Chapitre 8
« Y a-t-il des objets suspects ? »
Les yeux du directeur du dépôt s'écarquillèrent face à cette remarque inattendue.
Arendt s'expliqua davantage.
« Par exemple… s'il y a quelque chose que le propriétaire n'est pas venu récupérer depuis longtemps et pour lequel les frais de garde n'ont pas été réglés, ou si l'usage d'un objet reste indéterminé, ce genre de choses. »
« Hmm… »
Le directeur réfléchit un instant. Arendt attendit patiemment sa réponse. Au bout d'un moment, le directeur hocha la tête.
« Il y a bien quelques objets. Ce sont des pièces que la personne qui les a déposées n'est jamais venue réclamer. »
Il s'en doutait. Les coins de la bouche d'Arendt se retroussèrent légèrement.
Le directeur Neumann ajouta : « Mais ce ne sont pas des objets non identifiés pour autant. Ils ont une histoire. »
« Je peux vous raconter cette histoire. La personne qui nous a confié ces biens a été victime d'un accident et a péri… »
« Il est décédé ? »
Lorsqu'Arendt posa à nouveau la question, le directeur Neumann baissa les yeux, l'air sombre.
« C'était il y a plusieurs années. Je pense que vous êtes au courant… il s'agit de la mort du baron Porta. »
« Non, je ne suis pas au courant. »
« Vraiment ? Eh bien, Lord Arendt est encore jeune. »
Le directeur Neumann se laissa convaincre facilement et hocha la tête.
« C'était à l'origine un homme d'affaires de la capitale impériale, mais avec l'âge, il a emmené le peu de membres de sa famille qui lui restaient pour s'installer dans une montagne isolée. »
« A-t-il laissé ces objets dans le coffre à ce moment-là ? »
« Oui, c'est exact. Il disait vouloir passer le reste de ses jours paisiblement à la montagne… mais il a fini par avoir un accident en chemin. »
Toute la famille du baron avait péri dans l'accident.
« Personne n'est venu réclamer cet objet ? »
« Non, car il n'avait pas d'enfants et vivait simplement avec sa femme et quelques domestiques. La famille de la baronne nous a simplement demandé d'en disposer à notre guise. »
Arendt hocha la tête.
Le scénario devenait clair. S'il affichait une expression extrêmement sérieuse, l'esprit d'Arendt, lui, tournait à toute vitesse.
« Je crois que tout concorde. »
L'objectif des voleurs n'était pas seulement l'or et les trésors.
Un regard étrange apparut dans les yeux d'Arendt ; peut-être ces objets se trouvaient-ils réellement ici.
« Pourriez-vous me montrer cela ? »
« Ce n'est pas difficile, mais… puis-je vous demander pourquoi ? »
« Hé, ne vous en faites pas trop, nous n'en sommes plus à une relation formelle près. De toute façon, ce sont probablement des objets sans propriétaire. »
Arendt haussa les sourcils avec espièglerie et donna un coup de coude dans les côtes du directeur Neumann. Ses doigts fins s'enfoncèrent dans le ventre rebondi de l'homme.
Le directeur parut stupéfait un instant par cette attitude effrontée, mais finit par hocher la tête.
« Eh bien, c'est vrai. Je vais vous faire visiter. »
Ils jetèrent rapidement des coups d'œil autour d'eux, comme pour vérifier si quelqu'un les écoutait. Personne ne prêtait attention aux deux hommes qui discutaient au milieu du chaos.
Arendt et le directeur Neumann profitèrent de la confusion pour s'éclipser.
Le directeur conduisit Arendt au plus profond du coffre-fort.
Des portes en fer numérotées étaient alignées le long d'un couloir brillamment éclairé.
Arendt observa les lieux. Contrairement à l'extérieur, orné de sculptures, d'ornements et de lustres, seul un tapis sombre recouvrait le sol.
« Si quelqu'un s'introduit par effraction, cela pose problème. C'est pourquoi nous ne plaçons rien ici qui puisse nous compromettre. »
Le directeur Neumann comprit les doutes d'Arendt et répondit. Les murs devaient être conçus pour être si robustes qu'ils ne pouvaient être facilement détruits, et à un certain point, aucun son venant de l'extérieur ne pouvait être entendu.
Leur marche s'arrêta dans une salle intérieure.
Le directeur fouilla dans sa poche, en sortit une clé et l'inséra dans la serrure.
Crac.
Immédiatement après l'insertion de la clé et un bruit quelque peu mécanique, le bord de la porte scintilla un instant et une lumière en émergea.
« Oh… »
« Il s'agit d'un sortilège de verrouillage biométrique. Il a été spécialement commandé à la Tour Magique et ne peut être utilisé que par moi ou le personnel autorisé. »
Le directeur Neumann ajouta cette explication.
