Chapitre 6
Dans la capitale, où l'agitation régnait en maître, les lumières s'éteignaient rarement, même au cœur de la nuit.
Parmi ces lieux qui tenaient les ténèbres en respect jusqu'aux heures les plus avancées, se trouvait le Coffre de l'Est, géré par la firme East Top.
Le Coffre de l'Est ne désemplissait ni de jour ni de nuit, au point que certains plaisantaient en disant qu'il renfermait tous les trésors de l'empire. Même lorsque le reste de la ville reposait, la lumière ne s'y éteignait jamais.
Durant la journée, les employés accueillaient aristocrates et fortunés avec des sourires affables. À la nuit tombée, le personnel de garde allumait les lanternes et déployait un dispositif de sécurité rigoureux pour protéger les précieux actifs des clients.
Sous la beauté des astres et de la lune, avec son coffre fort situé en plein centre-ville, l'établissement était devenu, presque du jour au lendemain, le symbole même de la richesse impériale.
Le sol en marbre du hall, préparé pour recevoir les visiteurs, était aussi lisse que de la glace, et l'épais tapis qui le recouvrait était, quoi qu'on en dise, d'une qualité exceptionnelle.
Les murs étaient ornés de toiles peintes avec minutie par l'artiste le plus onéreux de l'empire, et les lustres étincelants suspendus au plafond étaient incrustés de joyaux.
Les employés postés au comptoir d'accueil portaient des uniformes impeccables, affichant clairement leur appartenance au Coffre de l'Est, bien que peu de clients se présentassent à cette heure tardive.
Il n'y avait pas la moindre faille dans leur posture, rigide et disciplinée.
Comme toujours, tout était parfait. Rien ne pouvait ternir la réputation du Coffre de l'Est.
Cette nuit-là était calme.
C'était l'heure où toutes les boutiques alentour avaient clos leurs portes. L'intérieur du coffre était silencieux ; on n'aurait pas entendu le moindre bruit de souris.
C'est alors.
Poum, poum.
Un bruit sourd venant de l'extérieur rompit le silence.
« … Hein ? Vous entendez ça ? »
« Ce n'est pas juste le vent ? »
Lorsqu'un employé réagit avec nervosité, son collègue à côté lui répondit sèchement.
Sur ce, la conversation s'arrêta et le silence retomba.
Combien de minutes s'écoulèrent ainsi ?
Poum, poum.
Le bruit de quelque chose tombant au sol se fit entendre à nouveau.
Dehors, par la fenêtre, l'obscurité était totale et rien n'était visible.
L'un des employés demanda à nouveau, d'une voix anxieuse :
« C'est vraiment le vent, selon vous ? »
« Probablement. »
Cette fois, les autres employés semblaient tout aussi incertains et balayèrent la question d'un geste vague.
Les regards des employés et des mercenaires se tournèrent naturellement vers la porte.
Il régnait une étrange quiétude en cette fin de nuit. Un silence qui ne pouvait qu'aiguiser les sens, aussi émoussés fussent-ils.
C'est alors.
Kwaaaaang !
La porte vola en éclats dans un fracas assourdissant.
« Q-quoi ? ! »
« Ne faites pas de bruit. Si vous voulez vivre, taisez-vous. Si vous criez, je vous tue. »
Une voix lugubre sembla surgir de nulle part. Au même instant, un groupe d'intrus, invisibles jusqu'alors, apparut soudainement.
« Q-quoi ! »
Les mercenaires saisirent leurs épées par réflexe, mais il était déjà trop tard. Les lames ennemies se trouvaient déjà contre leur gorge.
« Un parchemin d'invisibilité ! »
Ils comprirent la situation en un éclair.
Quelqu'un laissa échapper un gémissement.
Ce n'était pas un objet que de simples brigands pouvaient obtenir facilement. C'était un parchemin capable de dissimuler tout ce groupe.
Cela signifiait qu'ils appartenaient à une catégorie bien supérieure aux voleurs ordinaires.
Les visages de ceux qui comprirent la situation se figèrent.
L'intérieur fut rapidement submergé par les intrus.
Celui qui semblait être le chef donna l'ordre :
« Ouvrez le coffre et sortez tous les trésors. Si vous faites une bêtise, je ne vous laisserai pas la vie sauve. »
Les visages des employés devinrent livides.
