Chapitre 257
Le comte Eckhart resta figé un long moment.
Les chevaliers, nerveux face à ces retrouvailles entre le père et le fils, restèrent également sans voix.
Un silence pesant s'installa.
Pff.
Le vent sec passa, caressant le groupe comme s'il éprouvait de la compassion pour eux.
Après mûre réflexion, le comte Eckhart décida de feindre de ne rien avoir entendu.
« …Comme je l'ai dit, mon aide vous guidera à ma place. J'aimerais m'y rendre moi-même, mais j'ai beaucoup à faire. »
L'aide aîné reprit soudain ses esprits et s'inclina devant Laius.
Les chevaliers, eux aussi, décidèrent de faire comme s'ils n'avaient rien vu, faisant preuve de cette chevalerie qui émanait du plus profond de leur cœur.
« Je vous remercie de votre bienveillance. »
Le comte, ayant finalement aperçu Arendt, monta rapidement sur son cheval.
Puis, sans ajouter un mot, il emmena ses hommes au loin.
L'aide s'inclina devant Laius, en nage.
« Je me nomme Jaden. C'est un honneur de vous servir, Commandant. »
En se redressant, son regard se posa brièvement sur Arendt avant de se détourner.
Lorsque Laius le remarqua, il déplaça légèrement son corps pour bloquer complètement la vue de l'aide.
« Je compte sur vous. »
« … »
L'expression de Jaden s'assombrit légèrement lorsqu'il comprit les intentions de Laius.
Mais il reprit vite contenance, s'inclina une fois de plus, fit volte-face et saisit les rênes de sa monture.
Le groupe se remit en marche et Arendt sortit l'écaille qu'il tenait en main.
Il était évident qu'ils se rapprochaient, car l'écaille noire et brillante du dragon réagissait plus intensément qu'auparavant.
Lorsqu'il la posa dans sa main, il put la voir bouger légèrement dans une direction précise.
C'était comme si des aimants de pôles opposés s'attiraient.
Arendt réfléchit un instant, puis éperonna son cheval pour rejoindre l'aide qui marchait devant.
« Y a-t-il eu des présages ou d'autres phénomènes inhabituels sur le territoire ? »
Jaden hésita, ne s'attendant pas à ce qu'Arendt lui parle avec un tel calme.
Mais, comme s'il n'avait pas oublié son devoir, l'aide répondit rapidement.
« Pour autant que je sache, aucun, Jeune maître. »
« Jeune maître ? »
« …Je vous demande pardon, Lord Arendt. »
Jaden changea brusquement de ton face à la légère inflexion dans la voix de son interlocuteur.
« En raison des incidents survenus dans d'autres territoires, le seigneur surveillait la sécurité de très près. Si le moindre trouble était apparu, le comte l'aurait signalé au palais en priorité. »
« Ou était-il trop occupé à mener une lutte de pouvoir inutile avec ses enfants en fuite pour le remarquer ? »
« … »
Le visage de Jaden devint livide en un instant.
Lorsque Laius le remarqua, il changea rapidement de sujet pour sauver l'aide.
« Avez-vous reçu la visite de personnes suspectes ? »
« Cela… il n'y en a pas eu. Les Plaines de l'Ouest sont un lieu où les monstres apparaissent souvent, il y a donc toujours des forces de police et des troupes punitives en poste. Si une personne suspecte rôdait, ils l'auraient remarquée en premier. »
Bien que trempé de sueur froide, Jaden parvint tant bien que mal à poursuivre.
« En prévision de toute éventualité, nous avons bloqué l'accès aux portes menant aux Plaines de l'Ouest. Nous avons placé les forces de sécurité résidentes en attente et envoyé des chevaliers et des soldats pour garder les accès aux plaines. Si nécessaire, ils seraient mobilisés. »
« Je vous remercie de l'offre, mais je dois décliner. J'ordonnerai aux autres d'attendre à l'intérieur des portes du château. »
Laius regarda droit devant lui et répondit calmement.
« Car si nous ne sommes pas prudents, les dégâts pourraient s'aggraver. »
« … »
Le visage de Jaden devint encore plus pâle à cette remarque glaçante.
Jaden, qui avait guidé les chevaliers jusqu'à la porte, s'éclipsa rapidement.
D'une voix tremblante, il avait dit qu'il resterait à proximité au cas où il pourrait être utile, mais en le voyant exprimer par tout son corps qu'il était mort de peur, Laius ne put se résoudre à lui demander de rester.
