Chapitre 29
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 29 : Les grands noms de la science (1)
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Je m’agenouillai en hâte devant l’homme inconscient.
« Hé ! »
Je lui soulevai la tête et appelai l’homme aux cheveux gris d’une voix pressante.
« Excusez-moi ! Réveillez-vous ! »
[Oh là là !]
Quelqu’un s’exclama au-dessus de ma tête.
… Au-dessus de ma tête ?
Je levai les yeux et aperçus une machine ronde suspendue au plafond. Elle y pendait comme une boule à facettes, observant l’homme inconscient et moi à travers une caméra.
[John a fini par s’écrouler !]
J’avais bien entendu. Cette voix venait sans aucun doute de la chose qui ressemblait à une boule à facettes.
Tenant l’homme inconscient, je fixai la boule à facettes équipée d’une caméra.
« Fini par ? »
[Je contacte le docteur Han tout de suite ! La personne dont j’ignore le nom voudrait-elle conduire John à l’hôpital ?]
« Euh… »
Perplexe, je laissai ma phrase en suspens et regardai autour de moi.
Des gens en blouse blanche tendaient le cou pour nous observer. Certains s’étaient à moitié levés de leur siège. D’autres demandaient s’ils devaient nous aider.
Ce qui me surprit, c’est que personne ne semblait particulièrement étonné par la situation. Au lieu d’exprimer de la surprise, ils avaient tous l’air de se dire : « Ça a fini par arriver… »
Pourquoi tout le monde avait-il l’air de s’y être attendu ?
Quoi qu’il en soit, je songeais à conduire d’abord l’homme inconscient à l’hôpital lorsqu’une voix familière me parvint.
« Ah. »
Je n’avais jamais été aussi heureux d’entendre la voix grave de mon partenaire senior.
« Alors, ça a fini par arriver ? »
« Yoon ! »
J’appelai avec joie l’homme qui s’était arrêté devant moi.
« Tu es là ! La personne à côté de moi s’est écroulée tout à coup… »
« Il n’a pas mangé. »
Yoon déclara ça d’un ton neutre.
Quoi ?
« Il n’a pas mangé quoi ? »
« À manger. Soulève-le. On ira voir Samuel ensemble. »
Yoon agita les documents qu’il tenait et désigna l’homme, inerte dans mes bras comme une branche desséchée.
Il n’était pas davantage surpris aujourd’hui. Mon partenaire senior me regarda me relever en portant l’homme inconscient, comme s’il me voyait soulever un haltère à la salle de sport.
Les chercheurs qui nous fixaient se remirent peu à peu à regarder les écrans devant eux.
Le laboratoire retrouva son rythme en un instant. Seule la boule à facettes au-dessus de nous continuait à tourner sous le plafond, à nous observer.
[J’ai contacté le docteur Han !]
« Ouais, d’accord. »
« C’est quoi, ça ? »
Je regardai mon partenaire senior, qui avait répondu si sèchement à l’exclamation de la boule à facettes.
« Une IA boule à facettes ? »
« Une boule à facettes ? »
[Une IA boule à facettes ?]
Yoon me lança un regard comme si je venais de dire la chose la plus stupide au monde. La boule à facettes répéta mes mots d’un ton stupéfait.
Mais je me contentai de cligner des yeux. Le regard de mon partenaire senior ne me gênait plus. À un moment donné, j’avais cessé de m’inquiéter d’avoir l’air idiot devant lui.
De toute façon, tout le monde devait lui sembler idiot.
Yoon dit :
« Elle s’appelle Martin. »
« Martin ? »
[Ravie de vous rencontrer !]
On trouvait vraiment de tout, ici.
L’IA avait une voix enjouée, mais polie. Je relevai le menton vers sa caméra et hochai la tête.
Toujours chargé de l’homme inconscient, je quittai le laboratoire. Je suivis discrètement Yoon en direction de l’aile médicale. Martin glissa derrière nous.
Pourquoi nous suivait-elle ?
Nous traversâmes le laboratoire, chaotique et bondé, tandis que Martin restait au-dessus de ma tête.
Non.
Elle continua de nous suivre même après que nous eûmes quitté le laboratoire.
Yoon jeta un coup d’œil vers la machine qui nous suivait.
« Martin. Reste à l’intérieur. »
[Ah, d’accord !]
La machine obéit docilement à Yoon.
La machine en forme de boule à facettes retourna silencieusement au laboratoire, aussi discrètement qu’elle en était sortie. Dès qu’elle disparut de ma vue, je me rapprochai de mon partenaire senior.
