Chapitre 49
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 49 : Opération (1)
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Je n’arrivais pas à croire qu’il essayait de m’abandonner comme ça.
Richard Green ignora la réponse grossière de Yoon. D’après ce que j’avais vu, ces gens se connaissaient beaucoup trop bien. Ils devaient en avoir par-dessus la tête de se supporter.
Green ne semblait même pas contrarié par la réplique agacée de Yoon.
« Maintenant qu’on en est là, ne vous attendez pas à dormir non plus. »
[Oui, oui.]
Sa réponse sans conviction ne surprit personne.
Yoon devait toujours réagir comme ça quand Richard Green lui faisait la leçon.
Adieu, toute chance de dormir. Nous nous rassemblâmes autour d’une table rouillée dans la salle de contrôle.
La plupart des anciens ne tenaient pas particulièrement à s’asseoir à côté de moi, ce qui me rendit un peu triste. Ils n’avaient pas l’air de craindre que j’attire les créatures. Ils semblaient plutôt se sentir trahis parce que je leur avais caché la vérité tout ce temps.
Ami et Sylvia faisaient exception.
Ami connaissait ma situation. Sylvia… ne semblait pas s’y intéresser le moins du monde.
Plus je côtoyais Sylvia, plus elle me faisait penser au même genre de personne que mon partenaire senior.
J’étais quand même contente d’avoir quelqu’un de chaque côté. Je restai assise en silence entre Ami et Sylvia, sans ouvrir la bouche.
Les anciens s’adressèrent à mon partenaire senior par haut-parleur. Une carte du Point sûr flottait dans les airs.
Tvein, toujours furieux contre moi et tous ceux qui lui avaient caché la vérité, explosa :
« Espèce de taré. Tu savais, toi aussi, et tu ne nous as rien dit ? »
Mon partenaire senior répondit d’un ton indifférent :
[Je ne savais pas.]
Il n’avait pas l’intention de se justifier.
Le silence retomba.
Tvein, qui s’était tu un instant parce qu’il s’attendait naturellement à une réponse plus développée, se mit encore plus en colère.
« Putain de psychopathe ! Tous les enfoirés qui ont un problème au cerveau comme toi devraient être mis au rebut ! »
[Sylvia est là aussi, non ?]
De l’autre côté du téléphone, Yoon eut un petit rire moqueur.
[Tu t’en prends à tout le monde, maintenant ?]
« Arrête tes conneries. »
« Hé. Ça fait du bien, hein ? D’être le chouchou de ton chef. Allez, avoue. Vous couchez ensemble, tous les deux, pas vrai ? »
« Jason Tvein ! »
« Sérieusement ! »
Green et Ami protestèrent en même temps.
Lee Ho et Bobby, l’ancien blond, se raidirent eux aussi. Mais Yoon, lui, ne se fâcha pas.
Sa voix moqueuse résonna dans le téléphone.
[Tu dis ça parce que tu as peur ? Ou parce que tu es jaloux que Ye-hyeon ne te chouchoute pas ?]
Mon partenaire senior avait un don naturel pour taper sur les nerfs des gens.
Bam ! La table s’enfonça. Tvein se leva pour frapper le téléphone à son tour. Nous dûmes finalement interrompre la réunion un moment.
Richard Green annonça qu’il allait étudier le terrain et préparer l’opération, puis ordonna à tout le monde de sortir. Les anciens se dirigèrent en groupe vers l’étage.
Lee Ho s’occupa de calmer Tvein en chemin. « Allez, ancien. T’es pas un amateur. Qu’est-ce qui te prend ? » J’entendis sa voix habituelle, aussi geignarde qu’une chèvre.
La salle de contrôle se vida peu à peu.
Je restai à ma place jusqu’à ce que tous les anciens soient partis.
Puis, avant de sortir, je croisai le regard de Richard Green et m’inclinai légèrement.
« Toi. »
L’ancien me fixa, les yeux brûlants, et prit la parole d’une voix grave.
Je ne détournai pas le regard.
« Oui. »
« Tu es prête, pas vrai ? »
« Oui. »
En fait, j’étais prête depuis que j’avais accepté la proposition de Ye-hyeon : devenir un Blaireau Noir.
Je ne l’avais jamais dit à personne. Pourtant, j’avais pris ma décision à ma manière avant d’accepter l’offre de Ye-hyeon.
Je n’avais aucune intention de me laisser surprendre ou décourager maintenant. Que ce soit sur le plan personnel ou professionnel, je ne tournerais pas le dos aux problèmes que j’avais créés sans le vouloir.
Ami m’attendait dans l’escalier. Sentant sa présence, je m’inclinai de nouveau devant Richard.
