Chapitre 12
Traductions WeTried
Traductrice/éditrice : Natty
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Black Badger ◈
Chapitre 12 : Partenaire senior (4)
──────
Se faire battre avec entrain par des tentacules de champignon pendant trois heures, ce n’était quand même pas normal.
Les yeux hagards, je regardai Ami secouer violemment Choi Yoon. Sans changer d’expression, celui-ci baissa les yeux vers sa petite sœur.
« Il va bien. Il est juste fatigué. »
Ami réagit au calme de sa réponse.
« Et s’il finit traumatisé ? Je vais le dire à Ye et à Joo ! »
Ami était vraiment la seule personne en qui je pouvais avoir confiance.
Touché par ses paroles, je vis Ricardo s’approcher.
« Ça vaaa ? »
« Ah. Oui, je vais bien. »
Je remarquai l’homme à ses côtés et les visages inconnus de ceux qui semblaient tous sous le choc.
Ricardo me détailla de la tête aux pieds sans perdre son sourire.
« Tu as une sale tête… »
« J’étais pire il y a quelques minutes. J’ai fait tout un cirque en essayant de tuer cette chose tout seul. »
« Tu as eu peur ? »
« C’était pénible. »
« Ah bon ? Alors, tu as du talent. »
Ricardo sourit, les yeux plissés.
À bien y réfléchir, cet homme était tout aussi difficile à cerner que mon partenaire senior, mais d’une autre manière. Impossible de savoir si ses encouragements étaient sincères ou sarcastiques.
Ne voulant pas trop y réfléchir, je hochai la tête.
« Merci pour le compliment. »
« Hum. Alors, qu’est-ce que tu en penses ? Tu vas devoir faire ça toute ta vie… Ça ira ? »
Ricardo me posa la question d’un ton enjoué.
Je sentis tous les regards se tourner vers moi. Sa question avait quelque chose de piquant. Ma première impression — qu’il avait mauvais caractère — n’était pas totalement fausse.
Je plongeai les yeux dans les siens, verts, et répondis lentement :
« Je ne sais pas. »
Ricardo me regarda sans cesser de sourire.
« Je ne vois pas trop l’intérêt de deviner maintenant. Mais je n’avais pas beaucoup de choix, alors je ne pense pas que je regretterai celui-là plus tard. »
J’avais répondu sérieusement, puis je remarquai les regards braqués sur moi.
J’étais fichu. J’aurais mieux fait de répondre : « Bien sûr que ça ira. Je ferai de mon mieux, senior ! »
Alors que je tentais de rattraper le coup avec un sourire gêné, l’homme aux yeux écarquillés prit la parole.
« C’est donc la nouvelle recrue dont tout le monde parle ? »
Il y avait déjà des rumeurs ?
« Oui ! Voici Hildebert Taleb ! »
« Tu n’as pas dit qu’il n’avait été officiellement affecté qu’aujourd’hui ? »
« Si ! »
« Et il fonctionne normalement, sans aucun problème ? »
Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire.
J’ouvris grand les yeux et observai cet homme que je n’avais encore jamais vu. Il avait l’air fatigué. Sa peau était foncée, comme hâlée par le soleil, et une légère barbe ombrageait sa lèvre supérieure. Il portait un pantalon noir confortable, du genre pantalon de randonnée, et un anorak gris. À première vue, il devait avoir entre trente et trente-cinq ans.
D’une voix qui ne parvenait pas à dissimuler son étonnement, il poursuivit :
« Il faut au moins trois mois pour s’adapter à son corps. »
« C’est vrai. Hilde est un cas à part… »
« Et Hilde a tué ça ? Une vraie créature ? Ça ne fait même pas un jour que son affectation officielle a commencé. Les nouvelles recrues ne sont normalement confrontées aux créatures qu’au bout de six mois, non ? »
« Ça, c’est entièrement la faute de Choi Yoon oppa. »
Ami intervint.
L’inconnu tourna son regard vers Choi Yoon. Son expression trahissait toujours une incrédulité totale. Mais celui-ci soutint son regard sans même ciller.
« Il ne s’est rien passé, alors arrête d’en faire toute une histoire. Il s’en est bien sorti sans mon aide et il va bien psychologiquement. »
« Non, senior Choi Yoon. »
L’homme s’adressa à Choi Yoon, visiblement déconcerté.
Choi Yoon ne réagit pas. À sa place, Ricardo, debout à côté de l’homme, posa tranquillement une main sur son épaule et me regarda.
« Vous ne vous êtes pas encore présentés, si ? »
Je hochai la tête, un peu gêné.
« Non. »
« Lee Ho Chang. C’est un de tes seniors. Lee Ho, voici Hildebert Taleb, la nouvelle recrue dont tout le monde parle. »
« Bonjour. Je suis ravi de travailler avec vous. »
« Hein ? Ah. »
Lee Ho se détourna de Choi Yoon et me répondit.
Il me dévisagea attentivement avant d’ouvrir la bouche.
« Mais comment tu as fait pour… »
« Ah ! Hilde se présentera la semaine prochaine ! »
La voix claire d’Ami résonna dans la salle d’entraînement.