Après un instant, *clac, clac !* Après quelques bruits métalliques, l'épaisse porte s'ouvrit silencieusement.
Lorsque Arendt et Neumann entrèrent, l'intérieur sombre s'éclaira automatiquement. Le sol en marbre propre, la façade et les vitrines qui remplissaient la grande pièce apparurent alors.
On aurait dit l'entrée d'un musée.
Des bijoux aux noms inconnus, des accessoires à vous écarquiller les yeux, et même une épée de cérémonie à l'aspect coûteux ; rien ne manquait pour attirer le regard.
Même en suivant le directeur à l'intérieur, Arendt ne pouvait détacher ses yeux des objets.
« C'est un coffre de niveau 3. C'est un endroit qui stocke les objets à un prix plus abordable que la location d'un coffre individuel. Bien entendu, nous disposons de défenses rigoureuses. »
« Les affaires du baron dont vous parliez plus tôt sont-elles ici aussi ? »
« Oui, la famille endeuillée nous a dit que nous pouvions trier les choses nous-mêmes, mais ce n'est pas une tâche aisée. »
Toutes sortes de trésors étincelaient sous la lumière, derrière les vitrines transparentes.
Après avoir marché un moment entre les présentoirs, ils s'arrêtèrent enfin devant celui du fond.
« Par ici. »
Le directeur, qui ouvrait la marche, déverrouilla la vitre du présentoir et s'écarta.
Arendt déglutit et s'approcha.
Les effets personnels d'un homme nommé baron Porta étaient soigneusement exposés sur du velours rouge.
Il y avait une boîte à bijoux qui semblait ancienne au premier coup d'œil, quelques accessoires tels que des bagues et des boucles d'oreilles, et… les yeux d'Arendt s'agrandirent lorsqu'il découvrit les gants en cuir noir.
« Pourquoi faites-vous cette tête ? »
« Le directeur sait-il ce que c'est ? »
« Je pensais que c'étaient simplement des gants de bonne qualité. Le baron Porta l'avait dit aussi. J'étais d'ailleurs un peu curieux de savoir pourquoi on m'avait confié cela. Eh bien, à l'époque, le coffre venait d'être ouvert, alors des gens venaient examiner les objets par curiosité. J'ai pensé qu'il s'agissait d'un cas similaire. »
C'est précisément pour cela qu'il était difficile de s'en débarrasser.
Cela ne semblait pas avoir de valeur marchande, mais ils n'avaient pas non plus envie de les jeter, car il s'agissait des affaires d'un défunt.
Arendt laissa échapper un bref gémissement.
« Pour lui, ce ne sont que des objets ordinaires. »
Arendt reporta son regard sur les étagères.
Quelques accessoires à l'aspect antique, comme une paire de gants en cuir qui ne semblaient rien avoir de spécial, si ce n'est d'être un peu vieux.
Visuellement, c'était limpide.
Mais Arendt ne pouvait pas dire qu'il s'agissait d'objets absolument ordinaires, car il était incapable de nommer ce qu'il ressentait à cet instant.
Puis, un mot lui vint à l'esprit.
« C'est de l'énergie magique. »
C'était ténu, mais c'était indéniablement de la magie.
Le directeur Neumann était un homme qui n'avait jamais tenu une épée de sa vie.
Une personne normale ne verrait jamais un mage plus d'une fois dans sa vie ; à ses yeux, ces objets ne semblaient être que des antiquités.
En revanche, Arendt était un chevalier prometteur, et son corps semblait percevoir la magie en premier.
Eh bien, même si le directeur était curieux, il n'essaierait jamais de toucher ou d'estimer imprudemment les objets précieux qu'un client lui avait confiés.
« Puis-je les toucher ? »
« Oui, bien sûr. »
Le directeur accepta volontiers.
Arendt hésita un instant, puis saisit les gants avec précaution.
À cet instant, Arendt en eut la certitude.
L'apparence et la taille étaient exactement telles que décrites dans le roman… jusqu'à cette sensation de froid sur le bout de ses doigts.
« C'est ça. »
Le véritable objectif du raid des rebelles sur le coffre, et une fois tombé entre leurs mains, l'objet qui allait devenir le cauchemar des chevaliers.
C'est après avoir réussi à forcer le coffre qu'ils avaient commencé leurs activités sérieusement.
Après avoir pris le contrôle d'une ville, ils s'étaient autoproclamés « rebelles ». Par la suite, les attaques contre des populations indéterminées s'étaient multipliées, et l'empire avait été poussé au bord de la guerre civile.
