Chapitre 352
« Ah, il fait beau. »
Arendt lança un regard noir à Arthur, qui, perché sur son cheval, s’exclamait ainsi sans la moindre retenue, tout en le suivant à quelques pas de distance avec une mine désapprobatrice. La raison en était simple : dès leur départ, son cristal de communication personnel lui avait été confisqué.
« Tu contactes Lord Neumann dès que tu as un moment de libre et tu te trouves du travail même quand il n’y en a pas, alors donne-le-moi. »
« … »
« Sinon, je dirai au commandant de te jeter dans un endroit tranquille. Il semble que Lexion acceptera de coopérer avec moi. Tu veux que j’essaie ? »
« … »
C’était le genre de chose qu’il aurait ignoré en temps normal, mais dès qu’il comprit que la menace de Laius de l’envoyer dans une station balnéaire était sincère, Arendt ne put l’ignorer.
« Ce n’est qu’un déploiement de nom. »
En fin de compte, c’était un emploi du temps qui ressemblait à des vacances forcées.
Bien qu’il n’ait eu d’autre choix que d’obéir après avoir perdu l’avantage à cause de son karma passé, Arendt était très mécontent de cette situation.
Il aurait peut-être mieux valu qu’Arthur lui pose une avalanche de questions. Il aurait pu trouver un moyen d’y échapper en les éludant.
Mais Arthur, comme s’il avait pris une décision, ne dit pas un mot sur Dieu ou sur la guerre.
« Tu agissais comme si tu allais commencer à poser des questions à tout moment. »
Ses divagations inutiles sur la météo, qui ne correspondaient pas du tout à l’ambiance, n’étaient même plus drôles.
« Hah… »
Monde maudit, scène maudite.
Pourtant, c’était une situation délicate pour prendre la parole en premier, alors Arendt n’eut d’autre choix que de rester silencieux et de diriger lentement son cheval vers l’avant.
Clac, clac.
Alors qu’il écoutait le son lointain des sabots, ses pensées dérivèrent naturellement.
« À quoi diable pense le commandant Laius ? »
À un certain moment, Arendt avait commencé à percevoir un changement subtil dans l’attitude de Laius envers le Dieu Luce.
C’était clairement différent d’avant qu’il ne devienne le maître de l’Épée sacrée. Cependant, il n’était pas clair à quoi il pensait en ce moment.
Comme il était l’être le plus proche du Dieu Luce, il n’était pas facile d’aborder des sujets le concernant à la légère.
Indépendamment de ce qu’il ressentait, Laius était sans aucun doute sous l’œil vigilant du Dieu Luce.
« Non, cette personne est comme ça, mais… »
La personne la plus agaçante en ce moment était Arthur.
Même s’il avait abordé le sujet de Dieu si ouvertement, Arthur semblait l’accepter plus facilement que prévu. Il semblait clair qu’il avait entendu quelque chose de la part de Laius, sous une forme ou une autre.
« Je dois savoir ce qui a été dit pendant que je dormais. »
Il n’arrivait même pas à deviner ce qu’il pensait, alors il n’avait aucune idée de la façon de préparer ses répliques.
Arendt se sentit un peu agacé.
À mesure qu’il en apprenait davantage sur les dieux et sur ce monde, les choses qu’il ignorait augmentaient également.
« Je pensais au moins connaître la plupart des chevaliers. »
Parce qu’il avait relu le roman plusieurs fois.
Et après avoir endossé le rôle d’« Arendt », il avait mis beaucoup d’efforts à analyser tous ceux qui l’entouraient afin d’agir naturellement.
Grâce à cela, Arendt avait pu sortir les bonnes répliques au bon moment et mener tout le monde dans la direction qu’il souhaitait.
« L’histoire a déjà considérablement changé. »
Puisque le scénario avait changé, les personnages n’avaient d’autre choix que de se comporter différemment.
Mais il était clairement au-delà de ses calculs que, même en changeant le script, il y avait de plus en plus de choses qu’il ignorait à leur sujet.
« …Ah. »
Dans ce silence inconnu, une nouvelle prise de conscience monta lentement dans ses pensées engourdies et sombres.
« Est-ce une évidence ? »
Parce qu’ils n’étaient pas des acteurs qui se déplaçaient selon un script.
C’étaient tous des gens extrêmement ordinaires qui essayaient désespérément de vivre leur vie à leur manière.
Sur cette scène maudite, le seul qui pouvait être qualifié d’acteur était lui-même.
Arendt leva la tête et regarda les montagnes lointaines.
Une vue bien différente du palais toujours bruyant et splendide apparut.
Le ciel au coucher du soleil était aussi vif que s’il avait été peint sur du contreplaqué. Le soleil, qui perdait peu à peu sa lumière, se superposait étrangement à la vieille lumière qui était tombée sur sa tête.
Et le son réaliste des sabots, comme reproduit par des haut-parleurs…
« …Merde. »
Son estomac commença à se retourner à nouveau et sa vision commença à se brouiller.
