Chapitre 57
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 57 : Face-à-face (2)
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Une griffe se brisa.
À l’instant où sa griffe acérée se brisa, son corps fut tailladé en diagonale. Son sang était rouge. Une main plaquée sur mon épaule gauche, qui semblait sur le point de se détacher, je haletai.
Mon attaque avait porté.
La créature s’effondra au sol. Son corps s’affaissa en répandant du sang. Mais elle était toujours en vie. Je serrai le poing droit et me précipitai vers elle.
Ses tendons !
Il fallait lui couper les tendons !
« Hya ! »
Thud.
J’enfonçai mon épée dans sa cheville.
Le sang gicla et je sentis les muscles se déchirer.
Bien. Maintenant, je devais aussi lui trancher le tendon du pied gauche.
Je retirai l’épée de son pied droit et la lui enfonçai dans le gauche.
La lame s’enfonça dans sa cheville gauche.
Ce n’est qu’après l’avoir transformée en quelque chose qui ressemblait à un spécimen que je me détendis un peu. À bout de souffle, je baissai les yeux vers la créature à mes pieds.
Elle semblait presque morte. Son regard vide s’était éteint.
C’était étrange de regarder mourir quelque chose qui avait l’air humain.
Pas que je regrettasse ce que j’avais fait. Si je ne m’étais pas ruée sur elle en étant prête à la tuer, c’est moi qui serais morte.
Quand l’adrénaline retomba, l’épuisement me submergea.
Je cherchai un pilier contre lequel m’appuyer. C’est alors que je remarquai que celui près de la créature s’était effondré sous le coup de mon épée. J’avais frappé beaucoup trop fort.
À moins que… Peut-être était-ce justement cette force qui l’avait fait cesser de bouger d’un coup.
Je n’avais pas les idées assez claires pour en juger.
Quoi qu’il en soit, il n’y avait rien de convenable où m’appuyer.
Je me laissai simplement tomber par terre. Toujours agrippée à mon épaule gauche, j’examinai la créature étendue à côté de moi.
Si elle mourait, tant pis. Si elle reprenait conscience alors qu’elle était à moitié morte, je lui poserais des questions.
D’autres questions sur moi…
Boum.
Boum.
Un battement de cœur.
Il me fallut un instant pour comprendre que le bruit venait de la créature.
Quand j’en repérai la source, ma bouche s’ouvrit toute seule.
J’étais incapable de parler. La stupeur m’avait coupé la voix.
Je restai figée à la regarder tandis que ses blessures se refermaient. Des ondes sombres, pareilles à des vaguelettes, faisaient vibrer le gravier autour d’elle. Des vagues noires s’élevèrent du corps de la créature que j’avais crue mourante.
Comme la créature de niveau dix que j’avais vue dans la vidéo.
Une émotion inexplicable bouillonna en moi.
« Qu’est-ce que… »
Les mots qui m’échappèrent à grand-peine s’arrêtèrent là.
« Qu’est-ce que c’est… ? »
Crac !
Une douleur atroce me déchira.
Je ne compris ce qui s’était passé qu’une fois que la douleur, assez vive pour faire flasher ma vision, commença à s’atténuer.
Cette fois, c’était moi qui étais par terre. Par réflexe, je repoussais la créature. Elle m’avait renversée alors que j’étais assise.
Elle avait bougé trop vite pour que mes yeux puissent suivre.
Je repris mon souffle en regardant la créature qui me dominait.
De près, elle était grotesque. Ses yeux révulsés. Des sclères d’un noir de jais et des iris dorés à peine visibles.
Qu’est-ce qui se passait, tout à coup ?
J’essayai de repousser la créature qui m’écrasait de son avant-bras.
Putain !
« Quelle force… ! »
J’allais vraiment mourir comme ça.
Le bord brisé de sa griffe se rapprocha. L’espace entre cette pointe acérée et ma gorge se réduisait. Je ne pourrais pas la retenir indéfiniment avec mes bras. Mon bras gauche n’avait plus aucune force.
C’était mal barré.
Je serrai les dents, sentant la mort approcher. Je devais prévenir les seniors au sujet de Jin Silver. Leur dire que Jin était en vie, qu’il était resté en arrière avec la créature qui nous avait suivis.
Il fallait que les plus forts d’entre vous aillent sauver Jin…
« Urgh. »
La griffe de la créature me transperça l’avant-bras.
Un gémissement m’échappa sous l’effet de la douleur fulgurante.
Au même instant, le plafond se fendit et un poing le traversa.
Hein ?
« … Un poing ? »
Malgré l’agonie, je dévisageai bêtement le plafond.
