Chapitre 61
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 61 : La disparition de Martin (1)
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Les scientifiques étaient dévastés.
Ils étaient accablés de chagrin. Appelés en urgence par John, ils s’étaient précipités au laboratoire, mais n’avaient fait que se lamenter devant l’endroit d’où Martin avait été enlevé.
Je contemplai sans rien dire les scientifiques qui se cachaient le visage.
Certains se laissaient tomber à genoux en pleurant : « Oh, mon Dieu. »
À ce point-là ?
Bien sûr, ils ne restèrent pas là à désespérer. Les choses bougèrent vite. J’ignorais que John Mueln pouvait agir aussi rapidement.
Sous la direction de John Mueln, les scientifiques s’affairèrent en parfaite coordination, rapprochant les bureaux pour préparer une réunion.
Ils avaient même prévu une chaise pour moi.
Pourquoi ?
« Hilde, assieds-toi. La réunion va commencer. »
« Moi ? »
« Oui ! »
Les scientifiques répondirent d’une seule voix et me firent asseoir.
« La réunion commence ! »
Justement. Pourquoi suis-je ici ?
Mais les scientifiques ne semblaient pas disposés à me laisser partir. Ceux que j’avais appris à connaître en venant au laboratoire avec mon partenaire senior s’accrochèrent fermement au bas de mes vêtements.
Je ne travaille pas ici. Je viens souvent au laboratoire, mais je ne suis pas scientifique.
Quoi qu’il en soit, alors que je restais assise, captive, Yoon prit la parole.
« Les images de vidéosurveillance ? »
« On les examine. »
John répondit.
Il était déjà surprenant qu’il réponde aussi vite, mais le voir fixer avec autant d’attention l’immense écran l’était encore plus. Moins d’une heure s’était écoulée depuis qu’il avait appuyé sur le bouton rouge et convoqué tout le monde.
Avait-il toujours été capable d’agir aussi vite ?
Personne d’autre ne semblait étonné. Au contraire, ils acquiesçaient avec entrain, comme si John était quelqu’un à qui l’on pouvait confier n’importe quoi. Yoon ne contesta pas non plus sa réponse et se contenta de hocher la tête.
Mon partenaire senior promena lentement le regard sur les scientifiques accablés de chagrin.
« À partir de maintenant, nous appliquerons le principe de présomption de culpabilité. »
Quel genre de principe, espèce de fou ?
« Notez en détail tous vos déplacements depuis hier et affichez-les au tableau. »
« Ça pourrait être quelqu’un de l’extérieur du laboratoire. On ne devrait pas recueillir les alibis de tout le personnel du quartier général ? »
« Il faudrait enquêter non seulement sur le personnel du quartier général, mais aussi sur les personnes extérieures ! »
« C’est logique. Martin est exactement le genre de chose que des entreprises extérieures voudraient récupérer. »
« Je vais vérifier les registres d’accès des visiteurs ! »
Les scientifiques se mirent à parler tous en même temps. Un peu étourdie, je saisis des bribes de leurs conversations qui fusaient autour de moi.
Ils étaient sérieux. Ils ne semblaient pas le moins du monde contrariés à l’idée de révéler leurs déplacements. Au contraire, ils jugeaient sans doute que vérifier seulement ceux des scientifiques ne suffirait pas.
Ils proposèrent quantité d’autres moyens pour retrouver le coupable. Vérifier quand l’alimentation de Martin avait été coupée. Identifier l’outil qui avait sectionné les câbles. Retrouver où cet outil avait été acheté. Restait-il de l’énergie dans le corps principal de Martin ? Le dernier signal de Martin pouvait-il fournir un indice ?
Je ne comprenais pas la moitié de ce qu’ils racontaient.
Mais je voyais bien que Yoon était furieux.
« Si le coupable est parmi vous, avouez tant que je vous le demande gentiment. »
Mon partenaire senior les menaça.
