Chapitre 14
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Blaireau Noir ◈
Chapitre 14 : Noyau central (2)
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Je crus être en retard parce que j’étais resté sur mon téléphone, mais Yoon était simplement sorti plus tôt.
Qu’allions-nous faire à partir d’aujourd’hui ? Allais-je encore me faire tabasser comme la dernière fois ?
Ça m’inquiétait, mais les choses prirent une tournure plutôt raisonnable.
Nous commençâmes par nous échauffer et courir. Nous quittâmes la cabane, fîmes un long détour, puis y retournâmes. Tout était parfaitement à sa place. La ville cuisait sous la douce lumière du soleil, et Yoon et moi courions en silence.
Ensuite, nous marchâmes dix minutes jusqu’à une salle de sport et fîmes de la musculation. La salle était spacieuse, pleine d’appareils ultramodernes bien entretenus, et complètement déserte.
C’était trop étrange pour que je n’en demande pas la raison.
« Pourquoi il n’y a personne ? »
— Parce que cette salle m’appartient.
La vache.
« Viens t’entraîner quand tu veux si je suis occupé. Je vais enregistrer tes empreintes. »
Il était vraiment riche.
Je m’en étais douté en voyant son véhicule, mais je n’avais pas imaginé qu’il l’était à ce point.
Quoi qu’il en soit, nous nous entraînâmes là-bas. Yoon cherchait peut-être à évaluer mes capacités, car il me fit faire toutes sortes d’exercices : jambes, haut du corps, souplesse et bien d’autres.
Pour une raison ou une autre, mon corps ne suivait pas.
C’était déjà le cas pendant la course. J’avais l’impression de pouvoir courir plus vite et plus longtemps, mais mon corps ne m’obéissait pas. Même chose avec les poids, les séries et les répétitions. Mes chevilles semblaient aussi moins souples et, quand j’essayai de jongler, ma vision périphérique avait clairement baissé.
Comment ça avait pu arriver… ?
Ça ?
« Tu étais entraîneur ? »
Je me redressai.
« Pardon ? »
— Même si tu as perdu l’habitude, tu as la posture de quelqu’un qui s’est entraîné pendant des années.
Yoon plissa les yeux en m’observant.
Il glissa les mains dans les poches de son coupe-vent noir et fronça légèrement les sourcils.
« On dirait que tu as arrêté le sport pendant quelques mois, mais tu gardes la bonne posture, quoi que je te fasse faire. Et tu sais aussi quels muscles travailler. »
« Ah bon ? Ça me rassure. Je crois que j’ai effectivement fait une pause de quelques mois. Je me disais justement que mon corps ne suivait pas… »
« Tu ne te souviens pas de t’être entraîné ? »
Pas vraiment.
Chaque fois que Yoon me faisait faire un exercice, je savais instinctivement comment m’y prendre. Soulevé de terre, développé couché, pompes, tractions, et ainsi de suite.
Quand je le lui expliquai, Yoon resta un moment silencieux, pensif.
Puis il dit : « Tu as aussi fait une roulade de sécurité sans même y penser quand ce champignon t’a malmené. »
Ah bon ?
« Tu voulais te muscler à quel point ? »
« Je ne veux pas trop me muscler. Ça réduirait ma souplesse, ce qui entraînerait davantage de blessures et limiterait mes mouvements. »
« Tu vois ? »
Yoon reprit : « Tu ne faisais pas du sport comme passe-temps. Tu t’entraînais professionnellement, tu étais dans l’armée ou la police, ou tu étais cascadeur. »
C’était vrai ?
Comme prévu, je ne m’en souvenais pas.
Mais Yoon ne s’attarda pas sur ma réponse. À peine avions-nous terminé une série de musculation qu’il m’entraîna jusqu’à un stand de tir, alors que j’étais épuisé.
Le stand de tir se trouvait sous la salle de sport.
Mais à quel point était-il riche ?
« Je retire ce que j’ai dit sur l’armée ou la police. »
Voilà ce que Yoon conclut dès que j’eus fini de tirer.
« Tu te débrouilles bien en sport, alors pourquoi tu es aussi mauvais avec une arme ? »
Désolé.
Yoon me fit m’entraîner au tir tout l’après-midi. Comme si les munitions réelles ne valaient rien, il me laissa tirer jusqu’à ce que j’en aie assez. Puis il traîna mon corps complètement épuisé chez lui.
Plus précisément, il m’emmena dans le vaste laboratoire sous sa maison.
Il y faisait frais, et une légère odeur de désinfectant flottait dans l’air.
Là, il me montra une maquette de petit noyau.
Un dôme de verre en forme de demi-sphère, comme une boule à neige, recouvrait une maquette de ville.
« Il est fait exactement du même matériau que le Souffle qui protège le Noyau central. »
« Le Souffle ? »
« Le nom d’origine de la barrière, c’est le Souffle. La plupart des gens l’appellent le Noyau, mais ce n’est pas exact. À proprement parler, le Noyau désigne toute la zone encerclée par la barrière. Le vrai nom de la barrière, c’est le Souffle. »
« Je vois. »
« John Mueln a créé le Souffle. Moi, je l’ai commercialisé. »
« Pardon ? »
J’étais si stupéfait que ma prononciation en fut toute bizarre. Je levai les yeux vers l’homme à côté de moi.
