Chapitre 367
« Puis-je demander un congé ? »
Arendt, après avoir reçu ses instructions — ou plus précisément, Arthur sous l’apparence d’Arendt — posa la question avec calme. Laius le regarda avec compassion et répondit :
« Malheureusement, je ne pense pas que ce soit possible. »
« … »
Arthur se tut à nouveau, les lèvres pincées.
Il avait presque envie de démissionner.
Mais, en voyant le commandant devant lui, qui semblait souffrir le martyre, il ne put se résoudre à prononcer ces mots.
Car le coupable de tout cela n’était autre que ce maudit subalterne.
À la place, Arthur décida de solliciter l’aide de son compatissant supérieur.
« Commandant, Son Altesse est-elle vraiment sérieuse ? Vraiment ? Dois-je vraiment sortir sous cette apparence ? »
« … »
« Il est difficile de rester cloîtré au dortoir. Les anciens me regardent comme s’ils avaient vu quelque chose qu’ils n’auraient pas dû… »
« Je crois en connaître la raison. »
Laius, qui avait répondu honnêtement sans réfléchir, regretta aussitôt ses paroles et ferma la bouche.
Mais Arthur affichait déjà une expression profondément blessée.
« Même vous, Commandant ? »
« … »
Hélas, cela ne fit qu’empirer les choses.
Comme c’était le visage d’Arendt qui exprimait cette tristesse, ceux qui le croisaient ne ressentaient qu’un rejet viscéral.
Finalement, même Laius finit par prendre du recul.
« Oh, je vous demande pardon. »
« … »
Arthur arborait un air absent, presque désespéré. Laius se sentit lui aussi quelque peu décontenancé.
Il n’aurait jamais imaginé pouvoir observer une telle palette d’expressions sur le visage d’Arendt.
Il comprenait désormais parfaitement pourquoi les autres chevaliers l’évitaient.
Arthur lui-même avait confié avoir recouvert tous les miroirs de sa chambre.
« Le premier ordre de Son Altesse était que vous déambuliez sous les traits d’Arendt pour provoquer un léger tumulte. »
Laius changea discrètement de sujet.
« Il semble qu’Arendt ait commis un crime grave dans le Royaume de Lucain. Il a précisé que cela devait être étouffé. »
« Haaah… donc, vous voulez dire que nous devons faire savoir au monde extérieur que ce bâtard d’Arendt se trouve au Palais impérial ? »
Arthur n’eut d’autre choix que de soupirer profondément et de se joindre à la conversation. Laius hocha la tête.
« Oui. Dès votre retour, nous partirons pour le Royaume de Lucain. Cela vous convient-il ? »
« Que dites-vous là ? »
Arthur croisa le regard de Laius avec mécontentement. Laius semblait toujours avoir du mal à s’adapter, mais il continua d’un ton calme.
« Ce n’est pas une tâche aisée. Le plus important est que personne ne se doute que vous n’êtes pas Arendt. Si vous éveillez le moindre soupçon, vous pourriez être en danger. »
En d’autres termes, il lui demandait s’il était capable d’agir naturellement comme Arendt. Arthur gémit et se gratta la tête.
« Honnêtement, je n’en suis pas sûr. Seul Arendt est capable d’un tel exploit. »
« Je le pense aussi… »
Laius, après un silence, ajouta avec prudence :
« Il a dit que vous vous plaindriez probablement, mais que vous vous en sortiriez très bien. »
« … »
Arthur se figea. Ce ne fut qu’un instant avant que ses yeux dorés, qui n’étaient pas les siens, ne se remplissent de confusion.
Et après un moment.
« Haaaaaah… »
Arthur laissa retomber ses épaules et poussa un long soupir. Puis, il se gratta nerveusement la frange en grommelant :
« Quel sacré connard. Qu’attend-il de moi, au juste ? »
« En êtes-vous capable ? »
Laius reposa la question. Arthur, après un moment d’hésitation et de conflit intérieur, finit par hocher lentement la tête, l’air résigné.
« Je le ferai. Je ne crois pas avoir d’autre choix. »
« Je vois. »
Laius sourit légèrement et tapota l’épaule d’Arthur.
« J’enverrai Richt et Glenn. Vous devriez y aller ensemble. Dès votre retour, nous préparerons la sortie. »
« Oui, je comprends. Je reviendrai aussi vite que possible. »
Arthur hocha la tête, le visage déterminé après avoir reçu les encouragements du commandant.
Le décalage avec le visage d’Arendt restait troublant, mais malgré cela, Laius ne put s’empêcher d’éprouver une certaine satisfaction.