« Je tiendrai compte de vos aveux. Si je vous attrape, je vous démolirai. »
Un Blaireau Noir a le droit de menacer des civils comme ça ?
J’entendis quelqu’un déglutir sous la pression. Pourtant, personne ne protesta. Les scientifiques hochèrent gravement la tête.
En voyant ces gens si déterminés, je laissai échapper un rire sans joie.
Mais sérieusement, qui avait enlevé Martin ?
Martin était adorable. C’était la mascotte du laboratoire.
Je suivis la scène avec un vif intérêt. J’aurais aimé continuer à regarder, mais je ne le pus pas. Mon partenaire senior reçut un message, leva les yeux de son téléphone et fixa son regard sur moi.
Yoon posa les yeux sur moi.
« La bleue. »
« Ah, je suis encore une bleue ? »
« Viens avec moi. »
À en juger par la façon dont il ordonna aux scientifiques de lancer les recherches sur Martin avant de s’éloigner, l’affaire semblait importante.
Je demandai aux scientifiques qui retenaient mes vêtements de me lâcher, puis trottinai derrière mon partenaire senior pour sortir du laboratoire.
* *
C’était Ye-hyeon qui l’avait contacté.
La chambre individuelle de l’hôpital était bien plus propre et spacieuse que celle où j’avais séjourné. Le silence était tel que j’en avais les oreilles qui bourdonnaient. En entrant à la suite de mon partenaire senior, je retins mon souffle à la vue du commandant en chef allongé dans son lit.
Ye-hyeon était étendu là, inerte et raide comme un rouleau de pâte de riz.
Les deux hommes ne prêtèrent guère attention à ma surprise. Yoon se dirigea à grands pas vers celui qui avait manifestement l’air mal en point. Son supérieur, plus pâle que d’habitude, tourna les yeux vers nous.
Après avoir vérifié que j’étais là, Ye-hyeon croisa le regard de Yoon.
« Pourquoi as-tu convoqué une réunion d’urgence ? »
Yoon et moi nous assîmes côte à côte sur les chaises près du lit.
« Martin a disparu. »
« Ah. »
Ye-hyeon laissa échapper un bref son.
Il devait vraiment être malade. À voir la façon dont il fixait mon partenaire senior sans expression, il n’avait même pas l’énergie d’être surpris ou furieux que des scientifiques se mettent à genoux en se lamentant…
Ye-hyeon reporta son regard au plafond.
« Ce n’est pas grave. »
Ce n’est pas grave ?
« Comment ça, ce n’est pas grave ? »
« Ce n’est qu’une machine. »
Ye-hyeon répondit à la protestation de Yoon.
« C’est vraiment si grave ? Il n’y avait pas de secrets enregistrés dedans, si ? »
« Il n’y avait aucun secret, mais quand même. »
Yoon baissa les yeux vers Ye-hyeon, l’air contrarié.
J’aimais assez voir mon partenaire senior réagir ainsi. Alors, lui aussi, il râle après Ye-hyeon.
Mon partenaire senior se plaignit :
« On a volé quelque chose qui appartient au quartier général. Tu ne devrais pas au moins être contrarié ? »
« On le retrouvera. »
Ye-hyeon resta calme. Allongé sur le dos, les yeux rivés au plafond, il posa sur son ventre sa main droite, piquée par une perfusion.
Puis il marmonna comme pour lui-même :
« Martin… consomme trop d’électricité… »
Voilà donc le problème.
Je retins un sourire.
Je gardai le silence et écoutai attentivement la conversation entre mes deux aînés.
Ils parlèrent un moment de la situation de Martin. Avait-il une idée de l’identité du coupable ? Non, mais il y verrait plus clair d’ici un jour. Dès qu’il l’attraperait, il le passerait à tabac. Le retrouver, d’accord, mais menacer des civils, non. Ye-hyeon se montrait toujours trop dur avec Martin…
Leur conversation détendue s’interrompit à un moment.