Les quelques maisons qui restaient étaient totalement vides, les habitants ayant été évacués par avance.
Le 3e corps, qui avait fait de l'auberge désertée sa base, ne perdit pas de temps et se lança immédiatement dans sa mission.
D'abord, Laius rassembla la police et les soldats du comte qui attendaient et leur donna des instructions.
« Une fois que nous serons partis, fermez les portes et préparez-vous à toute invasion potentielle depuis l'intérieur du château. »
« Dans le château… que voulez-vous dire ? »
Le chevalier du comte demanda avec un air incrédule.
Laius lui adressa un signe de tête.
« Je ferai en sorte que cela n'arrive pas, mais il est possible qu'une entité qui nous aurait échappé tente d'envahir le château. Ne baissez jamais votre garde. Ayez toujours quelqu'un en faction sur la tour de guet et placez-y des archers. »
Le chevalier qui reçut l'ordre gardait un air inquiet, mais acquiesça pour le moment.
« …Très bien. »
Après lui avoir tapoté l'épaule, Laius se tourna vers ses hommes.
Le 3e corps était déjà prêt à entamer les recherches.
« Arendt, Arthur et Richt, allez chercher Stellar. Quant aux autres, divisez-vous en groupes de trois et fouillez les plaines. Veillez à ne pas trop vous disperser. Je me déplacerai seul. »
« Oui ! »
Arendt tenait l'écaille dans sa main en écoutant les voix tonitruantes des chevaliers.
L'écaille noire, reflétant la lumière du soleil et miroitant de couleurs irisées, tressaillait toujours comme si elle était fortement attirée par quelque chose.
Cela signifiait que Stellar n'était pas très loin.
Richt marmonna soudain en regardant par-dessus l'épaule d'Arendt l'écaille vibrante.
« Quelle est l'identité de cette personne nommée Stellar ? »
« Puisqu'il est le subordonné d'un dragon, ce n'est probablement pas un humain. Peut-être pourrons-nous voir quelque chose d'intéressant. »
Arendt, qui répondit avec indifférence, serra l'écaille dans sa main.
Après un instant, les portes du château s'ouvrirent en grand et les chevaliers se mirent en marche dans une unité parfaite, exactement comme ils en avaient reçu l'ordre.
Arendt, qui avait attendu tranquillement que tous ses supérieurs soient partis, fut le dernier à fouler la plaine.
Kuuung.
Bientôt, la porte se referma fermement avec un bruit sourd.
Mais aucun des chevaliers ne se retourna.
Ceux qui observaient depuis la tour de guet, regardant les chevaliers s'avancer sur la plaine sans la moindre hésitation, étaient emplis d'admiration.
« Leurs pas ne montrent aucun signe d'hésitation. »
« Ils nous ont même repoussés à l'arrière… »
La vue de ces hommes partant au combat, après avoir bloqué leur propre voie de retraite, était véritablement sublime.
En particulier, Arendt était récemment devenu un objet d'envie pour les chevaliers appartenant à la famille du comte Eckhart.
Un fils prodigue d'une famille de comte qui s'était rebellé contre son père, avait fui son foyer confortable, prouvé ses capacités par lui-même et avait fini par obtenir l'approbation du Prince héritier.
Il était connu comme un fauteur de troubles depuis l'enfance, mais il combattait désormais le Culte maléfique qui cherchait à bouleverser le monde aux côtés du célèbre commandant des chevaliers.
C'était le récit parfait pour enflammer le cœur des jeunes hommes.
De plus, parce qu'il avait récemment tenu tête comme il se doit à ce seigneur difficile, Arendt ne pouvait qu'être perçu comme un héros, tout comme Laius, par les jeunes gens qui rêvaient de devenir des révolutionnaires.
Les regards admiratifs de ceux qui se tenaient sur la tour de guet se tournèrent vers Arendt, qui se trouvait parmi les supérieurs.
Et après un moment.
« Ah. »
Ils virent Arthur, debout juste à côté de lui, asséner un coup de poing à Arendt, et ce dernier l'éviter facilement avant de contre-attaquer.
« … »
Arendt, qui regardait Arthur avec pitié alors qu'il tremblait en tenant son flanc meurtri, fut soudain frappé à l'arrière de la tête par Laius, arrivé par derrière, et s'effondra.