Arendt fronça les sourcils et pressa sa main contre sa tempe.
« Concentre-toi juste sur ce qui est devant toi. »
Il se le répéta comme s’il se lavait le cerveau, mais cela n’eut pas beaucoup d’effet.
Même son cœur battait de plus en plus vite, complètement contre sa volonté.
Son estomac se nouait.
« Faisons une pause par ici. »
Juste à ce moment, la voix d’Arthur s’éleva soudainement devant lui. Avant qu’il ne s’en rende compte, il avait arrêté son cheval et regardait Arendt.
Arendt, qui reprit soudainement ses esprits, répondit sèchement.
« Déjà ? Jusqu’où sommes-nous allés ? »
« Déjà ? C’est presque le coucher du soleil. À quoi penses-tu pour être encore dans la lune ? »
Par-dessus l’épaule d’Arthur qui le réprimandait, une petite ville apparut.
« Restons-y pour la nuit. »
« Depuis quand nous déplaçons-nous en faisant des pauses régulières ? »
« Peu importe, espèce d’idiot. Contente-toi de me suivre. »
Arthur, qui répondit avec irritation, commença à chevaucher à nouveau.
Arendt n’eut d’autre choix que de soupirer profondément et de suivre docilement.
Les deux hommes visitèrent une auberge dans le centre-ville d’une petite bourgade.
C’était l’heure du dîner, donc le restaurant au rez-de-chaussée était assez bruyant.
Dès qu’Arthur s’assit à une table parmi la foule, il commanda plus qu’il n’en fallait pour deux personnes.
Bientôt, Arendt eut l’air fatigué en voyant la table chargée de nourriture.
« Qu’est-ce que tout cela ? »
« Arrête de parler et mange, c’est tout. »
Comme si cela ne suffisait pas, Arthur empila une quantité écrasante de viande dans l’assiette d’Arendt.
« Tu ne vas pas me demander de manger tout ça, si ? »
« Mange tout. Je ne pense pas que tu pourras te lever avant d’avoir fini. »
Arthur répondit à la question d’Arendt d’un ton autoritaire. Et avant même qu’Arendt ne puisse demander, il commença à manger lui aussi.
Arthur piqua une pomme de terre entière cuite avec de la viande avec sa fourchette et laissa échapper une exclamation de plaisir sincère.
« Hé, c’est délicieux. On mange souvent ça dans ma ville natale aussi. Tu as déjà vu quelque chose comme ça ? »
La viande fumante et les légumes racines semblaient appétissants au premier coup d’œil. Arendt poussa un profond soupir et saisit ses propres couverts.
« Tu joues les péquenauds ? Sérieusement. »
« Tu parles trop, jeune maître. Contente-toi de manger. »
Jusqu’à la fin du repas, Arthur continua de parler presque sans s’arrêter, racontant des histoires triviales et des blagues qui n’étaient même pas drôles.
Il n’y avait pas de place pour parler de sujets épineux, de travail ou du Temple de Chernion vers lequel ils se dirigeaient actuellement.
Le bavardage d’Arthur continua jusqu’à ce qu’Arendt ait mangé toute sa part du repas.
Ayant fini toute la nourriture et même les boissons que le propriétaire servit en dessert, les deux hommes suivirent le commis qui les conduisit à leur logement.
« Quoi ? On est dans la même chambre ? »
Arendt fronça les sourcils en découvrant la chambre à deux lits.
« Ne te plains pas. On n’a pas eu le choix, il n’y avait qu’une seule chambre libre. »
Arthur, qui l’avait réprimandé, posa ses bagages sur le lit intérieur en premier.
Arendt, lui aussi, n’eut d’autre choix que de le suivre dans la chambre, malgré son expression mécontente.
Après que chacun eut pris un lit et se fut préparé à dormir, Arthur parla brièvement.
« Dors bien. S’il te plaît. »
D’une certaine manière, la demande semblait assez significative. Sans répondre, Arendt s’allongea sur le lit et tourna le dos à Arthur.
« … »
Le silence tomba dans la petite chambre.
Arthur s’endormit le premier et devint silencieux, tandis qu’Arendt se tourna sur le côté sous la couverture et fixa le mur pendant un long moment.
« Il est vraiment devenu meilleur en comédie. »
Il n’avait jamais prévu cela, mais d’une manière ou d’une autre, il avait fini par être traîné partout par Arthur toute la journée.
Arendt savait bien que ce qu’Arthur faisait n’était pas très différent de son comportement habituel.
« C’est un problème parce que c’est si évident. »
Les divagations et les absurdités d’Arthur étaient un effort pour éloigner Arendt des choses qui le troublaient.
Retenir sa curiosité faisait probablement partie de cet acte.
Mais Arendt changea bientôt d’avis.
Arthur n’était pas un acteur.
Donc, ce qu’il lui montrait maintenant ne pouvait pas être qualifié de jeu d’acteur.
