Chapitre 38
WeTried Translations
Traductrice/éditrice : Natty
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Black Badger ◈
Chapitre 38 : Fuite (1)
──────
Heureusement, j’étais prêt à répondre à cette question.
« Comme tu peux le voir, je récupère mal, alors mon partenaire senior m’en a parlé un peu plus tôt. »
« Qui était ton partenaire senior ? »
« Choi Yoon. »
Ce ne fut pas Kudo qui réagit, mais le président de Cureus Corporation.
Il émit un drôle de son. Je me tournai pour caresser la tête de la fillette de quatre ans qui tirait de toutes ses forces sur mes cheveux blancs.
« Ne me dis pas que c’est Choi Yoon ? Ce Choi Yoon-là ? »
« Qu’est-ce que tu entends par “ce Choi Yoon-là” ? »
« L’enfant adoptif du président d’A-Tech ! Qu’est-ce qui cloche chez toi ? Comment peux-tu manquer à ce point de bon sens ? »
Peut-être jugeant la conversation inutile, le senior se détourna.
Kudo pataugea dans l’eau qui lui arrivait aux chevilles en direction de l’entrée sud.
Cette partie était elle aussi bloquée par des décombres. La solide porte de l’escalier menant au parking souterrain était presque entièrement ensevelie.
En me dirigeant vers le senior, je répondis au président.
« J’ai grandi sans parents, alors il y a beaucoup de choses que j’ignore. »
Au moins, le président eut assez de pudeur pour tressaillir.
« Choi Yoon, le Blaireau Noir, est l’enfant adoptif du président d’un grand groupe ? »
« Tu l’appelles ton partenaire senior, mais tu ne le savais pas ? … Enfin, j’imagine mal qu’il te l’ait expliqué lui-même. »
Tu le connais bien.
Je hochai la tête et réajustai correctement les enfants qui gigotaient dans mes bras. Ils avaient été terrifiés quand je les avais trouvés, mais mes bavardages inutiles pendant que je leur posais l’attelle avaient peut-être contribué à les rassurer.
Les enfants, qui étaient restés pétrifiés, recommencèrent peu à peu à bouger.
La fillette qui s’était présentée sous le nom de Becky tira sur mes cheveux. Le garçon appelé Luke agitait frénétiquement son bras indemne.
Faisant abstraction de la douleur, comme si mes cheveux allaient s’arracher, et du chaos qui régnait dans mon champ de vision, je me plaçai derrière le senior.
« On peut passer ? »
Au lieu de répondre, Kudo resserra sa prise sur son épée.
On aurait dit qu’il comptait tailler un passage dans les décombres entassés.
Je reculai.
« Qu’est-ce qu’il fait, le monsieur ? »
Luke désigna le dos de Kudo.
« C’est une vraie épée ? »
« Oui. »
« Une épée peut aussi couper la pierre ? »
Becky tira encore longuement sur mes cheveux, me faisant pencher la tête sur le côté.
En regardant la lame de Kudo tracer de gracieux arcs dans l’air, je répondis lentement.
« Ça dépend de qui la manie. »
Fschh.
Boum, crac !
Les décombres entassés se brisèrent en petits morceaux et s’effondrèrent au sol. Les surfaces coupées étaient nettes et lisses. Ses mouvements délicats et gracieux se poursuivirent, réduisant les ruines restantes en morceaux encore plus petits.
« Waouh ! »
Becky lâcha enfin mes cheveux et poussa un cri d’admiration.
« Il est trop fort, le monsieur ! »
« Ouah ! C’est génial ! »
« Et toi, tu fais quoi ? »
À côté des enfants qui l’admiraient avec leur candeur, le président énonça l’évidence.
Je regardai le senior repousser les gravats du pied devant la porte, puis tournai la tête.
Croisant le regard apitoyé du président, je lui adressai un sourire de travers.
« Je viens tout juste d’être recruté. »
« Grand frère, tu sais pas faire ça ? »
« Oppa sait pas faire ça ! »
« Pauv’ type inutile. »
C’était dur, Becky.
Le pire, c’est que je ne pouvais pas la contredire. Laissant échapper un rire creux, je rapprochai de nouveau les enfants qui glissaient de mes bras.
Je rejoignis le senior, qui écartait les gravats à coups de pied, et l’aidai à les pousser sur le côté. Bien sûr, le type qu’on appelait le président ne donna pas un coup de main, et je n’avais pas l’intention de poser les enfants, qui se proposaient pourtant de m’aider.
En silence, le senior et moi dégageâmes les gravats qui obstruaient la porte.
Grrr…
Cette tour n’allait quand même pas s’effondrer, si ?
Tandis que le bâtiment tremblait dans un grondement inquiétant, Kudo ouvrit la porte de l’escalier.