« Cette chose peut quitter le laboratoire ? »
« Si elle en a envie. On l’a conçue pour qu’elle puisse se déplacer librement dans l’aile de recherche, au moins. »
« On l’a conçue ? »
Je ne laissai pas passer les derniers mots de Yoon.
Des gens en blouse blanche encombraient le couloir. Je devais veiller à ce que les bras et les jambes pendants de l’homme ne heurtent personne.
Sans se retourner, Yoon m’expliqua :
« C’est moi qui l’ai faite. »
« Waouh. »
« Pour être plus précis, l’homme que tu portes et moi l’avons faite. »
Cet homme aux cheveux gris ?
En l’entendant, j’eus l’impression de connaître son nom. Yoon n’avait-il pas mentionné un jour, en passant, que quelqu’un avait inventé le Noyau central ?
Il avait aussi ajouté que le fondateur du Noyau central avait reçu un corps amélioré.
Je baissai les yeux vers l’homme inconscient.
« Je ne l’ai pas entendu de sa bouche, mais puis-je vous demander le nom de ce monsieur ? »
« John Mueln. »
Comme je le pensais.
Ses longs membres pendaient dans le vide. Pourtant, les gens de l’aile de recherche poursuivaient leurs activités sans se troubler de cette scène étrange.
« Même s’il ne s’était pas écroulé, tu n’aurais probablement jamais entendu son nom de sa bouche. »
« Pardon ? »
« Tu crois que quelqu’un d’aussi absorbé par ses recherches qu’il en oublie de manger répondrait si tu lui parlais ? »
Il n’avait pas sauté un repas. Il avait oublié de manger ?
C’était possible, ça ? Je n’avais sauté qu’un seul déjeuner, après avoir pleuré jusqu’à m’endormir, et j’étais déjà affamé. Les questions se bousculaient dans ma tête. Je me tus, indécis sur celle que je devais poser en premier.
À un moment donné, le couloir animé s’était calmé et avait pris l’atmosphère particulière d’un hôpital.
Quand les alentours se furent apaisés, j’appelai Yoon et lui demandai :
« C’est toi qui as choisi le nom de Martin ? »
Yoon se tourna vers moi.
Mon partenaire senior me dévisagea comme s’il se demandait pourquoi je posais cette question, puis répondit d’une voix égale :
« Ouais. »
Satisfait de sa réponse, je gardai le silence jusqu’à ce que nous arrivions au bureau du docteur Han.
* * *
Samuel mangeait un sandwich à son bureau.
Quand nous entrâmes, il leva les yeux de son sandwich. Son menton mal rasé par endroits, ses cheveux noirs hirsutes et ses yeux bleus intelligents étaient exactement comme dans mon souvenir, le jour où j’avais débarqué dans ce monde.
En nous voyant entrer d’un pas décidé, il fronça vivement les sourcils.
« Alors, il a fini par s’écrouler ? »
Le médecin posa son sandwich et se leva d’un bond.
« Je savais que ça arriverait. Je t’avais dit de veiller à ce qu’il mange correctement et à heures régulières. »
« Je ne reste plus au labo depuis quelque temps à cause de ce gamin. »
Yoon protesta contre le médecin qui s’approchait de nous.
Samuel Han ne fit même pas semblant d’écouter sa protestation. Après avoir examiné l’homme pâle et inconscient, il fronça les sourcils et soupira.
« Lindsay ! Pris ! »
Des personnes qui semblaient être des infirmières déboulèrent de l’intérieur.
« John Mueln est là. Vous connaissez le diagnostic, pas besoin que je vous l’explique. Emmenez-le, mettez-le sous perfusion nutritive et faites un bilan complet à ce petit qui le porte. »
« Oui. Il semblait ne pas avoir quitté le laboratoire depuis des semaines, alors ça devait finir par arriver. »
Tout s’enchaîna rapidement.
Comme si c’était une routine, les infirmières me prirent John Mueln des bras avec dextérité. Les mains libres, je fus conduit à l’écart par d’autres infirmières et soumis à divers examens.
Rien n’avait changé depuis le premier jour.
Après les examens, je retournai au bureau de Samuel Han.
John Mueln était allongé sur un lit dans le bureau, sous perfusion. Samuel discutait avec mon partenaire senior devant le bureau.
… Choi Yoon, en train de discuter ?
« Ah, beau travail. »
Le médecin, qui venait de rire à une remarque de Yoon, se pencha en avant en me voyant.
« Viens t’asseoir. Tu manges correctement ? Comment ça se fait que tu débarques ici le ventre vide à chaque fois ? »
« Ah, oui. Je mange bien. J’ai juste manqué le déjeuner aujourd’hui. »
« Je te donne le dernier sandwich. Mange au moins ça. »
Samuel désigna le tabouret rond devant son bureau.
