Chapitre 455
« Oh, vous voilà de retour. »
Une voix familière attira soudain leur attention. Jereon, qui venait de pénétrer dans le terrain d’entraînement privé du Prince héritier, parut légèrement surpris.
Laius fut le premier à le saluer.
« Nous sommes de retour, Monsieur. »
« Merci pour votre dur labeur cette fois-ci, Commandant. J’ai appris que vous aviez obtenu d’excellents résultats. »
Jereon, qui s’était incliné devant le commandant, eut un sourire amer en apercevant Arendt parmi les chevaliers.
« Comme tous les autres, vous êtes, Sir Arendt, aussi dépenaillé que jamais. »
« Cela fait un bail, l’aide de camp. »
Arendt lui adressa un signe de tête.
« Je pensais que vous ne daigneriez même pas me reconnaître, mais vous vous montrez bien aimable. »
« Hahaha… Les plaisanteries de Sir Arendt ne semblent jamais vieillir, peu importe le temps qui passe. »
Jereon répondit avec calme.
« Son Altesse le Prince héritier décidera de votre culpabilité ou non. Je ne fais que servir Son Altesse en tant qu’aide de camp. Ce n’est pas une affaire où les sentiments personnels peuvent interférer. »
« On dirait que vous essayez de dire que vous en êtes très désolé en privé. »
« Grâce à Sir Arendt, je n’ai pas fermé l’œil depuis des jours. C’est tout à fait regrettable. »
Jereon répondit avec nonchalance et changea de sujet.
« Vous avez tous travaillé dur. Vous devez être épuisés, alors Son Altesse a ordonné que vous retourniez au dortoir pour vous reposer aujourd’hui. Commandant Laius, vous êtes également concerné. J’ai préparé une chambre d’invité séparée pour le Prince Llewellyn. »
« … »
Le visage de Laius se durcit légèrement. Les autres chevaliers déglutirent brièvement.
Un instant plus tard, les mots attendus sortirent de la bouche de l’aide de camp.
« Sir Arendt, veuillez m’accompagner un instant. Son Altesse a dit qu’il souhaitait entendre un rapport détaillé de votre part. »
« Je vais l’accompagner. »
« Non. »
Laius ouvrit la bouche, mais Jereon répondit fermement.
« Son Altesse a ordonné que seul Sir Arendt soit amené. »
Un silence glacial plana sur le terrain d’entraînement. Salem, qui observait la situation, regarda Arendt avec appréhension. Mais Arendt se contenta de hausser les épaules, comme à son habitude.
« Allons-y. »
« Très bien. J’ai également préparé quelques rafraîchissements que Sir Arendt apprécie. »
Jereon sourit et hocha la tête. Il y avait une pointe de froideur dans sa voix affectueuse.
Alors qu’il quittait le terrain d’entraînement et suivait Jereon, il sentit les regards des gens se poser sur lui de toutes parts.
Naturellement, l’atmosphère n’était pas particulièrement amicale. Si Jereon n’avait pas été là, il semblait que n’importe qui se serait jeté sur lui.
Cette situation où tout le monde se méfiait de lui ne lui était pas si étrangère.
Car Arendt von Eckhart jouait à l’origine le rôle de traître.
Alors qu’il songeait à cela, l’aide de camp qui marchait devant lui lui posa soudain une question.
« Vous sentez-vous mieux ? »
« Ça va. Lord Lexion a réussi à réparer les parties brisées et perforées. Je ne peux pas dire que je sois complètement rétabli, cependant. »
« Oui, c’est ce qu’il semble. »
Jereon ralentit un peu le pas pour Arendt, qui boitait légèrement.
« Puis-je vous demander ce qu’il s’est passé ? »
« Je suis sûr que Sir Arendt sait que Son Excellence Lumiel a formé une force distincte. »
« On dirait que c’est elle qui a découvert le pot aux roses en premier. »
Arendt répondit tranquillement.
« Eh bien, les troupes impériales devaient être trop occupées à se battre. »
« À vous entendre parler si calmement, on dirait que ce n’était pas une fausse accusation. »
« N’en êtes-vous pas déjà convaincu ? »
Arendt haussa les épaules alors que Jereon lui jetait un coup d’œil.
« Il a dû déjà procéder à une vérification approfondie. Je ne crois pas que Son Altesse soit si incompétente qu’elle n’ait pu déceler la ruse d’un simple apprenti chevalier. »
« Eh bien… Il semble que Son Altesse soit déjà très contrariée. »
Pendant qu’ils échangeaient ces mots, les deux hommes s’arrêtèrent devant le bureau de Cantares.
Jereon frappa rapidement deux fois et ouvrit la porte.
« Vous n’entrez pas, Monsieur ? »
« Comme je l’ai dit plus tôt, Son Altesse souhaite s’entretenir avec Sir Arendt seul. »
Jereon sourit et se retira.
« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez-moi. Je resterai à proximité. »
« … »
Il semblait que Cantares avait pris la bonne décision. Arendt ne posa pas d’autres questions et entra seul dans le bureau, comme il lui avait été ordonné.
