Chapitre 23
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 23 : Hors du Noyau (1)
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La voiture arriva à la gare tandis que je respirais l’air frais qui s’engouffrait par la fenêtre.
Elle ne s’arrêta qu’une fois la ville derrière nous, après avoir traversé la périphérie et être allée encore plus loin.
Une gare désolée se dressait dans l’obscurité bleutée. La vieille station, au milieu d’un paysage désertique, créait une atmosphère étrange. Je sortis de la voiture et m’avançai vers elle, l’esprit ailleurs.
L’odeur du sable sec me chatouilla les narines.
Les lampadaires épars étaient allumés.
Et un train attendait sur les voies.
« Monte dans le wagon de tête. »
Crissement, crissement ! Deux voitures déboulèrent derrière celle de Yoon et s’arrêtèrent. Des visages familiers en sortirent précipitamment.
Sans se retourner vers le bruit, mon partenaire senior récupéra le sac de voyage qu’il avait jeté sur la banquette arrière.
« Le premier wagon. Installe-toi dans un compartiment libre. Il y en aura plein. »
« Il y a des compartiments ? »
« L’avant, c’est un train de voyageurs classique. »
Yoon m’expliqua la chose en me voyant regarder le train, qui ressemblait à un convoi de marchandises.
Je suivis les instructions de mon partenaire senior et traversai la gare déserte jusqu’à l’avant du train. Tandis que j’avançais péniblement sur le sol couvert de gravier, les wagons qui ressemblaient à de véritables voitures de voyageurs apparurent, comme Yoon l’avait annoncé.
J’allai jusqu’au bout et m’arrêtai devant l’unique porte ouverte. Au-delà, les ténèbres m’attendaient.
Entrer seul dans ce train plongé dans le noir complet me faisait un peu peur.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Yoon reparut à côté de moi sans un bruit, comme un fantôme, et prit la parole.
« Tu ne montes pas ? »
Yoon était plus effrayant que le train sombre.
Je me dépêchai d’entrer. L’obscurité m’engloutit, mais je n’hésitai pas et m’enfonçai dans le couloir. Après avoir traversé le corridor noir, je saisis la poignée d’un compartiment à portée de main.
La porte coulissa sur le côté.
Quand je la poussai, les lumières s’allumèrent à l’intérieur.
Des murs lambrissés. Un lit et une fenêtre. Des patères couleur laiton au mur. Un petit placard rempli de mouchoirs, de lingettes, de cotons-tiges et d’autres bricoles.
Quoi ? Pourquoi c’est aussi bien ?
J’entrai sans réfléchir et posai mon sac de voyage sur le lit. Yoon s’arrêta sur le seuil du compartiment que j’avais choisi.
Il me regarda droit dans les yeux.
« Dors un peu. »
« Pardon ? »
« On va rouler six heures. »
Six heures ?
Hessi et Kal Dowe passèrent derrière Yoon.
« Six heures ? »
« À ton réveil, on sera hors du Noyau. »
Yoon répondit d’un ton neutre.
Il avait vraiment l’habitude de lâcher des bombes comme si de rien n’était. Il avait fait pareil en me poussant devant ce champignon. Ça aurait paru plus humain s’il m’avait au moins pressé ou avait eu l’air décontenancé.
Tom et Angela passèrent. J’entendis Hesh et Kal déballer leurs affaires dans leurs compartiments respectifs.
Yoon m’observa alors que je restais planté là, hébété, puis reprit la parole.
« Qu’est-ce que je t’ai dit sur la raison pour laquelle les Blaireaux sortent du Noyau ? »
Pendant un bref instant, une émotion indescriptible monta en moi, puis s’évanouit. J’avais déjà ressenti quelque chose de bizarre du même genre quand Yoon m’en avait parlé.
Une fois encore, je ne parvins pas à mettre le doigt sur cette émotion.
Inutile de trop y réfléchir.
« Tu as dit que c’était pour reprendre les terres qu’on nous avait prises. »
« Exact. À ton avis, qu’est-ce qui compte le plus dans cette entreprise ? »
« Euh… »
Je n’y avais jamais réfléchi, alors sa question me prit au dépourvu.
« Choisir un endroit facile à reconquérir et qui nous serait utile une fois récupéré ? »
« Ça, c’est le souci de Ye-hyeon. »
Yoon poursuivit sans difficulté :
« Ce qui compte, ce sont les provisions. »
Le train eut un soubresaut.
