Chapitre 44
WeTried Translations
Traductrice/éditrice : Natty
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Blaireau Noir ◈
Chapitre 44 : Secteur D (1)
──────
Je voulais m’excuser auprès de Jonathan Kudo, mon partenaire senior, de lui avoir attiré des ennuis.
Comme prévu, il ne vint pas. Il ne semblait pas s’intéresser aux autres, alors rien d’étonnant. Tout avait l’air de s’être bien terminé, et il avait donc dû s’en sortir sans problème, lui aussi.
Je me concentrai sur ma convalescence, tandis que Samuel me bombardait de remontrances.
Je passai plusieurs jours à manger et à me reposer dans ma chambre d’hôpital. Tom et Hessi vinrent me rendre visite. Ils prirent plaisir à lire l’article qui parlait de moi.
Quand je leur annonçai qu’on m’exilait loin du Noyau central, ils se montrèrent encore plus jaloux.
Enfin, Hessi, surtout.
« Tu vas tellement progresser ! »
Hessi était toujours aussi enthousiaste.
« Tu vas encore plus loin, c’est ça ? Je suis vraiment jaloux. Quand est-ce que je pourrai m’enfoncer davantage ? »
« … Tu es jaloux ? »
« Ça va être dur pour toi. »
Tom eut une réaction plus sensée.
« J’ai entendu dire que plus on s’enfonce, pire c’est. J’espère que tu reviendras avec tous tes membres. Ta capacité de récupération n’est pas franchement au point non plus. »
« Ouais. Enfin, je n’ai qu’à éviter de causer des problèmes. »
« Tu pars avec qui ? »
Hessi se pencha vers moi, les yeux brillants d’excitation.
« Tu pars avec des anciens, hein ? Qui ? »
* * *
Avec qui, tu demandes ?
« Richard Green, Jason Tvein, Choi Ami, William Walker et Aki. »
Yoon énuméra les noms, puis claqua la langue.
Son avis était sans appel :
« Sans Choi Ami, tu étoufferais à mort. »
« … C’est si terrible que ça ? »
« Richard Green n’est pas venu te voir ? »
Yoon glissa son téléphone dans la poche de sa blouse.
Je secouai la tête.
« Non, il n’est pas venu. »
« Il est venu me voir, à moi. »
« Pourquoi ? »
« Il m’a demandé si je n’avais pas appris au bleu à tirer ou à conduire. Il m’a demandé si ça n’allait pas de soi de commencer par lui enseigner les bases. Il m’a demandé depuis combien d’années je servais pour être encore incapable de lui apprendre les rudiments. Ensuite, il m’a fait tout un exposé sur le fait qu’il conseillait depuis des années au responsable du personnel de nommer Choi Yoon partenaire senior, lui aussi. »
Je ne servais à rien.
Comme l’avait dit Richard Green, je ne maîtrisais même pas les bases.
Le dégoût de moi-même déferla sur moi comme des vagues, et je m’agrippai les cheveux. Il n’avait pas tort. Je ne connaissais même pas les rudiments, j’avais attiré des créatures à moi, et un harceleur inconnu s’était mis à me suivre.
Et ma capacité de récupération, en plus…
Argh.
Quand j’enfouis la tête entre mes genoux, Ami me tapota l’épaule.
« Ça va aller ! Je te couvrirai autant que possible ! »
Ami était la lumière et le sel de ma vie.
« Hilde, tâchons juste de ne pas mourir ! »
« Je suis désolée par avance, et merci… »
« Bon. Si tu reviens vivant, tu progresseras. »
Yoon me jaugea sans y attacher d’importance, comme s’il parlait de quelqu’un d’autre.
« Tu n’as pas l’air du genre à subir de gros dégâts psychologiques, même si tu traverses quelque chose de choquant. »
« … Merci du compliment. »
« C’est vrai. Tu t’en sortiras peut-être mieux qu’on ne le pense. »
Ami me tapota le dos tandis que je répondais sans entrain.
Puis, les yeux ronds, elle me lança d’un ton enjoué :
« Et Richard a dit que tu avais du cran après avoir vu l’article ! Il a des critères tellement élevés qu’il complimente rarement qui que ce soit. Rien que ça, c’est impressionnant. Il ne te détestera probablement pas trop. »
« Vraiment ? »
« On dirait qu’il te caresse la joue avant de te gifler. »
Yoon anéantit mes espoirs sans ciller.
Ami gronda Yoon, tandis que je restais dévastée à côté d’elle.
« Oppa ! Pourquoi tu sapes déjà le moral de Hilde ? »
Yoon lui arracha calmement le lait de soja des mains.
« C’est important d’affronter la réalité. »
Il le dit d’un ton égal, puis planta une paille dans la brique, alors qu’il n’avait pas l’air d’avoir soif.