C’était comme si Arendt, qui avait toujours semblé être un étranger, s’était enfin intégré aux autres.
Mais ce sentiment de fierté ne dura pas longtemps.
Exactement une heure plus tard.
Laius regretta amèrement de ne pas avoir conseillé à Arthur de rester tranquille.
Llewellyn revint peu après la fin de ses communications avec Cantares.
Dès qu’il entra dans sa chambre, il jeta un regard dégoûté à Arendt.
Arendt, entouré de livres en tout genre dont il ignorait la provenance, grignotait une collation dont il ne savait pas qui était le donateur.
« Qu’est-ce que tout cela ? »
« Le guérisseur m’a offert des friandises. Je reviens tout juste de présenter mes excuses. »
Le visage de Llewellyn devint encore plus pâle.
« Des excuses ? »
« C’était juste pour vérifier s’il avait remarqué autre chose. Il aurait pu entendre notre conversation. »
D’une certaine manière, l’image semblait vivante sous ses yeux.
Len, ou plutôt Arendt, inclinant sans cesse la tête en prétendant ignorer que les biscuits avaient été échangés, et le guérisseur agitant la main devant lui pour lui dire que tout allait bien.
Le guérisseur ne se doutait probablement même pas que le jeune serviteur à l’air innocent était celui qui avait tout manigancé, et il lui avait même offert des collations pour le rassurer.
« Quel renard, celui-là… »
« Et voici ce que les informateurs de Neumann m’ont envoyé. »
Indifférent aux sentiments de Llewellyn, Arendt tapota les papiers empilés à côté de lui.
« J’ai appris qu’il y avait une succursale près du palais, alors j’ai sollicité Lord Neumann. »
Ces documents avaient été commandés directement par le groupe marchand et importés sous le nom de Llewellyn.
Renonçant à toute critique, Llewellyn soupira profondément et s’assit en face d’Arendt.
« Toujours aucune nouvelle de Lord Lexion ? »
« Oh, oh. Il semble qu’il ait trouvé quelque chose. Les choses commencent à devenir intéressantes. »
Arendt répondit avec indifférence, s’enfournant une autre friandise dans la bouche.
« Comment s’est passée la conversation ? »
« Exactement comme le Duc l’avait prédit. Quand ils ont apporté à manger au Roi, il a dévoré le repas avec avidité… on aurait dit qu’il avait oublié non seulement l’étiquette de la cour, mais même comment tenir des couverts. »
Llewellyn répondit d’un ton complexe.
« Il se gavait à pleines mains. Son visage était presque intact, mais son corps, sous le cou, était atrocement mutilé. Il ressemblait à la goule découverte au début. »
Il était dans un état misérable. Difficile d’imaginer qu’il s’agissait du souverain suprême d’un royaume.
« Le frère Victor semble être sous le choc. C’est pour cela que je l’ai raccompagné dans sa chambre. Il est naturel qu’il soit ainsi, vu l’état de Sa Majesté. »
Llewellyn, resté silencieux un instant, baissa les yeux.
« …C’était effrayant. Comment une chose pareille a-t-elle pu arriver au cœur même du palais ? Et la victime n’est autre que Sa Majesté le Roi. »
Le Roi était l’être le plus protégé du royaume. Il était difficile de croire qu’il ait pu être traité avec une telle impuissance.
Arendt lui jeta un coup d’œil et répondit :
« C’est le prix de la négligence. Je te l’ai dit, ne fais confiance à personne. Si tu ne veux pas voir ce genre de chose arriver dans le Royaume d’Everan, alors tu dois faire de ton mieux. »
Ce n’est qu’alors que Llewellyn leva la tête pour le regarder.
« Quel bâtard insensible. »
« Les Chevaliers impériaux sont en route. Ils seront probablement accompagnés par le 3e corps et la Garde de la Forêt de Brume de l’instructeur Zakar. »
Llewellyn grommela face aux paroles d’Arendt.
« Dans ce cas, je suppose que nous pouvons nous détendre un peu pour le moment. Je suis désolé de dire cela devant le frère Victor, mais avec les troupes royales, on ne sait jamais qui a pu s’infiltrer où. »
« C’est vrai. Bien que je ne sois pas sûr que l’on puisse balayer cela en disant simplement qu’ils se sont infiltrés. »
Llewellyn fronça légèrement les sourcils face à cette réponse lourde de sens.