« Quand vous aurez établi le plan, je le suivrai. »
Après lui avoir répondu, je me retournai et pris la direction de l’escalier.
* * *
Bien que nous fussions encerclés par les créatures, le Point sûr était lui aussi protégé par un petit Souffle.
Il n’y avait donc pas de danger immédiat. Ami m’emmena au deuxième étage.
« Si tu restes au rez-de-chaussée, tu te sentiras mal à l’aise avec les anciens. »
Elle m’entraîna doucement par le bras.
La voix calme d’Ami me serra un peu la poitrine.
J’étais reconnaissante pour sa gentillesse naturelle, dont elle avait fait preuve envers moi depuis notre première rencontre.
Nous montâmes jusqu’à la pièce du deuxième étage qui avait les plus grandes fenêtres. Un mur entier était vitré. À peine eûmes-nous poussé la vieille porte et mis le pied dans la pièce que la vue s’offrit à nous.
Dans l’obscurité, juste devant nous, se trouvait le visage d’une créature estimée au niveau sept.
La créature me regardait droit dans les yeux.
Son œil occupait presque la moitié de la fenêtre.
« On dirait un humain bizarre. »
Ami entra dans la pièce d’un pas vif et déclara calmement :
« Hilde, tu connais Hachishaku-sama ? »
« Non. »
« C’est un fantôme immense et dégingandé. Il lui ressemble un peu. »
Tu n’as pas l’air d’en avoir peur.
Je voyais quand même ce qu’elle voulait dire. Des mèches grises, qui auraient pu être des poils ou des cheveux, recouvraient son long visage comme un rideau.
Au milieu, ses yeux énormes aux sclères noires ressortaient nettement.
Ses yeux injectés de sang me fixaient avec rancune.
Qu’est-ce que je t’ai fait, au juste ?
Quand je traversai la pièce en diagonale, les énormes pupilles de la créature roulèrent pour me suivre. Son corps ne bougeait pas, mais ses pupilles suivaient fidèlement chacun de mes déplacements.
Ami lâcha un « Beurk ».
« C’est flippant. »
« Oui. C’est répugnant. »
« Hilde, tu n’as jamais combattu de créature géante, pas vrai ? »
Je hochai la tête en regardant l’œil injecté de sang qui occupait la moitié de la fenêtre. Ami vint se placer à côté de moi.
Elle observa la créature avec moi et me donna un conseil :
« Le plus simple, c’est de passer sous son corps, de frapper ses jambes, puis d’attaquer quand elle perd l’équilibre. »
« Ah, je crois comprendre. Merci pour le conseil. »
« Ouais. Si tu choisis bien ton moment et que tu te glisses à portée, elle aura du mal à t’attaquer. »
Comme Ye-hyeon, quand il s’était engouffré dans l’ouverture laissée par la créature de niveau dix.
C’était vraiment de l’escrime dans les règles de l’art. L’image que je n’arrivais pas à oublier me revint en tête.
Un dégainé parfait. Une technique fluide. Des déplacements travaillés. Yoon avait dit qu’il avait appris l’escrime comme il fallait.
Qui lui avait enseigné l’escrime ?
Je posai la main sur la poignée du sabre à ma taille. Comme j’avais tant insisté dans le parking souterrain où j’avais poignardé le cochon à mort, Yoon m’avait donné un sabre plus grand.
Comme je m’y attendais, un sabre long et épais convenait mieux à ma main qu’un modèle court et fin.
Parfois, pourtant, même celui-ci me laissait étrangement insatisfaite…
Ce n’était pas que j’avais de vrais reproches à lui faire. C’était juste un petit regret. Ce sabre faisait suffisamment bien son travail.
Après avoir entendu Yoon insister avec agacement, j’utiliserais probablement un sabre plutôt qu’une arme à feu une fois l’opération lancée.
Je l’espérais vraiment.
« Mais comment elle sait vraiment où tu es ? »
Ami marmonna en regardant l’œil, de l’autre côté de la fenêtre, qui ne me quittait pas.
« C’est bizarre, ça aussi, non ? »
« Exactement. C’est ce qui m’intrigue le plus. »
« Bref, tuons-les tous. »
L’ancienne, dont la voix faisait jeune, le proposa avec désinvolture.
« Pendant des décennies, les scientifiques du quartier général ont essayé de les apprivoiser, mais les créatures ne peuvent tout simplement pas être domptées. »
« Ah bon ? »
« Ouais. Surtout celles qui ressemblent le plus à des humains. »
Elle murmura presque la suite :
« Elles ont l’air beaucoup plus féroces que les autres… »
Je te le dis, regarde.
Une voix surgit soudain dans ma tête.