Pourquoi un poing en sortait-il ?
Comment avait-il pu le traverser ?
Le plafond pouvait s’effondrer ailleurs, mais était-ce seulement possible qu’on défonce celui-ci ?
« On est dans le métro… »
Crac !
Le plafond s’écroula.
La partie droite, là où le poing était apparu, céda. Je la regardai tomber, hébétée.
La lumière se déversa à l’intérieur. Pas une lumière artificielle, ni la faible lueur des champignons, mais un soleil éclatant.
C’était si beau que j’en oubliai la douleur de mon bras transpercé.
Des voix nous parvinrent avec le vent du dehors.
« Hilde ! »
Ami semblait au bord des larmes.
« Hilde ! »
Ma senior bondit à travers le plafond éventré.
Les autres seniors sautèrent à leur tour et atterrirent sur les rails.
Plissant les yeux sous cette lumière soudaine, je détaillai leurs visages. Richard Green. Jason Tvein. Aki. Lee Ho Chang.
William Walker atterrit lourdement.
La créature fut projetée d’un coup de pied.
« On y va. »
Ami me débarrassa de la créature, m’enlaça et me serra contre elle.
« Je suis désolée de t’avoir perdue. »
Son petit corps tremblait légèrement.
« La prochaine fois, je ne te perdrai pas. Je ne te laisserai plus jamais partir. »
« Ami. »
Je lui souris, à la fois navrée et reconnaissante.
Ma voix ne sortit pas aussi clairement que je l’aurais voulu.
« Merci de m’avoir sauvée. »
« C’est quoi, ça ? »
La voix de Jason Tvein résonna dans le métro.
« C’est pas une créature humanoïde ? »
« C’est complètement dingue. »
« Et elle est encore en vie. »
« Ami, emmène la blessée dehors ! »
Richard se retourna et cria, à côté de Lee Ho et d’Aki, tous deux figés d’horreur.
« Le combat n’est pas terminé ! »
Ratatata !
À peine eut-il fini de parler que des coups de feu retentirent.
Tvein et les autres seniors ouvrirent le feu sur la créature qui tentait de se relever.
Surprise par les détonations assourdissantes, j’ouvris grand les yeux.
Ratatatata !
Les seniors tiraient comme s’ils avaient perdu la tête.
Ils gardèrent le doigt sur la détente jusqu’à épuisement de leurs munitions.
Tvein et Green étaient les plus acharnés.
Tous deux semblaient plus tendus que lorsqu’ils avaient affronté la créature haute comme un immeuble au Point de sauvegarde. Ils ne quittaient pas des yeux la créature, désormais réduite en lambeaux.
Elle devait être morte, à présent, mais personne ne semblait prêt à cesser de tirer.
La créature humanoïde dont on disait qu’elle avait semé la terreur parmi les humains.
Avec ses sclères noires et ses iris dorés.
Celle qui avait hésité un instant, donnant à Ye-hyeon l’occasion d’attaquer…
Ah ?
Une émotion si dense qu’elle semblait m’étouffer me submergea.
Qu’est-ce que c’était ?
Je clignai des yeux.
Pourquoi avais-je soudain l’impression d’être engloutie par une émotion, sur le point de me noyer ?
Était-ce parce que je venais de comprendre que j’étais de la même espèce qu’eux ?
Était-ce pour cela que je me sentais étrangère et effrayée ? Parce que je n’étais pas humaine ? Parce que je craignais qu’ils me traitent de la même façon s’ils l’apprenaient ?
Je restai immobile à examiner cette émotion pesante dont je ne comprenais pas l’origine.
… Ça ne semblait pas être ça.
Ce qui m’envahissait n’était pas de la peur.
C’était plutôt…
Du dégoût de moi-même ?
Et de la tristesse ?
Est-ce que je me haïssais d’avoir trahi les miens ?
Mais si j’allais me sentir comme ça, pourquoi avais-je trahi les miens, au juste… ?
« Hilde. »
La voix d’Ami m’arracha à ma quête de l’origine de ces sentiments.
Elle resserra son bras autour de moi.
« On y va. »
Quand je baissai les yeux vers ma senior, hébétée, son jeune visage se froissa aussitôt, comme si elle allait se mettre à pleurer.
« Je suis désolée qu’on soit arrivés si tard. »
J’allais lui répondre qu’ils n’étaient pas du tout arrivés en retard, qu’ils étaient même tombés au meilleur moment qui soit.
S’ils étaient venus plus tôt, ils auraient découvert qui j’étais. S’ils étaient venus plus tard, cette chose m’aurait poignardée à mort.