« Qu’est-ce que cela signifie ? »
« Je ne peux rien dire de précis pour l’instant, mais… »
Arendt ajouta simplement, en feuilletant les quelques pages de documents rassemblées devant lui :
« D’une certaine manière, toute cette situation semble déplacée. »
« Bien sûr, c’est une situation étrange pour quiconque la regarde. »
Llewellyn fronça les sourcils, perplexe.
« Il est étrange qu’il n’y ait eu aucun mouvement dans l’ombre, même après que Sa Majesté en soit arrivée là. »
« Je le pense aussi. Si le but était de s’emparer du pouvoir, ils auraient dû agir dès que les capacités cognitives de Sa Majesté ont commencé à décliner, mais il n’y a eu aucune nouvelle jusqu’à présent. »
Après avoir dit cela, Arendt croqua à nouveau dans sa collation.
« Donc, les seules personnes qui se sont affrontées étaient ce vieux têtu et le Prince héritier. »
« Hmm… »
Llewellyn gémit.
« Peut-être était-ce là le but ? Faire en sorte que le Prince héritier et le Duc Middleton se méfient l’un de l’autre. »
« Tu as enfin utilisé ton cerveau. C’était l’un des scénarios que j’avais en tête. »
« Qu’est-ce que tu veux dire par "enfin utilisé ton cerveau", espèce de fils de pute ? »
Arendt continua, ignorant les jurons virulents de Llewellyn.
« En fait, ils se méfiaient déjà l’un de l’autre. C’était peut-être la stratégie de l’ennemi, mais compter sur la chance est trop risqué. S’ils confirment tous les deux qu’ils ne sont pas ennemis, tout s’effondre. Exactement comme maintenant. »
Llewellyn, qui le dévisageait, hocha la tête à contrecœur.
« …C’est vrai. Il y a bien des moyens de semer la discorde entre eux. Il aurait été bien plus simple de tuer Sa Majesté, puis de dénoncer le Duc Middleton à Victor. »
« C’est exact. S’ils voulaient se débarrasser des trois, ils auraient pu commencer par les tuer tous dès le début. »
Peu importait la sécurité du palais, le Roi était dans un état vulnérable.
Il y aurait donc eu largement de quoi s’occuper de Victor et du Duc Middleton.
« Je ne comprends toujours pas pourquoi ils ont choisi une méthode aussi laborieuse… »
Arendt, un instant plongé dans ses pensées, changea de sujet.
« D’abord, j’ai obtenu des informations de base sur la famille royale grâce aux informateurs de Neumann. Jette-y un coup d’œil rapide, toi aussi. »
« Pourquoi s’embêter ? Le plus rapide serait de demander au frère Victor. »
Llewellyn, qui avait posé cette question audacieuse, ferma brusquement la bouche sous le regard d’Arendt, qui affichait une déception flagrante.
« …C’est vrai. Pour l’instant, nous ne pouvons faire entièrement confiance ni à lui, ni au Duc Middleton. »
« Et au cas où, ils pourraient ne pas transmettre les informations correctes si cela semble préjudiciable au royaume. C’est particulièrement vrai pour le Duc Middleton. »
Ce n’est qu’alors qu’Arendt détourna le regard et tendit quelques documents à Llewellyn.
« Tout d’abord, les héritiers actuels du trône sont le fils aîné, le Prince héritier Victor, le second fils, le Prince Louis, et la plus jeune, la Princesse Rieta. En incluant le Duc Middleton, cela en fait quatre au total. »
Arendt poursuivit, s’assurant que Llewellyn avait bien reçu les papiers.
« Et puis il y a Sa Majesté la Reine, ainsi que la mère du second prince et de la plus jeune princesse, la Consort Violetta. Ce sont les suspects que l’on peut compter sur les doigts d’une main… pour l’instant, excluons Son Altesse le Prince héritier et le Duc Middleton. »
« …Hé, attends une minute. »
Llewellyn, qui parcourait les documents, leva la tête, surpris.
« Sa Majesté la Reine est l’une des suspectes ? Pourquoi elle ? Elle n’a rien à gagner de la mort de Sa Majesté. »
« Eh bien, c’est ce qu’il semble de l’extérieur. Il paraît qu’ils ne s’entendaient pas très bien. »
Arendt se gratta distraitement la nuque à plusieurs reprises.
« Ne ressens-tu pas une incroyable malveillance dans la façon dont il a lentement perdu la raison et a été laissé à pourrir, incapable de vivre ou de mourir ? »
« … »
Llewellyn resta sans voix.
Comme toujours, c’était la froideur glaciale du ton indifférent d’Arendt qui lui donnait des frissons dans le dos.