Chapitre 41
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 41 : Ordre d’expulsion (1)
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Un article ?
Un article ? Un article de journal ? Un reportage ? Je restai bouche bée, à fixer le médecin sans comprendre.
Pourquoi y avait-il un article sur moi ?
À cause de ce président ? Il avait bien dit qu’il était célèbre.
J’eus l’impression que mes organes venaient de tomber tout droit dans mon ventre.
Ma rencontre avec Ye-hyeon et ma première entrevue avec Yoon me revinrent en mémoire. Que se passerait-il s’ils découvraient que j’avais été recrutée par piston ? Ça ne se terminerait pas par la démission de Ye-hyeon.
Qu’est-ce que l’article avait révélé exactement ?
Peut-être que Samuel Han avait pitié de moi, qui tremblais tant, car il claqua plusieurs fois la langue.
De ses mains calleuses, il me tendit une tablette. Elle ne semblait pas avoir été fournie par le travail. On aurait dit la sienne.
Je baissai les yeux vers l’article qui remplissait l’écran, les yeux écarquillés.
Un article où deux visages familiers s’étalaient en gros titre.
[« Grand frère ne nous a jamais lâchés, pas une seule seconde. »]
Je voulais mourir.
Luke, qu’est-ce que t’as foutu ?
Je tremblai en lisant l’article, si élogieux qu’il me glaçait jusqu’aux os.
Il n’y avait que des louanges. On disait que, malgré la présence du président de Cureus Corporation, j’avais fait passer la vie des deux enfants avant tout le reste. Que j’étais sortie avec eux, avant de redescendre pour sauver le président. Et qu’au bout du compte, j’avais réussi à mettre tout le monde en sécurité.
Le dernier paragraphe disait que j’« avais l’air d’être une nouvelle recrue Blaireau Noir ».
Une énorme photo me montrait en train de recevoir un masque à oxygène des mains d’un pompier.
Il y avait même une photo de moi inconsciente.
Je fixai la tablette un long moment, sans voix.
« Heureusement, l’article lui-même est plutôt favorable, mais il a été publié en si bonne place que ça va aussi devenir gênant pour vous. »
Samuel se gratta l’arrière du crâne.
« Vous êtes un nouveau visage pour le public, vous êtes au cœur d’une histoire qui leur plaît et vous êtes plutôt beau. Ça va faire du bruit pendant un moment. »
« Ça finira par se tasser, non ? »
« Je ne sais pas. Et puis, vous… »
Le médecin me regarda avec inquiétude.
J’attendis qu’il poursuive, une main glissée dans la poche de ma blouse.
Il ne reprit la parole qu’après qu’une infirmière l’eut appelé depuis l’autre bout de la pièce.
« Bref, je m’en vais. Appuyez sur le bouton d’appel si quelque chose arrive. »
À sa réaction, je compris que tout le monde n’avait pas accueilli la nouvelle favorablement.
Le problème venait probablement des commentaires. Il n’y avait aucune modération, quel que soit le sujet. J’hésitai, puis fis défiler la page jusqu’aux commentaires.
Je cherchai délibérément les plus mauvais.
Oui, c’était un peu fort, alors que je n’avais fait que mon travail de Blaireau. J’aurais dû réussir à sauver les trois en même temps… Les critiques étaient parfaitement raisonnables…
Ah.
À la lecture d’un commentaire, mon doigt s’immobilisa.
« Il sort d’où, celui-là ? »
Quand est-ce que Black Badger avait recruté quelqu’un ? Quand est-ce qu’il avait rejoint l’unité ? D’où venait-il ? Pourquoi n’y avait-il aucune trace de sa scolarité obligatoire, encore moins de ses études à l’université ?
Ces questions incisives me serrèrent le cœur. Je fis rapidement défiler la page et en trouvai plusieurs autres du même genre.
Heureusement, ces commentaires n’avaient pas attiré beaucoup d’attention. Certains demandaient même pourquoi les gens fouillaient dans la vie privée d’un inconnu.
Qu’est-ce qui se passerait si ça prenait de l’ampleur ?
Paniquée, je fis des recherches sur Internet. Je parcourus toutes sortes de sites et de forums pour voir les réactions à l’article.
Heureusement, mes origines n’étaient pas au centre des discussions. Quelques personnes étaient curieuses, mais tout le monde s’intéressait davantage à l’effondrement de la tour, à la hausse soudaine des apparitions de créatures, à l’évacuation tardive du président de Cureus, à mon visage, et ainsi de suite.
Il y avait au moins ça.
Mais est-ce que tout allait vraiment se calmer ici ?
Mal à l’aise face à cette question sans réponse, je sortis mon téléphone.
