Chapitre 250
Dès l'arrivée d'Arendt, il donna quelques instructions à Henry.
Premièrement, les employés seraient envoyés en congé payé, ne laissant que le nombre minimal de personnes sur place.
Deuxièmement, envoyer l'un des employés au salon de thé du Groupe marchand de l'Est.
Et la troisième était celle-ci :
En feignant la pitié tout en balayant la route, il devait attraper l'une de ses connaissances les plus crédules pour l'amener à l'intérieur.
Celui qui remporta le gros lot fut Oliver.
Bien qu'il arborât un sourire éclatant, Henry avait l'estomac noué.
« On raconte que le dortoir du 3e corps avait toujours des médicaments pour l'estomac à disposition. »
Henry fit personnellement l'expérience que ce qu'il prenait pour une plaisanterie était en réalité vrai.
Face au vieux marchand qui le regardait avec une expression feignant l'ignorance, il se sentit encore plus coupable et crut mourir de honte.
« …Souhaitez-vous quelques amuse-gueules supplémentaires ? »
« Non, ça ira. C'est suffisant. »
L'offre, destinée à soulager ne serait-ce qu'une once de culpabilité, fut accueillie par un refus embarrassé.
Oliver agita la main et demanda avec prudence :
« Alors, Sir Arendt et le Vice-commandant discutent du fonctionnement de l'Union ? Pourquoi le Commandant n'est-il pas présent… ? »
Ses mots, restés en suspens, interrogeaient sur la raison pour laquelle Henry était tenu à l'écart de la discussion sur l'avenir de l'Union.
Henry, comprenant le sous-entendu, répondit :
« Oh, tout va bien. Nous en avons déjà discuté. Il s'agit simplement pour eux deux de parvenir à un accord. »
« Est-ce ainsi ? »
Oliver observa Arcus et Arendt avec curiosité.
Mais il vit alors Arendt donner un coup de pied dans le tibia d'Arcus sous la table et détourna rapidement le regard.
Dans un coin de sa vision, le Vice-commandant agrippait sa jambe en tremblant.
Henry rit maladroitement, ayant deviné ce qui se tramait en coulisses rien qu'à la réaction d'Oliver.
« C'est la façon qu'a Arendt de montrer son affection. Bien qu'ils en aient l'air, ils sont assez proches, alors ne vous inquiétez pas. »
« Oh, je vois… »
Oliver hocha la tête avec un air de totale incrédulité.
Mais cette soudaine poussée de violence mineure semblait avoir piqué sa curiosité.
« Par hasard… avez-vous trouvé une sorte de solution ? »
« Haha, eh bien, je suppose que ce serait agréable de pouvoir dire avec assurance qu'il s'agit d'une solution. »
Henry sourit piteusement.
« Mais je ne resterai pas les bras croisés, avec le même état d'esprit que le marchand dont vous parliez plus tôt. »
« Excellent, Commandant de l'Union. »
Ce n'est qu'alors qu'un léger sourire apparut sur le visage d'Oliver.
S'il était découvert qu'il fréquentait l'Union Khan, il serait sévèrement réprimandé par ses supérieurs, mais cela importait peu.
Henry afficha également un sourire bienveillant.
« En fait, Sir Arendt est en train de se trouver un nouveau partenaire commercial. »
« Oui ? Un partenaire commercial ? »
Dans une telle situation ?
Oliver ravala difficilement la question qui lui montait aux lèvres.
Ce n'était pas le moment de forcer pour étendre ses activités.
De plus, augmenter le nombre de partenaires commerciaux ne ferait pas grand-chose pour rivaliser avec le Groupe marchand de l'Est.
Même si un nouvel accord était conclu, rien ne disait quand ils tomberaient sous le joug du Groupe marchand de l'Est.
« Cela… Commandant de l'Union, je sais qu'il est présomptueux de ma part de demander, mais… »
« Je sais ce qui vous inquiète, mais tout va bien. »
Lorsque Oliver, qui observait la situation, ouvrit prudemment la bouche, Henry répondit avec légèreté.
Oliver ne trouva rien à ajouter.
Il prit une gorgée de thé.
« Je dois rapporter au Commandant que l'Union Khan tente de se redresser. »
Après avoir découvert qui était leur partenaire commercial, si celui-ci était jugé compétitif, les actionnaires pourraient changer d'avis.
