Chapitre 59
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 59 : Retour et changement (2)
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Jin Silver avait disparu.
Ils avaient passé le métro au peigne fin. Même après mon transfert à l’hôpital, ils y étaient retournés plusieurs fois.
Ils avaient retrouvé tout ce que j’avais vu : le tunnel creusé par Jin, les laitues, la romaine et les poussins qu’il avait élevés.
Mais aucune trace de Jin Silver.
Ami tenta de me réconforter.
« Ce n’est pas ta faute. »
Ricardo me dit lui aussi d’arrêter de tout ramener à moi.
« Comment ça pourrait être ta faute ? »
Facile à dire. J’essayai de cacher le malaise qui me nouait l’estomac et la honte qui m’envahissait.
Étrangement, ce sentiment ne m’était pas inconnu. La honte d’être le seul à avoir survécu sans vergogne à toutes ces épreuves.
Les seniors devaient bien connaître ce sentiment, eux aussi.
Le pire, c’était la honte.
Ami et Lee Ho firent de leur mieux pour me réconforter avant de partir. Même Richard Green me sortit quelques paroles qui ressemblaient à des consolations avant de s’en aller. Il affirma que les choses n’auraient pas été bien différentes même si je n’avais pas été là. Il poserait ses questions une fois que je serais remise.
Il n’avait donc pas l’intention de laisser tomber.
Quoi qu’il en soit, ces trois-là partirent, tandis que Ricardo et Yoon restèrent. J’avais cru que Ricardo s’en irait avec eux.
L’homme aux yeux verts posa le menton dans sa main et me dévisagea en silence.
Puis il sourit.
*Pourquoi tu souris d’un air aussi sinistre ?*
« Hilde… »
« Oui ? »
Le sourire de Ricardo s’élargit quand je lui répondis.
Sinistre. Je le sens mal.
Mon senior me regarda trembler de peur, puis rompit le silence.
« Je serai ton senior référent pour la prochaine mission… »
Quoi ?
Je clignai plusieurs fois des yeux. Le sourire de Ricardo s’accentua.
Il rit en voyant ma mine ahurie.
« Rétablis-toi vite… J’ai vraiment hâte d’y être… »
« … Hâte de quoi ? »
« Hmm ? »
« De la mission ? Ou de moi ? »
Ses yeux se plissèrent.
Ricardo sourit, les yeux en croissant de lune, et prit son temps pour répondre.
« Ça fait des années que je fais ça. Tu crois qu’une mission peut encore m’enthousiasmer ? »
Bon sang.
Il avait élégamment annoncé qu’il allait me faire trimer comme un chien. Je le regardai, bouche bée et terrorisée, tandis qu’il se levait comme s’il avait dit tout ce qu’il avait à dire.
Toujours souriant, il quitta tranquillement la chambre.
Comment pouvait-on balancer une bombe pareille et partir avec autant d’entrain ?
Pourquoi est-ce que je ferais la prochaine mission avec lui ? Mon propre senior se tenait juste à côté de moi.
Yoon ne partit pas.
Ce ne fut qu’après le départ de Ricardo qu’il tourna les yeux vers moi.
« Hé. »
« Oui, monsieur. »
« J’ai quelques trucs à te dire. »
« Alors je vais commencer par les mauvaises nouvelles. »
Yoon me regarda sans expression.
« Il n’y a que des mauvaises nouvelles. »
Pourquoi ?
La disparition de Jin Silver était déjà une assez mauvaise nouvelle.
Je dévisageai l’homme à côté de moi, les yeux fatigués et boudeurs.
Il portait une chemise repassée avec une minutie obsessionnelle.
Il étendit la jambe droite, ramena nonchalamment un tabouret à trois pieds et s’assit.
Puis, comme toujours, il alla droit au but.
« D’abord, Jaeyeon a tout de suite appris que tu étais de retour au Noyau central. Tu sais combien de jours tu as dormi ? »
« Non. Un jour ? »
« Deux. »
« Comment ont-ils pu l’apprendre ? Ça ne fait que deux jours. »
« C’est comme ça qu’elle fonctionne. »
Yoon parlait calmement, la voix chargée d’une haine égale.
J’essayai encore une fois de me souvenir de Jaeyeon, sans succès. J’avais beau faire, impossible de me rappeler cette personne. Dès que j’entendis ce nom, le visage de Kyle me revint en mémoire.
Des traits fins, des cheveux noirs comme l’ébène. Un regard plein d’assurance. Une voix qui savait captiver les foules.
J’avais beaucoup de choses à demander à Ye-hyeon.
Yoon reprit :
« Tu sais comment je l’ai appris ? »
« Quoi ? Non. »
« On construit une cabane. »
Je ne comprenais pas.
Je fixai en silence les traits impeccables de mon partenaire senior. Ses yeux froids et secs regardaient dans le vide, puis se tournèrent vers moi.
« Ta cabane. »
« Ma cabane ? »
« Celle devant chez nous. »
« Celle devant la maison du commandant en chef ? »
« Ouais. »
« Mais elle a été détruite. »
« Jaeyeon t’en fait construire une nouvelle. »
Quoi ?
