Chapitre 18
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Traducteur/éditeur : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 18 : La cabane (1)
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On aurait dit que nous étions sortis dans la direction opposée à celle des anciens. Même après avoir quitté l’auditorium, le couloir était presque désert. Au loin, j’entendais les gens affluer, accompagnés d’un murmure de voix.
On rentre comme ça ?
Dans ce cas, il faudrait encore que Yoon me ramène en voiture. J’attendis qu’il s’arrête dans le couloir et consulte son téléphone. La cabane était plutôt agréable, mais se déplacer sans voiture était pénible.
Je n’avais pas de voiture, et je ne me souvenais même pas si j’avais le permis.
Moi-même, je me trouve bizarre.
Alors que je songeais à ça, Yoon s’approcha.
« Reste là un instant. »
Il balaya le couloir du regard, puis désigna un renfoncement où s’empilaient des chaises inutilisées.
« Va t’asseoir là-bas et attends. »
« … Je dois vraiment me cacher dans ce coin ? »
« Il y en a plus d’un qui voudra t’attraper pour bavarder. »
Yoon m’expliqua cela tandis que je me dirigeais docilement vers les chaises poussiéreuses.
« Ça va être pénible s’ils te tombent dessus. »
« Bien, monsieur. »
Quelle qu’en soit la raison, j’avais l’intention de l’écouter.
Je me glissai dans l’ombre et m’assis. Yoon s’éloigna sans rien ajouter. J’appuyai la tête contre le mur et poussai un long soupir.
Est-ce que je vais m’en sortir ?
Mon introduction de tout à l’heure, ça allait ? Je ne savais pas si j’avais bien répondu aux questions. Yoon ne m’avait donné aucune sorte d’évaluation.
Vous pourriez au moins me faire un retour… ?
Je maugréai intérieurement contre la sévérité de mon partenaire senior, tout en me demandant ce que j’allais manger au dîner.
J’entendis alors des voix.
« C’est quoi, ça ? »
Sa voix débordait de mécontentement.
« On n’a recruté personne récemment, si ? »
Ils parlaient de moi.
Mes pensées vagabondes se figèrent.
Je me raidis et me plaquai instinctivement contre le mur.
Des pas approchaient. Et s’ils me repéraient ? À peine cette pensée m’effleura-t-elle que plusieurs paires de pas s’arrêtèrent tout près.
Je me tassai davantage dans le renfoncement. Puis, le corps collé au mur, je passai seulement la tête au-dehors.
J’aperçus une chevelure blonde de dos.
C’était presque certainement l’homme à qui appartenait cette voix. Je voyais sa bouche remuer.
Je ne distinguais pas les gens qui lui faisaient face.
Les hommes se mirent à parler dans le couloir.
« Et puis quoi encore ? Ils ont rassemblé tous les Blaireaux juste pour écouter un bleu se présenter ? »
— « C’est pas toujours comme ça ? Même si, ce bleu-là, il est vraiment bizarre. »
— « Avant, le responsable du personnel convoquait les gens pour la forme. On n’en faisait pas tout un plat. »
Le deuxième homme marmonna son accord avec la critique du blond. Il n’avait pas tort.
L’homme à la chevelure blonde poursuivit, irrité :
« Le commandant en chef a ordonné à tout le monde d’assister à un truc pareil ? Ce salaud ne sait même pas quelle est sa place. »
— « Exactement. C’est gênant… Il s’ennuie, ces temps-ci ? Ça fait presque cinq ans qu’on n’a pas repris de territoire. »
— « Il s’ennuie ? Ça ne fait même pas si longtemps qu’une créature a surgi au quartier général. »
— « Et surtout, pourquoi Choi Yoon est le partenaire senior de ce bleu ? »
— « C’est bizarre, ça aussi. »
Le blond parlait avec une méchanceté évidente. Son ton trahissait l’hostilité qu’il éprouvait envers Ye-hyeon.
Quoi ? Je clignai des yeux en les écoutant, retenant mon souffle. J’avais cru qu’il en avait après moi. Mais, à l’entendre, il détestait Ye-hyeon bien plus que moi.
Plus précisément, le blond avait l’air de détester Ye-hyeon de tout son être.
Pourquoi ? Parce que Ye-hyeon était son supérieur ? Ou parce qu’il n’aimait pas ses méthodes ?
Alors que je tentais de deviner la raison de ce dégoût manifeste, le blond ajouta d’un ton acerbe :
« Ce salaud, c’est pas une embauche de complaisance que Ye-hyeon a fourrée ici ? »
Bien vu.
Il avait vu clair si facilement. Je levai les yeux vers le plafond, partagé entre le vide, la peur et la résignation.
Évidemment. Je ne pouvais pas tromper les gens aussi facilement en retouchant quelques papiers…
« C’est absurde. »
Une troisième voix protesta.
