Chapitre 349
« Ah… Commandant ? »
Laius répondit calmement à la voix déconcertée d’Arthur.
« Merci pour ton dur labeur, Arthur. »
« Mon dur labeur… pour quoi… ? »
Arthur, qui marmonnait dans le vague, comprit bientôt le sens de ces mots.
Il avait trouvé Arendt sortant de sa chambre au milieu de la nuit, avait soigné ses blessures, puis avait organisé une étrange partie de boisson, ce qui l’avait fait perdre connaissance.
Après cela, sentant confusément qu’il ne devait pas être laissé seul, il était resté aux côtés d’Arendt et s’y était endormi ; par conséquent, il fut le premier à remarquer l’étrange état d’Arendt et réussit à le calmer.
Laius avait observé toute la scène à distance.
Arthur se sentit un peu embarrassé, ayant l’impression de s’être ridiculisé.
« Non, si vous regardiez, vous auriez dû intervenir. Comme vous n’étiez pas dans votre chambre, j’ai pensé que vous étiez peut-être sorti pour une affaire… »
« Si j’étais intervenu, les choses n’auraient probablement pas été aussi sereines. »
Laius, après cette réponse calme, souleva sans effort Arendt, inerte, dans ses bras.
« Allons d’abord dans ma chambre. Tu viens aussi. »
« … »
Arthur hésita un instant, puis pinça les lèvres et hocha la tête.
Après avoir allongé Arendt sur le large canapé et arrangé avec soin l’oreiller et la couverture, Laius servit à Arthur un thé chaud qu’il avait préparé lui-même.
« Bois. Tu as dû être sacrément secoué, toi aussi. »
« Merci. »
Arthur ne pouvait détacher ses yeux d’Arendt tout en marmonnant sa réponse. Après une brève hésitation, Arthur demanda :
« Est-ce que ce type va bien ? »
« Il va bien. Il dort, tout simplement. »
Arthur fut enfin capable de saisir sa tasse de thé après avoir entendu la réponse définitive de Laius. L’ivresse et la somnolence causées par le tumulte venaient de s’évanouir, mais son cœur, qui battait la chamade, ne montrait aucun signe d’apaisement.
« Depuis combien de temps étiez-vous là, exactement ? »
« Depuis le début. »
Laius, assis au bout du canapé, répondit.
« Je me suis caché car je pensais devoir observer le comportement d’Arendt. Après cela, j’ai simplement regardé, car j’ai estimé que tu gérais la situation de manière appropriée. Je te présente mes excuses. »
Ce n’était pas quelque chose pour lequel Laius avait besoin de s’excuser, mais Arthur se sentit un peu agacé pour une raison inconnue.
« Observé ? Aviez-vous prévu de continuer à regarder ? Vous aviez forcément remarqué l’état d’Arendt avant nous. »
« Je craignais qu’en l’approchant imprudemment, Arendt ne devienne encore plus méfiant. »
Laius répondit calmement aux grognements d’Arthur.
« Je me demandais quoi faire. Pour l’instant, j’ai sécurisé une maison privée où il peut aller se détendre à tout moment, cependant. »
« … »
Arthur resta silencieux. Comme prévu, Laius n’était pas quelqu’un qu’il fallait prendre à la légère. Après un moment de silence, Arthur demanda :
« Aviez-vous vraiment l’intention de le faire ? Vous ne faisiez pas que le menacer ? »
« Bien entendu. »
Les yeux bleus de Laius étaient empreints d’un sérieux absolu.
Arendt, qui gisait sur le canapé opposé, gémit et se tourna, s’enveloppant dans la couverture. Il semblait avoir senti une aura sinistre.
Alors que le sentiment inquiétant grandissait qu’Arendt, qui venait enfin de s’endormir, pourrait faire un autre cauchemar, Laius changea heureusement de sujet en premier.
« Je ne voyais aucune autre solution. Vous autres êtes vraiment meilleurs que moi, après tout. »
Arthur hésita un instant à ces mots, puis demanda avec prudence :
« …Savez-vous par hasard pourquoi Arendt agit ainsi ? »
Il n’était pas normal de le voir se gratter et s’acharner sur son cou jusqu’au sang, luttant pour respirer.
De plus, à voir son apparence, il semblait souffrir de symptômes étranges depuis bien plus d’un jour ou deux.
Ce n’était peut-être pas aussi grave au début, mais cela avait probablement empiré au fil des nuits sans sommeil.
C’était un cercle vicieux.
Laius resta silencieux un moment, ne sachant comment répondre.
Avant que Laius ne puisse prendre une décision, la voix d’Arthur perça à nouveau ses oreilles.
