Chapitre 108
Indépendamment de son tempérament habituel, Arendt était quelqu'un d'intelligent.
Personne ne pouvait le nier à présent.
Il était impossible de minimiser les capacités d'un homme capable d'imaginer toutes sortes de stratagèmes et de mener à bien les opérations les plus absurdes.
Arthur fixa le vide en direction d'Arendt.
« Honnêtement, je suis furieux. »
Parce qu'il n'y avait rien qu'il ne fût capable de faire.
Après sa sortie de prison, il avait commencé à manier l'épée un peu, mais ses compétences s'étaient rapidement améliorées, et il n'avait désormais plus rien à envier aux autres chevaliers du 3e corps.
De plus, il jugeait les situations avec célérité, possédait une grande capacité d'exécution, et son courage pour soutenir ses actes était sans égal.
Mais si l'on devait lister tous les talents d'Arendt, si nombreux qu'ils ne tiendraient pas dans les deux mains, et demander à Arthur lequel était le meilleur, alors évidemment…
« Ah, j'ai les oreilles qui chatouillent. Y aurait-il un noble qui aboie ? »
C'était une situation des plus frustrantes.
« Est-ce bien raisonnable de les laisser seuls ? »
Arthur observa les deux hommes à distance.
Ce n'était pas un chien qui aboyait, mais un noble qui aboyait. C'était une association de mots qu'il n'avait jamais entendue auparavant.
Même Arthur, pourtant habitué aux frasques d'Arendt, se sentit pris de vertige ; quant à Arcus von Eckhart, qui venait d'entendre ces paroles choquantes, il en resta bouche bée, incapable de faire autre chose que de fixer le dos de son frère.
Quoi qu'il en soit, Arendt n'y prêta aucune attention et commença à abreuver son cheval.
Henry, qui était descendu de la calèche et s'était approché, esquissa un sourire gêné.
« Lord Arendt, que dire… il est révolutionnaire à bien des égards. »
« Haha… Je vous demande pardon. »
« Ce n'est pas quelque chose pour lequel Sir Arthur doit s'excuser. »
« Tout de même, je suis désolé. »
Quoi qu'il en soit, il sentait qu'il devait présenter ses excuses.
Cela faisait quelques jours qu'ils avaient quitté le palais.
Alors qu'ils poursuivaient leur voyage, ils firent une courte halte pour laisser reposer les chevaux.
Le ciel était extrêmement haut et limpide, et les vastes champs que la route traversait semblaient littéralement incarner la paix.
Bien que le programme ne fût pas très détendu, il était agréable de profiter de ce sentiment de vacances en pareils moments.
Malgré ce loisir, le groupe, pris en étau entre la querelle des deux frères, était en proie à une souffrance mortelle.
Richt, qui se tenait à côté d'Arthur, ajouta un mot.
« Lord Arcus ne renonce pas facilement. »
« Ce type est assez têtu. »
Henry intervint sur le côté.
Alors même qu'ils échangeaient ces quelques mots, Arcus tentait une fois de plus de se rapprocher d'Arendt.
Il essaya de lui parler avec désinvolture, mais cette fois encore, Arendt frappa le premier.
« Les nobles doivent être heureux. Peu importe à quel point je peux être capricieux, tout le monde semble l'accepter. »
« … »
Son sarcasme était de premier ordre. L'auditeur ne pouvait qu'en rester stupéfait.
Finalement, Arthur, incapable de continuer à regarder, intervint.
« Tu es de noble naissance, toi aussi. »
« Ah, c'est vrai. Mais tout cela appartient au passé. Cela fait un moment que j'ai été chassé de la maison. »
À mesure qu'Arendt poursuivait, le visage d'Arcus devint livide.
Henry sourit vaguement en observant la scène.
« Laissez-le tranquille. C'est de sa propre faute. Tout est de sa faute. »
« Eh bien… c'est vrai, mais. »
Quiconque voyait la scène se dérouler sous ses yeux aurait ressenti de la pitié pour Arcus, mais en tout état de cause, celui qui devait s'incliner en ce moment n'était autre qu'Arcus.
Richt laissa échapper un bref soupir et posa une question inhabituellement personnelle.
« Êtes-vous un ami de longue date de Sir Arcus ? »
« Oui, je le connais depuis l'académie. »
« Même à l'époque, ces deux-là… n'étaient-ils pas en bons termes ? »
Arthur, qui écoutait en silence, intervint, et Henry hocha la tête.
« Peut-être. En vérité, je n'en sais pas grand-chose. Il n'est pas du genre à beaucoup parler de sa famille… et j'ignorais jusqu'à récemment qu'il avait un frère cadet nommé Arendt. »
« Vous avez dit que cela ne faisait pas si longtemps… ? »
« J'ai entendu une rumeur, à l'époque où Lord Arendt a rejoint les Chevaliers impériaux, selon laquelle le second fils du Comte Eckhart possédait un grand talent pour l'escrime. »
Henry eut un sourire amer.
« Il n'a pas fallu longtemps pour que l'histoire change et dise que son caractère n'était pas une mince affaire. »
« … »
Il était comme ça. Il l'était toujours. Il était tout aussi difficile à gérer à l'époque qu'aujourd'hui.
Ils recommencèrent à observer Arendt et Arcus.
