Chapitre 37
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Blaireau Noir ◈
Chapitre 37 : Mission de sauvetage (3)
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Il ne répondit pas.
À la place, ses yeux froids balayèrent les environs. Je souris de nouveau, gêné.
Une partie de la tour s’était effondrée. Des blocs de pierre empêchaient d’atteindre la porte, et le civil et moi avions été pris sous une pluie de gravats. Nous avions failli finir aplatis comme des poissons séchés.
Nous réfugier sous l’auvent avait été notre meilleure option. Il avait résisté à tout ce qui s’était abattu sur nous.
Kudo avait apparemment dégagé une partie des décombres qui recouvraient l’auvent. Plissant les yeux sous la lumière qui inondait les lieux, je poussai l’homme à côté de moi.
Ce type avait des nerfs d’acier. Dans une situation pareille, il aurait été normal qu’il perde la tête.
« Sortez et restez là. »
Mes jambes tremblaient encore, mais je hélai l’homme qui se dirigeait obstinément vers le senior.
« Et évitez de faire des histoires pour rien. »
« Qu’est-ce que je pourrais bien faire comme histoire ? Et pourquoi vous arrivez seulement maintenant ? Vous êtes capables de soulever des voitures comme des livres, non ? Vous auriez pu dégager tout ça en un rien de temps ! »
Il titubait en marchant, sans cesser de râler.
Quel drôle de type. Le voir se plaindre après avoir échappé de peu à la mort me fit rire sans joie.
Jonathan Kudo ne lui accorda même pas un regard.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Après m’avoir observé un moment, Kudo rompit le silence.
Je clignai des yeux et croisai son regard.
« Pardon ? »
« Ton dos. Montre-moi. »
Ah.
Il parlait de la brûlure dans mon dos.
Le commandant en chef leur avait expliqué que mes capacités de guérison étaient médiocres, mais mes seniors ne l’avaient vraiment compris qu’en le constatant de leurs propres yeux.
Jonathan Kudo n’avait pourtant pas l’air inquiet pour moi.
Il semblait surtout curieux, pas préoccupé. Comme John Mueln l’avait été. Comme je l’avais entendu dire, il était difficile à cerner.
Mes camarades de promotion étaient gentils. Leurs partenaires seniors s’inquiétaient de ma guérison incomplète. Ami, c’était évident, et même Ricardo, malgré ses grognements, veillait clairement sur moi.
… Choi Yoon était un sociopathe, alors je décidai de ne pas penser à lui.
Quoi qu’il en soit, ce senior serait différent des autres. Il sauverait des gens parce que c’était la mission, et moi parce que j’étais un junior. Mais que je m’appelle Hildebert Taleb ou Hessi Lyle, ça ne changerait rien pour lui.
Je ferais mieux de ne pas devenir un poids mort.
Ma cheville, que les gravats avaient heurtée, allait beaucoup mieux. Je me relevai en souriant, en traînant la jambe qui me lançait moins qu’avant.
« Je guéris un peu mal. Merci de m’avoir sorti de là, senior. »
« Tu peux marcher ? »
« Bien sûr. »
Kudo se détourna.
Son attitude montrait qu’il avait vérifié que je ne serais pas un obstacle. Sans se retourner, il sortit par le passage qu’il avait dégagé dans les ruines.
Je me dirigeai à mon tour vers la lumière qui se déversait dans les lieux.
Grrr.
« Argh ! C’était quoi, ça ? »
« Ouf… »
Un grondement sourd accompagna le cri alarmé du civil. Je vacillai et retrouvai précipitamment mon équilibre.
Ouah. On aurait dit que tout allait s’effondrer d’un instant à l’autre.
« Non ! Mon immeuble ! »
L’homme lança un cri en fixant le bâtiment qui tremblait de façon inquiétante.
« Mon chef-d’œuvre ! »
Voilà pourquoi il avait refusé de partir. C’était le propriétaire de l’immeuble.
Avec un sourire impuissant, je regardai autour de moi. Le bâtiment avait tremblé un moment dans un grondement sourd, puis avait fini par s’immobiliser.
Le calme étouffant qui précède la tempête.
Je soupirai et fis le tour du regard.
À première vue, la situation n’était pas aussi grave que je l’avais imaginé.
Une partie de la tour s’était écroulée. Les entrées étaient ensevelies sous les gravats. Mais le centre du hall, là où se trouvait la créature, était intact. La tour avait été construite autour d’un vaste espace central à ciel ouvert, avec une fontaine. Cette partie-là, du moins, avait relativement bien résisté.