« C’est là qu’on expliquera la situation particulière de Hilde ! »
Tandis que les hommes plus âgés se tournaient vers elle, je fus horrifié.
Qu’est-ce que ça voulait dire ?
« Mais c’est surtout le responsable du personnel qui s’occupera des explications. Alors ne fais pas cette tête. »
« Mais je dois quand même dire quelques mots, non ? »
« Oui. »
Aaaah.
À côté de moi, désespéré, Ricardo pencha la tête.
« C’est quand ? Je n’ai encore rien entendu d’officiel. »
« Probablement vendredi prochain ! »
Merde. Il ne me restait qu’une semaine.
« Ce sera officiel ? Le responsable du personnel est d’accord ? »
« Ça répond aux souhaits du commandant en chef. Ils vont demander à tous les Blaireaux Noir sans mission de venir, si possible. »
« Le commandant en chef ? »
Lee Ho était horrifié. Moi aussi. Ce n’était jamais bon quand une affaire prenait de l’ampleur. J’avais perdu tous mes souvenirs, mais il me restait un étrange instinct : les choses ne faisaient qu’empirer quand des gens importants s’en mêlaient. Mon moi d’avant avait forcément connu la vie de bureau, même brièvement. Je tremblais de peur et d’appréhension.
Je ne pouvais pas plutôt affronter un autre champignon ?
« Je dois y aller, moi aussi ? »
demanda Choi Yoon d’un ton sec.
« Bien sûr ! Tu es le partenaire senior de Hilde. »
« Choi Yoon est le partenaire senior de Hilde ?! »
Lee Ho fut de nouveau horrifié.
Ami acquiesça, les yeux grands ouverts. Ricardo observa avec amusement la mâchoire de Lee Ho se décrocher.
Lee Ho regarda tour à tour Choi Yoon, impassible, et moi, puis me demanda d’une voix stupéfaite :
« Ça va ? »
Il fallait que je réponde bien.
Rassemblant toutes mes forces, je lui adressai un grand sourire.
« Oui ! Il est très gentil avec moi. »
« Raté. Tu marches déjà sur des œufs avec oppa. »
« Ah… Ils ne se connaissent que depuis quelques heures et déjà… »
« Qu’est-ce que le responsable du personnel a en tête ? »
Croyez-moi, je vous en prie !
Ou faites au moins semblant de me croire. Vous ne voyez pas que j’essaie de me mettre dans les bonnes grâces de mon partenaire senior sans cœur ?
Mais, contre toute attente, Choi Yoon n’avait pas l’air particulièrement vexé.
Il se tenait là, les bras croisés, l’air renfrogné. Lorsque nos regards se croisèrent, il m’indiqua le chemin d’un mouvement du menton.
« Va prendre une douche dans la pièce à côté, puis reviens. Prends des vêtements de sport propres là-bas avant d’entrer. »
« Ah, oui. »
« Oppa, tu invites Hilde à dîner, hein ? »
« Il préférerait probablement manger seul. »
« Hilde n’a pas d’argent ! »
Ça faisait mal.
Mais c’était où, « là-bas » ? En cherchant les vêtements de sport du regard, je vis Ricardo et Lee Ho pointer dans la même direction. Au bout de leurs doigts, il y avait un panier. Je ne l’avais pas remarqué avant, mais il se trouvait à gauche de la porte de la salle d’entraînement, fermée hermétiquement.
Après les avoir remerciés d’un signe de tête, j’hésitai un instant.
Ami, qui agrippait son propre frère par le col, tourna la tête vers moi et m’adressa un grand sourire.
« En sortant de la salle de douche, prends à droite ! Tu la verras tout de suite. Va te laver. »
« Oui. Alors, veuillez m’excuser un instant. »
« Beau boulot ! »
Ricardo agita mollement la main.
Lee Ho hocha aussi la tête, tout en m’examinant attentivement.
« Quand même, tu as l’air plutôt en forme pour quelqu’un qui vient de vivre ça. Tu es sûr de ne pas devoir aller à l’hôpital ? »
« Ah, ça va. Je me sens bien, maintenant. »
Je souris maladroitement, pris congé d’eux et me détournai. Les jambes lourdes de courbatures, je me dirigeai vers la porte.
Derrière moi, j’entendis Ami réprimander son grand frère. Il n’aurait pas pu choisir une créature plus facile ? Oppa ! Cette créature est venimeuse ! La neutraliser ne la rend pas inoffensive !
Boum ! Boum ! Boum !
Faisant semblant de ne pas entendre les coups de poing qui retentissaient, je pris la plus grande tenue dans le panier. Puis je quittai la salle d’entraînement sans me retourner.
On se serait cru en début de soirée, comme si le soleil s’était couché pendant que j’étais à l’intérieur. Une faible lumière de coucher de soleil filtrait dans le couloir.
J’avais faim. Je voulais prendre une douche rapidement et dîner. À cette idée, je me dirigeai vers les douches.
* * *
Je dînai avec mon partenaire senior.
