Chapitre 205
« Zakar, Sylvian ! Mais qu’est-ce que… qu’est-ce que c’est que ce délire ! »
Le doyen Polaris, qui gisait au sol dans la même posture que lorsqu’il avait été jeté hors du sac, hurla de désespoir.
À ses côtés, Sylvian et Zakar, incapables de lever la tête, semblaient accablés.
Des regards critiques se posèrent sur eux.
Llewellyn demanda, incrédule :
« Non, vous deux, vous allez vraiment recommencer ? Qu’est-ce que ce bâtard a bien pu vous raconter ? »
« Si nous laissons faire le Grand Doyen, une guerre entre les humains et les elfes éclatera avant même l’arrivée du Dieu maléfique… Nous avons absolument besoin de l’avis du doyen Polaris… »
Zakar évita son regard et parla comme pour se justifier.
Arendt avait déjà deviné que le Grand Doyen agirait de la sorte et s’en était servi comme prétexte pour faire chanter Zakar et Sylvian.
Pendant ce temps, le doyen Polaris, ayant entendu les paroles de Zakar, bondit sur ses pieds.
« Quoi, qu’est-ce que ça veut dire ! Une guerre entre les humains et les elfes ! »
« Bonjour, doyen Polaris. Nous nous sommes rencontrés au banquet, n’est-ce pas ? »
Arendt, debout devant lui, inclina la tête dans une posture maladroite.
Le doyen Polaris demanda, déconcerté :
« Lord Arendt ? »
« Oui, c’est bien Arendt. Comme vous venez de l’entendre, le Grand Doyen a déclaré qu’il couperait tout contact avec les humains. J’ai donc besoin de votre opinion. »
C’était radicalement différent de la manière dont il avait poliment accepté et bu de l’alcool lors du banquet.
Les yeux du doyen Polaris tremblèrent de confusion.
« Non, non… Est-ce vrai ? Non, attendez. Avant cela, êtes-vous vraiment Lord Arendt ? »
« Existe-t-il donc un faux Arendt ? »
Arendt répondit sans vergogne.
Certes, il serait peut-être exagéré de le qualifier de « vrai », mais ce n’était pas là son souci.
Le doyen Polaris se figea, la bouche bée.
Il semblait profondément choqué par le changement radical de cet apprenti chevalier, autrefois si soigné et docile.
Tandis que le doyen marmonnait, Arendt attira Laius et le plaça aux côtés du vieil homme.
« Le Commandant Laius, qui est ici en tant que représentant du Saint Empire de Caerleon, vous expliquera personnellement la situation. »
« Arendt, je t’en prie. Réfléchis avant de causer des ennuis. Je t’en supplie. »
Laius parla avec une expression qui laissait penser qu’il allait mourir de douleur, mais il fut, bien entendu, ignoré.
Arendt croisa le regard du doyen Polaris et sourit.
« Si vous êtes un doyen, je pense que vous pouvez deviner la situation sans que j’aie besoin de vous l’expliquer. »
« … »
« Pour votre information, j’ai appris les détails de la situation auprès de Sir Zakar, alors il serait préférable de ne pas faire semblant d’ignorer les faits. »
Bien qu’il affichât un visage souriant, les mots qui s’en échappèrent étaient glacials.
Le doyen Polaris était si choqué qu’il se contenta de fixer Arendt, hébété.
« … Avez-vous divulgué des informations sur les affaires internes des elfes ? »
Après un moment, le doyen Polaris interrogea Zakar.
Sa voix tremblait légèrement.
Zakar inclina la tête.
« Je suis désolé, Père. Je ne chercherai pas d’excuses. »
« Doyen Polaris, le Grand Doyen a dit qu’il renoncerait aux pierres magiques. Il a décidé de couper tout contact avec les humains plutôt que de combattre le Dieu maléfique. »
Laius n’eut d’autre choix que d’intervenir, et le doyen Polaris demanda, vide :
« … Il renonce aux pierres magiques ? »
« Il a dit qu’il compenserait en argent ce que Jiklin a fait subir à l’Empire. Et il a affirmé que les elfes puniraient eux-mêmes la traîtresse. Mais je ne pense pas que cela soit possible. »
Maintenant qu’ils en étaient là, il n’y avait plus d’autre issue.
Laius réprima un soupir et continua :
« Jiklin fait déjà partie du noyau du Culte maléfique. Pour la punir, nous devons affronter tout le Culte. Pourtant, le Grand Doyen semble vouloir ignorer ce fait. »
« … »
Le doyen Polaris ouvrit la bouche.
À voir son regard errer dans le vide, il semblait ne pas savoir quoi dire.
