Chapitre 73
Après un long moment, le prêtre Lumiel demanda lentement :
« … Que venez-vous de dire ? »
« Je vous ai dit que je mobiliserais les Chevaliers impériaux. Il serait difficile de récupérer le prêtre avec la seule puissance du temple. »
« Mais Votre Altesse… »
« Bien entendu, ce n'est pas un ordre officiel. Si le Grand Prêtre l'apprend, cela nous causera des ennuis à tous les deux. Cependant, agir dans l'ombre est tout à fait possible. »
Cantares ajouta avec un sourire enjoué :
« En échange, je vous saurais gré de trouver un terrain d'entente avec le Grand Prêtre. Si possible, d'une manière qui puisse servir les intérêts de la famille impériale. »
C'était une proposition terrifiante que de mobiliser les Chevaliers impériaux juste pour secourir un simple prêtre.
Le prêtre Lumiel fixa le Prince héritier, incrédule, doutant de ce qu'elle venait d'entendre. Pourtant, Cantares semblait sincère.
« Pourquoi faites-vous cela… »
« Je souhaite obtenir la coopération du temple. Si je peux gagner votre confiance en déplaçant mes chevaliers, c'est un prix dérisoire. »
Répondit Cantares avec calme.
Alors, le prêtre Lumiel, qui était restée silencieuse un instant, éclata de rire.
« Si le Grand Prêtre l'apprenait, il serait furieux. Qu'une telle conversation ait lieu pour un simple prêtre… »
« Je suis d'accord, mais cet effronté semblait penser un peu différemment. »
Cantares sourit, les coins de ses lèvres se relevant.
« Il est tout naturel que nous recherchions les disparus et que nous frappions ceux qui s'enrichissent par des moyens malhonnêtes. »
« Est-ce ce qu'a dit Lord Arendt ? »
« Oui, bien que ce ne soit pas aussi humanitaire qu'il y paraît. »
Grommela Cantares en relevant le menton.
« Il a même écrit une longue lettre qu'il m'a envoyée avec des informations détaillées sur le prêtre Declan, affirmant qu'en apparence, cela devait ressembler à un échange de bons procédés plutôt qu'à une transaction. »
Bam.
Les documents que tenait le Prince héritier furent posés sur la table.
« Si vous prenez ce que vous recevez, donnez ce que vous avez à donner, et considérez même cette offre comme un signe de "bonne foi", alors c'est cela, une transaction. »
C'était exactement la « forme » qu'Arendt décrivait comme essentielle : une relation de coopération et de soutien mutuel.
Bien qu'elle ait été imposée de force.
Le prêtre Lumiel sourit amèrement en comprenant le sens de ces mots.
« Je vous témoignerai d'abord de la bienveillance, vous voulez donc dire que je devrais vous rendre la pareille en tant qu'être humain. »
Peut-on qualifier de bienveillance un acte aussi brutal ?
Mais il était tout aussi vrai qu'il n'y avait pas d'autre façon de l'exprimer.
« Je ne peux lever la tête quand vous soulignez ainsi l'erreur de cette vieille femme. »
« Il n'y a probablement pas réfléchi autant. C'est un garçon qui vit au gré de ses humeurs. »
Bien que Cantares ait répondu ainsi, le prêtre Lumiel se contenta de sourire doucement.
« Je tenterai de persuader le Grand Prêtre. Il n'est pas du genre à rester silencieux après que la famille impériale lui a témoigné une telle bonté. »
« Bien sûr, si le prêtre est impliqué dans un crime, il devra en payer le prix. »
« Évidemment, Votre Altesse. J'y suis tout à fait préparée. Cependant… »
Le prêtre, qui était resté silencieux un moment, reprit lentement la parole.
« Declan était un enfant qui a dérivé jusqu'au temple sans famille ni proches. Bien qu'il ait parfois été pessimiste quant à sa situation, il a toujours essayé de vivre sa vie du mieux qu'il pouvait. »
« … »
« Le temple est sa famille et son protecteur. Votre Altesse, compte tenu de votre position, vous avez dû prendre une décision rationnelle, mais je ne suis qu'une humble personne. »
La voix calme du prêtre Lumiel emplissait le bureau silencieux.
« En tant que sa famille, il est de mon devoir de m'enquérir de son sort jusqu'au bout et, si possible, de le sauver du danger. Même si cela semble insensé, je ne veux pas abandonner. »
« Eh bien, je ne pense pas que le Grand Prêtre ni Sa Majesté l'Empereur seraient d'accord. »
Après avoir dit cela, Cantares croisa le regard du prêtre Lumiel et rit doucement.