Le groupe marchand où travaillait Oliver était assez amical envers l'Union Khan jusqu'à ce que les problèmes avec le Groupe marchand de l'Est surviennent.
Tandis qu'Oliver était perdu dans ses pensées, Henry ne put s'empêcher d'avoir des sueurs froides sous le regard fixé sur son dos.
La personne qui envoyait un regard froid et scrutateur n'était autre qu'Arendt.
« Il est plus utile que je ne le pensais. »
Henry était un acteur plutôt décent.
Arendt aurait dû dire qu'Henry était plus habitué à raconter des blagues qu'à jouer la comédie, mais il appréciait la façon dont Henry suivait le script, même s'il faisait une tête à mourir de frustration.
Arendt hocha la tête avec une pointe de satisfaction vers Henry, qui le regardait avec des yeux anxieux.
Ce n'est qu'alors qu'Henry put pousser un soupir de soulagement.
S'il avait rempli sa part du marché à ce point, au moins ne se ferait-il pas donner des coups de pied dans les tibias comme Arcus.
Henry, à peine calmé, s'apprêtait à prendre une gorgée de son thé devenu presque froid.
Clic.
Soudain, la porte de l'Union s'ouvrit.
« Euh, Commandant de l'Union… »
Une employée passa la tête par la porte entrouverte.
Tout en mâchonnant un en-cas, Arendt tourna son regard vers le personnage qui venait d'apparaître.
Henry posa sa tasse de thé en la reconnaissant.
« Karin ? Tu es revenue rapidement. »
Cela ne faisait même pas une heure qu'il l'avait envoyée inspecter le salon de thé du Groupe marchand de l'Est.
Aucune heure précise n'avait été fixée pour son retour, donc il n'aurait pas été étrange qu'elle revienne à tout moment, mais son état ne semblait pas très bon.
Karin, qui hésitait, ouvrit prudemment la bouche.
« J'ai ramené un invité avec moi… »
« Un invité ? »
Alors qu'Henry haussait le ton par surprise, Karin tourna son regard vers Arcus.
« Oui, mais il souhaiterait rencontrer le Vice-commandant. »
« Moi ? Qui est-ce ? »
Arcus fronça légèrement les sourcils face à ces mots inattendus.
« Il a dit que son nom était Drayton et que si vous entendiez son nom, le Vice-commandant et… Lord Arendt comprendraient. »
Pendant un instant, les yeux d'Arendt croisèrent ceux d'Arcus, qui le regardait avec anxiété.
Arendt jeta un regard distrait à Arcus et se perdit dans ses pensées.
« Drayton. »
Ce n'était pas un nom inconnu.
Car il l'avait vu à plusieurs reprises dans les documents que les informateurs de Neumann lui avaient envoyés.
C'était le chef des marchands sous les ordres du Comte Eckhart, et il était responsable du plus grand groupe marchand parmi eux.
Mais il semblait que Drayton n'était pas venu ici uniquement pour cette raison.
La preuve en était qu'Arcus commença à s'agiter et à regarder autour de lui après avoir entendu le nom du visiteur.
Drayton connaissait également les frères personnellement.
« Euh, il semble que vous ayez un invité, alors je vais y aller. »
Oliver, qui regardait autour de lui avec anxiété, tenta lentement de se lever.
Mais Arendt fit le premier mouvement.
« Non. Restez simplement là. Il semble que vous n'ayez pas encore bu votre thé. »
« Oui, hein ? »
Alors qu'Oliver écarquillait les yeux de surprise, Arendt ajouta simplement :
« Vous étiez celui qui est arrivé en premier. Il est ridicule que l'invité arrivé plus tard chasse l'autre invité. »
C'était un spectateur qu'ils avaient eu tant de mal à accueillir, ils ne pouvaient absolument pas le laisser filer.
Alors qu'Oliver se rasseyait maladroitement, incapable de refuser, Arendt jeta un coup d'œil à Arcus.
« Que vas-tu faire ? Tu vas juste le laisser dehors ? »
« …Est-ce qu'il peut entrer ? »
« Tu devrais le laisser entrer. Nous avons enfin trouvé la nourriture, n'est-ce pas ? C'est un invité. »
Venait-il de le traiter de nourriture ?
Oliver regarda Arendt sans s'en rendre compte, doutant de ses oreilles.
Mais rien ne pouvait être lu sur le visage impassible de l'apprenti chevalier.