« Par conséquent… »
C’était purement de la bienveillance de la part d’Arthur.
Tout comme l’intermède qui avait eu lieu au milieu du dortoir la nuit précédente.
Soudain, il se souvint du paquet de biscuits que Laius lui avait donné ce matin.
Les menaces de l’enfermer, la façon dont il versait l’alcool réservé sans retenue, et même les collations qu’il avait spécialement demandées au guérisseur, tout cela découlait de sa bienveillance envers lui.
« …Ça ne correspond pas vraiment à Arendt von Eckhart. »
Bientôt, Arendt commença à s’assoupir.
Ses paupières devenaient de plus en plus lourdes.
Arendt ne prit pas la peine de résister à la somnolence qui était venue naturellement pour une fois.
Entouré d’une couverture raide qui ne pouvait être comparée à la literie luxueuse du palais, Arendt tomba dans un sommeil naturel.
Mais quelques heures plus tard, avant même que le soleil ne se soit levé…
Luttant à nouveau contre un essoufflement, Arendt n’eut d’autre choix que d’ouvrir les yeux quand Arthur le secoua urgemment pour le réveiller.
Jusqu’à ce qu’ils atteignent le château de Rebecca, Arthur s’en tint obstinément à la même routine. Ils partaient tard, seulement après que le soleil fut haut dans le ciel, et cherchaient un endroit où loger vers le soir.
À chaque repas, il entrait dans un restaurant et commandait plus qu’il n’en fallait pour eux deux, et chaque fois qu’ils séjournaient dans une auberge, il louait toujours une petite chambre avec deux lits.
« N’est-il pas temps que tu trouves une autre excuse ? Est-ce qu’il est logique que chaque auberge où nous nous arrêtons n’ait que des chambres comme celle-ci ? »
« Tais-toi, espèce d’idiot. Arrête de te plaindre de tout ce que fait ton supérieur. »
Les plaintes occasionnelles d’Arendt étaient également simplement rejetées.
Tout au long du voyage, Arthur bavardait sans but, comme s’il n’était qu’un garçon voyageant avec un ami.
Il n’y avait pas de place pour aborder d’autres sujets.
À cause de cela, Arendt n’avait d’autre choix que d’intervenir quelques fois ou de faire quelques remarques méchantes.
Après avoir échangé des arguments stupides toute la journée, il avait l’impression de devenir de plus en plus idiot.
C’était la même chose au logement.
Arthur s’endormait toujours avant Arendt, mais s’il montrait le moindre signe de gémissement pendant la nuit, il le réveillait immédiatement et lui secouait l’épaule.
Entre-temps, le cou et les bras d’Arendt avaient plusieurs cicatrices supplémentaires.
Mais Arthur ne posait aucune question et continuait simplement à se plaindre.
« Bon travail. Tu as un rêve de te tatouer des cicatrices sur tout le corps ou quelque chose comme ça ? Pourquoi faut-il que tu sois si agaçant ? »
« Je t’ai dit clairement que je n’ai pas ce genre de passe-temps. »
Arendt répondit avec mécontentement à Arthur, qui le réprimandait tout en soignant ses blessures au milieu de la nuit.
« Et qui t’a dit de te mêler de ça ? Si ça te dérange, juste… argh ! »
Arthur, qui était en train de poser le bandage, riposta en appuyant doucement sur la blessure.
Après quelques jours à vivre comme ça, les deux hommes purent enfin arriver près de leur destination.
« Combien de jours nous a-t-il fallu pour arriver ici ? Normalement, nous serions arrivés il y a plus de deux jours. »
Juste avant de partir pour le château de Rebecca, alors qu’il se préparait à quitter l’auberge, Arendt marmonna avec incrédulité. En réponse, Arthur répliqua sèchement.
« C’est le moment où tu devrais te relâcher. Pour un apprenti chevalier, tu parles beaucoup. »
« … »
Le voyage prenait plus de temps que nécessaire, donc à présent Laius ou le Prince héritier auraient dû les contacter au moins une fois, mais le communicateur restait silencieux.
Il semblait qu’ils avaient tous pris leur décision, puisqu’aucun rapport n’était venu de Llewellyn non plus.
« Tsk. »
Arendt fit claquer sa langue en se regardant dans le miroir, ajustant ses vêtements.
Ce qui était plus exaspérant que tout le reste, c’était le fait que son teint s’était sensiblement amélioré depuis qu’il avait quitté le palais.
Arthur, qui avait fini de se préparer à partir, fronça les sourcils.
« Pourquoi fixes-tu le miroir ? »
« Parce que je suis si beau. »
« Espèce d’idiot. »
Les absurdités familières étaient maintenant accueillies par des jurons qui ressemblaient davantage à des interjections décontractées.
« Hah. »
Arendt soupira profondément et finit de boutonner sa chemise.
Il ne restait plus beaucoup de temps à être traîné comme ça.
Le château de Rebecca, leur destination, était juste devant.