« Tu sais à quel point la sélection des Blaireaux Noirs est stricte ? Recruter une arme humaine, c’est pas une blague. S’il s’agissait vraiment d’une embauche de complaisance, des têtes tomberaient dès que les médias l’apprendraient. Aussi incompétent soit-il, ce type n’est pas assez idiot pour faire ça. »
— « Il l’a pourtant fait. »
— « Moi aussi, je le déteste, mais ce n’est pas le genre à chercher son intérêt personnel, si ? »
— « Il est trop gentil avec Yoon. »
Le deuxième homme, qui était jusque-là d’accord avec le blond, protesta.
La troisième voix répliqua à son tour :
« Traiter Yoon avec indulgence et faire entrer un bleu par piston, c’est complètement différent. Et puis, rien ne justifie de faire de ce bleu un Blaireau. »
Une voix grave s’éleva ensuite.
« La raison de son recrutement est probablement celle qu’on nous a expliquée, mais il doit y avoir autre chose. Ils n’ont pas dit qu’il y avait un problème avec sa récupération ? On verra de quel genre de problème il s’agit. Et ce qu’il vaut sur le terrain. »
« Il peut pas être normal. »
Le blond, qui avait lancé les commérages, ricana.
« S’il était normal, on n’en ferait pas tout un plat. »
À ce que je comprenais, le blond semblait déterminé à haïr Ye-hyeon et tout ce qu’il faisait. Pourtant, il tombait sur plusieurs réponses justes.
Il est perspicace, en fait ?
La voix malveillante poursuivit :
« Il y a de fortes chances qu’il ait d’autres problèmes que ses capacités… »
Des pas retentirent.
La conversation s’interrompit. Les pas se rapprochaient. L’un avançait d’un rythme régulier et assuré, l’autre traînait, nonchalant.
J’entendis les hommes, blond compris, se taire au moment où les pas s’arrêtèrent.
Une voix familière s’éleva.
« Quoi ? »
C’était la voix sèche de Yoon.
« Vous regardez quoi ? »
— « Les anciens~… »
La voix mielleuse qui suivit appartenait à Ricardo.
« Ça fait un bail… »
Qu’est-ce que Ricardo faisait là ?
On aurait dit qu’il était venu avec Yoon. Mais je n’eus pas le temps d’y réfléchir davantage.
Les hommes qui bavardaient lancèrent une question aux gens que je connaissais.
« Hé. C’est quoi, lui ? »
C’était la voix du blond.
« Le bleu ? Et toi, t’es son partenaire senior ? »
« C’est le bleu, et je suis son partenaire senior. Qu’est-ce que tu veux savoir d’autre ? »
Yoon répondit sans la moindre émotion.
Il était vraiment désagréable. Il était aussi impoli avec tout le monde qu’avec moi. Ami et le commandant en chef semblaient être les seules exceptions.
« Quel partenaire senior ? Depuis quand ils ont recruté ce bleu ? »
« Je t’ai dit que c’était une décision du responsable du personnel. »
Yoon répondit d’un ton las :
« Ça m’intrigue encore plus que toi, alors va leur demander. J’ai l’air de quelqu’un qui suit le calendrier de recrutement de chaque bleu ? »
— « Depuis quand tu sais plus quand on a recruté ton cadet ? Le processus de recrutement était bizarre aussi. »
— « Ça ne m’intéresse pas. »
Yoon mentit aussi naturellement qu’il respirait.
Mais personne ne sembla le soupçonner. Sa réponse était aussi naturelle que l’air. Les hommes qui bavardaient avec tant d’entrain n’insistèrent pas, convaincus que Yoon disait la vérité.
À la place, le deuxième homme, celui qui avait approuvé les propos du blond, demanda :
« Pourquoi tu portes une tenue de combat ? »
« Je vais chasser une créature. »
La voix de Yoon resta indifférente.
« Si vous avez fini de parler, bougez. »
— « Une créature ? Laquelle ? Tu ne t’occupes que de celles qui approchent du quartier général. Il n’y en a aucune dans les parages, en ce moment. »
— « Il va sûrement chasser des papillons. »
Le blond renchérit avec cynisme :
« Le typhon se dirige vers la maison de votre cher commandant en chef. Alors il doit chasser des créatures qu’il ne toucherait pas en temps normal, même si elles ne causent aucun vrai dégât. Quitte à mobiliser du personnel d’urgence. Imaginez que notre commandant en chef soit en danger. »
« Tu aimes vraiment Ye-hyeon. »
Yoon répondit sans émotion.
Mon partenaire senior, vraiment… Il avait un talent naturel pour être désagréable.
« Il n’y a pas un autre Blaireau qui pense à Ye-hyeon tous les jours comme toi. »
Bam !
On aurait dit que le blond venait de frapper le sol de sa botte.
Le bruit résonna contre les murs. Personne ne réagit.
Un bref silence passa. Quand l’écho de la botte sur le marbre se fut complètement éteint, j’entendis les trois hommes ronchonner en s’éloignant.
J’écoutai leurs pas décroître et le blond grincer des dents avant de lâcher une dernière remarque.
« On verra bien quel genre de type est ton cadet. »
Pourquoi est-ce que je me retrouve à encaisser les retombées ?
« Il a intérêt à ne pas être un sale type aussi malpoli que toi. »
Pourquoi vous vous en prenez à moi ?