Je restai assise, stupéfaite. J’avais trop de questions et ne savais pas par laquelle commencer.
Yoon n’avait peut-être pas envie de parler le premier. Il ne dit rien jusqu’à ce que je rompe le silence.
Je parvins à peine à mettre de l’ordre dans mes pensées.
« Vous voulez dire qu’on construit en ce moment une nouvelle cabane en face de la maison du commandant en chef ? »
« Ouais. »
« Comment savez-vous que c’est Jaeyeon ? »
« Ils ont eu la gentillesse de laisser un message. »
Yoon sortit son téléphone et me le tendit.
Je regardai la photo affichée à l’écran. L’endroit ravagé par la créature capable de modifier le climat. Celui que j’avais contemplé avec tristesse depuis l’intérieur de la Lamborghini.
À présent, il était envahi d’engins de chantier et d’ouvriers. Un panneau en bois se dressait à un coin du chantier.
Un message y était inscrit.
En rouge, comme si on avait barbouillé et griffonné du rouge à lèvres sur le bois.
[Un cadeau de bienvenue pour le retour de Hildebert Taleb ♡]
C’est du délire.
C’est quoi, ce cœur ?
« Ils construisent réellement un bâtiment à ton nom. »
« Quoi… Ils ont le droit de faire ça sans mon accord ? »
« Tu n’es pas naïve. Ils échappent à la plupart des lois. »
Je pris conscience du dispositif de suivi implanté sous la peau de mon doigt.
Je me rappelai notre conversation dans le bureau des dirigeants. Ce que Ye-hyeon m’avait dit d’une voix grave.
Une fois le bureau quitté, les oreilles sont partout.
J’avais assez de jugeote pour comprendre ce qui se cachait derrière ces mots. Un corps qui ne vieillissait pas et une capacité de récupération exceptionnelle : des privilèges qui semblaient réservés aux Blaireaux Noirs. Qui n’en voudrait pas ?
Je contemplai longuement la photo sur le téléphone de Yoon.
« Qu’est-ce qu’on va en faire, une fois la construction terminée ? »
« Ye-hyeon et moi devons en discuter. Je te dirai ce qu’on décide, alors pour l’instant, contente-toi de le savoir. »
« D’accord. Ce n’est pas la dernière mauvaise nouvelle, si ? »
« Non. »
Mon partenaire senior, incapable par nature d’éprouver de la compassion, répondit sans détour.
Je lui rendis tranquillement son téléphone et me préparai à entendre la nouvelle suivante. Je commençais à m’habituer à voir le monde me tomber dessus d’un seul coup.
Tant que mes souvenirs ne me reviendraient pas, je continuerais sans doute à me laisser emporter ainsi. Même si j’avais appris beaucoup de choses, il m’en restait encore bien davantage à découvrir. Et, au milieu de tout ça, le passé que j’avais oublié me poursuivait sans relâche.
Après avoir repris contenance, je lui demandai de me dire la suite.
« Vous avez été invitée à la réception mondaine de Porden. »
Qui est Porden ?
Yoon répondit à la question qui se lisait sur mon visage.
« Le président de Cureus Corporation. Celui que tu as sauvé. »
« Ah, le propriétaire de cet immeuble ? »
« Ouais. »
Mon partenaire senior fronça alors légèrement les sourcils.
« Choi Ami, Ye-hyeon et moi y allons aussi. »
« Je suis obligée d’y aller ? »
Pourquoi m’inviter ? J’avais entendu dire que Yoon était le fils adoptif du président d’une grande entreprise. Ami était la sœur biologique cadette de Yoon ; elle avait donc dû être adoptée avec lui. Ye-hyeon était une célébrité qui avait marqué toute une époque.
Mais contrairement à ces trois-là, qui avaient une position sociale prestigieuse, moi, je n’étais qu’une Blairelle ordinaire. Il n’y avait aucune raison de m’inviter.
En plus, il pensait sans doute que je l’avais abandonné.
Yoon soupira.
« C’est mieux pour toi d’y aller. »
« Ah, c’est si grave que ça ? »
« Seules certaines personnes sont invitées. Je ne te dis pas d’aller te faire des relations pour réussir. Je te dis que si tu n’y vas pas, Porden risque de se vexer et de te rendre la vie difficile. Compris ? »
« Oui. C’est vraiment mesquin et minable. Pourquoi m’a-t-il invitée, alors ? »
« On le saura quand on y sera. »
Mon partenaire senior poussa un second soupir.
Puis, aussi naturellement que s’il respirait, il jura.
« On dirait que je vais encore devoir revoir la tronche de ces salauds. »
« … Il y a des gens que vous n’aimez pas, là-bas ? »
« Ouais. Toute ma famille sera là aussi. »
Yoon roula des yeux, froid et agacé, puis grommela :
« Toute la famille du président d’A-Tech va débarquer. Si Ye-hyeon et Ami ne me l’avaient pas demandé, je n’y serais pas allé. »
Il ne semblait pas très bien s’entendre avec sa famille adoptive.