« Du moins, je ne pense pas que ce soit stupide. »
Un léger sourire apparut sur les lèvres du prêtre Lumiel à la réponse du Prince héritier.
L'affaire était bien engagée, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'elle serait facile. Pour ceux qui devaient se rendre sur le terrain, c'était le véritable début des hostilités.
La mission était ardue :
Obtenir des résultats suffisants pour le temple tout en évitant que quiconque ne découvre l'intervention de la famille royale.
Cependant, puisque l'objectif était de sauver des personnes des mains de criminels, Laius était plus sérieux que jamais.
« Tout d'abord, nous devons nous concentrer sur la sécurisation du prêtre et des autres victimes. »
Outre le prêtre Declan, de nombreuses autres disparitions avaient été confirmées.
Comme ils n'avaient probablement pas été enlevés pour être tous exécutés, les chevaliers décidèrent de tout miser sur la possibilité qu'ils soient encore en vie quelque part.
Richt hocha la tête.
« Avant tout, il est crucial de découvrir où se trouvent les personnes enlevées… mais comme nous ignorons la situation interne, nous devrons agir avec prudence. »
« Certains policiers des environs ont peut-être été tués eux aussi. »
« Il sera difficile d'obtenir le soutien de la police. »
Lorsqu'Arthur intervint à ses côtés, Laius acquiesça.
Il était en effet difficile d'obtenir la coopération du 1er et du 2e corps des chevaliers, car la capitale ne pouvait être totalement dégarnie.
« Nos chevaliers sont-ils les seuls que nous puissions mobiliser ? »
En termes de puissance, cela suffisait.
Le 3e corps des Chevaliers comptait de nombreux membres recrutés uniquement sur la base de leurs compétences, indépendamment de leur rang, et ils étaient donc bien plus aguerris que les deux autres ordres. Il suffisait de regarder Arthur pour s'en convaincre.
Comme le disait l'adage, c'était « l'endroit où les meilleurs escrimeurs du pays étaient rassemblés ».
« Le problème, c'est que nous devons rester invisibles. »
Il ne pensait pas qu'il fût possible de tromper totalement le Grand Prêtre. Cependant, ils devaient être assez discrets pour que le Grand Prêtre puisse fermer les yeux et regarder ailleurs.
Même s'ils devaient rendre des comptes plus tard, ils devaient pouvoir trouver des excuses et prétendre qu'ils n'avaient jamais rien fait de tel.
Si cela arrivait, le Prince héritier s'occuperait du reste.
Arthur fronça légèrement les sourcils.
« Honnêtement, je me demande encore si c'est possible. »
« Ce n'est pas si difficile. Si l'on en croit ce que dit le Commandant, au lieu de faire semblant de mourir, nos supérieurs devraient porter des sacs de paille et se jeter dans le feu. »
Soudain, une voix directe interrompit la conversation.
Les regards des trois hommes se tournèrent instantanément vers Arendt.
« Comme notre ordre compte pas mal de membres, il vaudrait mieux en choisir quelques-uns et y aller. De toute façon, qu'il s'agisse de mercenaires ou non, ils seront facilement neutralisés. »
« C'est vrai. Mais… »
« Tant que nous avons une bonne excuse, peu importe que tout le 3e corps se déplace en même temps. Personne ne connaît les dessous de cette affaire de toute façon. »
Arendt coupa la parole à Arthur et jeta un coup d'œil à Laius.
Laius demanda, son regard attiré par lui :
« Quelle est cette excuse ? »
« Quel est le problème ? Il suffit de s'infiltrer, de trouver où se trouvent le prêtre et les autres disparus, de faire un peu de bruit, puis de ressortir. Ensuite, on les frappe une ou deux fois. »
« Ils accepteront ça ? »
Cette fois, Richt demanda avec curiosité.
« Alors le reste est simple. "Comment osez-vous toucher à nos enfants ?" et les chevaliers déferleront… »
« Hé, hé, hé ! C'est du chantage ! Tu dis qu'on devrait faire quelque chose que seuls les voyous et les mercenaires font ? »
« Qu'il s'agisse de mercenaires ou de chevaliers, ce ne sont que des groupes de gens doués pour le combat. Qu'y a-t-il de si noble là-dedans ? »
« Comment peux-tu comparer, petit insolent ! »
Arthur, qui commençait à jurer bruyamment, et Arendt, qui répondait avec indifférence en se bouchant les oreilles, se tenaient là, tandis que Richt et Laius se prenaient tranquillement la tête entre les mains.
Mais Arendt restait inflexible.
« Quoi qu'il en soit, c'est une manœuvre tout à fait valide. En fait, ce n'est pas si différent du devoir et de la loyauté que vous considérez comme si importants. »
« Comment ce type est-il devenu chevalier ? »
Lamenta Arthur, en tenant compte des sentiments des deux autres.
