Chapitre 154
Le lendemain matin.
Comme ils avaient déjà terminé tout leur travail, il n'était plus nécessaire de s'attarder ; les deux hommes se préparèrent donc dès l'aube et quittèrent le laboratoire.
Escortés hors de la mine par le Comte et Chloe, ils se mirent en route, chevauchant tranquillement en direction de l'Union.
« Es-tu sûr qu'il soit prudent de laisser les choses en l'état ? »
« Ils finiront par trouver. Si nous nous en mêlons, la situation ne fera que se compliquer. »
Arendt répondit avec calme.
« Très bien, supérieur, veuillez garder le silence pour le moment. Je ferai un rapport au commandant. »
« Entendu, c'est ce que je ferai. Je vais simplement prétendre n'avoir rien vu. C'est un vrai casse-tête. En réalité, il y a tant de choses dont je voudrais parler… »
Arthur jeta un regard en arrière, sa voix s'éteignant peu à peu.
Ce n'était pas une route très fréquentée à la base, il ne semblait donc y avoir personne, mais malgré tout, ce bruit subtil et irritant…
« …Devrions-nous les laisser tranquilles ? »
« Je ne sais rien. Qu'ils nous suivent ou non, ils font ce que bon leur semble. »
« … »
Comme prévu, cet homme ne décevait jamais.
Arthur, après une brève réflexion, décida de s'en accommoder. Après tout, ce seraient eux qui en pâtiraient.
Soudain, deux silhouettes surgirent d'un coin de rue où il n'y avait manifestement personne un instant plus tôt.
« Hé, vous deux, petits bâtards ! »
« Si vous aviez remarqué quelque chose, n'auriez-vous pas dû dire un mot ?! »
C'étaient Rider et Glenn.
Arthur poussa un profond soupir en observant les deux supérieurs se précipiter vers lui à cheval, leurs efforts pour dissimuler leur présence s'avérant totalement vains.
« Ces gens-là ne faisaient pas cela autrefois… »
Contrairement au bon vieux temps, ces deux imbéciles n'avaient plus aucune dignité… Non, c'était tout simplement frustrant de les voir agir ainsi.
Il semblait que les mauvaises habitudes se propageaient au sein du 3e corps depuis qu'un certain individu avait commencé à s'activer.
Arendt, le véritable coupable, jeta un coup d'œil rapide aux deux hommes qui les pressaient de s'expliquer, mais il ne les attendit pas et continua sa route d'un pas nonchalant.
« Le temps est clément. »
…Tout en parlant ainsi.
Faisant appel à ce qu'il lui restait de conscience, Arthur marqua une pause pour attendre ses supérieurs, puis leva les yeux vers le ciel avec un soupir las.
Il semblait que le reste du voyage serait un peu plus bruyant.
Bien qu'il ne s'y fût pas particulièrement attendu, Arendt ne demanda même pas pourquoi ils les avaient suivis.
Au bout du compte, les seuls à être restés en colère furent Glenn et Rider.
« Nous avons même sacrifié nos vacances pour vous accompagner, alors pourquoi ne nous dites-vous même pas merci ? »
« Vous êtes vraiment effrontés, vous êtes même allés camper. Si nous l'avions su, vous auriez pu nous prévenir. Nous aurions évité de souffrir inutilement. »
« C'est vraiment inutile. »
« Ahhhhh ! »
Il aurait mieux valu garder le silence, mais Arendt, qui ajoutait toujours un mot pour contrarier ses supérieurs, et ces derniers qui perdaient la tête à chaque provocation, tout cela semblait bien familier à Arthur.
« Tu aurais pu être honnête et dire que tu étais inquiet. »
Mais il ne dit rien de tel. Il savait que même avec un couteau sous la gorge, ils ne l'avoueraient jamais.
Ainsi, Rider et Glenn continuèrent de les suivre, grommelant et se plaignant, jusqu'à ce qu'ils atteignent l'Union.
Celui qui eut l'impression d'être frappé par la foudre ne fut autre que le chef de l'Union, Henry.
« Ceci… »
Arendt sirotait élégamment le thé apporté par le serveur, Arthur, assis en face de lui, hocha la tête en guise de salutation, et les deux autres chevaliers étaient également présents ; n'importe qui aurait pu voir qu'ils étaient mal à l'aise.
C'était une combinaison étrange, quel que soit l'observateur.
Henry ne put s'empêcher de marquer une pause en observant les chevaliers du 3e corps qui avaient fait irruption en pleine journée et s'étaient entassés autour d'une table, feignant d'être de simples clients.
Cependant, l'expérience acquise en vivant comme enfant d'une famille noble pendant de nombreuses années ne s'effaçait pas ; il reprit rapidement contenance et arbora un sourire éclatant et bienveillant.