Ye-hyeon tourna la tête vers moi.
« Hilde. »
« Ah, oui. »
Est-ce que j’avais trop apprécié leur conversation ?
J’effaçai mon sourire et me redressai.
Voyant à quel point j’étais tendue, le plus haut gradé esquissa un faible sourire.
« Tu n’as pas besoin d’être aussi nerveuse. »
« Oui. Merci. »
« Tu as des questions ? »
Encore une question lancée sans explication.
Je regardai droit dans les yeux de mon supérieur pâle.
J’attendais cet instant depuis que Jin Silver m’avait asséné cette nouvelle fracassante dans le métro.
Mais maintenant que j’avais l’occasion de poser une question, difficile de choisir la bonne. Je voulais lui parler de Jin. Pourtant, je ne voulais pas rouvrir les blessures de quelqu’un qui gisait là, couvert de sueurs froides.
Il pouvait tenir une conversation normalement, mais il ne semblait plus avoir de forces.
Après réflexion, je dis autre chose :
« On dit que je ne suis pas humaine. »
Yoon releva la tête.
Ses yeux noirs clignèrent une fois.
Ye-hyeon, lui, baissa les yeux. Comme s’il avait pitié de moi. Ou qu’il regrettait de m’avoir caché la vérité pendant tout ce temps.
Sa seule réaction me donna ma réponse.
Mais je voulais qu’il me le confirme. Je regardai l’homme aussi blanc que le drap qui le recouvrait.
« Vous le saviez ? »
Un long silence suivit.
Un silence glacé nous enveloppa. J’étais assise dans cette chambre d’hôpital immobile, attendant une réponse. Yoon se tourna lui aussi vers Ye-hyeon et attendit. Apparemment, même lui ne le savait pas.
Cette information avait été cachée même à celui qui connaissait Jaeyeon et vivait sous le même toit que Ye-hyeon.
Pourquoi cet homme tenait-il tant à la dissimuler ?
« Je le savais. »
Après un long moment, Ye-hyeon répondit à voix basse.
« Je suis désolé de te l’avoir caché. »
« Non. Je ne vous l’ai jamais demandé. »
J’esquissai un faible sourire.
La tristesse et la culpabilité assombrirent les yeux de Ye-hyeon. Allongé dans son lit d’hôpital, il avait les paupières tombantes. L’autorité qu’il affichait en public avait disparu. Je me rappelai ce que Ricardo m’avait dit. En privé, il était si doux qu’il en devenait presque effacé.
Il devait avoir ses raisons pour me le cacher, inutile qu’il s’en veuille à ce point.
Quand je le lui dis, Ye-hyeon eut l’air encore plus accablé.
« Ne vous en voulez pas autant. Si vous aviez pu me le dire, vous me l’auriez dit plus tôt, non ? »
« Jin te l’a dit ? »
Comment l’avait-il deviné si vite ?
Je hochai la tête.
« Oui. Jin me l’a dit. Il a dit que je finirais par devoir me souvenir. »
« … C’est vrai. Au bout du compte, tu devras t’en souvenir. Pour nous tous. »
« Je vais essayer. Heureusement, je me suis rappelé certaines choses importantes. »
Quand je le dis avec désinvolture, mes deux aînés écarquillèrent les yeux.
J’esquissai un sourire amer. Je n’avais encore parlé à personne de ce qui s’était passé dans le métro. Mais si je devais me confier à quelqu’un en premier, ce serait à cet homme.
Je touchai l’endroit vide à ma taille, là où mon épée aurait dû se trouver.
Sentant l’absence de ma grande épée, je pris la parole.
« J’ai entendu dire que Kyle s’était réveillé. »
Yoon plissa les yeux, comme s’il ne comprenait pas, mais ceux de Ye-hyeon s’écarquillèrent.