La raison pour laquelle il était plus contrarié était simple : il sentait que ce qu'Arendt disait était persuasif.
Arendt laissa les trois hommes déconcertés, croisa les bras et continua :
« Nous sommes sortis par hasard… une grosse bagarre a éclaté entre des émeutiers juste à côté. Dans ce cas, bien sûr que les chevaliers doivent intervenir, non ? Ils étaient à proximité. »
« … »
« Oh, mais pendant que nous secourions les victimes, nous avons découvert que le prêtre qui avait disparu précédemment se trouvait parmi elles. Le prêtre Lumiel était très inquiète, c'était donc une véritable bénédiction. »
L'apprenti chevalier ajouta d'un ton plat, en penchant légèrement la tête.
« On dit qu'on ne doit pas être vus, mais il n'est pas nécessaire de se cacher pour se déplacer. Tout ce dont nous avons besoin, c'est d'une excuse appropriée pour une raison appropriée. »
Pour être plus précis, c'était la raison pour laquelle un scénario propre devait être dirigé sans aucun élément superflu.
Arendt regarda les trois hommes qui le fixaient avec des expressions vides et enfonça le clou.
« S'il y a une meilleure façon de faire, je vous en prie, dites-le-moi. »
« … »
« … »
« … »
Il n'y avait plus rien à ajouter.
Arendt, qui avait laissé les trois hommes sans voix, compta sur ses doigts et organisa les choses.
« Nous sélectionnerons une équipe d'avant-garde pour se déplacer en premier au sein du 3e corps… nous informerons les autres supérieurs de l'opération, mais nous devrons leur dire de se taire au préalable. L'avant-garde ira localiser les victimes enlevées, provoquera une échauffourée au sein de l'organisation, puis s'échappera. Après cela, le gros des troupes des chevaliers arrivera pour régler la situation. »
L'apprenti chevalier jeta un coup d'œil au commandant.
« Eh bien, le choix vous appartient, Commandant. Ce n'est que mon avis. »
« Comment peux-tu dire ça après avoir tant parlé ? »
Laius fronça les sourcils. Richt et Arthur avaient également des expressions complexes, mais ils ne semblaient pas avoir l'intention d'ajouter quoi que ce soit.
À les voir, il semblait qu'il n'y avait aucune divergence d'opinion.
Ce soir-là, tous les chevaliers du 3e corps se rassemblèrent dans le hall du dortoir.
L'appel soudain provoqua un remous, mais il fut rapidement étouffé lorsque Laius apparut avec Richt, Arthur et Arendt.
Des regards nerveux se tournèrent vers Laius.
Le commandant, faisant face à ses subordonnés, prit la parole après s'être assuré que tous étaient attentifs.
« Un événement s'est produit qui nécessite que nous agissions de manière officieuse. »
Les yeux des chevaliers s'écarquillèrent alors qu'une voix distincte résonnait dans le dortoir.
Arendt, qui écoutait tranquillement, marmonna avec absurdité :
« Vous dites ça comme ça… ? »
« Ils ne savent probablement pas comment répondre. Tout le monde n'est pas comme toi. »
Rétorqua Arthur. Pendant ce temps, Laius commença à expliquer calmement le plan aux chevaliers.
Les visages des chevaliers, qui avaient écouté sérieusement au début, se transformèrent progressivement en embarras.
Pourtant, le commandant transmit obstinément ses intentions.
Bientôt, même le chef se tut et le dortoir fut enveloppé d'un froid silence.
Après un long moment, quelqu'un posa une question.
« Commandant… je n'ai aucune intention d'aller à l'encontre de vos volontés, mais ce plan vient-il du cerveau d'Arendt, non, de sa tête ? »
« Oui. »
Les visages des chevaliers devinrent encore plus sombres à cette réponse inébranlable.
Ils n'avaient aucune intention de s'y opposer, car c'était la volonté de Laius, mais cela ne signifiait pas qu'ils se sentaient à l'aise de participer à cette opération éhontée et… pour ainsi dire, peu chevaleresque, qu'Arendt avait manifestement imaginée.
Laius, qui fixait ses subordonnés avec un regard complexe, soupira profondément et résuma la situation en une phrase.
« Si vous avez une meilleure idée, dites-le-moi. J'écouterai. »
Après cela, tout le monde se tut.
Seuls Richt et Arthur se frottèrent le visage, confus, car ils avaient clairement compris le véritable sens de ces mots : si vous ne pouvez pas proposer une meilleure stratégie maintenant, contentez-vous de vous taire.