Toc.
La porte se referma derrière lui, et un silence pesant s’installa dans la pièce.
Cantares, qui l’aurait normalement accueilli, se contenta de se renverser dans son fauteuil et de le fixer sans un mot.
« Êtes-vous fatigué ? »
D’une remarque brève et directe, Arendt boita jusqu’à lui.
Cantares observa de haut en bas l’apprenti chevalier debout devant le bureau.
« Vous avez encore l’air d’un champ de bataille. »
« Eh bien, je suis toujours aussi beau. »
Arendt haussa les épaules. Cantares parut légèrement agacé par les absurdités qu’il débitait.
Mais ce ne fut que pour un instant.
« …Très bien, allons droit au but. »
Cantares laissa échapper un soupir et changea de sujet. C’était le signe qu’il ne voulait pas faire traîner la conversation. Cantares, les yeux légèrement écarquillés, fixa Arendt droit dans les yeux.
« Vous. Qu’est-ce que vous mijotez, à la fin ? »
Dans les yeux bleus braqués sur lui, Arendt pouvait lire des émotions inhabituelles.
Méfiance, prudence et anxiété.
Grâce à cela, il se sentit plus à l’aise.
« D’abord, veuillez me raconter l’histoire dans les grandes lignes. Comment tout cela s’est-il déroulé ? »
« Eh bien. »
Poc.
Cantares jeta une liasse de papiers sur le bureau. C’était un rapport d’une équipe d’enquête dépêchée par le temple.
Arendt le ramassa sans dire un mot et commença à le lire.
Alors qu’il feuilletait quelques pages résumant les détails généraux de l’enquête, il trouva les points clés qui y étaient inscrits.
Cantares continua de parler froidement.
« Le Dieu Luce a permis au culte hérétique de se rebeller à nouveau afin de renforcer la foi dirigée vers Lui-même. »
« … »
« En conséquence, le Dieu maléfique Chernion, qui avait déjà été détruit lors de la Grande Guerre, a commencé à envahir cette terre une fois de plus, et le Dieu Luce a réussi à consolider fermement sa foi, exactement comme il l’avait prévu… »
Arendt regarda droit le Prince héritier, l’incitant à poursuivre.
« En substance, cela signifie que les deux dieux ont conspiré pour semer le chaos sur cette terre. Le Dieu Chernion a pu accroître sa puissance une fois de plus, tandis que le Dieu Luce a pu instaurer une tension sur le territoire et assumer le rôle du bien absolu. »
« Et ? »
« Mais à un moment donné, la puissance du Dieu Chernion a commencé à dépasser ce que le Dieu Luce pouvait gérer. Bientôt, leur croissance est devenue incontrôlable, et il a tardivement émis l’Épée sacrée pour arrêter le Culte maléfique. »
En d’autres termes, la guerre actuelle découlait d’une pièce de théâtre dirigée par les deux dieux… et au bout du compte, la cause de cette guerre était le désir et l’inaction du Dieu Luce.
« La vérité sera bientôt révélée, alors soyez patients. Il y avait même une signature à la fin, impliquant qu’il était l’expéditeur. »
« … »
La plupart des lettres avaient été livrées dans des auberges bondées, des halls, etc., dans des villes assez éloignées du palais impérial.
À l’origine, c’était un lieu où toutes sortes de marchandises et de lettres circulaient.
Pour cette raison, la personne qui recevait la lettre brisait le sceau et vérifiait le contenu sans même prendre la peine de vérifier l’expéditeur.
« De plus, la lettre contenait des preuves pour appuyer cette opinion. »
C’était expliqué de manière si détaillée que même les ignorants pouvaient le comprendre s’ils savaient lire.
Il allait sans dire que la plupart des preuves en première ligne étaient celles qu’Arendt avait étudiées avec le Prince Llewellyn.
« J’ai retracé les expéditeurs originaux, mais ce n’étaient que des voyous que vous connaissiez. Ils ont tous témoigné à l’unanimité qu’ils avaient remis cela à l’informateur en votre nom. Ils n’ont aucune idée de ce que contenait le message. »
« C’est vrai. Ils n’ont sûrement pas été condamnés à mort. Ce sont tous des vauriens, alors ce serait peut-être une bonne idée de les garder en prison pour le moment. »
Arendt répondit calmement. Cantares laissa échapper un rire amer devant son audace.
« Ha, le Commandant Laius est un véritable héros, et il court même des rumeurs selon lesquelles le temple et la famille impériale l’utilisent. »
« C’est regrettable. Mais je ne suis pas vraiment désolé. Ce n’est pas tout à fait faux. »
La froideur dans les yeux de Cantares s’intensifia encore davantage à cette voix calme.
« Quel est exactement votre but ? Voulez-vous déclencher une véritable rébellion, menée par le vrai héros Laius de Winfried ? »
« Ai-je l’air si ambitieux ? Me demandez-vous cela parce que vous ne comprenez vraiment pas pourquoi j’agis ainsi ? »
Arendt pencha la tête.