Il était rempli de messages non lus. Deux camarades de classe qui s’inquiétaient pour moi. Ami, qui me demandait de la contacter à mon réveil. Ro, qui m’avait envoyé l’article en ricanant. Un numéro masqué qui m’avait écrit : « Alors, ça y est, tu as fait tes débuts ? »
Et le commandant en chef Lee Ye-hyeon.
Lee Ye-hyeon ?
Son numéro personnel ?
Ça devait être son numéro personnel.
Mais non.
Je fixai longuement le terrifiant message reçu du numéro officiel que j’avais enregistré sous le seul nom de « Commandant en chef ».
Puis, rassemblant tout mon courage, j’ouvris le message.
[Nous allons observer l’évolution de la situation avant de prendre une décision. Si une personne inconnue vous approche, signalez-le immédiatement. Aucune mission à l’intérieur du Noyau central pour le moment.]
Le message de mon supérieur était sec. Malgré tout, mon cœur se serra.
Je devais aller voir Yoon.
Je glissai mon téléphone dans la poche de ma blouse d’hôpital et me levai.
Je devais prévenir mon partenaire senior.
« Hé ! Où est-ce que tu vas ?! »
Samuel, qui était revenu, s’écria en me voyant retirer prudemment l’aiguille de la perfusion.
« Restez tranquille ! »
« Désolée, docteur. »
Je sautai du lit et m’excusai auprès du médecin furieux.
« Je reviens tout de suite. »
« Hé ! »
Comment ça, tu reviens tout de suite ? Et pourquoi tu t’excuses ? Si tu pars comme ça, ne prends même pas la peine de revenir ! Le médecin avait l’air prêt à me lancer la tablette à la tête.
Gênée, je me précipitai hors de la chambre.
* * *
Yoon était à son bureau.
Un homme assis bien droit au milieu de l’agitation. Sans le quitter des yeux, je traversai rapidement la salle bondée.
En passant par le laboratoire, j’entendis des voix fuser de tous côtés.
« Oh, c’est Taleb. »
Les chercheurs curieux passèrent la tête par la porte pour me regarder.
« On dirait que tu es réveillé. »
« Je suis content que tu aies l’air en forme. »
« Hein ? Tu portes une blouse d’hôpital ? »
« Taleb ! J’ai vu l’article ! Beau boulot ! »
« Grand frère ne nous a jamais lâchés ! Pas une seule seconde ! »
« Et le président de Cureus Corporation, ça va ? Il est vraiment aussi impoli que le racontent les rumeurs ? »
Je ne pouvais pas répondre à tout le monde, alors je me contentai de leur lancer à la cantonade :
« Merci de vous inquiéter pour moi ! Ah, le président de Cureus Corporation est exactement comme le disent les rumeurs ! »
« Ouah ! »
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Une voix grave trancha, pour une raison ou une autre, les acclamations des chercheurs.
Je m’arrêtai devant mon partenaire senior, qui me fixait d’un regard parfaitement froid.
Ce ne fut qu’à cet instant que mes cinq sens se réveillèrent pleinement. Ma vision s’éclaircit. Les bruits du laboratoire me parvenaient distinctement. Le son de Martin, l’IA qui se déplaçait au plafond, me chatouillait les oreilles.
Submergée par ce flot de sensations, je fis brusquement mon rapport à l’homme impassible.
« J’ai consulté l’article dès mon réveil. »
« Ça se voit. Qu’est-ce qu’il te faut ? »
« Le commandant en chef m’a envoyé un message, alors je suis venue vous voir. »
Comme prévu, Yoon se redressa.
Avant qu’il ait le temps de dire quoi que ce soit, je sortis mon téléphone de ma poche et le lui tendis.
« Le voilà. »
Sans un mot, Yoon prit mon téléphone.
Il baissa les yeux vers l’écran, le visage impénétrable. Chaque fois que je me tenais devant Yoon, je ressentais une pression inexplicable. J’attendis sa réaction.
En attendant, je regardai autour de moi. Le laboratoire était toujours si étrange qu’il méritait qu’on s’y attarde.
Une seconde, il y avait quelqu’un que je connaissais, assis à côté de Yoon.
Je remarquai John Mueln, qui fixait intensément un ordinateur portable posé sur le bureau. Ses yeux bleu clair ne quittaient pas l’écran.
Sa simple silhouette de profil suffit à raviver mes anciens cauchemars.
Malgré tout, il m’avait aidée dans la tour. Si nous ne nous étions pas croisés, j’aurais peut-être fait semblant d’oublier, mais comme il était juste devant moi, je ne pouvais pas simplement éviter de le saluer.
Après une hésitation, je m’approchai et m’arrêtai à côté de la chaise de Mueln.