Le partenaire senior se fit frapper par Ami.
Une lutte spectaculaire s’ensuivit. Leur bataille pour le lait de soja était d’un tel niveau que mes yeux peinaient à suivre les bras des deux frère et sœur.
Au loin, j’entendis Samuel maugréer : « Quel putain de cirque. »
J’étais quand même contente qu’Ami soit là. Avoir au moins une personne sur qui compter me rassurait.
Je regardai d’un air absent la bataille pour récupérer le lait de soja, puis pris une résolution. Ne pas mourir. Être vive d’esprit. Apprendre tout ce que mes aînés pourraient m’enseigner avant de partir.
Je ne pouvais pas continuer à faire honte à Yoon.
« Qu’est-ce que je devrais faire avant de partir ? »
Quand je marmonnai ces mots comme pour moi-même, les deux frère et sœur interrompirent leurs mouvements fulgurants et se tournèrent vers moi.
Ils me répondirent à tour de rôle.
« Je vais tout te dire sur ceux qui partent avec toi ! On va tout retenir. »
« Fais tes bagages. »
Je fis les deux.
* * *
« Un sabre ? »
Richard Green était l’homme à l’air expérimenté qui m’avait interrogée le premier dans l’auditorium.
« Il t’a appris le sabre ? Ton grand frère biologique a encore moins de jugeote que je ne le pensais. »
« Allons, il comptait aussi apprendre à Hilde à tirer, petit à petit. »
Ami prit habilement le relais.
« Hilde n’est pas ici depuis si longtemps. C’est une bleue qui ne sortirait jamais de la Zone E, normalement. »
« C’est précisément pour ça qu’il fallait commencer par les bases. Elle n’a même pas le permis de conduite autonome. Ils recrutent des bleus sans permis, maintenant ? Je vais devoir en toucher un mot au responsable du personnel. »
« Elle apprendra vite. On pourra lui enseigner plus tard. Hilde est intelligente, elle aussi, alors elle comprendra rapidement. »
« Plus tard ? Quand, plus tard ? Vous comptez lui apprendre seulement quand elle reviendra en cadavre ? »
« Nous arriverons dans quinze minutes. »
Aki, assise au volant, prit la parole sans détour, comme si elle n’entendait pas leur échange venimeux.
« Rien d’anormal à signaler devant nous. »
Je veux rentrer chez moi.
Moins d’un jour après avoir quitté le Noyau central, mon ancien dortoir me manquait déjà terriblement.
Ma console de jeu. Mon lit confortable. La fenêtre qui laissait entrer juste assez de soleil. Tout me manquait. Même les leçons de Yoon, pendant lesquelles il n’arrêtait pas de m’attaquer au sabre, me manquaient.
Je voulais même retourner dans la chambre d’amis chez Yoon, où vivait le commandant en chef.
Mais je ne le pouvais pas. Tant que l’ordre d’expulsion du commandant en chef ne serait pas levé, je devrais vivre dehors pour une durée indéterminée.
Premier jour de l’ordre d’expulsion.
Pour ne pas montrer mon malaise, je baissai les yeux et observai le plancher du véhicule militaire.
Les cahots du véhicule résonnaient dans mes oreilles. Nous nous dirigions vers un point de sécurité situé à peu près au centre de la Zone D. Nous étions allés jusqu’à la Zone E en train. Mais, à partir de la Zone D, il n’y avait plus de rails.
C’était pour ça que Richard Green s’était mis en colère en apprenant que je n’avais même pas le permis de conduite autonome.
J’avais entendu dire qu’il s’emportait facilement parce que ses convictions étaient dures comme du mithril.
« Envoyer une bleue comme elle dans la Zone D avec nous, déjà. Ye-hyeon a donné un ordre vraiment insensé. »
« Exactement. »
Tvein, qui était assis à côté de Richard Green et m’avait regardée me faire sermonner, se mêla à la conversation.
Il était d’une constance remarquable. Même dans son uniforme de combat noir, son visage lisse et brillant, ainsi que son air prétentieux de basse extraction, restaient les mêmes. Tout comme son aversion constante pour Ye-hyeon.
« Son jugement ne cesse d’empirer. Ami, tu ne t’en rends pas compte, à vivre avec lui ? »
« Non. »
« Pourquoi donner un ordre pareil ? Il n’a jamais fait ça avant. »
« Depuis quand remet-on en question les ordres du commandant en chef ? S’il donne un ordre, on l’exécute. »
Ami balaya les remarques de Tvein sans s’en préoccuper, puis répondit fermement à Richard, qui avait presque marmonné sa question.
« Ce n’est pas une mauvaise chose, si ? Richard, tu étais curieux au sujet de Hilde, toi aussi. »
Je relevai la tête sans réfléchir.