« … »
Les regards gênés de la police et des chevaliers de la famille du comte se dissipèrent dans l'air.
Le ciel nuageux était inhabituellement sombre.
« Pourquoi semble-t-il que vos mains bougent plus vite que vos paroles, Commandant ? »
Alors qu'Arendt grognait en touchant l'endroit où il avait été frappé, Richt soupira et répondit.
« Il n'était pas comme ça à l'origine. À votre avis, qui est responsable de cela ? »
« Aucune idée. »
« Avez-vous une conscience ? »
Arthur répliqua sèchement aux mots impudents de l'apprenti chevalier.
Lui aussi se déplaçait rapidement, mais il frottait toujours son flanc là où Arendt l'avait frappé.
« Si c'est une conscience, j'en ai bien assez. Tout comme l'inconscience d'un supérieur obtus. »
« Tu veux vraiment mourir ? »
Alors que les deux étaient sur le point de recommencer à se disputer, Richt les saisit par la nuque avec un air agacé et les sépara de force.
« Arrêtez de vous battre inutilement. C'est exaspérant. »
Même dans cette situation, ils ne montraient pas la moindre tension.
Ils avaient depuis longtemps renoncé à maintenir leur dignité de chevaliers impériaux, alors Richt n'avait aucune envie de le souligner à nouveau.
Mais c'était tout simplement trop fatigant d'être coincé entre deux gamins qui se chamaillaient constamment.
« Ne me prends pas par la peau du cou. Je ne suis pas un animal. »
Arendt, qui écarta avec irritation la main de Richt, commença à marcher à grands pas.
En effet, comme il sied à une plaine, la terre vaste s'étendait à l'infini sous le ciel nuageux.
Il y avait un chemin s'étendant à travers la plaine désolée, mais aucun signe de vie n'était ressenti, le comte Eckhart en ayant restreint l'accès depuis longtemps.
La nature sauvage, avec seulement des chemins rectilignes à travers l'immensité sans aucune structure appropriée, était l'environnement parfait pour perdre ses repères.
Mais Arendt avança sans hésiter.
Il était facile de savoir où aller même sans avoir à vérifier la direction indiquée par l'écaille.
Arendt marchait d'un pas vif, perdu dans ses pensées.
‘Je suppose que ce ne peut pas être une coïncidence.’
Il pouvait sentir une véritable malveillance à son égard dans le choix de cet endroit comme lieu d'invocation.
Jin pensait que s'il piétinait le comte Eckhart, Arendt serait ébranlé.
Il semblait qu'elle était assez contrariée qu'on lui dise que c'était bâclé.
Il se sentit soudain agacé à nouveau.
‘Qu'importe la lignée ?’
Ils devaient savoir, puisqu'ils avaient des yeux et des oreilles, que le comte et Arendt étaient en conflit depuis longtemps.
Cependant, Jin choisit le domaine du comte, qui n'était même pas proche du palais, comme point d'attaque.
Pourtant, elle-même avait poignardé son propre père et s'était enfuie.
Peut-être à cause de l'aversion instinctive pour la présence de la traîtresse, son humeur était assez désagréable depuis le début du voyage.
Il n'aimait pas non plus la façon dont les chevaliers, feignant de ne pas être trop indiscrets, continuaient d'essayer de jauger la situation.
« …Tsk. »
Arendt, qui avait claqué de la langue une fois, maîtrisa ses émotions d'une manière familière.
Bien qu'il ne puisse rien faire contre Jin, qui n'était pas juste devant lui, il existait une très bonne solution pour des situations comme celle-ci.
‘Je vais le harceler jusqu'à ce qu'il implore grâce.’
Pour qu'il en ait tellement assez qu'il ne puisse même plus supporter de le regarder.
Un faible sourire sardonique s'attarda au coin de la bouche d'Arendt.
Il semblait que piller la boutique ne suffisait pas, alors ce ne serait pas une mauvaise idée de saisir cette rare occasion et de couper complètement les ponts.
Si le comte dit : « Ce bâtard n'est pas mon fils », il n'y aura plus de problèmes.
‘…Il semble que cela ait eu l'effet inverse sur Arcus.’
Pendant un moment, son esprit vagabonda, mais Arendt secoua la tête pour chasser ces pensées.
C'était simplement pour le bien de l'objectif, il n'y avait aucune motivation personnelle.
Vraiment.