Chapitre 245
Les affaires de l’Union Khan étaient à nouveau florissantes aujourd’hui.
Récemment, ils avaient installé un four dans leur cuisine et avaient commencé à préparer et à vendre du pain et des pâtisseries qui se mariaient parfaitement avec le thé, ce qui avait conduit à une augmentation de la clientèle.
L’excellent sens des affaires du chef de l’Union, Henry Lou Lancelot, et la gestion méticuleuse du vice-chef Arcus s’étaient combinés pour produire les meilleurs résultats.
Avec le soutien du Duc Lancelot ajouté à l’équation, l’opinion publique était unanime : c’était une affaire qui ne pouvait pas échouer.
Il devait y avoir quelques personnes qui ne voyaient pas d’un bon œil la croissance rapide des deux jeunes hommes, mais elles ne pouvaient exprimer leur mécontentement, le Duc les soutenant dans l’ombre.
C’était un lieu où beaucoup de gens allaient et venaient habituellement.
Ainsi, Frederick et Alec y passèrent également à quelques reprises, sans aucune hésitation.
Mais aujourd’hui, tous deux ne pouvaient dissimuler leur nervosité.
Alec, qui rôdait devant la porte de l’Union, donna accidentellement un coup de coude dans les côtes de Frederick.
Frederick grogna d’une voix basse.
« Merde, je le sais aussi, alors la ferme ! »
L’intérieur du bâtiment de l’Union, visible à travers la fenêtre, était à nouveau bondé de monde aujourd’hui.
C’était naturel, puisqu’ils étaient venus à l’heure où il y avait le plus de clients, comme cela leur avait été ordonné.
Les deux jeunes chevaliers qu’ils avaient vus hier devaient également se trouver à l’intérieur.
Rien que d’y penser, ils avaient la gorge sèche.
Alec grinça des dents, incapable de calmer sa colère.
« Ce chevalier fou… quel est son but, bon sang ? »
« Je ne sais pas pour le reste, mais une chose est sûre : il n’a pas toute sa tête. »
À moins d’être fou, comment quelqu’un pouvait-il soudainement menacer de les accuser d’être impliqués dans le Culte maléfique sans la moindre preuve ?
Arthur, qui semblait prêt à dégainer son épée à tout moment, ne semblait pas non plus jouir de toute sa raison.
« Pff… »
Ils poussèrent tous deux un profond soupir alors que des pensées troublantes se bousculaient dans leurs esprits.
Ils réalisèrent que se plaindre maintenant ne changerait rien.
Ils se tinrent côte à côte, redressant leurs épaules autant que possible, feignant le naturel, et entrèrent dans l’Union.
Personne ne prêta attention aux deux hommes.
Ils scrutèrent la foule avec soulagement, mais ne parvinrent pas à trouver la chevelure argentée familière.
Frederick cligna des yeux, hébété.
« … Il n’est pas là ? »
« Attendons. »
Il n’y avait aucune instruction précise sur ce qu’ils devaient faire une fois arrivés à l’Union.
Frederick, qui observait les alentours, murmura doucement :
« Hé, on ne peut pas juste s’enfuir ? »
« Espèce d’idiot, tu veux mourir ? Si le chef découvre qu’on a fait une erreur et qu’on s’est fait voler nos cartes d’identité, ça ne se terminera pas juste par un renvoi. »
Alec grogna férocement.
Dans cette situation, ils n’avaient d’autre choix que de récupérer rapidement leurs cartes d’identité, de se retirer et d’informer leurs supérieurs de la situation.
Bien sûr, l’excentrique apprenti chevalier ne leur rendrait pas leurs cartes si facilement, mais ils prévoyaient d’attendre un moment, puis de les reprendre avant de partir.
Frederick, qui cherchait Arendt, s’arrêta soudainement et fixa un point précis.
« Hé. »
Frederick saisit le bras d’Alec alors qu’il se tenait à ses côtés.