« Y a-t-il un lien entre le Dieu Luce et le Dieu maléfique ? »
« Quoi ? »
Laius marqua une pause.
Arthur continua de parler lentement, observant le visage surpris du Commandant.
« J’étais là, ce jour-là, quand Arendt a détruit la statue de Luce. Lexion était également avec nous. »
Arthur baissa les yeux et joua avec sa tasse de thé sans raison.
« …Pourquoi Lord Lexion aide-t-il le blasphémateur Arendt au lieu du Commandant choisi par l’Épée Sacrée ? Lord Lexion a été témoin de la Grande Guerre. »
Arthur, après un moment de silence, reprit la parole.
« Pourquoi Nikephoros ne peut-il pas tuer Arendt ? Bien que la vie d’Arendt ait été sauvée grâce à Lord Luce, il ne croit pas vraiment en Lui, n’est-ce pas ? »
« …Arthur. »
Laius l’appela calmement, mais Arthur ne l’entendit pas.
« Depuis quand Arendt se méfie-t-il de Lord Luce ? Depuis que Lord Lexion nous a rejoints ? Non, peut-être même avant ? Quand il a dit qu’il ne pouvait pas croire aux dieux, était-ce ce qu’il voulait dire ? »
La voix d’Arthur devenait de plus en plus agitée.
« Arendt a clairement reçu la grâce de Lord Luce. Commandant Laius, vous avez également eu l’honneur d’être choisi par l’Épée Sacrée. À bien y réfléchir, Arendt a commencé à haïr les dieux encore plus à cette époque, qu’il s’agisse de Lord Luce ou du Dieu maléfique. Commandant, connaissez-vous par hasard la raison ? »
« Arthur. »
Laius appela à nouveau le nom d’Arthur, mais cette fois encore, sa voix ne l’atteignit pas.
« Commandant, avez-vous pris l’Épée Sacrée en sachant tout cela ? Qu’est-ce qu’Arendt… ? »
Arthur déglutit difficilement et parvint à ajouter :
« Contre quoi se bat-il, bon sang ? »
« … »
À un certain moment, une pointe de peur commença à s’insinuer dans la voix d’Arthur.
Un silence sinistre flotta dans la pièce. Arthur regarda Laius avec des yeux vacillants. C’était comme s’il s’accrochait à quelque chose.
Laius ne détourna pas le regard et soutint le sien en silence.
« Calme-toi d’abord, Arthur. Tu as été assez secoué, toi aussi. »
« … »
Arthur reprit soudain ses esprits face à cette voix calme et apaisante.
Après un moment, son visage devint pâle. Il venait de réaliser qu’il avait dit des choses qu’il n’aurait pas dû prononcer.
Il était absurde de parler de douter du Dieu Luce devant Laius, le maître de l’Épée Sacrée.
« Non, Commandant, ce que je veux dire, c’est… »
Arthur tenta de s’excuser, mais Laius fut plus rapide.
« C’était ma volonté de prendre l’Épée Sacrée. J’ai pensé que c’était mon devoir. »
« Hein ? »
Arthur laissa échapper un son stupéfait face à ces mots soudains. Laius fixa Arthur avec ses yeux bleu vif inhabituels et continua de parler lentement.
« Même si j’en avais su davantage, ou si je n’avais rien su du tout, mon choix n’aurait pas été différent. »
« …Pour l’Empire et Lord Luce ? »
Arthur hésita un instant, puis utilisa la formule habituelle de Laius. Mais, à sa grande surprise, Laius secoua la tête.
« Non. Pour moi-même. »
« Oui ? »
« J’ai peut-être inventé de telles excuses par le passé. Mais je ne veux pas mentir à celui qui me fait confiance et me suit. »
Laius articula chaque mot clairement, comme s’il les gravait avec soin.
« Je ne veux perdre personne. C’est pourquoi j’ai accepté l’offre de Lord Luce et suis devenu le maître de l’Épée Sacrée. C’est tout. »
« … »
C’était une déclaration lourde de sens, signifiant que la foi n’avait absolument rien à voir avec le fait de porter l’Épée Sacrée.
« Et Arendt ne serait pas différent. »
Laius dit sérieusement :
« Arthur, je pense que tu comprends ce que je veux dire. »
En fin de compte, la raison pour laquelle Laius et Arendt avaient pris leurs épées et étaient allés sur le front était la même.
Il était facile de deviner ce que les deux désiraient ultimement sans avoir à trop réfléchir.
Que personne ne meure.
Arthur resta silencieux, baissant les yeux.
« Je ne peux répondre à ta question, honte à moi, car je n’en sais pas beaucoup plus. Et je ne veux pas imposer mon opinion à ton jugement. Ce pourrait être un fardeau immense pour ta vie. »
La voix calme de Laius continua.