« Elle n’est même pas ouverte depuis longtemps… »
Le propriétaire se prit le visage dans les mains, désespéré.
« Elle devait rivaliser avec A-Tech… »
Floc.
L’eau me lécha les chevilles. Le sol était inondé.
De l’eau provenant d’une conduite rompue ? Ou Shu avait-elle brisé un aquarium ?
À propos, où était Shu ?
Les entrailles glacées, je me tournai vers le senior.
« Senior, où est la senior Shu ? »
« Probablement dehors. »
Kudo répondit d’un ton neutre en examinant le sol.
« On ne peut pas la joindre, le communicateur est cassé. »
« Quoi ? »
Le propriétaire, qui désespérait quelques instants plus tôt, releva la tête.
En contemplant le visage aux traits nets du senior, mélange d’Orient et d’Occident, il demanda :
« Le communicateur est cassé ? Alors comment on fait pour joindre l’extérieur ? »
« Vous n’avez pas de téléphone ? »
Je sortis mon téléphone de ma poche et le brandis.
« Il est cassé ? »
Le propriétaire me fixa longuement.
Puis il bougea lentement le bras et fouilla sa poche à la recherche de son téléphone. Il avait dû oublier un instant qu’il en avait un.
Ça pouvait arriver.
Le silence retomba sur le hall en ruines. Le propriétaire, qui haletait, venait de plonger le nez dans son téléphone. Je poussai un long soupir et me concentrai sur les sensations qui m’assaillaient.
Le bruit de l’eau, quelque part à proximité. Le bruissement de la poussière de béton qui retombait des montagnes de gravats. L’odeur âcre de la pierre.
Est-ce qu’on devait sortir par nos propres moyens ? Ou attendre les secours ?
Le senior n’avait pas l’air de vouloir me le dire. Je n’avais aucune idée de ce qu’il observait. Il parcourait le hall, faisant onduler l’eau au sol avec son épée.
Je m’apprêtais à m’approcher pour lui parler quand le propriétaire cria :
« Je vous dis que c’est à l’intérieur ! »
Il avait une sacrée voix.
« À l’intérieur de la tour ! Envoyez du monde, maintenant. Sortez-moi de là ! Vous avez vu le bâtiment trembler ? »
Un poisson lui tomba dessus avec un bruit humide.
Le propriétaire sursauta, je pouffai, et Kudo ne se retourna même pas.
Le pauvre homme jeta le bar, déjà mort, sur le sol.
Floc !
« Merde ! »
« Senior, on devrait attendre ici ? »
« On va bientôt nous indiquer la sortie la plus sûre. »
Kudo répondit calmement, sans quitter des yeux le sol inondé.
« Une personnalité connue est coincée ici. Et cet immeuble se trouve au cœur du quartier commerçant de la Zone 1, donc c’est dangereux aussi. »
« Une personnalité connue ? »
Parlait-il de lui-même ?
Je clignai des yeux, perplexe. Un silence tout aussi déconcerté suivit. Le propriétaire, qui criait dans son téléphone, referma brusquement la bouche.
Il me dévisagea, incrédule.
« Quoi ? Pourquoi tu dis ça comme si tu posais une question ? Tu ne me connais pas ? »
« Non. »
Je répondis sans hésiter.
Comment j’aurais pu vous connaître ? Il parlait comme un de ces types qui vous appellent d’un numéro masqué.
Mais en voyant le propriétaire bouche bée, et même Kudo relever la tête pour me regarder, je compris que j’avais encore fait une bourde.
Cet homme était connu ?
« Tu ne me connais vraiment pas ? »
« Désolé. Je ne suis pas très au courant de ce qui se passe dans le monde. »
« Non, mais quand même. Tu ne me connais pas ? »
« Non. Vous êtes le propriétaire de cette tour ? »
« Hé ! Je suis le président de la Cureus Corporation ! »
C’était une grosse entreprise ?
Je jetai un coup d’œil à Kudo et nos regards se croisèrent. Il remuait toujours l’eau du bout de son épée tout en m’observant attentivement, comme s’il cherchait à vérifier que je ne connaissais vraiment pas cet homme.
Il ressemblait à un chat qui observe en silence un insecte posé sur le papier peint.
Ça devait être une entreprise connue.
Mais est-ce que ça avait vraiment de l’importance, dans une situation pareille ?
Comme pour répondre à mes pensées, mon téléphone sonna.
