Chapitre 86
Le casino fut rapidement investi par les chevaliers qui s'étaient joints à l'opération au moment opportun. Les forces de sécurité, ayant appris avec retard l'apparition des chevaliers impériaux, se précipitèrent pour apporter leur soutien, et la situation fut promptement résolue.
Le repaire de jeu qui gangrenait le territoire depuis des années fut totalement démantelé en seulement deux jours.
Les nobles et les fortunés qui se cachaient dans les profondeurs souterraines furent arrêtés en masse, et les restaurants qui opéraient sans même réaliser ce qui se tramait dans le casino furent également neutralisés.
Le seigneur, ignorant tout de la situation, accourut avec retard et s'inclina à plusieurs reprises devant Laius, tandis que les fonctionnaires corrompus et le capitaine de police, qui acceptaient des pots-de-vin en complicité avec le casino, furent immédiatement appréhendés.
Quant à l'équipe d'avant-garde du 3e corps, premier artisan de tout cela… elle s'aligna devant Laius, inclinant la tête avec obéissance.
« C'était trop. »
Laius, dont le visage restait impassible mais dont les yeux semblaient vouloir tout engloutir, parvint à peine à prononcer ces quelques mots.
« Je suis pourtant certain vous avoir ordonné de garder un œil sur Arendt pour éviter qu'il ne cause un incident. »
Il n'y avait rien à répondre pour se défendre. Les chevaliers commencèrent à regarder ailleurs et à chercher des excuses.
« Je n'ai jamais causé d'incident. Tout s'est bien passé. Tant que nous étouffons bien l'affaire… »
« Taisez-vous, je vous prie ! »
Arthur commença à étrangler Arendt.
Laius, qui observait les deux hommes se battre avec une expression complexe, finit par pousser un profond soupir et se passa la main sur le visage.
« Tout le monde, à l'exception de cet imbécile, sait très bien que le simple fait d'avoir quelque chose à dissimuler est un problème en soi. »
Au cours de l'opération de répression, de nombreuses personnes furent frappées, y compris des civils. Bien sûr, il ne s'agissait que de joueurs illégaux qui auraient facilement pu encaisser quelques coups.
Certes, c'était un exploit retentissant.
Si l'opération de répression avait été menée en suivant les procédures habituelles, il n'aurait pas été possible de tout détruire d'un seul coup comme cela.
Néanmoins, il était inévitable que son estomac continue de se nouer.
Incapable de porter ses poings sur ses subordonnés, Laius serra les siens avec force.
« Pourquoi vous inquiétez-vous autant ? Son Altesse le Prince héritier s'en occupera. »
« Taisez-vous, je vous prie ! »
Lorsque Arendt, qui parvint à peine à échapper à l'emprise d'Arthur, recommença à crier, Glenn lui asséna un coup de poing. Cependant, le coup fut inutile et ne fendit que l'air.
Laius regarda Arendt avec un air complexe.
« Au-delà de tout le reste, Merlin, le gérant du casino, m'a dit que vous aviez mélangé de la fausse monnaie à de véritables pièces d'or. Comme il l'a affirmé, c'est un crime grave qui ne peut rester impuni. »
L'image de Merlin riant comme un dément et tenant ces propos était encore vive dans son esprit. La façon dont il avait fixé Laius, les vaisseaux sanguins éclatés, déversant sa haine envers Arendt, tenait presque de la folie.
Les chevaliers semblaient légèrement nerveux, alternant leurs regards entre Arendt et Laius.
Bien sûr, ils n'y avaient pas prêté attention jusqu'à présent car ils étaient pressés, mais le faux-monnayage était une chose qui ne devait jamais être faite, peu importe la finalité.
Si cela venait à se savoir dans tout l'Empire de Caerleon, Arendt ne pourrait échapper à une lourde sanction.
Mais Arendt resta calme.
« Oh, ça. »
« Ce n'est pas une chose à prendre à la légère, Arendt. »
« C'était un mensonge. »
« Quoi ? »
En un instant, un son stupéfait s'échappa des lèvres des chevaliers. Laius resta également sans voix, les yeux écarquillés.
« Vous avez menti ? »
« Vous pensiez vraiment que c'était vrai ? Quoi qu'il arrive, je n'irais pas jusque-là. Vous croyez que j'aurais préparé de fausses pièces d'or à l'avance en sachant comment les choses allaient tourner ? »
Arendt poursuivit, enfonçant ses mains profondément dans ses poches.