« J'avais cru comprendre que seuls Sir Arendt et Sir Arthur étaient en visite… mais il y a deux autres personnes ici. Sir Rider et Sir Glenn, je présume ? Bienvenue au salon de thé de l'Union Khan. »
« Ces gens sont en vacances, ne vous souciez pas d'eux. Donnez-leur simplement des produits coûteux et extorquez leur argent. »
« Quoi ? »
« Ai-je dit quelque chose de déplacé ? »
Glenn grogna et répliqua vivement, mais Arendt resta imperturbable.
« Haha… Que pensez-vous du thé ? J'ai choisi le meilleur. »
« Il est excellent, et les collations sont tout aussi bonnes. »
« Je suis ravi qu'il vous plaise. »
Ce n'étaient pas des paroles en l'air. L'intérieur du salon de thé était si merveilleux qu'il était presque dommage de le qualifier de simple couverture.
Ils occupaient un bâtiment entier de deux étages, et il y avait un nombre non négligeable de clients, probablement grâce au bouche-à-oreille, tandis que les étals présentant thés et ustensiles étaient soigneusement disposés.
On y trouvait même des marchands en train de marchander ici et là ; on aurait pu appeler cela une union de marchands de thé.
Arthur devait ressentir la même chose, car il s'adressa à Henry sur un ton suggestif.
« Je vois que vos affaires prospèrent, Monsieur. »
« J'ai souvent pensé que j'aurais dû me lancer dans les affaires bien plus tôt. Je crois que cela me convient mieux que les diverses charges publiques. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à me le faire savoir. Bien entendu, vous n'aurez rien à payer. »
« Merci pour votre bienveillance. »
Alors que Glenn et Rider hochaient la tête en signe d'approbation, Arendt posa sa tasse et se leva.
Henry suggéra, en reculant rapidement d'un pas :
« Oh, Arcus travaille à l'intérieur. Souhaitez-vous m'accompagner ? »
« Tsk. »
Il savait que ce ne serait pas une partie de plaisir de voir le visage de cet homme, mais c'était après tout un ordre du Prince héritier.
Henry le guida vers le deuxième étage.
Alors que la foule se faisait plus rare, Henry, agissant désormais en tant que chef de l'Union, prit la parole.
« Je suis heureux que de nombreux marchands des environs aient répondu présent. Grâce à cela, les affaires ne rencontrent aucun problème. »
« C'est ce qu'il semble. »
À ce niveau, personne ne soupçonnerait la véritable identité de cette union, l'effort investi dans l'apparence extérieure de l'entreprise en valait donc la peine.
De plus, il serait possible d'assurer les fonds de roulement par ses propres moyens.
« Sir Glenn et Sir Rider ne semblaient pas être au courant des détails. »
« Seuls le supérieur Arthur et le supérieur Richt sont dans la confidence. »
« Pourtant, vous êtes venus ensemble jusqu'ici. Vous semblez être en bons termes. »
« Vous plaisantez ? »
« Non, je suis sérieux. »
Henry laissa échapper un petit rire face à cette réponse rapide, puis s'arrêta devant la porte et frappa.
« Arcus, j'ai amené Lord Arendt. »
Boum !
« Ugh ! »
Un fracas sonore retentit depuis l'intérieur de la pièce.
Arendt murmura avec inquiétude :
« …Pourquoi agit-il ainsi ? »
« En réalité, je n'avais pas prévenu Arcus de la venue de Sir Arendt. J'ai pensé qu'il pourrait s'enfuir. »
« Savez-vous que vous avez, vous aussi, une personnalité assez retorse ? »
« Je ne fais pas le poids face à Arendt. »
Après une longue attente, lorsque la porte s'ouvrit enfin, Arcus apparut, l'air parfaitement calme, comme si rien ne s'était passé.
Mais cela ne suffisait pas à dissimuler la chaise renversée et la pile de documents éparpillés derrière lui.
Arendt, les bras croisés, l'examina de la tête aux pieds avec un regard froid.
« Quelle éminente personne est arrivée ? »
« …Je suis désolé. »
Même derrière son visage impassible, Arcus ne pouvait masquer son embarras.
Arendt, qui le gratifiait d'un regard de pitié manifeste, le poussa sur le côté et entra dans le bureau.
Contrairement au salon de thé impeccable, le bureau d'Arcus était rempli de documents et de livres en tout genre.
« Qu'est-ce que tout cela ? »
« Le nécessaire pour faire fonctionner l'Union. Vous n'avez pas à vous en soucier. »
« Veuillez faire un rapport sur l'avancement. Je dois en informer Sa Majesté le Prince héritier. »
« … »
« … »
Plus il en entendait, moins il parvenait à s'y habituer, mais aucun des deux ne pouvait contester cela.
Le Prince héritier l'avait ordonné.
Finalement, Arcus abandonna et secoua la tête.