Quoi ? Je sursautai. J’entendis Hessi et Tom pousser des exclamations alarmées dans les compartiments voisins. Yoon ne cilla même pas.
Je sentis le moteur du train chauffer en vue du départ. Le convoi vibrait, juste assez pour qu’on le remarque sans que ce soit désagréable.
« On a reçu un rapport signalant la disparition des provisions du premier dépôt de ravitaillement dans la zone où on se rend. À notre arrivée, on remplira le dépôt avec les provisions des wagons de marchandises. On cherchera aussi à comprendre ce qui s’est passé. »
« Ah, vous transportez d’habitude les provisions par train ? »
« Les voies vont jusqu’à la Zone F. À partir de la Zone D, il faut utiliser d’autres moyens, mais tu n’as pas besoin de le savoir pour l’instant. »
Le train, qui commençait à démarrer, se mit en mouvement. Je tournai légèrement la tête pour observer le paysage qui défilait derrière la fenêtre. Le Noyau central, enseveli dans l’obscurité, n’était plus qu’une silhouette. Les terres arides se mirent à défiler de plus en plus vite.
Yoon regarda lui aussi par la fenêtre, puis ouvrit le sac de voyage suspendu à son épaule gauche.
« Voici ton uniforme. »
Il lança les vêtements emballés dans du plastique sur le lit.
« Voilà le communicateur. Une fois arrivés, tu ne le retireras pas de ton oreille. Et ça, c’est un guide des créatures. »
« Un guide des créatures ? »
« Tu connais Pokémon ? »
À ma grande surprise, un souvenir refit surface.
Le jeu auquel j’avais joué plus tôt m’avait donc servi à quelque chose. Une image de jeu jaillit avec netteté des fragments confus de ma mémoire.
J’écarquillai les yeux et hochai la tête.
« Oui. Je m’en souviens. »
« C’est un peu pareil. Pense à un Pokédex. Je n’en emporte pas parce que je n’en ai pas besoin, mais ça devrait t’être plus ou moins utile. »
L’appareil que Yoon lança sur le lit ressemblait même au Pokédex dont je me souvenais.
Il n’était pas rouge, cela dit. L’appareil noir, fin comme un carnet, portait un élégant B en relief dans son coin droit.
Quand je l’ouvris sur le côté, un écran bleu et un petit clavier apparurent. Un objectif était fixé dans le coin gauche.
« Au fait, c’est l’un des tout premiers modèles. Si tu en veux un nouveau, passe plus tard au secteur de recherche. »
« Il en existe plusieurs modèles ? »
« Je n’y connais pas grand-chose, mais ils ont dit qu’ils feraient différentes versions de Pokédex, puis ils en ont sorti tout un tas d’inutiles. »
« … Je suis sûr que ceux qui les ont conçus étaient contents. »
Yoon haussa négligemment les épaules en voyant mon air gêné.
Puis il se détourna, comme pour partir. Je reposai le guide que je tenais et m’inclinai légèrement devant lui.
Les autres avaient déjà fermé leurs portes et commencé à se préparer pour la nuit. Un silence frais s’étendait dans le couloir du train.
« Dors. Dès que tu ouvriras les yeux, tu seras au travail. »
« Oui. Ah, Yoon. »
Je l’appelai d’urgence. Il tourna la tête et haussa un sourcil.
Je me tus un instant, puis rassemblai mon courage.
« Ça va vraiment aller, si je sors du Noyau ? »
Après tout, j’attirais les créatures.
Mon partenaire senior m’examina d’un regard impénétrable.
Il ne répondit qu’au bout d’un long moment, lentement.
« On verra une fois sur place. »
* * *
Hors du Noyau.
Une région où les créatures avaient le dessus sur les humains. Un territoire perdu que l’humanité voulait reconquérir. La Zone F, où les recrues effectuaient leur première mission. Des terres sans le moindre civil.
Quand j’ouvris les yeux, le train était à l’arrêt. Après m’être débarbouillé, avoir enfilé mon uniforme et être sorti dans le couloir, je tombai sur Tom et son partenaire senior. Angela hocha la tête quand je la saluai.
Elle désigna l’intérieur du train du pouce.
« On va d’abord prendre le petit-déjeuner. »
Je la suivis et trouvai le wagon-restaurant.