Les lumières étaient éteintes. Seule la porte ouverte laissait entrer un peu de lumière. Il faudrait faire attention à ne pas rater une marche. Dans cet état, le parking souterrain devait être plongé dans le noir complet, lui aussi.
Le senior, qui avait sans doute pensé la même chose, se tourna vers moi.
« Donne-m’en un. »
Après avoir rengainé son sabre japonais, il tendit la main.
Le corps de Becky pencha vers Kudo. Je confiai la fillette qui se débattait au senior impassible.
Sans la moindre réaction, il prit l’enfant dans son bras gauche.
Puis il s’engagea dans l’escalier. Le bruit sec de ses chaussures résonna dans la cage d’escalier sinistre.
Je laissai le président passer devant, puisqu’il insistait pour ouvrir la marche, puis le suivis.
Le bruit des chaussures résonnait dans la cage d’escalier.
« Hé ! »
Le président descendit les marches en titubant, tout en criant.
« Les murs sont fissurés ! »
« Raison de plus pour descendre avant que ça s’effondre. »
Je gardai les yeux sur le senior, qui semblait contenir son agacement, et pris la parole.
« Ne gaspille pas ton énergie pour rien… »
Boum !
Je faillis dégringoler l’escalier.
Gronde, crac !
Le bâtiment trembla de nouveau. Les structures instables des étages supérieurs s’effondrèrent dans le hall. Le vacarme assourdissant derrière nous résonna dans l’étroite cage d’escalier.
Des blocs de ciment dégringolèrent par la porte ouverte.
L’odeur de poussière se répandit. L’espace s’assombrit. La lumière qui entrait par la cage d’escalier diminua rapidement. Dans cet endroit déjà exigu et sinistre, même la partie éclairée fut engloutie par les ténèbres.
On aurait dit que les gravats tombés avaient bouché la porte ouverte.
« Allumez vos téléphones pour éclairer les marches ! »
La voix du président trembla légèrement lorsqu’il cria.
« Je ne vois rien ! »
« Descends doucement, s’il te plaît. »
Je serrai contre moi Luke, qui lâchait un « Huuuuuh » de vieillard.
« Ça ira si on avance lentement. »
« T’es marié, monsieur ? »
Devant le président affolé, Becky posa hardiment sa question.
Elle était courageuse, cette gamine.
La réponse calme de Kudo nous parvint dans le noir.
« Je l’ai été. »
« Pourquoi tu dis “je l’ai été” ? »
« Hé, Becky ! On ne pose pas ce genre de question ! »
Luke passa la tête et cria.
« Demande plutôt comment ça se passe au boulot, par exemple ! »
« C’est ta deuxième vie ou quoi ? »
Étonné par la maturité excessive de Luke, j’entendis la voix hardie de Becky s’élever plus bas dans l’escalier.
« Et toi, Grand frère, t’as déjà été marié ? »
Elle semblait s’adresser à moi. Après tout, elle m’avait appelé Grand frère et pas monsieur.
Je descendis prudemment les marches et répondis sans trop y réfléchir.
« Je ne sais pas. »
« Tu sais pas ? Pourquoi tu sais pas ? »
« Hé, Becky ! Il t’a déjà répondu ! »
Luke haussa de nouveau la voix.
« Ne pose plus de questions ! »
Ce n’était pas tout à fait ça.
Un peu embarrassé, je ne le corrigeai pas. Je ne répondis pas non plus au président, qui continuait à marmonner que je devrais allumer mon téléphone. Je préférais garder libre la main qui ne tenait pas Luke, au cas où il arriverait quelque chose.
La cage d’escalier était étroite et sombre. Il fallait probablement descendre deux étages pour atteindre le parking souterrain. Ce serait la catastrophe si on ratait une marche ou si quelque chose tombait pendant la descente.
L’état du bâtiment était également inquiétant…
… Hein ?
Quelque chose titilla mes sens. Je ralentis, descendant prudemment avec Luke dans le bras gauche et la main droite agrippée à la rampe.
Je distinguais les silhouettes des personnes qui avançaient en contrebas. Le président descendait à tâtons. Le senior se trouvait déjà un demi-étage plus bas.
Une faible traînée écarlate vacilla sur leurs dos.
Écarlate… ?
Au moment où je me retournai vivement, une pluie de flèches enflammées s’abattit.
Fchhh !
Une flèche me transperça la cuisse droite.
« Grand frère ! »
« Aah ! Il est de retour ! »
Luke et le président crièrent.
Moi, la cible de l’attaque, j’étais incapable de pousser le moindre son tant la douleur me transperçait.
Ça faisait un mal de chien.
Mais la douleur aiguisait mes sens. Je regardai derrière moi, vers l’endroit d’où nous étions venus.