« Je construis une salle de stockage au sous-sol. Elle ne sera accessible que par l'escalier du deuxième étage, et seuls Henry et moi pourrons l'utiliser. »
« Qu'en est-il du reste ? »
« J'ai reçu l'aide du Groupe Neumann. Le groupe marchand a mobilisé ses meilleurs éléments, et même ceux-là ont été répartis en groupes et assignés à des rotations, de sorte que personne ne puisse savoir sur quoi travaillent les autres. »
« C'est un entrepôt similaire au Coffre de l'Est, mais la sécurité est bien plus rigoureuse. Une fois terminé, pas même une fourmi ne pourra y pénétrer. »
Henry ajouta également de son côté :
« Je prévois d'attendre que le Comte Stadler nous envoie des chercheurs sous peu. Si nous avons besoin d'enquêteurs de terrain, j'utiliserai les relations du prince qui aime voyager. Ce sera plus sûr que d'augmenter le nombre de membres. »
« Et ensuite ? »
« Et maintenant, je travaille à la transcription et au classement des matériaux envoyés par le Prince Llewellyn et le Comte Stadler. »
Les piles de documents entourant Arcus n'étaient rien d'autre que cela.
Comme prévu, Henry, ou plutôt, ces deux-là étaient compétents.
Cela lui convenait bien mieux que de passer toute sa vie comme un subordonné dans l'ombre de son père.
Si l'Union devenait pleinement opérationnelle, elle servirait de base en cas d'urgence, même si quelque chose arrivait à l'institut de recherche du Comte Stadler ou au Palais impérial.
Arendt hocha la tête avec satisfaction.
« C'est plutôt bien. »
« Et vous, Lord Arendt ? J'ai entendu dire qu'un événement majeur s'était produit. »
« C'est comme d'habitude. »
Car il n'avait pas eu un seul instant de répit depuis qu'il avait endossé le rôle d'Arendt von Eckhart.
Henry ne put s'empêcher de rire à cette réponse simple.
« C'est vrai. Oh, et j'ai appris qu'une succursale du Groupe Neumann allait ouvrir ses portes près d'ici. Cela facilitera nos contacts, vous pouvez donc vous en réjouir. »
« Mon employeur n'est pas moi, mais Son Altesse le Prince héritier. Même si vous me dites de m'en réjouir… Eh bien, je transmettrai l'information. Y a-t-il eu des individus suspects ? Quelques mouches tournaient autour du laboratoire du Comte. »
Arendt changea naturellement de sujet.
« Quelques personnes sont passées, en effet. Elles devaient être nerveuses car Arcus et moi lancions une nouvelle affaire. Mais elles ont juste pris un thé et sont parties. La seule chose qui m'a dérangé, c'est… »
Le regard d'Henry se posa sur Arcus et sa voix s'éteignit.
Arcus fronça les sourcils comme pour lui dire de se taire, mais il ne put éviter les yeux d'Arendt.
« S'agit-il du Comte Eckhart ? »
L'expression d'Arcus s'assombrit alors qu'il parlait de son père biologique sur un ton calme, comme s'il évoquait un étranger.
« Il a envoyé des gens à plusieurs reprises, mais ils sont tous repartis sans faire d'esclandre. »
« C'est quelque peu agaçant. »
Arendt avait ouvertement prêté allégeance au Prince héritier, et Arcus avait fui le domaine à cause de frictions concernant son frère ; le Comte Eckhart devait donc être passablement contrarié.
« Père… pourrait remarquer que cette union a été établie sur ordre de Son Altesse le Prince héritier. Elle ne sera pas exposée, mais étant donné les circonstances, il ne serait pas étrange qu'il en soit ainsi. »
« Pourquoi ? Il pourrait être curieux de l'entreprise que son fils bien-aimé dirige. »
« …Êtes-vous sérieux ? »
« Je plaisante. »
« … »
Arendt, après une brève réflexion, releva la tête et regarda son frère.
« Qu'en pensez-vous, tous les deux ? Le Comte Eckhart est-il du genre à prendre des mesures soudaines contre un fils indépendant ? »
« … »
« … »
Henry et Arcus restèrent sans réponse.
C'était déjà une réponse en soi.
« Très bien, alors si quoi que ce soit survient plus tard, veuillez me contacter. »
« Y a-t-il un autre moyen ? »
« Dites simplement que votre père ne comprend pas correctement la situation et ne sait pas où se placer… Même s'il est coupé de la famille, il reste le fils lié par le sang, il n'a donc d'autre choix que d'intervenir. L'aîné, qui a vécu comme une poupée entre les mains de son père tout ce temps, ne sera d'aucune aide. »
« … »
« … »
Les deux hommes avaient le tournis face à ces remarques immorales qui coulaient comme de l'eau.
Une traduction simple des paroles d'Arendt serait probablement celle-ci :
Tenez-vous tranquille avant d'interférer et de tout gâcher.
Arcus, qui avait gardé la bouche entrouverte un moment, reprit péniblement contenance et parla.
« …Je ferai de mon mieux pour gérer cela pour l'instant. »
« Bien sûr que vous le devriez. »
Henry ne put s'empêcher de laisser échapper un rire gêné en regardant alternativement Arcus, qui avait soudainement rentré la queue entre les jambes, et Arendt, qui hochait la tête distraitement.
Arendt serait sûrement dégoûté de l'entendre, mais il pensa que les deux frères semblaient bien s'entendre.