Cependant, Arcus semblait avoir remarqué quelque chose dans ces mots.
« Haa… Je me demande pourquoi ils ont envoyé quelqu'un ici exprès. »
Le Vice-commandant, se massant les tempes comme s'il mourait d'un mal de tête, donna un ordre bref :
« Amenez-le. »
« Oui ? Oui ! Je comprends ! »
Karin hocha rapidement la tête et ouvrit la porte.
Puis, comme s'ils avaient attendu derrière elle, des hommes bien vêtus et des assistants se déversèrent dans l'Union.
Arendt n'eut aucune difficulté à reconnaître que la personne au premier plan était Drayton.
C'était parce que, contrairement au groupe qui était habillé sobrement, il portait des vêtements voyants, comme s'il voulait afficher sa richesse.
C'était une apparence qui correspondait littéralement au mot « nouveau riche » à la perfection.
Henry se leva, laissant Oliver, qui était devenu pâle comme s'il était assis sur un lit d'épines.
« Bienvenue. Ravi de vous rencontrer, Monsieur Drayton. »
Arcus jeta également un coup d'œil à Arendt, puis se leva et s'avança.
« Monsieur Drayton, cela fait un moment. »
« Je m'excuse pour cette soudaineté, Commandant de l'Union, et Jeune maître. Puisque vous êtes dans les parages, je voulais vous voir au moins une fois. »
Drayton gloussa et inclina profondément la tête.
Les mouvements exagérés firent osciller le col, les boutons et les décorations en bijoux sur les manches, produisant un cliquetis.
Drayton redressa lentement le dos et regarda Arendt.
Arcus le remarqua et tenta d'intervenir en urgence.
« Comment en est-on arrivé là… »
« Cela fait longtemps que je ne vous ai pas vu, Jeune maître. »
Mais Drayton fut plus rapide que lui.
« Me reconnaissez-vous ? Vous avez vraiment beaucoup grandi. »
« … »
Tout est fichu.
Les regards anxieux d'Arcus et d'Henry se croisèrent dans les airs.
Arendt ne répondit pas, se contentant de lever les yeux vers lui.
« La dernière fois que je vous ai vu, c'était avant votre entrée à l'académie, n'est-ce pas ? Je suis si fier de vous voir grandir bien mieux que je n'aurais pu l'imaginer. »
Plus Drayton parlait à Arendt sur un ton amical, plus Arcus et Henry devenaient anxieux.
Il était assez troublant de voir les yeux dorés et impassibles d'Arendt fixés sur Drayton.
« Vous étiez comme ça quand vous étiez jeune, mais maintenant que vous avez grandi, vous ressemblez encore plus à la Comtesse. Je suis sûr que le Comte serait fier de vous. »
« …Quoi. »
Après un long moment, Arendt ouvrit la bouche.
Sans aucun changement d'expression, il resta assis, la tête penchée avec arrogance.
« J'ai beaucoup à dire, mais je ne retiendrai que trois points. »
Drayton s'arrêta de parler au son d'une voix si calme, presque indifférente.
« Premièrement. Tout le monde sait que je suis formidable. Vous n'avez pas besoin de le souligner. Pourquoi s'embêter à en parler ? »
« … »
Drayton, qui divaguait sans fin, se figea sur place.
« Deuxièmement. Pourquoi le Comte serait-il fier ? Je suis simplement né bien et j'ai bien grandi, alors qu'est-ce que cela a à voir avec lui ? Et enfin. »
La voix claire d'Arendt résonna dans l'Union silencieuse.
« Me connaissez-vous ? Je ne vous connais pas. »
« Tousse ! »
Oliver, qui buvait du thé pour apaiser sa gorge sèche, commença à tousser.
« Tousse ! Gloups ! Désolé, désolé, gloups ! »
Il s'excusa précipitamment, mais heureusement ou malheureusement, personne ne l'écoutait.
Arendt fronça les sourcils de mécontentement face au bruit de fond de la toux d'Oliver.
« Comment osez-vous m'appeler jeune maître ? Vous devriez vous référer à moi en tant que Lord Arendt. »
« … »
Drayton resta complètement sans voix.
Les assistants restèrent également bouche bée de surprise.
« La façon dont vous me regardez est assez impudente. N'allez-vous pas baisser les yeux ? »
À ceux qui étaient figés dans la stupeur, Arendt enfonça le clou.
C'était une démonstration de domination parfaite.