Une boule de feu flottait au-dessus du premier palier. Elle se contorsionnait, prête à tirer une autre flèche enflammée.
« Luke. Recroqueville-toi ! »
Je criai en serrant le garçon contre moi.
« Bougez, bougez ! »
Affolé, le président se précipita dans l’escalier obscur. Kudo déposa Becky et se rua vers nous en remontant les marches.
Je le dépassai et dévalai l’escalier.
J’avais aperçu quelque chose avant que la cage d’escalier ne soit engloutie par les ténèbres.
« L’armoire à tuyau d’incendie ! »
Je descendis un demi-étage en quelques enjambées et tendis la main droite vers le mur.
« Senior, prenons le tuyau d’incendie ! »
Clang !
Clang. Clac. Clang !
Les flèches enflammées frappèrent la lame de Kudo et rebondirent dans les airs. Les flammes percutèrent le mur avec force et creusèrent la paroi de la cage d’escalier.
Le président poussa un cri et s’effondra sur place.
Je plaçai Luke, qui tremblait en silence, derrière moi et ouvris l’armoire à tuyau d’incendie.
« Asperge-la d’eau. »
Le senior, face à la créature, me donna l’ordre sans se retourner.
« Dès que sa prochaine attaque sera terminée. »
« Compris. »
Je saisis le tuyau et attendis.
Après avoir lancé plusieurs attaques puissantes, le Bouclier de Feu devait marquer une pause avant de pouvoir attaquer à nouveau. Je devais profiter de cette ouverture pour l’asperger d’eau.
Les yeux plissés, je regardai les flèches enflammées illuminer l’espace sombre, en attendant le bon moment. Yoon ne me l’avait-il pas expliqué ? Saisir l’instant fugace.
Comme Ye-hyeon, qui avait enfoncé son épée dans le corps d’une créature de niveau 10…
« Asperge-la ! »
Kudo lança sèchement l’ordre en pivotant.
Pshhhhh !
Une puissante pression d’eau jaillit du tuyau.
Au même moment, Kudo dévala agilement les marches et ramassa Becky. Le jet d’eau la frappa de plein fouet.
La créature était repoussée. Cette masse de flammes de la taille d’un ballon de foot flottant dans les airs.
Mais pourquoi ne s’éteignait-elle pas ?
« Grand frère ! »
Alors que je remontais l’escalier, Luke poussa un cri derrière moi.
« Grand frère ! Ne pars pas ! »
[Créature « Bouclier de Feu »]
À mesure que je m’approchais, le guide des créatures poursuivait la lecture de sa fiche.
[Il est extrêmement difficile de l’éliminer complètement ; il est conseillé de l’éviter si vous en rencontrez un. Son mode de reproduction est inconnu. C’est l’une des créatures qu’on ne peut pas capturer vivantes. Elle réagit aux mouvements et attaque…]
Bang !
À l’instant où la créature fut repoussée hors de la cage d’escalier, je donnai un coup de pied dans la porte, brûlante de chaleur, pour la fermer.
Fouuush !
Des flammes jaillirent par l’interstice de la porte.
« Taleb ! »
Le senior, qui avait aussi réussi à prendre Luke dans ses bras, m’appela d’en bas.
« On va à la citerne souterraine. Cours. »
Sans un mot de plus, je lâchai le tuyau et dévalai les marches.
* * *
« On devrait appeler M. Mueln ? »
Dans le parking souterrain plongé dans le noir complet, nous reprîmes notre souffle près d’un pilier, après avoir mis de la distance entre nous et le Bouclier de Feu.
Le président et les deux enfants étaient silencieux, peut-être à moitié hébétés. Seuls le senior et moi bougions dans l’obscurité.
En regardant Kudo arrêter calmement le saignement de ma blessure à la cuisse, je pris la parole.
« J’ai l’impression qu’il saura peut-être comment tuer cette chose. »
Kudo, qui nouait ma blessure avec une bande de tissu déchirée, me lança un regard comme s’il venait d’entendre une énormité.
Après m’avoir dévisagé en silence pendant un moment, il demanda :
« Mueln ? »
« Oui. »
« John Mueln ? »
« Oui. Du service scientifique. »
« Tu peux l’appeler ? »
Kudo haussa un sourcil et marmonna comme pour lui-même.
« Tu as son numéro ? »
« Oui, je l’ai. Je l’appelle tout de suite. »
Sans tenir compte de la réaction du senior, qui semblait douter d’avoir bien entendu, je passai l’appel.
Je n’avais rien à perdre.
Et puis, on disait que c’était un scientifique comparable à Einstein. Il aurait peut-être un nouvel éclairage sur la manière de s’occuper de cette créature.
« … Tu l’appelles vraiment ? »
« Oh, il a répondu. »
Quel timing.
Je portai le téléphone à mon oreille.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>