« Je suis le Prince héritier de ce pays. Sa Majesté l’Empereur est également vivant et en bonne santé. »
Cantares, qui était resté silencieux un instant, recommença lentement à parler.
« L’Empire de Caerleon a été fondé au nom de la sainteté. Sous la protection du Seigneur Luce, du Premier Empereur et du héros Khan, nous avons grandi pour nous appeler fièrement un Empire s’étendant sur tout le continent. »
« C’est exact. C’est pourquoi nous pouvons interférer dans ce pays et dans cet autre tout en agissant comme le chien de garde de Luce. »
Arendt, les mains dans les poches, répondit tranquillement.
« Pouvez-vous vraiment dire que la lettre est un mensonge du début à la fin ? J’ai déjà montré les preuves à Votre Altesse, et je vous l’ai dit d’innombrables fois. »
« Que nous agissions comme un chien fidèle à son maître ou non, c’est à moi d’en décider. À tout le moins, cela n’aurait pas dû arriver à mes oreilles de cette manière. »
Cette remarque sembla irriter Cantares encore davantage.
« Il existe une opinion largement répandue selon laquelle vous devriez être renvoyé et convoqué pour un procès et une punition. Des ordres ont également été donnés pour que le Chef Henry et le Vice-chef Arcus se présentent, mais jusqu’à présent, ils n’ont pas montré le bout de leur nez. »
La rumeur s’était déjà largement répandue parmi les nobles.
Puisque le temple avait obtenu l’information en premier, Cantares n’avait aucun moyen de la contrer.
« Combien de temps suis-je censé tolérer que vous grimpiez ainsi les échelons ? »
La colère commença à poindre dans la voix du Prince héritier.
« Vous, un homme aux multiples talents, savez sûrement que la division en temps de guerre équivaut à la mort. J’ai le devoir de protéger l’Empire à tout prix. »
Arendt ne répondit pas et se contenta de le fixer.
« Même si cela signifie servir le Dieu Luce, que vous détestez tant, comme votre maître. »
Cantares le savait déjà vaguement.
Pourquoi le héros Khan insistait pour séparer le temple et la cour impériale. Et les preuves qu’Arendt avait rassemblées seul et présentées devant lui.
Le Dieu Luce n’était jamais simplement un être miséricordieux et juste.
Mais il s’en moquait.
« C’est ça, la survie. Êtes-vous prêt à mettre tout le monde en danger à cause de votre imprudence ? »
Il était déjà trop tard pour agir.
Alors que la guerre chaotique se poursuivait jour après jour, le sentiment public était ébranlé jusqu’au cœur.
Alors que le soutien à Laius grandissait de jour en jour, les gens tournaient également le dos au Dieu Luce.
Ils ne pouvaient pas les réprimer violemment. Utiliser la force dans une telle situation ne ferait que se retourner contre eux.
En fin de compte, tout ce que Cantares pouvait faire était de prouver que c’était faux et de punir la personne qui avait répandu la rumeur.
« … »
Et le coupable se tenait devant ses yeux, le corps complètement blessé après avoir combattu le Culte de Chernion.
Lors de cet envoi, il avait même accompli l’exploit de tuer Jiklin, un membre éminent du Culte maléfique.
C’était précisément pour cela que Cantares se sentait encore plus frustré.
BANG !
Serrant le poing, Cantares le frappa sur le bureau.
« Dites quelque chose ! Que voulez-vous que je fasse maintenant ? »
Même devant le Prince héritier qui criait avec férocité, Arendt restait calme.
« Je réfléchissais juste un instant. »
« Réfléchir ? Pensez-vous que je plaisante en ce moment ? »
Le visage de Cantares se crispa. Mais ce qu’Arendt répondit fut une réponse inattendue.
« Dois-je agir comme je le fais toujours, ou dois-je être honnête avec vous… Je n’ai pas encore décidé. »
« … »
Oubliant sa colère un instant, Cantares écarquilla légèrement les yeux.
Arendt baissa le regard comme s’il était plongé dans ses pensées.
« Souhaitez-vous choisir, Votre Altesse ? »
Ce n’était pas un jeu auquel il se livrait.
D’une certaine manière, il pouvait le sentir intuitivement.
En observant cette scène, sa tête, qui avait été brûlante, sembla se refroidir.
Ses poings serrés sur le bureau se desserrèrent.
« …Soyez honnête, alors. »
Cantares fredonna brièvement. C’était un mot qui ne convenait vraiment pas à Arendt.
Alors que le regard de l’apprenti chevalier se tournait vers lui, Cantares parla froidement.
« Allez-y, dites-moi. Je suis curieux de voir à quel point vous serez sincère. »
Arendt ne semblait pas prêt à révéler ses vrais sentiments si facilement. S’il dissimulait délibérément son expression, il serait difficile de le remarquer.
« Au moins cette fois-ci, il ne doit pas y avoir un seul mensonge, avant que je ne sois encore plus déçu. »
Mais Cantares lui permit de parler.
En récompense de ses accomplissements jusqu’ici, il donnait à l’impudent apprenti chevalier une dernière chance de s’expliquer.