Hessi et son partenaire senior y prenaient déjà leur petit-déjeuner. Yoon était introuvable. Sans être particulièrement surpris, je m’assis à la même table que les autres et mangeai.
Croissants chauds, bagels, fromage, saucisses, salades en sachet, lait ou café. Une fois le repas terminé, nous nettoyâmes le wagon-restaurant et nous préparâmes à partir.
Uniforme de combat : enfilé. Communicateur : fixé à l’oreille. Guide des créatures : rangé…
J’avais tout ?
Alors que je me dévisageais sans réfléchir, quelqu’un s’approcha.
« Hé, gamin. »
C’était Kal Dowe.
« Où est ton arme ? »
Une arme ?
Une arme ? Comme un pistolet ou une épée ? On ne m’en avait pas donné. Incapable de cacher ma perplexité, je regardai le senior qui se tenait devant moi.
Ses yeux bleus étaient bien plus sombres que ceux de Tom. Cheveux noirs, mâchoire ferme et masque noir baissé sous le menton.
Je dévisageai sans mot dire cet homme au visage calme et à la carrure solide.
« Euh… »
« Ton arme, c’est une épée. »
Une voix familière retentit derrière moi.
Je sursautai sans un bruit. C’était vraiment en train de me rendre dingue. Il aurait au moins pu faire quelques pas en approchant.
Je tournai la tête.
Yoon se tenait déjà derrière moi.
Il me tendit brusquement une épée dans son fourreau.
« Prends-la. Accroche-la à ta taille. »
« Ah, oui. »
« Une épée ? »
Kal éleva légèrement sa voix rauque, surpris.
« Une épée plutôt qu’un pistolet ? »
« Il sera probablement plus à l’aise avec une épée qu’avec un pistolet. »
« J’ai entendu dire que sa capacité de récupération était faible. »
« C’est vrai. Alors je vais aussi lui donner un pistolet. »
Cette fois, Yoon me tendit brusquement une arme à feu.
Puis il me fixa tandis que je la prenais avec précaution.
« S’il arrive quelque chose, dégaine d’abord ton épée. Compris ? »
« Oui. »
J’acceptai docilement les armes.
C’était le moment de sortir ?
Les paroles de Yoon me rappelèrent alors quelque chose que j’avais oublié.
« Montre-moi ta blessure avant qu’on parte. »
Ah oui. Je m’étais blessé au bras.
J’obéis et lui tendis mon bras blessé. Je remontai la manche de mon uniforme de combat noir et lui montrai le bandage soigneusement posé. Ami l’avait remplacé avec soin le jour où la cabine avait été détruite. Elle m’avait appliqué un médicament antidouleur, et depuis, je n’avais plus souffert.
Le partenaire senior de Hessi, qui se tenait à côté de moi, fixa mon bras.
« Hein ? »
C’était Hessi, qui venait d’arriver, qui avait fait ce bruit.
« Qu’est-ce qui est arrivé à ton bras ? »
« Un couteau de cuisine s’y est enfoncé il y a deux jours. »
« Mais ça aurait déjà dû guérir. »
Il s’interrompit, puis sembla comprendre et écarquilla les yeux.
« J’ai entendu dire que ta capacité de récupération était faible. C’est ça que ça veut dire ? »
« On peut vraiment l’envoyer sur le terrain ? »
Kal posa la question à Yoon. Angela et Tom s’approchèrent. Eux aussi écarquillèrent les yeux en découvrant la blessure sur mon bras.
Sous tous ces regards, j’esquissai un sourire gêné.
Yoon me prit le bras et m’emmena jusqu’à une table.
« Ça a déjà pas mal cicatrisé. »
Mon partenaire senior sortit une trousse de secours de sous la table et posa son diagnostic.
« Sa capacité de récupération est bien meilleure que celle d’une personne ordinaire. Mais elle est loin d’égaler celle d’un Blaireau. »
« Il n’y a aucun moyen de l’améliorer ? »
Angela fronça les sourcils en examinant la blessure.
Elle ne semblait pas ravie non plus à l’idée de m’envoyer sur le terrain dans cet état. Son visage disait qu’elle ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi grave. Ça me rappela à quel point Ricardo avait dû être furieux, ce jour-là.
Yoon plissa les yeux et examina la plaie.
« Il faudra en parler davantage avec Samuel pour le savoir. C’est un cas inédit. »
« Mais c’est possible ? »
Tom posa la question d’un ton surpris.