Tous les mercenaires étaient neutralisés. Il était évident que s'ils faisaient un seul pas, leur gorge serait transpercée par l'épée de l'ennemi.
« Lâchez vos armes. »
Serrant les dents, les mercenaires abandonnèrent leurs épées.
Toutes les armes tombèrent au sol dans un cliquetis métallique, et les intrus les ramassèrent prestement. Ensuite, ils firent aligner les mercenaires et les employés contre un mur, les mains en l'air.
Une fois la situation sous contrôle, les employés tournèrent tous leur attention vers une seule personne. Le chef des employés comprit aisément qu'il s'agissait du membre le plus gradé présent.
« Te voilà. »
« … »
Le visage du jeune employé se durcit.
Après un instant d'hésitation, il fit un long pas en avant.
« Je suis le responsable. »
« Bien, tu as l'air compétent. Guide-moi jusqu'au coffre. Si tu ne résistes pas, leurs vies seront épargnées. »
« … Si cela signifie libérer les autres, alors soit. »
Déclara l'employé, son chapeau rabattu sur les yeux.
Le chef éclata d'un rire sinistre derrière le masque qui couvrait son visage.
« Tu crois vraiment que les négociations fonctionnent en ce moment ? »
« … »
L'employé scruta à nouveau la situation. Les autres employés étaient au bord des larmes. Il semblait impossible pour les mercenaires, tenus en respect, de contre-attaquer.
L'employé finit par pousser un soupir discret.
« Suivez-moi. »
Lorsque le chef fit un signe de tête, ses subordonnés s'avancèrent. Cinq hommes masqués encerclèrent immédiatement l'employé.
Le chef ordonna à nouveau :
« Sortez tout ce qui se trouve à l'intérieur. »
« … »
L'employé hocha la tête avec une expression sévère, se tourna et s'avança à l'intérieur.
Le chef laissa échapper un bref claquement de langue.
« C'est trop facile. »
« Il ne faut tout de même pas baisser sa garde. »
« Je sais. »
C'était la pierre angulaire pour accomplir une grande cause. Rien n'était joué tant que ce n'était pas terminé, il était donc hors de question de prendre les choses à la légère et de tout gâcher à la fin.
Il balaya les otages terrifiés d'un regard indifférent.
« Ne soyez pas trop contrariés ; je vais utiliser ces richesses pour bâtir un monde meilleur. Il serait insensé de laisser l'or et l'argent remplir les coffres de nobles corrompus. »
De plus…
Il raffermit sa prise sur son épée.
« Cet objet est ici aussi. »
S'ils mettaient la main dessus, rien ne pourrait les arrêter.
À cet instant, quelqu'un cria depuis l'intérieur :
« Est-ce que vous pouvez envoyer quelques personnes de plus par ici ? Je manque de bras ! »
« Quoi ? »
Le chef fronça les sourcils.
Mais, pour un court instant, il fit un clin d'œil aux hommes restants. Quelques individus, prompts à réagir, s'engouffrèrent à l'intérieur.
C'était une tâche fastidieuse, mais il semblait judicieux d'envoyer du renfort. Le nombre de mercenaires était plus élevé que prévu, et leur niveau d'équipement était également assez impressionnant.
« Si nous n'avions pas imposé notre supériorité numérique, nous n'aurions pas pu les soumettre aussi facilement. »
À ce moment-là.
Coooooo !
Le bruit venant de l'intérieur attira son attention.
Il cria, le visage crispé : « Que se passe-t-il ! »
« J'ai besoin que vous veniez ici un instant ! Il y a un problème ! Il nous faut plus de monde ! »
La réponse fusa immédiatement de l'intérieur. C'était la même voix que celle qui avait demandé du renfort plus tôt.
Le chef ricana, agacé.
« Idiot. Tu es en train de me dire que tu ne sais même pas déplacer des objets correctement ? »
« D-désolé ! »
La voix urgente se fit entendre à nouveau. Il semblait clair que quelque chose ne tournait pas rond.
Il n'eut d'autre choix que de faire signe aux autres. Quelques hommes s'avancèrent.
« Vous autres, surveillez-les d'ici. »
« Oui ! »
La réponse fut tonitruante.
Inconsciemment, il compta le nombre de subordonnés gardant le hall.
