés de Martin.
« Calmez-vous ! Ne courez pas ! »
Les scientifiques ignorèrent mes appels désespérés.
Si je n’avais pas été un Blaireau Noir, ils m’auraient renversée et piétinée à mort. Je résistai tant bien que mal tandis qu’ils fondaient sur moi et s’agrippaient à moi comme des aimants.
Ah. Aïe, ça fait mal. Pourquoi ces gens sont-ils aussi sérieux au sujet de Martin ?
Même en maugréant intérieurement, je ne baissai surtout pas le bras que je gardais au-dessus de ma tête.
« Calmez-vous, s’il vous plaît ! Il faut allumer Martin ! »
« T’es incroyable, Hilde ! Digne de la protégée de Choi Yoon ! »
« La VVVIP du labo ! »
« Emmenez-la sur l’estrade ! Elle est propriétaire de trente millions de wons ! »
« Paie-nous un café avec ces trente millions ! »
« Une pizza ! »
« Du poulet ! »
« Ma quête ! »
« Non ! La prochaine quête est pour moi ! »
J’avais dit qu’il fallait vérifier si Martin avait un problème !
Mais personne ne m’écoutait. Les scientifiques qui m’encerclaient m’entraînèrent au loin.
Je compris vite où ils m’emmenaient : plusieurs scientifiques tiraient une estrade depuis l’autre bout du labo.
Pourquoi le labo possédait-il une estrade aussi extravagante ?
Je n’avais vraiment pas envie de monter là-dessus.
Mais je ne pouvais pas me débattre au risque de blesser les gens autour de moi. Si je dosais mal ma force, les scientifiques civils seraient gravement blessés.
Alors, incapable d’opposer une résistance digne de ce nom, je me laissai entraîner sans pouvoir rien faire. On aurait dit qu’ils savaient que je ne pouvais pas me défendre.
Évidemment, mon partenaire senior ne m’aida pas.
Bien loin de me prêter main-forte, il tendit le bras et m’arracha Martin des mains.
« Bonne chance. »
Pas « bien joué », mais « bonne chance » ?
« Tu viens de gagner trente millions de wons. »
« Je t’ai dit que je n’avais pas retrouvé Martin, Yoon. C’est Peter qui l’a ramené lui-même… Et surtout, aide-moi ! Ils ne veulent pas me lâcher ! »
« Ils vont mettre un moment à se calmer. »
Yoon, le visage impassible, retourna Martin pour l’examiner.
« Fais-leur plaisir en attendant. »
Mon partenaire senior m’abandonna.
Sur l’estrade, on me remit un trophée gravé de l’inscription « 30 000 000 wons », apparemment fabriqué à l’imprimante 3D. On m’accrocha une guirlande de fleurs autour du cou, apparemment confectionnée avec des fleurs cultivées dans la serre du labo. On m’obligea à prendre des photos souvenirs avec un appareil qui coûtait, paraît-il, près de dix millions de wons. Ce ne fut qu’après avoir reçu les applaudissements tonitruants des scientifiques que je fus enfin libérée.
Les geeks les plus doués du Noyau central jouaient dans une autre ligue.
Alors que je descendais de l’estrade en titubant, quelqu’un posa délicatement une couronne de fleurs sur ma tête. Un autre scientifique me fourra un bouquet dans les mains. Je les acceptai sans âme, puis traversai le labo en titubant.
Enfouie sous les fleurs, je rejoignis le bureau de mon partenaire senior.
Yoon et John s’occupaient de Martin.
Ils étaient eux aussi entourés de scientifiques, mais ceux qui les entouraient gardaient une certaine distance avec les deux génies.
Normal. Peu de gens oseraient envahir l’espace personnel de Yoon.
Je me frayai un chemin à travers le cercle de scientifiques.
Puis je m’arrêtai à côté de Yoon.
« Yoon. Martin… »
Tirirng.
Le bruit de l’appareil qui se rallumait.
La lumière revint dans l’objectif de Martin.
[Redémarrage terminé. Initialisation en cours.]
[Bonjour !]
La voix enjouée de Martin résonna dans le labo.
[Yoon ! John ! Ça fait longtemps ! Je n’avais plus de batterie ? Mes souvenirs se sont interrompus à un moment bizarre.]
« Martin ! »
Peter, qui se tenait à l’écart, les mains jointes, s’écria :
« Tu es réveillé ! Je suis désolé ! »
Ses excuses éperdues furent noyées par les cris des scientifiques en liesse.
Une nouvelle clameur passionnée s’éleva, me vrillant les oreilles.
Au milieu des acclamations, j’entendis Yoon poser des questions élémentaires à Martin pour vérifier son état.
Après avoir obtenu des réponses claires de Martin, Yoon se tourna vers John.
« Qu’est-ce que tu veux faire du voleur ? »
C’était le genre de question qu’on poserait à un co-créateur.
Mais John ne regarda pas le voleur. Il serra plutôt contre lui l’IA qui tournoyait, comme si elle ne comprenait pas pourquoi tout le monde criait.
On aurait dit qu’il tenait un enfant chéri dans ses bras.
Le génie aux cheveux gris garda Martin contre lui un long moment avant de répondre :
« Martin est revenu. Ça me suffit. »
Quelles retrouvailles émouvantes.
« Euh… Son nom… »
« Vous parlez de moi, senior ? Je suis le sujet d’expérience numéro zéro. »
John me regarda tandis que je me présentais à la hâte.
« Donne la récompense au numéro zéro. »
« Ça ira. »
Yoon eut un petit ricanement.
Martin tournoyait encore et encore, sous les acclamations des scientifiques ravis de le retrouver.
Ainsi prit fin l’affaire du vol de Martin.
Martin redevint l’idole du labo et Peter reçut quantité de regards méprisants, mais il partit en mission dans une antenne avec ses quatre membres intacts.
Et je reçus l’argent de la récompense. Trente millions de wons après impôts, versés en une seule fois.
Mon nom fut aussi ajouté au palmarès du Hall des quêtes. J’avais devancé les Blaireaux Noirs seniors et mon nom fut gravé à la première place pour la plus grosse récompense jamais offerte en une seule fois.
Hildebert Taleb : récompense totale, 30 000 000 wons.
À partir de ce jour, je devins une sorte d’héroïne du labo. Chaque fois que j’y entrais, les scientifiques m’acclamaient en lançant des choses étranges comme : « Le héros est arrivé. »
John Mueln retint lui aussi mon nom.
Sous la forme « numéro zéro ».
Ainsi, l’affaire du vol de Martin s’acheva après avoir entraîné quelques petits changements. Pourtant, ce qui me rendit heureuse, plus encore que de devenir l’héroïne du labo ou que John retienne mon nom, ce fut de m’être rapprochée de Martin. À partir de ce jour, j’allai souvent lui rendre visite pour passer du temps avec lui. Je gardai aussi le contact avec Peter, qui était parti dans une antenne.
Du temps passé avec des gens qui n’étaient pas des Blaireaux Noirs.
C’est ainsi que je m’occupai jusqu’à la veille de la réception.
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