C’était quelqu’un de bien… Je fis docilement ce que le médecin me disait. Tout en mâchant le sandwich qu’il m’avait donné, j’attendis qu’il consulte les résultats de mes examens et rende son diagnostic.
Yoon croisa lui aussi les jambes et attendit que le docteur Han prenne la parole.
Samuel étudia l’écran, le visage impénétrable, puis rompit le silence.
« Tu n’as aucun problème de santé pour l’instant. »
« Merci. Moi aussi, je pensais être complètement rétabli. »
« On ne peut pas non plus augmenter ta capacité de récupération. Normalement, avec une récupération aussi lente, le corps ne devrait pas supporter l’amélioration. Mais le tien est parfaitement équilibré pour l’instant. Si on force l’augmentation de ta capacité de récupération, je pense que quelque chose pourrait mal tourner. »
C’était quoi, ce diagnostic, docteur ?
La nouvelle accablante me laissa bouche bée. Ça voulait dire que je devrais rester un Blaireau Noir à moitié abouti toute ma vie ?
Ça n’allait pas. Je ne voulais pas devenir un poids pour mes camarades et mes aînés chaque fois que nous partions en mission.
Yoon prit la parole le premier.
« Alors, il doit rester comme ça ? »
« C’est l’option la plus sûre. Son corps est en parfaite santé pour l’instant, alors il n’y a aucune raison d’intervenir. »
« Sa capacité de récupération est inférieure à celle des autres Blaireaux. C’est bien mieux que celle d’une personne ordinaire, mais il ne peut toujours pas arrêter immédiatement un saignement. »
« Mais intervenir est risqué. Augmenter sa capacité de récupération n’est pas sans danger. Et ce n’est pas comme si elle était au niveau d’un civil. Un civil ne pourrait jamais récupérer aussi vite. Il ne peut pas simplement rester comme ça ? »
« Docteur, j’aimerais augmenter ma capacité de récupération ou faire retirer mon corps amélioré. »
J’exposai prudemment mon avis.
Samuel Han tourna brusquement la tête. Ses yeux écarquillés parlaient pour lui.
Le médecin me fixa avant de parler lentement.
« Qu’est-ce que tu as dit ? »
« Je pense que je risque de devenir un poids comme ça. Si je ne peux pas faire correctement ma part, ne vaudrait-il pas mieux me retirer mon corps amélioré… ? »
« Tu sais à quel point retirer un corps amélioré met ton organisme à rude épreuve ? »
Le médecin fronça les sourcils.
Sans détourner les yeux de son regard réprobateur, je hochai la tête.
« J’en ai entendu parler. »
« Tu le sais et tu dis ça comme si de rien n’était ? Ne fais pas l’idiot, gamin. »
« Ça peut vous sembler insensé, mais je le pense vraiment. Vous savez d’où je viens, n’est-ce pas ? Je suis apparu de nulle part et j’ai causé des problèmes à l’organisation. Je ne peux pas continuer à lui en créer… »
« Quels problèmes as-tu causés ? Qu’est-ce que tu as fait ? »
J’étais un frein pour mes camarades.
J’essayai de répondre, mais le médecin ne m’en laissa pas le temps.
Avec un air qui disait qu’il ne voulait plus rien entendre, il agita la main.
« Au lieu de raconter des bêtises, entraîne-toi davantage. À moins que tu trouves insupportable d’être un Blaireau Noir, je n’ai aucune intention de retirer le corps amélioré d’un Blaireau en parfaite santé. »
« Alors, est-ce qu’on pourrait au moins essayer d’élever ma capacité de récupération au niveau des Blaireaux ordinaires ? »
« Ah, c’est plus facile à dire qu’à faire. Si le processus tourne mal, impossible de revenir en arrière ! Entraîne-toi davantage ! Jusqu’à ce que ta faible capacité de récupération ne soit plus un problème ! Pour l’instant, c’est la meilleure solution. Apprends parfaitement les premiers secours auprès de Yoon. »
« Mais il y a quand même quelque chose qui cloche chez moi, non ? »
« C’est justement étrange parce qu’il n’y a rien qui cloche. Normalement, avec une récupération aussi lente, le corps ne devrait pas supporter l’amélioration… »
« Le Noyau central est bizarre depuis ce jour-là. »
Une voix inconnue interrompit notre échange.
Elle venait d’un coin de l’infirmerie. Nous nous tournâmes vers elle.
Trois paires d’yeux se posèrent sur l’homme allongé, les mains jointes comme dans un cercueil.
Un homme qui gardait les yeux bleus ouverts et fixait le plafond.
« Il est où, le bâtard tombé du portail ? »
Ce furent les premiers mots de John Mueln.
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