« Comme la destination était un casino, il est vrai que j'ai préparé beaucoup d'argent et de bijoux, mais en me mêlant à la foule et en observant l'atmosphère, j'ai pensé que c'était une manœuvre assez efficace, alors j'ai simplement essayé. »
« Je… »
Arthur, qui était resté interdit un moment, se lécha les lèvres au nom de tous.
« Quel escroc… »
« J'ai pensé que la réaction serait assez intéressante, alors je voulais lui dire en face si possible, mais c'est dommage. Le commandant pourrait-il lui dire cela à ma place ? »
Si Merlin entendait ces mots, il pourrait ne pas se remettre de son état cette fois-ci et s'effondrer en vomissant du sang.
Personne ne se demanda pourquoi Merlin s'était laissé berner si facilement par ce mensonge, car le simple fait que l'interlocuteur soit Arendt suffisait à l'expliquer.
Laius se frotta le front douloureux et soupira pour la énième fois.
Il était heureux qu'il n'ait pas diffusé de véritable fausse monnaie, cela dit…
Que devait-il faire de ce tempérament ?
« Quoi qu'il en soit, comme je l'ai dit au début, nous prévoyons de présenter cela extérieurement comme une intrusion accidentelle des Chevaliers dans une maison de jeu où une violente bagarre éclatait. Gardez cela à l'esprit. »
« Oui ! »
Même si l'affaire était étouffée, il avait préparé suffisamment de scénarios pour faire croire à une coïncidence. De plus, puisque le Prince héritier les protégerait pour le moment, personne ne pourrait faire de scandale sur la méthode employée par les Chevaliers.
Il aurait voulu sermonner ses subordonnés un peu plus sur leur déchaînement, mais voir leur apparence débraillée lui en ôta l'envie.
Le commandant laissa échapper un soupir court et dit quelque chose de simple au lieu de les réprimander.
« Quoi qu'il en soit, tout le monde a bien travaillé. »
Clic.
Ce n'est qu'alors qu'un sourire radieux apparut sur les lèvres des chevaliers. Arendt, comme toujours, fit semblant de ne pas entendre avec une expression indifférente.
Les chevaliers, qui avaient été occupés à nettoyer le casino jusqu'au coucher du soleil et au lever de la lune, passèrent la soirée dans des logements spécialement préparés par le seigneur.
Après un dîner rapide, Arendt se rendit directement dans la chambre de Laius.
Toc, toc, et sans attendre de réponse, il ouvrit la porte en grand, et le commandant l'accueillit sans une once de surprise.
« Entrez. »
« Avez-vous trouvé l'emplacement de cette carrière ? »
Arendt posa sa question sans même saluer. Laius, qui s'était habitué à ses manières impolies, répondit immédiatement.
« Merlin a essayé de garder le silence, mais ses hommes ont avoué sans difficulté. Sir Kendrick a décidé de mener lui-même le 1er corps, donc les choses seront réglées rapidement. »
Il avait entendu dire qu'ils partiraient dès qu'ils seraient contactés, ils pourraient donc confirmer les résultats au moment où ils termineraient leur travail ici pour retourner au palais.
« Qu'en est-il des documents internes ? »
« L'argent a été récupéré intact. Ils n'ont pas eu le temps de détruire les preuves. »
« Hmm, je suis sûr que Son Altesse le Prince héritier appréciera. »
Arendt hocha la tête avec une expression désintéressée.
« Toutes les personnes que vous avez sorties ont été examinées par un guérisseur. Il a dit qu'elles souffraient toutes de malnutrition, mais qu'il n'y avait pas de problèmes majeurs. La plupart ont été renvoyées chez elles, mais… »
« La plupart ? »
Quand Arendt fronça légèrement les sourcils devant cette nuance étrange, le commandant répondit.
« Les enfants sont protégés pour le moment car ils n'ont nulle part où aller. Leur père a été emmené dans une carrière, et leur maison a été saisie lorsqu'ils ont été enlevés, puis démolie. J'ai vérifié et découvert qu'un autre bâtiment a été construit à la place. »
« Vous avez même réussi à confirmer cela alors que vous étiez si occupé ? »
« Parce que c'était nécessaire », répondit calmement Laius.
« Le garçon m'a demandé de vous remercier tout particulièrement, ainsi que les autres personnes qui étaient retenues captives. Surtout vous, pour votre travail acharné. »
« Bien sûr qu'ils devraient être reconnaissants après tout mon dur labeur. »
Arendt haussa les épaules.