Après un long silence.
Finalement, une voix brute et sans filtre s’échappa de ses lèvres :
« Ce type a-t-il perdu la raison… »
« Doyen, n’êtes-vous pas d’accord avec l’opinion du Grand Doyen ? »
Llewellyn, sentant quelque chose d’anormal, posa la question.
Alors, le doyen Polaris entra dans une rage folle.
« Ce n’est pas une question d’accord ou non ! Laissant tout le reste de côté, renoncer aux pierres magiques est absurde. Comment ose-t-il les céder… ! »
Richt laissa échapper un soupir.
« Il semble que ce problème n’ait pas été discuté avec les autres doyens. »
« C’était sûrement une impulsion du Grand Doyen. Quoi qu’il en soit, doyen Polaris. Que comptez-vous faire ? La situation est arrivée à ce point. »
Arendt haussa les épaules et fixa le doyen Polaris.
« En réalité, trouver Jiklin est impossible avec la seule force des elfes. Pendant ce temps, elle continuera de sévir dans l’Empire, et les dégâts ne feront qu’augmenter. »
« … »
« Au bout du compte, c’est ce que veut le Grand Doyen. Il veut laisser tout le travail dangereux et fastidieux aux humains pour profiter tranquillement du paysage dans le confort du royaume elfique. »
À mesure que les mots tombaient, l’âme sembla quitter les yeux du doyen Polaris.
Arendt enfonça le clou.
« Si je n’étais au courant de rien, l’histoire serait différente, mais les intentions du Grand Doyen sont trop évidentes. Il est presque étrange que personne ne les voie. Les autres elfes peuvent-ils assumer la responsabilité d’un tel résultat ? »
« … »
Le doyen Polaris fixait le vide, hébété.
Sa bouche s’ouvrit et se ferma à plusieurs reprises.
Un geste trahissant son désir de parler, mais sa voix restait bloquée.
Après un moment, il laissa échapper un profond soupir et affaissa ses épaules.
C’était un aveu d’abandon.
« … Qu’est-ce qui vous intéresse ? »
Le doyen comprit que, puisque le Grand Doyen avait stupidement révélé ses pensées les plus intimes, quelqu’un devait réparer les pots cassés.
Car ils devaient empêcher la rupture des relations entre l’Empire et les elfes.
« Parfait. »
Arendt hocha la tête avec satisfaction.
« J’ai entendu dire par Sir Zakar que vous aviez reçu des marchandises d’un marchand nain il y a fort longtemps. Avant toute chose, je suis curieux de savoir ce dont il s’agissait. »
« … Vous êtes vraiment direct, Lord Arendt. »
Marmonna le doyen Polaris, incrédule.
Mais il finit par répondre docilement.
« C’était il y a longtemps. Les nains ne savaient probablement rien. Ils me l’ont apporté en disant que c’était un objet appartenant à un dieu ancien, le dieu des Ténèbres. »
« Les nains ne savaient-ils pas que le dieu des Ténèbres était le Dieu maléfique ? »
« Les doyens elfes se souviennent des histoires racontées par leurs parents et leurs pairs, mais il est naturel que les nains l’ignorent, puisque leur espérance de vie est similaire à celle des humains. »
Le doyen Polaris hocha la tête avec résignation.
« Ce n’est pas un fait très connu, même parmi les elfes, mais la plupart des doyens les plus âgés le savent. »
« Alors, seuls les doyens sont au courant pour le Dieu maléfique ? »
« C’était le cas jusqu’à présent, mais ce n’est plus vrai. »
Dans leur traque de Jiklin, ils n’avaient eu d’autre choix que de révéler la présence du Dieu maléfique aux guerriers également.
Arendt fut légèrement impressionné.
« Vous l’avez dit aux autres elfes ? Ils semblent pourtant tous si paisibles. »
« Ces enfants… pff, ils ne connaissent pas vraiment la gravité de la situation. Ils ne réalisent pas à quel point ils sont vulnérables et à quel point le Dieu maléfique est puissant. Je pensais que c’était mieux que de les effrayer. »
« Certes. Ils mourront sans rien savoir. »
Le doyen Polaris se tut à nouveau face à cette remarque cinglante.
Laius laissa échapper un soupir et, désormais habitué, attrapa Arendt par la nuque pour le ramener en arrière.
« Veuillez continuer à parler de cet objet. »
« Oui ? Oui, c’est… ainsi. »
Le doyen Polaris, qui semblait sonné, hocha la tête, désorienté.