Puis, comprenant que ses paroles pouvaient être interprétées autrement, il lâcha un petit « Ah », avant de préciser ce qu’il voulait dire.
« Je croyais que nous supportions les corps améliorés grâce à notre capacité de récupération exceptionnelle et à nos cellules jeunes. »
« C’est pour ça qu’il est un sujet de recherche. »
Yoon répondit sans émotion et commença à poser un nouveau bandage autour de mon bras.
Il appliqua le médicament, plaça une compresse sur la plaie, puis enroula le bandage avec des gestes propres et efficaces. Ami m’avait soigné avec autant d’adresse.
Il eut fini en un instant et me lâcha le bras.
« Mais pour l’instant, on ferait mieux de se concentrer sur la mission. »
Yoon tourna les yeux vers Kal.
« Les supérieurs qui connaissent tous les faits n’ont rien dit de particulier. »
« Je continue de penser qu’il est trop risqué de confier une arme de corps à corps à quelqu’un qui récupère mal… »
« J’ai pris cette décision après l’avoir vu manier une épée. »
Mon partenaire senior inclina le menton en direction de la porte du wagon-restaurant.
La porte qui menait hors du Noyau.
« Allons-y. »
Son ton ne laissait aucune place à la discussion.
« S’il y a un problème, j’en prendrai l’entière responsabilité. »
Personne ne contesta les paroles de mon partenaire senior.
Ils le suivirent en silence vers la porte. Je vérifiai que le fourreau était bien fixé à ma taille et leur emboîtai le pas.
Grincement. Mon partenaire senior ouvrit la porte et disparut à l’extérieur du Noyau. Le vent s’engouffra par l’ouverture.
Je suivis Tom dehors.
Hors du Noyau.
Une vaste étendue s’ouvrait devant nous. Un paysage à perte de vue. L’odeur de l’air frais. Le vent qui me caressait les cheveux.
De l’herbe poussait à travers les fissures de l’asphalte. Les vestiges d’une ville autrefois florissante se dévoilaient tels quels. Des plantes recouvraient des bâtiments à moitié détruits. Des voitures abandonnées. Des signaux ferroviaires hors service. Des routes où ne subsistait pas la moindre trace humaine.
Le gris d’une ville en ruines se mêlait au vert d’une végétation luxuriante.
Tom et Hessi poussèrent de petites exclamations.
Comme eux, je restai là, fasciné par le spectacle.
« Je vais vous expliquer les règles de base. »
La voix d’Angela nous ramena à la réalité.
Elle nous vouvoyait, tous les trois, alors que nous avions un rang bien inférieur au sien. Sans même regarder, le partenaire senior de Tom chargea le fusil en bandoulière et nous avertit :
« Premièrement, n’entrez pas dans le métro. Deuxièmement, n’entrez pas dans les tunnels. »
« Il y a des stations de métro et des tunnels dans le coin ? »
« Si vous marchez un peu plus loin, vous trouverez une entrée de métro. Mais n’y entrez sous aucun prétexte, même si la situation devient urgente. »
Il y avait quelque chose là-dedans ?
Je l’écoutai en silence. Tout ce que j’entendais, c’était le vent qui traversait les herbes. Les alentours étaient étrangement calmes.
« On ignore ce qui peut se trouver à l’intérieur, et le risque d’effondrement est élevé. Même avec une capacité de récupération exceptionnelle, on ne peut rien contre la force de la nature. Si on se retrouve enseveli sous terre, nos chances de survie chutent brutalement. »
« Pour l’instant, on fait juste du transport de provisions, alors il ne devrait rien arriver. »
Le partenaire senior de Hessi ajouta d’une voix rauque :
« Il n’y a presque aucune créature dans la Zone F. Mais où que vous soyez, ne vous approchez pas des stations de métro ni des tunnels. »
« Les stations de métro sont condamnées ? »
« Non. Certains Blaireaux peuvent entrer dans le métro. »
L’homme aux yeux bleus remonta son masque sur son nez tout en s’expliquant.
« Seuls les Blaireaux dotés d’un camouflage exceptionnel ou de capacités leur permettant de survivre dans des espaces clos y descendent. Mais tous ceux qui y vont ne reviennent pas vivants. Même les Blaireaux qui ont survécu longtemps hors du Noyau y meurent facilement. Alors n’y pensez même pas avant au moins dix ans. »
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