« Il paraît que Kyle me cherche. J’ai entendu dire que je les avais trahis. C’est pour ça qu’ils veulent tant me tuer ? »
La main perfusée se referma en un poing.
Le commandant en chef ne répondit pas. Il fixa le plafond.
C’était une réponse suffisante. Toutes les informations étaient donc vraies. Je n’étais pas humaine, j’avais trahi mes camarades et Kyle, leur chef actuel, s’était réveillé.
Putain.
Voilà donc pourquoi Hildebert Taleb n’existait nulle part dans le Noyau central. Évidemment qu’Ami n’avait trouvé aucune trace de mon nom, puisque j’étais tombée d’un portail comme ça…
« Si tu n’es pas humaine, alors qu’est-ce que tu es ? »
La question sèche de Yoon me ramena à la réalité.
« Une créature ? Celle de niveau 10 que tu as poignardée à mort ? »
Ye-hyeon réfléchit longuement.
Il fixa le plafond d’un air indéchiffrable, puis ferma les yeux. Tandis que je contemplais son beau visage, moite de sueur froide, je remis mes idées en ordre.
Les créatures qui m’avaient prise pour cible. Cette entité inconnue appelée Jaeyeon, qui voulait me tuer. Lee Ye-hyeon m’avait bannie du Noyau après que Jaeyeon m’avait prise pour cible. Mais maintenant que j’étais revenue et que Jaeyeon m’accueillait avec enthousiasme, Ye-hyeon ne semblait pas vouloir me renvoyer dehors.
Ça signifiait que Ye-hyeon avait pris certaines mesures pendant mon absence.
Était-ce grâce à ce qu’il avait fait que je pouvais rester ici tranquillement ? Je pensai à ceux qui étaient censés tirer les ficelles du monde. À ceux qui se plaçaient au-dessus des lois. Aux puissants personnages de l’ombre qui avaient réalisé le rêve de l’immortalité. À Jaeyeon, qui était censée me connaître.
Et à leur maître.
Les yeux fermés, Ye-hyeon rompit le silence.
« Titans. »
Sa voix était rauque comme toujours.
« Les Anciens les appelaient les Titans. »
* *
Le lendemain, j’allai travailler au laboratoire.
C’est là que notre conversation s’était arrêtée. J’avais brusquement raconté quelque chose de bien trop lourd à un homme malade. Ye-hyeon me remercia de le lui avoir dit, mais il dut appeler l’infirmière juste après que j’eus fini de parler ; cela l’avait donc clairement affecté.
Nous mîmes fin à la conversation et quittâmes la chambre. Yoon me mit ses clés de voiture dans la main et me dit d’aller me reposer chez lui.
« Tu sais conduire, non ? »
« Je ne sais pas si j’ai le permis ou pas… »
« Je t’ai inscrite. »
Quel dingue.
« De toute façon, tu utilises le mode autonome la plupart du temps. Tu conduis sûrement mieux que ceux qui viennent d’avoir leur permis, alors prends-la. »
Je suivis ses instructions.
Après avoir passé la nuit au calme dans la chambre d’amis de mon partenaire senior, je récupérai mes affaires là-bas : l’épée que Yoon m’avait donnée, le guide des créatures et une trousse de premiers secours portable. Une fois le tout rassemblé, je me rendis consciencieusement au quartier général. Comme je n’avais reçu aucun message particulier, j’allai simplement au laboratoire.
Le laboratoire était sens dessus dessous.
John se tenait près du bureau de mon partenaire senior.
John Mueln fixait un écran, les yeux injectés de sang. Je m’arrêtai net devant cette scène étrange.
Immobile, je contemplai le génie scientifique du siècle.
« Ne me dis pas que tu n’as pas dormi depuis ? »
« J’ai fini de vérifier les déplacements de 126 personnes. »
John tourna vers moi ses yeux rougis, où les vaisseaux avaient éclaté.
« Il ne me reste plus qu’à vérifier ceux de 362 autres personnes. »
« … »
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