Impossible que je sois aussi malpoli que lui. Vous ne m’avez pas vu me présenter poliment ?
Mes protestations intérieures ne franchirent jamais mes lèvres.
J’écoutai en silence les pas s’éloigner, jusqu’à ce que le calme retombe dans le couloir et que la pluie dehors me parvienne faiblement.
Ils sont partis.
Même certain que les hommes étaient partis, je ne parvins pas à sortir de l’ombre du renfoncement. J’avais l’impression d’avoir entendu par accident quelque chose que je n’aurais pas dû entendre.
Je vais rester accroupi ici jusqu’à ce qu’ils viennent me chercher.
Ricardo passa soudain la tête dans le renfoncement.
« Ah ! Putain, tu m’as fait peur ! »
— « Qu’est-ce que tu racontes… ? »
Je sursautai en voyant ses yeux vert vif, et Ricardo plissa les siens.
Son sourire rusé habituel apparut.
« Qu’est-ce que tu fais là-dedans~ ? »
— « C’est moi qui lui ai dit d’aller là-dedans. »
Yoon s’approcha.
Il me regarda de ses yeux froids et impénétrables, puis me fit signe de l’index.
« Sors. »
« Oui, monsieur. »
« Tu as tout entendu, pas vrai ? »
Ricardo rit tandis que je sortais précipitamment.
Je souris d’un air gêné et me frottai la nuque. Le couloir était aussi désert qu’avant. Seuls deux hommes de grande taille se tenaient là à me regarder.
Ricardo portait le même costume noir de jais que lors de notre première rencontre. Yoon était vêtu pareil.
Le noir allait incroyablement bien à Yoon.
« On y va. »
Mon partenaire senior parla sans prêter attention à mon air ébahi.
« Avant que l’œil du typhon n’atteigne la maison. »
« D’accord. Euh, mais pourquoi Ricardo est là ? »
— « Pourquoi… Tu préférerais que je vous laisse ? »
Lui non plus n’était pas facile à gérer.
Je lui adressai un grand sourire. Souris, Hildebert. Souris.
« J’ai terriblement souffert de ne pas vous voir, Senior. »
— « Tu sais parler, toi. »
— « Hé. On va être en retard si on ne bouge pas, alors allons-y. »
Yoon se retourna et se mit en marche.
Comme toujours, il partit sans rien expliquer. Je me dépêchai de le rattraper. Ricardo répondit nonchalamment : « Oui, Senior », puis suivit Yoon.
Sans un mot, nous filâmes vers le parking souterrain. Sans croiser personne que nous connaissions, nous rejoignîmes l’endroit où était garée la voiture dans laquelle j’étais monté le matin même.
La Lamborghini noire était toujours aussi élégante et magnifique.
La voiture démarra dès que j’eus refermé la portière arrière.
* * *
Je ne voyais pas devant moi.
La pluie battante s’abattait sur la voiture. La bouche entrouverte, je contemplai le désastre derrière la vitre. Nous n’étions plus très loin de notre destination. Pourtant, je commençais à me demander si nous y arriverions vraiment.
C’est vraiment sans danger ?
Le pare-brise… La visibilité est nulle. Et le bruit du vent qui frappe la voiture n’a rien de normal.
Et si la voiture se faisait emporter ?
Mais malgré mes doigts crispés autour de la ceinture, la voiture continuait d’avancer. Les roues commencèrent à déraper et notre vitesse diminua peu à peu, mais elle ne s’arrêta pas.
À force de rouler, je sentis que nous prenions une route familière.
Cette impression de familiarité avait quelque chose d’étrange pour quelqu’un qui avait perdu tous ses souvenirs. Pourtant, malgré ma vue presque nulle, les environs me semblaient curieusement familiers.
« C’est ta cabane ? »
Ricardo, assis sur le siège passager les yeux fermés, rompit le silence.
Il avait entrouvert ses yeux verts. Je suivis discrètement la direction de son regard.
Une petite silhouette se dressait sous la pluie battante, adorablement minuscule à côté d’une immense silhouette.
Ma douce maison.
À la vue de la maison, une émotion inconnue monta en moi. Était-ce de la nostalgie ? Après une longue journée, le sentiment de rentrer chez moi me submergea.
Je répondis avec enthousiasme :
« Oui ! C’est… »
CRAAASH !
Quelque chose fendit le ciel dans un rugissement assourdissant.
Une silhouette noire disparut dans la pluie et le vent avec un fracas retentissant.
Je fixai, les yeux écarquillés, l’ombre emportée dans le tourbillon.
C’est quoi, ça ?
« Ton toit s’envole. »
Yoon parla depuis le siège du conducteur.
« Je t’avais prévenu. »
« … Quoi ? »
« Oh là là~. »
Quoi ?
« Quel dommage… »
« … Hein ? »
« Sors pour l’instant. Fais juste gaffe à ne pas te prendre des débris sur la tête et perdre connaissance. »
Quoi ?
Qu’est-ce que vous avez dit ? Sortir ?
… Et cette chose qui vient de s’envoler ?
C’était le toit de la cabane ?
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