Comme je ne me souvenais pas des plats que j’aimais, on m’offrit du bœuf de luxe, un choix qui plaisait à tout le monde. Nous nous rendîmes au restaurant dans la voiture de mon partenaire senior. Le suivant tandis qu’il avançait à grands pas, je vis une voiture noire et entrouvris la bouche en apercevant sa marque prestigieuse.
Ce n’était pas une marque incroyablement chère ?
« Votre voiture… elle est impressionnante. »
« Tu te souviens des marques de voitures ? »
demanda Choi Yoon en prenant place au volant.
« Lamborghini. »
« Alors tu étais bien un Terrien. »
« …Je n’en avais pas l’air ? »
« Je ne suis même pas sûr que tu sois un être humain normal. »
Il démarra d’une voix calme.
La voiture noire comme l’encre s’éloigna en douceur. Mon partenaire senior n’avait même pas touché le volant, mais elle sortit sans encombre du parking souterrain.
« Tu récupères mal, et pourtant tu t’es adapté sans problème à un corps amélioré. Rien que ça, c’est bizarre. »
« …C’est vraiment si bizarre ? »
« On devra peut-être t’ouvrir plus tard. »
Choi Yoon venait de dire quelque chose de vraiment étrange.
… M’ouvrir quoi ?
Les questions se bousculèrent dans ma tête, mais je me retins de les poser à voix haute. Je ne voulais pas qu’il confirme qu’il parlait bien de ce que je croyais.
À la place, je me forçai à sourire.
« Comme vous le voyez, je suis assez inoffensif pour me faire battre par un champignon. »
« On verra. »
Choi Yoon ne tourna même pas les yeux vers moi.
« Toi-même, tu ne sais pas ce que tu étais. »
« …Oui. »
« Tu t’adaptes bien. »
Sa voix grave le fit remarquer sans grande émotion.
« C’est une attitude louable. »
Pendant que nous dînions au restaurant, il m’expliqua brièvement la situation. Il me parla du programme du lendemain et de la façon dont les Blaireaux Noirs formaient leurs nouvelles recrues. En temps normal, on leur accordait six mois pour s’adapter à leur corps amélioré. Mais, pour une raison étrange, je m’étais déjà adapté ; inutile de s’inquiéter pour ça. Ma formation partirait du principe que mon adaptation était achevée.
« Il y a une montagne de choses à t’apprendre, mais tout le monde n’a pas l’endurance nécessaire pour foncer comme un idiot pendant trois heures d’affilée. Et certaines de tes réactions, quand tu fonçais, ne ressemblaient pas à celles d’un parfait débutant. »
« Mes réactions ? »
« Une ou deux réactions physiques. »
Quelles réactions avais-je eues ?
Impossible de trouver la réponse en y réfléchissant. Tout ce dont je me souvenais, c’étaient les tentacules qui se tordaient, l’énorme pied du champignon et l’odeur étrange qu’il dégageait.
Mais mon partenaire senior ne m’en dit pas plus et changea de sujet.
« Fais une présentation simple. C’est du jamais-vu, alors je ne peux pas te donner de conseils particuliers. »
« Toutes les nouvelles recrues ne passent pas par là ? »
« On loue un auditorium sous la supervision du responsable du personnel et on les fait se présenter à leurs aînés. Mais c’est la première fois que le commandant en chef ordonne à tous les Blaireaux disponibles de se rassembler. »
Ces mots me nouèrent l’estomac.
Choi Yoon ajouta quelque chose d’encore plus inquiétant.
« On dirait que Ye-hyeon est déterminé. »
Aaaah.
Plus j’en apprenais, plus je m’inquiétais, mais je ne voyais pas comment y échapper. Comme je ne pouvais rien préparer pour l’instant, je reléguai cette présentation à venir dans un coin de ma tête.
Après le dîner, nous retournâmes au quartier général dans la voiture de Choi Yoon.
Quand il me demanda d’aller chercher mes affaires, je remontai en vitesse jusqu’à la salle de repos, fourrai tout dans le sac que j’avais mis de côté et redescendis.
Je veillai à ne pas oublier le sachet de médicaments que j’avais trouvé dans les douches avant que la créature m’emporte.
Une fois installé dans la Lamborghini rutilante, je le montrai à mon partenaire senior pour lutter contre la somnolence qui m’envahissait.
« Quelqu’un a laissé un sachet de médicaments dans la salle de douche. Vous savez à qui il appartient ? »
Et, pour la première fois, je vis mon partenaire senior avoir l’air surpris.
Il tourna la tête et jeta un regard détaché au sachet de médicaments que je lui tendais. Ses yeux s’agrandirent légèrement.
Son expression était moins marquée que celle de la plupart des gens, mais ses yeux exprimaient clairement une légère surprise.
La surprise céda bientôt la place à une expression étrangement lasse et irritée.
Il poussa un long soupir, puis prit le sachet de médicaments dans ma main.
« Je le transmettrai. »
À qui ?
Je n’eus pas le courage de demander.
Le silence retomba dans la voiture.
Nous restâmes silencieux jusqu’à destination.
Ma douce maison.
Je contemplai, bouche bée, le chalet que mon partenaire senior m’avait offert.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>