« Mais il y a un autre problème. Que se passe-t-il vraiment en coulisses ? »
« Oui, Merlin n'est qu'un gérant, et le véritable propriétaire du casino est quelqu'un d'autre. Nous devons les attraper. »
Comme s'il avait attendu cette question, Laius hocha la tête.
« Cependant, on ne s'attend pas à ce que ce soit facile. Il a été confirmé qu'il existe plusieurs autres administrateurs comme Merlin, mais il est difficile de trouver des traces de la personne que Merlin a mentionnée. »
« C'est tout ? »
« Oui, il n'y avait rien dans les documents archivés qui puisse servir à identifier cette personne. Le seul indice était la signature laissée sur les documents, ce qui est devenu un vrai casse-tête. »
« Une signature ? »
À ce stade, Arendt commença également à s'intéresser. C'était un domaine qui n'était pas correctement mentionné dans le roman. Cependant, Arendt s'arrêta un instant en entendant le nom.
« Rebecca. »
« … »
« Je ne sais pas si c'est un pseudonyme ou un vrai nom, mais à en juger par la signature commune laissée derrière, c'est probablement le propriétaire d'une guilde. »
Quand Arendt se contenta de cligner des yeux, Laius pensa que son explication était insuffisante et ajouta quelque chose.
Après une brève pause, Arendt pencha la tête.
« Est-ce un nom que même le commandant ne connaît pas ? »
« C'est un nom courant, mais… je ne vois rien. Le fait qu'ils dirigent une entreprise de cette envergure illégalement sans que personne ne le sache signifie que c'est très sophistiqué. »
Laius fronça les sourcils en parlant avec sérieux.
À cette réaction, Arendt comprit vraiment que Laius ne savait rien. S'il ne savait pas, alors les autres commandants de chevaliers et le Prince héritier étaient probablement dans la même situation.
Si l'on y réfléchissait, ce n'était pas si étrange.
Le nom de Rebecca, qui dirigeait une entreprise vicieuse dans la clandestinité, ne devint connu que lorsque la guerre civile battait son plein. En fait, il ne comprenait pas pourquoi il n'avait pas pensé à Rebecca en détruisant un tel casino illégal.
Arendt demanda, l'expression tranchante.
« Allez-vous mener une enquête séparée ? »
« Oui, maintenant que nous avons attrapé leur trace, nous ne pouvons pas les laisser tranquilles. De plus, nous avons confirmé qu'ils commettaient des fraudes, des extorsions, des enlèvements et qu'ils emprisonnaient des citoyens de l'empire. »
Une réponse ferme vint de Laius.
Arendt hocha la tête vaguement, feignant de ne pas écouter.
« C'est ainsi que les choses s'emmêlent. »
Elle était un gros poisson de la pègre. Plus tard, elle rejoignit les rebelles, ce maudit culte…
Les mercenaires engagés par Rebecca gagnèrent une réputation terrible sur le champ de bataille.
Arendt, qui était perdu dans ses pensées, revint soudain à lui au son de la voix de Laius.
« Gardez juste cela à l'esprit pour l'instant. Prenez ceci. »
« Oui ? »
Avant qu'il ne s'en rende compte, le commandant lui tendait quelque chose enveloppé dans un tissu. C'était une vue qui le rendit un peu mal à l'aise.
En déballant le tissu, son épée apparut à la lumière, exactement comme il l'avait prévu. Il semblait que c'était celle que Laius avait confisquée lorsqu'Arendt avait été traîné en prison.
« Je l'ai trouvée dans l'entrepôt. »
« Oh, c'est vrai. Merci. »
Arendt prit son épée, parlant sur un ton totalement ingrat.
Contrairement aux autres chevaliers qui portaient des épées déguisées, Arendt était armé de son épée d'origine.
Comme il était encore apprenti chevalier, l'épée qu'il utilisait n'était pas celle offerte par l'empereur, mais celle qu'il avait personnellement apportée avec lui lorsqu'il avait rejoint les rangs.
Alors qu'il s'apprêtait à quitter la pièce sans même dire au revoir, Laius l'interpella.
« Arendt, les ennuis… »
« Je vais me vanter de cela. Je prévois d'obtenir des choses de Son Altesse le Prince héritier plus tard. »
Laius ferma la bouche. Profitant de l'ouverture, l'insolent apprenti chevalier se glissa hors des quartiers du commandant.
Laius poussa un profond soupir en regardant la porte se refermer.
Quoi qu'il en soit, il était juste de dire qu'Arendt avait couru partout et résolu ce problème du début à la fin.
Il serait plus simple de se contenter de s'inquiéter du bien-être du Prince héritier.