« Juste… ne doute pas de ce que tu vois, entends, vis et juges. Personne ne te blâmera pour tes choix. Et au bout du compte, le chemin que tu choisiras sera le bon pour toi. Je veux juste que tu saches une chose. »
« … »
« La bonté inconditionnelle est une illusion. La binarité du bien et du mal, la paix éternelle, et peut-être même la justice absolue, pourraient ne pas exister. »
Laius récitait désormais les mots qu’Arendt prononçait habituellement.
Arthur serra les poings sans s’en rendre compte. Laius ajouta calmement :
« Même moi, que l’on qualifie de héros, je suis ainsi, alors peut-être est-ce tout naturel. »
« … »
Arthur ne pouvait toujours pas répondre. Il avait l’impression que sa tête allait exploser s’il disait la mauvaise chose.
Bien que ce fût une manière de parler un peu détournée, le Commandant donnait essentiellement à Arthur la réponse à toutes ses questions.
Arthur savait pertinemment que même ces mots vagues et frustrants étaient destinés à le protéger.
Arendt et Laius étaient déjà dans ce genre de marécage, et peut-être Arendt errait-il dans un bourbier encore plus profond que Laius.
Laius donnait à Arthur une chance de plus d’éviter de s’enfoncer dans ce dangereux marécage.
Il semblait que la malédiction de Nikephoros résonnait quelque part.
Même si tu vis, tu ne vivras pas, et même si tu meurs, tu ne pourras pas reposer…
« … »
Tandis qu’Arthur restait silencieux, Laius ne le pressa pas et attendit patiemment. Entre-temps, pas mal de temps avait dû s’écouler, car le ciel, derrière la fenêtre, commençait à s’éclaircir légèrement.
Même le thé, à peine touché, avait refroidi.
Et juste au moment où Arthur s’apprêtait à ouvrir la bouche, apaisant à peine son esprit en ébullition.
« Ugh… »
Arendt, qui avait perdu connaissance, laissa échapper un gémissement.
Arthur et Laius se levèrent par réflexe.
Ils craignaient qu’il ne fasse une nouvelle crise, mais heureusement, il n’y avait aucun signe de cela.
Arendt, qui s’était agité dans son sommeil, ouvrit lentement les yeux. Encore à moitié hébété, fixant le plafond, Laius lui parla doucement :
« Comment te sens-tu ? »
« …Pas très bien. »
Arendt marqua une pause avant de répondre. Son ton n’était pas très différent de l’accoutumée. Ce n’est qu’alors qu’Arthur laissa échapper un profond soupir de soulagement, relâchant la tension dans son corps.
« Ha… »
« Ugh, ma tête. »
Arendt se pressa le front à plusieurs reprises avec sa main avant de s’asseoir.
« Tu peux dormir encore un peu. Je te donne congé aujourd’hui, alors repose-toi. »
« Ça suffit. C’est amplement suffisant. »
Arendt, ayant rejeté l’offre de Laius, rejeta même la couverture qui le recouvrait.
Pourtant, son mal de tête ne semblait pas avoir totalement disparu, et il continuait de froncer les sourcils en se massant les tempes.
« …Plus que ça, supérieur. »
« Hein ? »
Arthur, soudain interpellé, répondit distraitement. Arendt, qui avait retiré sa main, leva la tête et jeta un regard à Arthur.
« Tu oses me frapper au visage. Es-tu prêt à en subir les conséquences ? »
C’était une voix froide. Arthur, un instant stupéfait, revint soudain à lui et protesta avec indignation :
« Hé, c’est parce que tu avais l’air de suffoquer à tout moment… ! »
« Peu importe, comment peux-tu porter la main sur ce beau visage ? Que feras-tu si tu laisses une cicatrice ? »
La pièce, autrefois remplie d’une atmosphère tendue, devint rapidement chaotique avec les deux hommes en train de se disputer.
« Tu crois vraiment être du genre à garder des cicatrices pour si peu ? Tu ne fais même pas un bruit, peu importe à quel point tu te fais frapper pendant un combat, alors pourquoi faire tout ce foin maintenant ? »
« Je peux comprendre de prendre des coups au travail, mais je n’ai pas pour hobby de me faire battre en privé. »
Laius posa tranquillement sa main sur son front en regardant Arthur se disputer avec Arendt, oubliant complètement les graves inquiétudes qu’il avait eues quelques instants plus tôt.
Que ce soit Arendt débitant des absurdités dès qu’il reprenait ses esprits, ou Arthur prenant les provocations au pied de la lettre, tous deux étaient des gamins tout aussi pénibles.