Environ la moitié de ceux qui étaient entrés initialement restait là. Le nombre correspondait à peu près à celui des mercenaires alignés contre le mur.
Il hocha la tête et s'avança à l'intérieur du coffre, là où ses pathétiques subordonnés l'attendaient.
Il n'y avait aucune raison de s'inquiéter. Après tout, il s'agissait de gens que des mercenaires de haut niveau ne pourraient jamais gérer. De plus, tous ces mercenaires avaient été désarmés.
Son calcul n'était pas erroné.
Mais il y avait une chose qu'il n'avait pas prévue.
Et si ceux qui étaient actuellement menacés par la pointe d'une épée n'étaient pas de « simples mercenaires » ?
Un groupe d'hommes, dont le capitaine, pénétra dans le hall. Dès qu'ils furent totalement hors de vue, les mercenaires qui avaient baissé la tête esquissèrent un sourire.
« Hein ? »
Ils furent distraits un instant, mais réalisèrent le malaise une seconde trop tard. Lorsqu'ils se tournèrent vers les otages, des poings fermés s'abattaient déjà sur les visages masqués.
« Qu'est-ce que c'est que ça… »
Ses jambes, qui s'étaient déplacées avec assurance, devinrent soudain rigides.
Dès qu'ils entrèrent dans le coffre, ils virent leurs collègues étendus sur le sol.
Il semblait qu'ils avaient été terrassés d'un seul coup, éparpillés dans tout le couloir sans même avoir eu le temps de gémir.
Le regard du chef se porta naturellement vers le fond. Un jeune homme aux cheveux argentés, vêtu en employé, lui fit un signe de la main avec douceur.
« Hé, patron. Tu arrives trop tard. »
Le chapeau qu'il portait un instant plus tôt pendait maintenant à sa main.
Le chef émit un son inarticulé sans même s'en rendre compte.
« Quoi… ? »
« Tu es venu en courant juste parce que je t'ai appelé, alors je ne sais pas quoi te dire. »
De chaque côté du jeune homme, des chevaliers portant l'uniforme de la garde impériale apparurent, leurs lames brillant d'un éclat féroce. Ils étaient si nombreux qu'ils remplissaient le couloir menant au coffre.
Ce n'est qu'alors que le chef, stupéfait, comprit la situation.
Un grincement de dents se fit entendre entre ses lèvres.
« Ce bâtard… ! »
La voix de l'employé qui avait guidé les subordonnés à l'intérieur, puis celle du subordonné qui l'avait guidé jusqu'ici.
C'était la même personne.
À cet instant, des cris commencèrent à éclater à l'extérieur.
Boum, boum !
Le bruit de quelqu'un se faisant rouer de coups servait de fond sonore.
Le visage du chef, totalement déformé, devint livide.
« Argh ! Ces types ne sont pas des mercenaires ! »
« Bon sang, c'est un piège ! »
Les cris des subordonnés résonnaient au-dehors.
Laius, qui se tenait à côté d'Arendt, cria d'une voix perçante :
« Neutralisez l'ennemi ! »
Ce fut le signal : tous les chevaliers dégainèrent leurs épées et chargèrent les hommes masqués.
Les intrus, qui reprenaient soudainement leurs esprits, ripostèrent.
Le calme du chef vola en éclats.
« Les chiens de l'empereur jouent les sales coups ! Tuez-les tous ! »
« Mourez ! »
Une mêlée éclata en un instant. Arendt observait la scène avec nonchalance, les bras croisés, aux côtés de Laius.
« C'est aussi simple que ça. »
« … »
Le regard de Laius se tourna vers Arendt.
Les ennemis étaient progressivement maîtrisés.
C'était naturel. Les chevaliers avaient un avantage écrasant, tant par leur nombre que par leurs compétences individuelles.
Les ennemis étaient nombreux et plutôt robustes, mais ils ne faisaient pas le poids face à un tel nombre de chevaliers.
Arendt, qui observait les deux forces en présence avec attention, leva la tête. Il remarqua que Laius le fixait.
« Pourquoi me regardes-tu ? »
« … Si les choses continuent ainsi, nous pourrons les soumettre sans aucune blessure. »
« Je suppose. »
Répondit Arendt d'un ton désinvolte.