Je n’osai pas insister. J’écoutai attentivement Yoon me donner la date et le lieu de la réception. Malheureusement, elle aurait lieu dans deux semaines. Je sortirais probablement de l’hôpital d’ici la fin de la semaine, au plus tard ; impossible donc de me servir de ma blessure comme excuse pour y échapper.
Mon partenaire senior me communiqua aussi efficacement quantité d’autres informations : le code vestimentaire, les boutiques où acheter des vêtements, les mots-clés à chercher en ligne.
Et ce que je devais faire ensuite.
À court terme, je devais obtenir l’autorisation de Samuel pour quitter l’hôpital.
Yoon me demanda de le contacter une fois que j’aurais réussi. Il ne me dérangerait pas pendant ma convalescence.
Après m’avoir donné toutes ces informations de son ton plat, mon partenaire senior se leva lentement.
En le voyant sur le point de partir, je me redressai précipitamment.
« Yoon. »
« Quoi ? »
J’avais quelque chose à lui dire.
Le personnel médical se pressait dans le couloir.
Au milieu de cette foule à laquelle je m’étais déjà habituée, je remontai le fil des souvenirs qui m’étaient revenus pendant notre conversation. Une brise fraîche qui me traversait les cheveux. L’odeur de l’air souterrain qui s’infiltrait au plus profond de mes poumons.
Le bruit d’un train filant sur les rails.
Quelqu’un qui s’était brusquement levé, d’une façon anormale, comme s’il avait senti quelque chose. La manière dont cette personne s’était éloignée d’un pas décidé, avant de se retourner et de sourire. Les mots prononcés avec ce sourire.
Le bruit d’une explosion.
En repassant ces souvenirs, j’ouvris la bouche.
« Vous connaissez le numéro du responsable du personnel ? »
Yoon fronça les sourcils.
Pourquoi mon partenaire senior détestait-il autant le responsable du personnel ?
Même en me donnant le numéro, Yoon ne se départit pas de son air renfrogné. Je le remerciai et l’enregistrai, tout en jetant plusieurs coups d’œil à son visage.
Cette mine boudeuse.
« Pourquoi vous n’aimez pas le responsable du personnel ? »
La curiosité l’emporta et je lui posai la question.
Yoon fronça encore davantage les sourcils.
« Pourquoi tu as besoin du numéro du responsable du personnel ? »
« J’ai quelque chose à lui dire. »
Il était suspect de le voir esquiver la question.
Mais mon partenaire senior ne me répondit pas. Il me dit de ne pas faire de bêtises, puis quitta l’hôpital.
Dommage. Je finirais bien par le découvrir un jour.
En envoyant un message au responsable du personnel, je décidai que je devrais poser la question à la bonne personne.
Ami ou Ye-hyeon me répondrait-il si je leur demandais ?
Encore fallait-il que j’aie le courage de poser la question.
Quoi qu’il en soit, je pris rendez-vous avec le responsable du personnel.
* * *
Kang Joo vint dans ma chambre d’hôpital le lendemain soir.
Je venais d’être transférée dans une chambre individuelle. Je me sentais assez bien pour sortir de l’hôpital, mais Samuel avait fait toute une scène. « Vous êtes médecin ? Alors faites-vous opérer et passer des examens ! » Je tuais donc le temps dans le calme de ma chambre, à mourir d’ennui.
Hessi et Tom se trouvaient en dehors du Noyau central, et les seniors ne venaient pas me voir parce qu’ils ne voulaient pas me déranger. J’avais passé tout mon temps à chercher des informations sur Porden et A-Tech sur mon téléphone.
Puis Joo arriva.
Toujours avec l’air de quelqu’un derrière qui des fleurs pouvaient éclore.
« Hilde, tu as fait du bon travail. »
Il s’approcha sans se presser et s’assit sur la chaise à côté de mon lit.
« Comment vous sentez-vous ? »
« Très bien. Je crois que je pourrais sortir de l’hôpital tout de suite. »
« Vraiment ? Tant mieux. »
Joo sourit de toutes ses dents, habillé en tenue décontractée.
Je regardai ses vêtements d’un air perplexe.
Un sweat-shirt gris ?
Pourquoi portait-il un sweat-shirt gris au travail ?
Alors que je fixais ses vêtements, perplexe, je me rappelai qu’il était déjà dix-neuf heures trente.
Ah oui. Il avait dit qu’il finissait le travail à seize heures.
Commandant en chef, vous n’avez vraiment pas la vie facile…
J’observai un bref moment de silence en mémoire de Ye-hyeon. Puis, quand j’eus fini, je croisai le regard souriant de Joo.
Un homme à l’allure douce et bienveillante. En tenue décontractée, il ressemblait vraiment à un étudiant.
Je regardai mon supérieur, qui ne perdait jamais son sang-froid, et pris la parole.
« Responsable du personnel. »
« Oui, je vous écoute. »
« Avez-vous eu des nouvelles de Jin Silver ? »
Une ombre de tristesse passa dans les yeux de Joo.
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