« C’est pas une réussite incroyable ? »
« Présenté comme ça, si. »
Il n’avait pas la moindre modestie.
Je comprenais mieux pourquoi il était aussi riche. Il devait y avoir des brevets là-dessous. Ça aurait été encore plus étonnant qu’un homme ayant contribué à commercialiser un dispositif essentiel à la survie de l’humanité soit pauvre.
Yoon baissa les yeux vers le petit noyau qui ressemblait à un jouet et appuya sur un endroit de sa base.
Une petite ouverture apparut au bas du dôme. Elle avait la forme d’une arche, comme une minuscule porte pour de petits êtres.
Yoon me la désigna.
« Quand on sort d’un Noyau, on ouvre une porte dans la barrière comme ça. »
« Des gens sortent ? »
Pourquoi faire ? Le Souffle n’entourait-il pas la ville pour la protéger de créatures comme ces champignons bizarres et ces araignées ?
Une voix sèche me répondit :
« Les gens ordinaires ne sortent pas. Nous, si. »
Il poursuivit d’un ton grave : « Nous devons reconquérir les terres que nous avons perdues. »
Une drôle de sensation m’envahit soudain.
Je ne savais pas exactement ce que je ressentais, ni pourquoi. Je savais seulement que cette explication sans détour m’avait troublé.
Une sorte d’image rémanente sembla passer devant mes yeux. J’eus l’impression qu’un souvenir oublié venait de refaire surface avant de disparaître. Tout était allé trop vite pour que je distingue quoi que ce soit.
Je regardai mon partenaire senior.
« Qu’est-ce qu’il y a dehors ? »
Il me répondit avec désinvolture :
« Des créatures. »
Donc, une fois que j’aurais assez d’expérience, je sortirais du Noyau !
« Il faut de l’expérience avant de pouvoir entrer dans le Noyau. »
Quoi ?
« Le Noyau est plein de civils. »
C’était vrai.
Yoon alluma l’écran fixé au mur du laboratoire.
L’affichage se divisa aussitôt en plusieurs sections, comme un ensemble d’écrans de vidéosurveillance. Des images étranges apparurent. Chaque arrière-plan était différent. On y voyait tantôt des prairies bleuâtres, tantôt des paysages gris et désolés, comme dans un film postapocalyptique.
Les décors changeaient rapidement, comme des niveaux de jeu qui se succèdent, tandis que des créatures erraient dans les environs.
Pas la moindre trace d’êtres humains.
C’était donc ça, l’extérieur du Noyau.
« Les alentours d’un Noyau sont relativement sûrs. Les Blaireaux y établissent une tête de pont. Plus on s’éloigne, plus c’est dangereux, et il y a des zones où les drones disparaissent pour des raisons inconnues. Les régions sont classées selon leur niveau de risque. Mais une vidéo ne suffit pas vraiment pour se rendre compte, pas vrai ? »
J’avais un mauvais pressentiment.
Je lui répondis aussitôt avec tout le respect possible :
« La qualité de l’image est excellente. C’est aussi net que si je voyais la scène en vrai. »
« Les explications, ça ne rentre pas dans ta tête. »
Yoon n’avait pas l’intention de m’écouter.
Il pianota sur le clavier et changea de vidéo. À mesure que les images défilaient, je me sentais de plus en plus intimidé.
Qu’étaient ces choses indéchiffrables qui apparaissaient parfois à l’écran… ?
Mon partenaire senior ne prêta aucune attention à mon expression et continua de m’expliquer :
« Si les niveaux de danger des créatures vont de un à dix, ceux des zones à l’extérieur d’un Noyau vont de A à F. A, c’est la limite de ce que les Blaireaux peuvent atteindre. Les recrues commencent en F. »
« Ah. Alors, l’endroit qui grouille de créatures, en haut à droite, c’est une zone A ? »
« C’est une Zone S interdite d’accès. »
« Pardon ? »
Il n’y avait pas que des zones jusqu’à A ?
Sans quitter l’écran des yeux, Yoon m’expliqua :
« Il existe des endroits où même les Blaireaux expérimentés ne devraient pas mettre les pieds. On regroupe tous ces endroits sous le nom de Zones S. »
« Alors, comment ces images ont-elles été filmées ? »
« Par drone. »
Je vois.
« Heureusement que c’est une Zone S. Je n’aurai presque jamais à en affronter une. »
« Un jour, nous transformerons les Zones S en zones F et nous les intégrerons au Noyau. C’est pour ça que nous sortons. »
« Je rectifie : heureusement que ça n’arrivera pas avant très longtemps. »
« On sortira dans une semaine. »
Je le savais !
Je savais que ça finirait comme ça ! J’avais eu un mauvais pressentiment dès qu’il avait dit que les explications ne me serviraient à rien.
Ce type… Depuis l’incident avec la créature-champignon, je m’en doutais, mais il croyait clairement qu’on devait apprendre en faisant l’expérience des choses soi-même.