« C’était un livre orné d’un joyau. Sous le joyau était gravée une courte prière dans une langue ancienne. "Que le dieu des Ténèbres veille sur vous"… attendez. »
Le doyen Polaris, qui parlait, cligna des yeux, perplexe, réalisant que quelque chose clochait.
« Pourquoi êtes-vous tous dans cet état ? »
Tous les occupants du salon s’étaient figés, les yeux écarquillés de stupeur.
Llewellyn, qui reprit ses esprits le premier, se précipita vers le doyen Polaris.
« … Un livre ? Un livre ? Le livre du dieu des Ténèbres ? Il y avait un joyau dessus ? »
Le doyen Polaris hocha la tête, confus, alors qu’on lui saisissait soudainement l’épaule.
« Oui, oui ! C’est exact, mais y a-t-il un problème ? »
« Hah… »
Llewellyn le lâcha avec un soupir de soulagement.
Arthur marmonna, l’esprit vide.
« C’était donc ça ? »
Même Arendt, rarement agité, sembla momentanément sans voix.
Arendt, reprenant ses esprits, demanda :
« N’avez-vous pas dit que ce livre avait été découvert dans l’Empire de Caerleon ? »
« C’était bien le cas. Les marchands nains ont dit l’avoir trouvé par hasard dans le Saint Empire. »
« Hé… »
Il se disait bien que c’était étrange.
D’une manière ou d’une autre, peu importe ses recherches, il restait introuvable.
Il avait été déplacé vers le royaume elfique très tôt.
Il n’était donc pas étonnant que le grand dragon n’ait pu le trouver.
Laius demanda avec urgence :
« Où est ce livre ? L’avez-vous détruit par hasard ? »
« Il doit être dans le trésor du Grand Doyen. Je le lui ai présenté juste après l’avoir obtenu. En fait, j’ai essayé de le détruire, mais il ne s’est ni déchiré ni brûlé. »
Le doyen Polaris répondit, les yeux remplis d’interrogation.
Llewellyn, complètement épuisé, s’effondra sur le canapé.
« Haaah… tous mes efforts jusqu’ici… »
« Nous ne sommes pas encore certains que ce soit ce que nous cherchons. »
« La probabilité est pourtant très élevée. »
Arthur grommela face aux paroles de réconfort de Richt envers Llewellyn.
Plaque.
Finalement, Arthur ne se calma qu’après avoir reçu une tape derrière la tête de la part de Richt.
Arendt s’avança à nouveau et demanda :
« Quel en est le contenu ? »
« Je n’ai pas pu le lire. La surface portait une prière ancienne, comme je l’ai mentionné plus tôt, mais le texte était écrit dans une écriture que je n’avais jamais vue auparavant. »
Cela rendait la chose presque certaine.
Même dans la mine de pierres magiques de l’Empire, un grand nombre de livres aux caractères indéchiffrables avaient été découverts.
Le Comte Stadler avait affirmé qu’ils étaient écrits en « langue draconique ».
« Si le livre que le doyen Polaris a trouvé était aussi écrit en langue draconique… »
Il y avait une très forte probabilité que ce soit le livre que Lexion lui avait demandé de trouver et de lui présenter.
Arendt réfléchit un instant, puis lâcha calmement :
« J’ai un objectif de plus. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Nous allons récupérer ce livre aussi. Même si cela ressemble à un vol, nous n’avons pas le choix. Considérez cela comme une rétribution. »
« Quoi, quoi ? N’avez-vous pas entendu ce que j’ai dit ? J’ai dit que le Grand Doyen l’avait ! »
Le doyen Polaris était terrifié.
Mais sa voix n’était plus audible pour le groupe.
Arendt ouvrit les yeux et parla d’un ton très malicieux :
« Alors ? Y a-t-il un problème ? »
« … »
« Vous avez agi sans vergogne, vous devez donc en payer le prix. »
Arendt, ayant fait taire le doyen Polaris d’une seule phrase, changea de sujet.
« J’examinerai le livre plus tard. Il y a des problèmes plus urgents en ce moment. »
« Le problème de l’espion n’est pas encore résolu. »
Llewellyn hocha la tête, fronçant les sourcils.
À présent, le suspect principal, le doyen Polaris, était devant eux.
Mais à voir son état actuel, il ne semblait pas pouvoir être accusé d’espionnage immédiatement.
Arthur claqua la langue.
« On revient à la case départ ? »
« Non, ce n’est que le début. »
Une voix faussement joyeuse nia simplement ses paroles.
C’était Arendt.
Il regarda ses collègues et sourit avec espièglerie.
« C’est ennuyeux de devoir les chercher nous-mêmes, alors faisons en sorte qu’ils viennent à nous. »