Mais avant que je puisse ouvrir la bouche, les bottes d’Ami s’embrasèrent.
Dans les bras d’Ami, je fus propulsée vers la surface.
* * *
L’air qui m’enveloppait changea en un instant.
Le soleil qui tombait sur ma tête me fit du bien. Le vent qui remuait doucement mes cheveux me caressa les oreilles. La vieille ville s’étendait nettement sous mes pieds.
J’étais enfin remontée à la surface.
Dans les bras d’Ami, je regardai l’asphalte se rapprocher lentement.
Nous atterrîmes sans heurt.
Ami m’assit contre une voiture qui semblait ne pas avoir bougé depuis très longtemps.
« Je vais te soigner. »
Elle reniflait et pleurait, mais ses mains s’activaient rapidement.
« Ça doit te faire tellement mal. »
« Non… »
Je ne pensais pas avoir si mal, mais je n’avais plus aucune force.
Alors je me laissai aller et la laissai me soigner. Un énorme trou s’ouvrait dans le sol, non loin de là.
C’était exactement par là que le poing de Walker avait surgi.
Les voix tendues des seniors montaient du trou. Mais je n’avais pas l’énergie nécessaire pour écouter ce qu’ils disaient.
Des coups de feu retentissaient par intermittence.
Quand je compris que tout était vraiment fini, je perdis le peu de force qu’il me restait.
Ma tête s’embruma. Je restai allongée, les yeux fixés sur le ciel bleu profond et les nuages d’un blanc pur qui y flottaient. Tant de choses s’étaient passées depuis ma chute dans le ravin et mon réveil.
Peu à peu, les événements que j’avais vécus sous le ravin me revinrent en mémoire.
Les pensées sur mon identité s’effacèrent, remplacées par d’autres scènes.
La créature mourant tandis que la moisissure la digérait. Les fructifications qui jaillissaient vers le haut. Jin qui me criait de venir dans le métro. Celui qui avait arrêté la moisissure, m’avait conduite dans le métro, m’avait montré des laitues et préparé de la soupe au poulet. Celui qui m’avait dit qu’on l’avait autrefois surnommé le druide des Blaireaux et qu’il me raconterait toutes sortes d’histoires…
« Dis à Joo que je suis désolé. »
Une voix rauque, peu habituée à parler, résonna dans mes oreilles.
Des larmes coulèrent silencieusement de mes yeux.
« Tu as mal ? »
Ami demanda, alarmée.
« Pourquoi tu pleures ? Hilde, tu as très mal ? Tu es blessée ailleurs qu’au bras ? »
« Ami. »
J’attirai ma senior, qui scrutait mon visage, tout près de moi.
Puis, les yeux rivés sur les siens qui clignaient, je lui murmurai :
« Ami. Jin Silver est à la station précédente. »
Ami resta un moment sans bouger.
Elle se contenta de me regarder, les yeux écarquillés. À travers ma vision vacillante, je baissai les yeux vers les siens, ronds comme des billes.
Quand on reçoit un choc terrible, on ne réagit pas tout de suite.
Ami ne parvint à ouvrir la bouche qu’après un long moment.
« Jin est mort. »
« Jin était vivant, là-dessous. »
« … Vivant ? »
« Jin a déserté. »
J’écartai les cheveux collés à la joue d’Ami.
« Jin m’a dit qu’il était en fuite depuis dix ans. »
Une fois encore, Ami ne réagit pas pendant un long moment. Agenouillée juste devant moi, elle se contenta de me regarder, hébétée.
Je ne lui en voulus pas de ne pas réussir à réagir. Je ne la pressai pas non plus. Je repoussai simplement derrière son épaule les mèches noires qui lui fouettaient sans cesse la joue.
Un visage si jeune, à chaque fois que je le voyais.
« Où ? »
Au bout d’un long moment, elle demanda d’une voix sans expression :
« Comment ? »
« On dirait que Jin vivait dans le métro. Il faisait pousser des légumes et élevait des poules. »
« Des légumes ? »
Le regard d’Ami se vida.
« Des poules ? »
« Jin m’a dit qu’on l’avait autrefois surnommé le druide des Blaireaux… »
Après quoi, je plongeai les yeux dans ceux de ma senior, qui ne clignaient pas, et ajoutai :
« S’il vous plaît, retrouvez Jin Silver. »
Ses yeux ronds clignèrent plusieurs fois.
« Jin est resté à la station précédente pour me permettre de m’échapper. »
Ami réagit aussitôt.
Elle se releva et courut vers les seniors.
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