Puis je m’inclinai devant l’homme si absorbé par son travail.
« Bonjour, monsieur. Merci de m’avoir aidée, l’autre fois. »
« … »
Aucune réponse.
Il ne tourna même pas la tête vers moi.
Il m’en voulait peut-être d’être partie après lui avoir dit ce que j’avais à dire, à l’époque.
« Monsieur. »
« … »
« Monsieur ? »
« Inutile d’insister. »
Je tournai la tête et croisai le regard de Yoon.
Yoon désigna du menton son collègue, assis au bureau voisin.
« Il ne doit même pas entendre ta voix, là. »
« Comment ça ? »
« Quand il est absorbé par quelque chose, il ne voit plus rien d’autre. Il se concentre sur le nouveau sujet de recherche que je lui ai donné la dernière fois. Il a probablement oublié jusqu’à ton existence. »
C’était vraiment un cinglé ?
Il était encore plus taré que je ne le pensais. Je dévisageai, incrédule, le chercheur qui ne semblait même pas avoir conscience de ma présence à côté de lui.
C’était pour ça qu’il m’avait demandé qui j’étais, à l’époque ?
« Je ne lui en veux pas ou quoi que ce soit, marmonnai-je, mais il m’a enregistrée sous le nom de Sujet de test zéro. »
Yoon eut un petit rire. Il tendit la main et prit le téléphone de John Mueln, posé bien sagement sur le bureau.
Yoon pianota tranquillement sur le téléphone de Mueln.
« Il t’a enregistrée sous le nom de Sujet de test zéro ? »
« Oui. Apparemment. »
« Putain, c’est hilarant. Il doit vraiment t’aimer bien. Bref, tu es expulsée du Noyau central pour le moment. Compris. Autre chose ? Probablement pas. »
« En fait, si. »
Yoon, qui souriait en coin tout en tripotant le téléphone de Mueln, releva la tête.
Il ouvrit de grands yeux en me regardant.
« Ah bon ? »
« Oui. Le commandant en chef m’a dit de signaler immédiatement si quelqu’un que je ne connaissais pas m’approchait. Alors je voulais vous en parler. »
« Quelqu’un t’a approchée ? Qui ? Un journaliste ? »
« Non, à vrai dire, je ne sais même pas qui c’est. Mais cette personne m’envoie sans arrêt des messages incompréhensibles. »
Je récupérai mon téléphone sur le bureau de Yoon et lui montrai les messages étranges que j’avais reçus jusque-là. Je lui fis voir ceux du numéro inconnu, puis celui d’aujourd’hui : « Alors, ça y est, tu as fait tes débuts ? »
Comme je regardais l’écran en expliquant, je ne vis pas la réaction de mon partenaire senior.
Je ne compris à quel point la situation était grave que lorsque Yoon se leva d’un bond.
« On monte. »
Yoon donna l’ordre d’une voix glaciale.
« Prends ton téléphone et suis-moi. »
J’obéis sans discuter.
* * *
Les hauts gradés ne regagnèrent leur bureau qu’après dix heures du soir.
Yoon et moi, qui attendions dans le petit salon de réception à côté du bureau, nous levâmes en même temps.
Les personnes que nous avions attendues plus de quatre heures sortirent de l’ascenseur, dont les portes étaient ouvertes. Ye-hyeon. Ska Owen. Et un homme que je n’avais jamais vu.
Les trois hommes ouvrirent de grands yeux en me voyant.
« Yoon. Tu as fait attendre Hilde en blouse d’hôpital ? »
À la voix surprise de Ye-hyeon, je compris pourquoi tous les hauts gradés avaient écarquillé les yeux.
Je fus mortifiée. J’aurais dû me changer au lieu de perdre la tête.
Bien sûr, l’homme à côté de moi n’avait aucune honte : ce n’était pas lui qui portait une blouse d’hôpital.
« La tenue n’a pas d’importance. »
« Tu aurais dû lui laisser le temps de se changer. C’est une patiente qui n’est même pas encore complètement remise. »
« Tate, prépare des vêtements pour que Hilde puisse se changer. »
Ska se pencha vers le couloir et s’adressa à la secrétaire.
Tandis que je les remerciais, gênée, Ye-hyeon et l’inconnu entrèrent dans le bureau. Ils passèrent devant nous en retirant leurs manteaux. Yoon et moi attendîmes tranquillement qu’ils aient fini de se préparer.
L’air nocturne marquait la fin d’une longue journée.
La conversation ne commença qu’après que je me fus changée et que j’eus enfilé les vêtements préparés par la secrétaire.
« Hilde. »
Ye-hyeon prononça mon nom d’une voix neutre.
« Avez-vous déjà répondu aux messages de cette personne ? »
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