Mon regard croisa celui du soldat aguerri. Les bras croisés, il me dévisageait, le regard brûlant de colère et de conviction.
Mon aîné m’observa, puis rompit le silence.
« Taleb. »
« Oui. »
« Ne baisse pas ta garde. »
Sa voix portait la colère d’un homme face à un monde qui ne correspondait pas à ses idéaux.
« À partir de la Zone D, au moindre relâchement, tu y laisses ta vie. »
Un héros de guerre qui avait survécu à la Première Guerre et à la Seconde Guerre. Un vrai soldat, qui se ruait en première ligne avant tous les autres. L’un des dix meilleurs Blaireaux Noirs, parmi une multitude.
Je ne détournai pas les yeux.
« Oui. Je m’en souviendrai. »
Richard me regarda un long moment, puis se détourna.
Le silence retomba. Le moteur résonnait dans le véhicule militaire dépourvu de fenêtres. Soulagée que le bombardement dirigé contre moi ait pris fin, je laissai échapper un petit soupir.
Je tournai les yeux en avalant un autre soupir et croisai le regard d’Ami.
Ses yeux ronds se plissèrent tandis qu’elle souriait.
Waouh. Son visage est tellement lumineux qu’on en est ébloui.
Cette aînée qui n’était que lumière se rapprocha et leva les yeux vers moi.
« Tu as bien fait tes bagages ? »
Je jetai un coup d’œil au sac de campagne entre mes jambes et hochai la tête.
« Oui. J’ai vérifié trois ou quatre fois. »
« Qu’est-ce que tu as pris ? »
Quelqu’un d’autre m’aurait lancé d’un ton autoritaire : « Énumère-moi ça, bleue. » Mais elle avait choisi de me le demander autrement.
Reconnaissante en silence, je passai en revue mes affaires.
« Des munitions, de l’eau potable, des rations d’urgence, du fil de pêche, un miroir de signalisation solaire, une petite scie, une loupe pour allumer un feu, un gilet pare-balles, une boussole magnétique, une boussole spectrale, des piles de rechange pour le communicateur et du matériel de premiers soins. »
« Tu as pris quoi, comme matériel de premiers soins ? »
Richard, qui ne m’avait pas quittée des yeux, posa la question.
Je répondis aussitôt.
« Des injections de sang, de quoi suturer, des antidouleurs, des glucides, des antibiotiques, un scalpel, une solution de perfusion et un injecteur de perfusion. »
« Tu sais t’en servir ? »
« Oui. »
« Et la morphine ? »
Je lui montrai la morphine que j’avais attachée autour de mon cou.
Richard se tut de nouveau. Il semblait que j’avais réussi son test.
Je poussai un soupir de soulagement sans réfléchir, et Ami sourit.
« Tu as appris à utiliser le communicateur et la balise tactique, hein, Hilde ? »
« Oui. »
À vrai dire, Yoon avait même essayé de m’apprendre à réparer le communicateur et la balise tactique.
« Tu n’as pas l’air bête. »
Pourtant, je l’étais.
Yoon renonça vite à m’apprendre à réparer le matériel de communication. Nous manquions de temps, mais surtout, je n’avais pas les compétences techniques nécessaires pour être à la hauteur de ses attentes.
Yoon avait des exigences trop élevées concernant l’intelligence des autres. Il appelait « les bases les plus élémentaires » des choses que je ne comprenais même pas, puis me poussait à les maîtriser rapidement pour passer aux applications pratiques.
Il finit par reconnaître mes limites intellectuelles et fit des compromis.
Autrement dit, je m’étais contentée de fourrer dans ma tête les instructions d’utilisation et de réparation du matériel de communication.
Je n’étais toujours pas sûre de pouvoir réparer le communicateur s’il tombait en panne. J’avais appris par cœur des procédures de base sans vraiment comprendre, et je n’avais même pas retenu tous les cas de figure. Yoon ne s’attendait pas non plus à ce que je sois capable de le réparer correctement. Comment aurais-je pu réparer quelque chose sans même comprendre son fonctionnement ?
Si je me retrouvais séparée des autres et que le communicateur ne fonctionnait plus, je devrais au moins essayer les méthodes que j’avais mémorisées.
Je n’avais qu’à ne pas me retrouver séparée.
Alors que je regardais tristement mon sac de campagne, Ami me dit d’un ton chaleureux :
« Quand on arrivera, on déballera nos affaires au point de sécurité. »
« Ah, d’accord. »
« Ensuite, on fera une reconnaissance… »
Boum !
Le véhicule se retourna.
Ma vision se mit à tourner. Mes aînés crièrent. Un choc violent retentit.
William Walker et Ami m’agrippèrent de leurs bras puissants.
Tandis que leurs mains m’aidaient à retrouver l’équilibre, Richard Green rugit :
« C’est l’heure de la chasse ! »
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>