Alors que les batailles faisaient rage dans tout l'empire, les rebelles avaient sorti leur arme secrète.
C'était l'une d'entre elles.
Un artefact appelé « Toucher Glacial ». Un objet capable de tuer une douzaine de chevaliers aguerris d'un seul geste et de geler un village entier qui résistait aux rebelles.
Ce n'étaient en aucun cas des gants ordinaires.
Que diable faisait le baron Porta en collectionnant ces choses ? Non, que faisait cet homme ?
Arendt jeta un coup d'œil aux autres objets en plissant légèrement les yeux.
Il pouvait vaguement sentir une puissance magique émaner des boucles d'oreilles, des bracelets et des colliers. Cela signifiait qu'en dehors de ces gants, la plupart des objets ici étaient des artefacts.
Il était impossible que ces objets aient été rassemblés par hasard ; ils avaient probablement été collectionnés personnellement par le baron Porta.
Conscient des conséquences désastreuses d'une fuite d'artefacts, il avait probablement dit au directeur Neumann qu'il ne s'agissait que d'antiquités et les avait laissés dans le coffre.
Une fois dans son coffre personnel, personne ne pouvait y accéder jusqu'à ce qu'il les en sorte lui-même.
« Lord Arendt ? Pourquoi faites-vous cela ? »
« Ah… Non, rien. »
Comme Arendt restait immobile, le directeur Neumann émit un son perplexe.
Arendt, soudainement revenu à lui, secoua la tête et reposa les gants.
« Directeur, est-il possible de prendre ceci ? »
« Est-ce un objet dangereux ? »
Arendt, qui tentait lentement de préparer le terrain, s'arrêta, ayant perdu l'initiative.
« Oui ? »
« Je peux le sentir. Si ce n'était rien, Arendt n'aurait pas demandé à le voir séparément, et il y a une autre raison pour laquelle je n'ai pas pu m'en débarrasser. »
Le directeur Neumann sourit à Arendt.
« Il y avait pas mal de zones d'ombre concernant l'accident du baron Porta. Ce n'était pas quelque chose dont je pouvais parler, alors je suis resté silencieux. »
Ce n'était vraiment pas quelqu'un à prendre à la légère.
Arendt parut un peu las.
« C'était une décision plutôt sage. Ceci… »
« Je ne veux rien savoir. Je considère simplement cela comme une antiquité appropriée. »
Le directeur fit taire Arendt.
Arendt haussa les épaules.
« Eh bien, si vous le dites. »
« Et puisque la famille endeuillée nous a demandé d'en disposer nous-mêmes, je pense qu'il n'y aura aucun problème à vous le transférer. »
« … Soyez honnête. Vous voulez simplement éviter que des ennuis comme ceux d'aujourd'hui ne se reproduisent. »
« Haha, on pourrait dire ça ? »
Le directeur Neumann laissa échapper un rire bon enfant.
Ce n'était pas difficile à prévoir. Il y avait eu une attaque, Arendt avait trouvé cet objet par hasard… et le propriétaire de ces biens les avait achetés et était mort depuis un certain temps.
Le directeur Neumann n'était pas un homme obtus ; il avait vaguement deviné que c'était l'objectif des voleurs. En y réfléchissant, l'accident de calèche dans lequel le baron Porta était mort pouvait également être de leur fait.
Ce n'était pas une mauvaise chose pour Arendt non plus. Après tout, son but était d'obtenir ceci.
Arendt souleva à nouveau les gants.
« Je vais faire cela. Pour l'instant, je vais juste emporter ceci discrètement et je reviendrai plus tard pour le reste. Si leur subordonné se présente avec un coffre au trésor provenant de l'intérieur du coffre-fort, les chefs ne resteront pas les bras croisés. »
« Faites-le aussi vite que possible, je vous prie. Je ne veux pas être attaqué à nouveau. »
« Notre chef n'est pas un imbécile non plus, il renforcera la sécurité ici pour le moment. Ne vous inquiétez pas trop. »
Arendt haussa les épaules.
Avant toute chose, capturer tous ces individus vivants aujourd'hui était un gain énorme. S'il parvenait à convaincre doucement les prisonniers de parler, il pourrait peut-être obtenir des informations cruciales sur ses ennemis.
De plus, il avait fait la connaissance du directeur du dépôt Est et réussi à dérober l'une des armes qui deviendrait plus tard un véritable casse-tête pour les chevaliers.
« Mais ce n'est vrai que si tout se passe bien. »
Le regard d'Arendt devint froid un instant alors qu'il se dirigeait vers le hall avec le directeur Neumann.
Si sa prédiction était exacte, les choses ne se passeraient probablement pas aussi facilement.