Une silhouette aux longs cheveux noirs s’adressait à moi. Souviens-toi. De ce que notre monde a mis entre nos mains. De ce que nous seuls pouvons ressentir. Tu le sens, pas vrai ? Une force vitale prête à exploser à tout instant. Cette sensation d’être reliés. La vie qui coule dans ton corps, si intensément.
Il éclata de son rire franc habituel.
Ils n’y connaissent rien. Ni le chercheur aux cheveux bleus, ni cette personne aux yeux étroits, ni les vieux non plus.
Il se moquait toujours ainsi du chercheur aux cheveux bicolores. Je me laissai absorber par ce souvenir flou qui venait de refaire surface.
Qui sait ? Qui pourrait seulement oser deviner ce qui nous lie ?
Dans mes souvenirs, nous nous trouvions toujours dans une pièce d’un blanc obsessionnel. Chaque fois que nous nous retrouvions seuls tous les deux dans cette salle stérile, il me dévoilait sans détour les pensées qu’il gardait cachées.
Ses paroles, qu’il répétait comme une habitude, résonnèrent dans ma tête.
Ils sont aveugles. Ils ne savent rien.
Ils ne savent rien…
Et ensuite ?
Au bout du compte, je n’arrivai pas à me souvenir de la suite.
* * *
Nous ferions sauter le pont.
Il était midi. Le soleil était haut dans le ciel et la visibilité, bonne.
Le moment était venu de lancer l’opération. À quelques kilomètres de là se dressait un pont, épais et solide, qui tenait toujours debout malgré tout.
Il surplombait une falaise. Si quelqu’un tombait, seuls les êtres volants pourraient en ressortir vivants.
Je devais m’y rendre en voiture et attirer les créatures derrière moi.
Les anciens suivraient les créatures qui me poursuivraient à toute allure. Ils comptaient les chasser une à une par-derrière.
La plupart seraient trop occupées à me poursuivre pour penser à regarder derrière elles. Même si elles étaient nombreuses, ça ne devrait pas être trop difficile.
Ami et moi n’avions qu’à bien jouer notre rôle.
Ami avait la meilleure mobilité, alors elle m’accompagnerait. Elle devait me saisir et s’envoler au-delà du pont détruit.
Nous comptions éliminer les créatures qui échapperaient à la destruction du pont. Dès qu’Ami et moi l’aurions franchi, nous lancerions des bombes. Boum ! Les créatures tomberaient avec le pont qui exploserait.
Une opération simple, mais efficace.
Rien ne semblait poser problème.
J’avais mémorisé la carte entière.
« Je suis prête. »
À l’intérieur d’un véhicule aussi élégant que la voiture de sport de Yoon, je vérifiai les vitesses et annonçai :
« Je partirai dès qu’on en donnera le signal. »
[Ami.]
« Je suis prête, moi aussi. »
Ami, qui portait des gants noirs, ouvrit et referma ses petites mains.
« Donnez l’ordre. »
La transmission radio fut coupée.
Un bref silence suivit. Je fis le vide dans ma tête et regardai par la fenêtre de la voiture, puis me tournai vers le regard que je sentais posé sur moi.
Ami sourit de toutes ses dents.
« On va tout donner ! »
Je souris à mon tour.
« Oui. Je vais écraser l’accélérateur. »
« Tu n’as pas l’air nerveuse. »
Ami éclata d’un rire clair.
« C’est la première fois que tu affrontes une créature aussi énorme, non ? Hilde, tu es vraiment bizarre. »
Ah bon ?
Je clignai des yeux plusieurs fois. Je n’étais pas nerveuse, mais je ne trouvais pas ça bizarre.
Je ne pensais pas que Hessi ou Tom, mes camarades recrues, auraient été particulièrement nerveux non plus.
Hessi aurait peut-être aimé ça.
Vroooom !
Je me demandais comment allaient mes camarades recrues quand j’entendis le signal qui annonçait le début de l’opération.
Il ne venait pas de la radio.
Mais impossible de ne pas l’entendre.
Le Souffle s’activait.
Je gardai le pied sur le frein et regardai le portail. Il était grand ouvert vers l’intérieur. Une barrière translucide se dressait devant lui.
Je l’entendis vibrer, puis s’ouvrir.
Un son étrange, immense. Vroooom. Vroooom.
Comme un ballon.
La barrière s’ouvrit.
J’appuyai sur l’accélérateur.
Skriiiii !
Au moment même où je fonçai à travers les créatures rassemblées devant le Souffle, l’opération commença.
Notes de bas de page :
Hachishaku-sama est un fantôme issu d’une légende urbaine japonaise, connu pour sa taille gigantesque.
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