Yoon haussa un sourcil en me voyant rester là, bouche bée.
« Qu’est-ce que t’as, cette tête ? »
« Tu demandes vraiment parce que tu ne sais pas ? »
« Non. »
Incroyable.
Yoon éteignit l’écran.
Tout ce que faisait mon partenaire senior était efficace. Il ne gaspillait pas le moindre geste.
Il sortit de dessous le bureau un objet qui ressemblait à une tablette.
« Pendant la semaine avant qu’on sorte, on va améliorer ton endurance. »
« Ça peut se faire en une semaine ? »
« Tu n’es pas en si mauvais état. »
Vraiment ?
Je lui demandai, incapable de cacher ma joie :
« Ça me rassure. J’étais vraiment inquiet… »
« Tu es encore loin d’être prêt pour le terrain. »
Était-ce censé me rassurer ou me démoraliser ?
Une fois de plus, mon partenaire senior ne tint pas compte de ma réaction.
Il fit défiler les informations sur la tablette et m’expliqua mon programme d’entraînement pour la semaine à venir.
Sport à partir de neuf heures, après le petit-déjeuner. Déjeuner. Repos, puis reprise à quatorze heures. Une fois la journée terminée, à dix-huit heures, je devais me renseigner seul sur Internet au sujet du monde. Si j’avais des questions, je pouvais lui envoyer un message quand je voulais.
C’était plus raisonnable que je ne l’avais imaginé. Et c’était agréable de pouvoir enfin utiliser Internet comme je voulais après dix-huit heures.
À l’idée de devoir me présenter dans une semaine, j’avais le ventre noué, mais cette semaine à venir s’annonçait finalement mieux que prévu. Ça me mit de bonne humeur.
« Il a dit qu’il te verserait un mois de salaire à l’avance, vu ta situation. Utilise cet argent pour subvenir à tes besoins. »
Après avoir quitté la maison de Yoon, juste avant que je retourne à la cabane, il me tendit une carte en disant cela.
Mon visage s’illumina tandis que je la prenais.
« Merci. »
Avoir de l’argent à ma disposition me faisait beaucoup de bien. Je devrais vérifier le solde à un distributeur. Maintenant que j’avais un endroit où dormir et un travail, il ne me manquait plus que le nécessaire, comme des vêtements et des provisions.
Ah.
Je m’étais fait du souci sans arrêt, mais tout semblait s’arranger. J’étais tellement conte…
Boum !
« C’était quoi, ça ? »
« À ton avis ? Une créature. »
Yoon repoussa d’un coup de téléphone une créature de la taille d’un chien sauvage qui bondissait vers mon visage.
La créature s’écrasa au sol avec l’écran du téléphone.
Un téléphone, ce n’était pas une raquette de ping-pong. Tandis que cette pensée me traversait l’esprit, je fixai stupidement la créature qui tremblait au sol, et Yoon s’approcha d’elle d’un pas nonchalant.
Mon partenaire senior se pencha pour l’examiner tandis qu’elle se relevait d’un bond.
« Bizarre. J’essayais de l’attirer vers moi. Pourquoi a-t-elle bondi sur toi ? »
C’était une créature qui ressemblait à une baleine.
À vrai dire, on pouvait tout à fait l’appeler une baleine.
Crac !
Yoon l’écrasa sous son pied.
Quel gâchis.
Cette pensée me traversa l’esprit.
… Hein ?
« Pourquoi tu trouves ça dommage ? »
« Quoi ? »
Je marmonnai, incapable de comprendre pourquoi je regrettais sa mort. Yoon se redressa et me posa la question.
Je secouai vivement la tête.
« C’est rien. Mais tu peux les attirer ? »
« Ouais. Ces trucs poussent un cri à une fréquence inaudible pour les humains. L’alarme à créatures sonnait depuis un moment et celle-ci se rapprochait, alors j’ai décidé de l’attirer pour l’attraper en faisant du bruit avec mon téléphone. »
Yoon haussa un sourcil en parlant.
Puis il plissa les yeux en me regardant.
« Pourquoi elle t’a attaqué ? »
« Elle a dû penser que j’étais une proie plus facile. »
À la place de cette créature, je n’aurais pas non plus eu envie d’attaquer Yoon.
Je ne le connaissais pas depuis longtemps, mais Yoon restait un homme impénétrable, qui bougeait à peine et dégageait une aura intimidante.
« On n’était pas si loin l’un de l’autre, en plus. »
Pour une raison ou une autre, Yoon ne semblait pas convaincu par ma réponse.
Mais il ne dit rien.
Il se contenta de m’observer un moment, puis me renvoya à la cabane. Il dit que si nous signalions le cadavre, une équipe de nettoyage viendrait l’enlever.
Je hochai la tête et retournai à la cabane.
En chemin, je continuai de penser que c’était dommage, sans comprendre pourquoi.
Une pensée dont même celui qui l’avait eue ne comprenait pas le sens.
Pourtant, c’était dommage.
La créature était exceptionnellement grande et en bonne santé.
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