« Quoi ? »
« Ce ne sont pas des policiers ? »
À ces mots, Alec tourna également la tête dans la direction indiquée par Frederick.
Comme il l’avait dit, deux personnes en uniforme de police parlaient à quelqu’un avec des visages graves.
La personne à qui ils parlaient n’était autre que le chef de l’Union, Henry.
À côté d’Henry se trouvaient Arendt et Arthur, les deux hommes qu’ils cherchaient.
« Hein ? »
Les deux hommes poussèrent un son stupide sans s’en rendre compte.
À cet instant, Arendt tourna la tête et repéra rapidement Frederick et Alec.
« … ! »
Au moment où ils croisèrent ses yeux dorés, leurs corps se figèrent instinctivement.
Arendt esquissa un léger sourire et fit signe à Henry et aux policiers de s’approcher.
La conversation qu’ils avaient était totalement inaudible.
Tout ce qu’ils purent voir, ce fut Henry et Arthur reculer légèrement, comme pour éviter quelque chose de désagréable.
Un instant plus tard, le regard des policiers se fixa sur Alec et Frederick.
« Attends une minute, ils nous regardent. »
Alec, qui clignait des yeux, hébété, fronça les sourcils un instant plus tard.
« Quoi ? »
Ce n’était pas une erreur.
Les policiers se dirigeaient droit vers eux.
L’attention des gens commença à se porter sur eux au son des voix des policiers.
Au moment où les policiers s’arrêtèrent devant Frederick et Alec, qui restaient là, stupéfaits par la situation soudaine, une voix inhabituellement claire parvint aux oreilles des clients qui buvaient leur thé.
« C’est bien ça, ce sont eux. Ce sont les voleurs que j’ai vus hier. Enfermez-les en prison pour le moment. Je les interrogerai personnellement plus tard. »
C’était l’ordre qu’Arendt donnait aux policiers.
Voleurs.
Ce seul mot frappa leurs esprits confus.
« … Attends, quoi ? »
Au moment où ils réalisèrent que les « voleurs » faisaient référence à eux, les policiers saisirent fermement les bras des deux hommes.
« Oui, Sir Arendt ! Je ferai comme vous l’avez ordonné ! »
« S’il vous plaît, ne vous inquiétez pas ! Nous les traiterons selon la loi, conformément à vos ordres ! »
« Quoi, quoi ? Attendez, qu’est-ce que vous avez dit ? »
Alors que ce son stupide jaillissait de la bouche d’Alec, Frederick hurla également.
« Voleurs ? Nous sommes des voleurs ? Non, qu’est-ce que vous racontez ? »
« Suivez-nous simplement sans faire d’histoires. Comment osez-vous déranger les chevaliers en vacances ? Vous en subirez certainement les conséquences. »
Mais aux oreilles des policiers, enivrés par la gloire d’avoir été personnellement encouragés par les Chevaliers impériaux, cela ne semblait être rien de plus que les aboiements d’un chien errant.
« Attendez, attendez une minute, Sir Arendt ! Quelle est cette absurdité ! Des voleurs ! Attendez. Lâchez-moi, imbéciles ! »
Leurs esprits devinrent vides et ils commencèrent à hurler bruyamment.
« S’il vous plaît, écoutez-moi ! Attendez une minute ! Sir Arendt ! Pourquoi faites-vous ça !? »
Mais Arendt fit semblant de ne pas entendre.
Bientôt, les deux hommes furent traînés dehors et le bruit de leurs jurons s’estompa également.
Grincement.
La porte se referma et le bruit fut complètement étouffé.
Et un silence inattendu tomba sur l’Union.
Les clients étaient si surpris par la situation soudaine qu’ils n’osaient même plus respirer.
Alors que tout le monde était figé, Arendt fut le premier à bouger.
« … »
Naturellement, les yeux des clients étaient fixés sur lui.
Il marcha d’un pas vif au milieu des regards de tous, puis s’arrêta soudainement à l’endroit où les gardes de sécurité se tenaient juste avant.