C'était une bonne chose. Bien sûr, c'est un peu… Il y avait tout de même un léger problème.
« Même s'il était nécessaire de ne pas éveiller leurs soupçons, il était dangereux d'impliquer des civils. »
« Qu'en penses-tu ? Il ne s'agit pas de mourir, mais de protéger leurs biens. De plus, ce sont des gens qui n'auraient pas survécu si le coffre avait été pillé de toute façon. »
« … »
« Et si tu ne peux même pas protéger quelques civils qui ont coopéré, cela ne signifie-t-il pas que tu serais indigne de ton titre de chevalier ? Nos supérieurs sauront bien comprendre cela. »
Laius grogna face à l'ajout éhonté d'Arendt.
Il se souvint de ce que leur chef avait crié plus tôt.
« Les chiens de l'empereur jouent les sales coups »… avait-il dit ?
Les actions des chevaliers n'étaient peut-être pas aussi viles que celles des brigands armés, mais Laius ne pouvait nier qu'elles manquaient de noblesse.
C'était une stratégie qui tirait parti du fait que l'intérieur du coffre était plus vaste que le hall.
C'était simple à expliquer.
Ils avaient utilisé tout le coffre comme un piège pour éliminer tous les ennemis.
Tous les mercenaires avaient été remplacés par des chevaliers, mais le personnel était authentique, à l'exception d'Arendt.
La raison était simple.
« Il est facile d'imiter un mercenaire, mais si nos supérieurs prétendent être des employés, ils se feront certainement démasquer. Si tu es convaincu de pouvoir jouer la peur et trembler devant des voleurs… Eh bien, je ne t'en empêcherai pas. »
Comme il n'avait pas tort, ils n'avaient eu d'autre choix que d'accepter.
Une fois que les ennemis furent entrés dans le coffre sans le moindre soupçon, l'opération put commencer.
Le visage de Laius se durcit légèrement en se rappelant ce qu'Arendt avait dit devant les chevaliers.
« Pour le dire autrement. »
On pouvait dire qu'Arendt était celui qui avait réussi, avec une facilité déconcertante, à séparer le grand nombre d'ennemis entre le hall et le coffre.
« Quel tour de force ridicule ce type a accompli. »
Laius se remémora ce qu'Arendt avait dit lors de la réunion de stratégie.
« Il est difficile de distinguer qui est qui au premier coup d'œil lorsqu'ils paniquent. Nous pouvons probablement les duper sans trop de problèmes. »
Même ainsi, était-ce vraiment possible ?
Arendt, qui avait prétendu être un employé portant un chapeau, puis avait conduit les ennemis vers lui avec des cris réalistes, semblait posséder plusieurs visages qu'il changeait à sa guise.
L'intérieur du coffre était dans un état lamentable.
Les chevaliers, qui feignaient d'être des mercenaires et avaient jeté leurs épées au sol, rouaient leurs ennemis de coups à mains nues.
Dans le chaos, l'intérieur autrefois étincelant du coffre était devenu un champ de ruines.
Une statue était tombée et s'était brisée, et le tapis avait été piétiné.
Paf !
Le corps de l'homme masqué, projeté par un chevalier contre le mur, fut empalé par l'un des ornements en verre soufflé.
Comme le Coffre de l'Est n'utilisait que les meilleurs produits, les dégâts ne se compteraient pas en quelques pièces.
« À l'origine, c'était une question qui nécessitait au moins une compensation de notre part. »
Car les dommages avaient été causés durant l'opération de répression.
Le regard que Laius posa sur Arendt était empreint d'inquiétude.
Son profil, observant ses supérieurs maîtriser les voleurs, était impassible, ne laissant transparaître aucune de ses pensées.
« Quel serpent, ce type. »
Laius tourna la tête pour regarder à nouveau à l'intérieur du coffre.
Kendrick et Diana, qui étaient venus observer la situation depuis un endroit épargné par les conséquences de la bataille, les regardaient avec perplexité.
De plus, il y avait une personne de plus.
Un homme d'âge mûr, à l'apparence distinguée, se cachait derrière les deux autres.
Il passa la tête au-dessus des épaules de Kendrick et Diana et fixa Arendt avec un visage rempli d'admiration, comme si Arendt était une sorte de héros.
C'était le directeur du Coffre de l'Est.