Dès que je répondis, une voix inconnue résonna dans la tour.
[Prenez l’escalier à côté de l’entrée sud et sortez par le parking souterrain.]
Je levai la tête vers le senior.
Sans changer d’expression, il s’approcha lentement.
Puis il me prit le téléphone des mains. Le sang séché qui le couvrait semblait être le sien. Même s’il avait été pris dans l’explosion et s’en était remis, il était celui qui s’en était tiré dans le meilleur état.
« Où en est la situation dans la tour ? »
[Elle ne semble pas sur le point de s’effondrer, mais vous devez sortir au plus vite, quoi qu’il en soit. Le plafond risque de s’écrouler.]
« Quel soutien peut-on obtenir de l’extérieur ? »
[Ce ne sera pas facile. Une intervention imprudente pourrait accélérer l’effondrement du bâtiment.]
« Je ne vois pas le corps de la créature. »
Jonathan Kudo lâcha calmement une bombe.
Le propriétaire blêmit. Je clignai lentement des yeux.
Voilà pourquoi il tenait son épée et fouillait l’eau depuis tout ce temps. Il cherchait le corps de la créature.
Mais elle avait un corps. Elle ressemblait à une boule de feu, alors j’avais cru qu’elle s’éteindrait simplement en prenant l’eau.
La personne à l’autre bout du fil garda le silence un instant.
[Vous voulez dire que le sort de la créature est incertain ? Alors vous devez sortir encore plus vite. Y a-t-il des civils en plus du président de la Cureus Corporation ?]
« Je n’en vois pas. »
« Attendez. »
Je m’interposai précipitamment.
Le propriétaire, qui regardait autour de lui les lèvres pincées, et le senior, qui répondait calmement, tournèrent tous les deux les yeux vers moi.
Je croisai le regard de Kudo, où je ne décelai pas la moindre curiosité.
« Tout à l’heure, une femme a dit qu’elle ne trouvait pas ses enfants et a essayé d’entrer. »
[Des enfants ?]
« Quoi ? »
Le senior sursauta.
En voyant ses yeux écarquillés, je hochai la tête.
« Shu l’en a empêchée, alors elle n’a pas pu entrer. »
« Même s’ils sont à l’intérieur, ils sont morts ! »
Le propriétaire cria d’une voix hystérique.
« On ne sait même pas si la créature est morte ou vivante, ni quand le bâtiment va s’effondrer. Pourquoi chercher des enfants qui sont peut-être ici, ou déjà morts ? »
« Vous savez où ils pourraient être ? »
« J’entends des bruits étouffés à l’étage. »
« Quoi ? »
Le propriétaire me lança un regard qui disait : « Cet idiot raconte encore n’importe quoi. »
Mais tout le mépris qu’il mettait dans son regard, toutes les façons qu’il avait de me dévisager comme si j’étais la personne la plus stupide au monde, ne m’atteignaient pas. Le regard de Yoon, qui disait : « Ton intelligence ne vaut même pas celle d’un chimpanzé », m’avait bien entraîné.
Je fis part de mes soupçons au senior, qui fusillait le propriétaire du regard.
« J’ai l’impression d’entendre des bruits de froissement à l’étage depuis un moment. Tout à l’heure, la senior Shu a déplacé au deuxième étage toutes les personnes qui se trouvaient dans la tour. J’aimerais aller vérifier. »
« D’accord. »
Kudo répondit aussitôt.
« Tu peux aller vérifier et revenir sans danger. »
Le deuxième étage, à moitié effondré.
Après avoir obtenu l’autorisation de Kudo, je gravis prudemment l’escalator enseveli et trouvai deux jeunes frère et sœur.
* * *
« Quoi ? »
Le propriétaire était déconcerté.
« Pourquoi il y a des enfants ici ? »
« J’ai trouvé de quoi improviser une attelle. »
Le pied du garçon de sept ans était dans un sale état. Il avait dû être touché par des débris. La fillette de quatre ans serrée contre mon flanc gauche et le garçon de sept ans contre mon flanc droit, je fis mon rapport.
« La fillette de quatre ans est indemne. »
Kudo s’approcha à grands pas et examina soigneusement l’attelle du garçon.
Il ne releva la tête qu’après que le gamin insolent lui eut lancé : « Pourquoi tu la regardes aussi longtemps ? »
« Il faut partir vite. »
Il releva la tête et me fixa attentivement.
« C’est remarquable. Tu as déjà appris les premiers secours aux civils ? »
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