Puis, il se pencha avec fluidité, balaya le sol d’un geste, et se redressa.
Arendt, qui examinait la petite carte qu’il venait de ramasser, regarda Arthur et ouvrit la bouche.
« Supérieur, on dirait qu’ils ont fait tomber leurs cartes d’identité ? »
Son jeu était naturel, comme s’il ne savait vraiment rien.
Arendt pencha la tête, vérifia les inscriptions sur la carte d’identité dans sa main, et les lut à haute voix.
« Groupe marchand de l’Est, Alec Majes… attendez, le Groupe marchand de l’Est ? »
« … ! »
Un murmure parcourut les clients.
L’atmosphère, jusque-là calme, commença à s’agiter d’inquiétude.
Après être resté là, comme perdu dans ses pensées pendant un moment, Arendt claqua la langue.
« Cela ne ressemble pas à une simple affaire de vol… »
Arendt, qui avait marmonné de sorte que tout le monde puisse l’entendre, mit la carte d’identité dans sa poche et retourna vers Arthur et Henry.
« Je remettrai cette carte d’identité à la police plus tard. Merci pour votre travail, chef de l’Union. Veuillez dire à mon frère que le problème des voleurs a été résolu. »
Bien qu’il semblât s’adresser à Henry, son auditoire n’était autre que les clients et les marchands qui remplissaient l’Union.
« … »
Le chef de l’Union et Arthur lui jetèrent un regard las, clairement dégoûtés.
Arendt les regarda sans vergogne, comme pour demander s’il y avait un problème.
Les cartes d’identité n’étaient autres que celles qu’Arendt leur avait personnellement volées la nuit précédente.
Mais les gens présents ne le savaient pas.
« Attendez une minute, le Groupe marchand de l’Est ? »
« Pourquoi des gens du Groupe marchand de l’Est voleraient-ils ici ? »
Les clients, pris dans la scène provocatrice qui se déroulait sous leurs yeux, étaient trop occupés à chuchoter entre eux pour se concentrer sur autre chose.
Certains d’entre eux firent même leurs bagages à la hâte et quittèrent l’Union.
C’étaient ceux qui voulaient informer les hautes instances auxquelles ils appartenaient de cette situation.
Henry sourit maladroitement en voyant l’atmosphère de l’Union changer en un instant.
« … Vous êtes vraiment incroyable, Sir Arendt. »
À première vue, cela pouvait ressembler à un compliment pour avoir attrapé les voleurs si rapidement, mais la réalité était un peu différente.
Arthur fronça les sourcils à côté de lui.
« Vous pouvez le dire. C’est un fou. »
« … »
Malheureusement, Henry ne pouvait pas le nier.
Il aurait aussi voulu dire qu’Arthur, qui avait accepté ce plan, n’était pas très différent d’Arendt, mais le chef de l’Union réprima ses pensées.
Tôt ou tard, la nouvelle se répandrait que le Groupe marchand de l’Est avait envoyé des hommes à l’Union Khan, et qu’ils avaient été pris en flagrant délit de vol et emmenés par les forces de sécurité.
En d’autres termes, Arendt avait directement provoqué le chef du Groupe marchand de l’Est.
Et tout cela avait été fait d’une manière qui jetait ouvertement l’opprobre sur le chef.
« Qu’est-ce que… qu’est-ce que c’est que ce délire… »
Alec marmonna nerveusement, se rongeant les ongles.
Bien sûr, ils n’avaient jamais pensé qu’ils récupéreraient leurs cartes d’identité facilement.
Cependant, ils ne s’attendaient jamais à être accusés de vol et jetés en prison sans raison.
C’était toute l’histoire qu’ils avaient apprise après avoir été traînés dans la prison souterraine des forces de police.
Lorsque le vice-chef Arcus avait confirmé que le grand livre et l’inventaire ne correspondaient pas, il avait demandé de l’aide à son frère cadet, qui était de passage.
La police avait confirmé qu’il y avait effectivement des points où les registres et l’inventaire ne correspondaient pas.
Et Arendt avait désigné Frederick et Alec comme deux hommes qui rôdaient de manière suspecte autour de l’Union.
Quand Arendt avait dit que ces types pourraient revenir, Henry, le chef de l’Union, avait demandé l’aide de la police.
La police avait donc arrêté les deux hommes sans poser de questions.
C’était une chose naturelle.
Il était impossible pour un simple officier de police de désobéir aux paroles d’un chevalier appartenant à la famille royale.
Tout cela signifiait qu’il s’agissait d’un piège tendu par Arendt von Eckhart.
« Ce chevalier est vraiment fou… n’est-il pas dément ? »
Frederick marmonna, se prenant la tête entre les mains, comme s’il venait d’avoir la même pensée.
« Comment est-ce possible ? Non, est-ce seulement possible ? Peu importe les conneries qu’on a faites, n’est-ce pas un peu trop ? »
À ce moment-là, une voix suffisante parvint de derrière les barreaux.
« Qu’est-ce qui n’est pas possible ? Je peux tout faire. »
C’était une voix sortie tout droit d’un cauchemar.
Les deux hommes sursautèrent, comme s’ils avaient été piqués par des épines.
Le gardien qui surveillait la prison était parti quelque part, et Arendt von Eckhart se tenait là dans une posture arrogante.
« La prison est plutôt confortable, n’est-ce pas ? J’ai déjà été enfermé auparavant, et ce n’est pas aussi terrible que vous pourriez le penser. »
« … Que se passe-t-il ici, bon sang ? »
Alec, debout, hébété, parvint à peine à parler, et Arendt pencha la tête en réponse.
« Ce que je fais ? Je tourne votre chef en ridicule. »
« … »
Alors qu’il les regardait avec un air qui semblait dire : « Pourquoi posez-vous une question aussi évidente ? », ils eurent l’impression qu’un millier d’incendies allaient éclater en eux.
Cependant, le fait qu’il appartienne aux Chevaliers impériaux et leur propre situation de captifs rendait impossible pour eux de déverser directement leurs insultes naissantes.
« Prenez ça. »
Arendt sortit les cartes d’identité de sa poche et les lança aux deux hommes qui le fixaient avec des expressions indescriptibles.
Clac.
Deux cartes d’identité inutiles roulèrent pitoyablement sur le sol de la prison.
Alec les fixa pendant un moment, incapable même de se résoudre à les ramasser.
Après un moment, il ne put contenir sa colère et n’eut d’autre choix que de grincer des dents.
« … Bien sûr, nous avons fait des choses honteuses. Mais cela signifie-t-il que vous devez aller aussi loin ? »
« … »
Cette fois, il n’y eut aucune réponse.
Alec releva la tête, le fixa férocement et cria de colère.
« N’avez-vous pas honte d’utiliser le titre de chevalier ? Nous ne faisions qu’obéir aux ordres, mais maintenant nous sommes menacés, puis faussement accusés… »
« Pourquoi devrais-je avoir honte ? »
Mais avant qu’il ne puisse finir sa phrase, une réponse sèche lui parvint.
Alec et Frederick regardèrent l’apprenti chevalier derrière les barreaux, stupéfaits.
Arendt accepta leurs regards avec dignité et parla.
« Si un chevalier fait bien son travail et se bat bien, cela suffit. Je suis déjà tellement occupé que je dois être indulgent avec des idiots comme vous. Mon commandant peut être aussi vertueux qu’il le souhaite. Comme vous pouvez le constater, mon style de travail est un peu différent du sien. »
« … »
« Si vous avez des plaintes à formuler, vous devriez devenir membre des Chevaliers impériaux. »
Avec cette seule phrase qui enfonça le clou, les deux hommes perdirent toute volonté de résister.
C’était parce qu’ils sentaient au plus profond d’eux-mêmes que leur adversaire était un fou qui n’avait aucun sens commun.