« Oh, était-ce trop dur à dire pour quelqu'un qui a été chassé de sa famille ? »
« … »
« Mais puisque j'ai la langue bien pendue, je devrais dire tout ce qui me passe par la tête. De cette façon, j'aurai au moins une certaine valeur après avoir été mis à la porte. »
C'était Arendt lui-même qui disait qu'il ne prendrait pas une telle chose même si on lui donnait un titre, mais cela n'avait plus d'importance maintenant.
« Je crois que ce bâtard fait ça exprès. »
« Je suis d'accord. »
Richt hocha doucement la tête aux paroles d'Arthur.
Si Arcus ne l'avait pas suivi ainsi, Arendt l'aurait certainement poursuivi pour le harceler.
« Pourquoi ? Dois-je tenir les rênes pour vous ? »
« Arendt, voyons. »
« Lord Arcus, représentant le Comte Eckhart, ne devrait pas monter lui-même à cheval. »
« Arendt, alors… »
« Ou bien, voulez-vous que je vous prépare quelque chose ? De l'eau pour vous laver les pieds ? »
« J'avais tort… »
Arcus, épuisé par ces attaques incessantes, finit par enfouir son visage dans ses mains.
Le plus surprenant dans tout cela était que Laius restait là à regarder.
Étonnamment, c'était lui qui n'avait pas encore renoncé à enseigner les bonnes manières à Arendt. C'était le genre d'homme qui aurait attrapé Arendt par le col cinq fois de plus s'il l'avait vu ainsi, mais à présent, pour une raison quelconque, il se tenait simplement à l'écart en faisant semblant de ne rien voir.
Il pouvait entendre la conversation, alors ses muscles faciaux se contractaient de temps à autre.
Ce comportement, lui aussi, pouvait être interprété si l'on y réfléchissait un peu.
Bien que Laius fût célèbre pour ne jamais laisser ses sentiments personnels interférer avec quoi que ce soit, il y avait une exception à cette règle.
Ses chevaliers.
En tolérant le passage à tabac verbal d'Arcus, il révélait subtilement son intention de prendre le parti d'Arendt.
Il semblait que la souffrance du fils aîné du Comte Eckhart allait durer encore quelque temps.
Ils reprirent leur voyage et atteignirent un petit village au coucher du soleil.
Laius, à qui l'aubergiste avait attribué les chambres, donna la plus grande et la meilleure à Henry et Arcus.
« Vous logerez ici aujourd'hui. C'est un espace restreint, il se peut que ce soit très inconfortable, mais je vous serais reconnaissant de bien vouloir patienter pour une seule journée. »
« Ne vous inquiétez pas, Commandant. J'ai l'habitude de voyager. »
Alors que Laius parlait en inclinant légèrement la tête, Henry sourit et agita la main.
« Le repas sera apporté dans votre chambre. Nous avons d'autres choses à faire, nous ne pouvons donc pas rester avec vous, mais nous serons à proximité, alors nous viendrons en courant si nécessaire. »
« Vous n'avez pas à vous en faire autant. Merci pour votre prévenance, Commandant. »
Après une brève révérence, Laius laissa les deux hommes dans la chambre.
« Je vous le dis, le Commandant Laius est un type vraiment impressionnant. Je crois que cela ne me dérangerait pas de risquer ma vie en travaillant sous les ordres de quelqu'un comme lui. »
« … »
Henry laissa échapper une exclamation, mais Arcus garda la bouche close et ne répondit pas.
Henry gloussa, lisant quelque chose dans ce silence.
« Êtes-vous jaloux ? »
« Le Commandant Laius de Winfried a perdu toute sa famille quand il était jeune et a gravi les échelons jusqu'à sa position actuelle par ses propres moyens. »
Arcus, qui était resté silencieux un instant, finit par ouvrir la bouche.
« Il n'est pas juste de dire à la légère que j'envie ce qu'il a obtenu au cours de ce processus. »
« C'est vrai, mais même en mettant cela de côté, n'est-ce pas incroyable qu'il ait pu gérer Arendt ? »
« … Je ne peux pas le nier. »
Arcus soupira et se frotta le visage.
Son visage semblait manifestement fatigué, peut-être à cause de cette longue journée passée à parler à Arendt.
Henry, qui fixait le vide, demanda d'une voix calme.
« Tu ne vas rien dire ? »
« Quoi ? »
« La raison pour laquelle tu as quitté le territoire. »
« Je ne le ferai pas. »
Une réponse ferme lui revint.
« Pourquoi ? »
« Parce que je ne veux pas m'en servir comme excuse. »
« De toute façon, tu es démodé, toi aussi. »
Henry pinça les lèvres, mais se tut ensuite, comme s'il n'avait aucune intention d'interférer davantage.
Il y eut une brève pause dans la conversation entre les deux, et après un moment, Arcus laissa échapper ce qui était peut-être son énième soupir et se leva.
« Où vas-tu ? »
« Je vais faire un tour. Ne m'attendez pas, mangez d'abord. »
Laissant ces mots derrière lui, Arcus quitta la chambre.
En descendant les escaliers, il aperçut le restaurant au rez-de-chaussée.
C'était assez bruyant à l'heure du dîner. Les employés étaient occupés à servir à manger et à boire, et les clients discutaient en mangeant.
Arcus, qui se tenait sur le palier et regardait en bas, découvrit bientôt une nuque familière.
« Arendt ? »
Et à côté de lui se trouvaient Arthur Norbert et Laius de Winfried.
À un moment donné, ils avaient troqué leurs vêtements pour des tenues décontractées et se retrouvaient à manger à une table avec d'autres personnes.
« Ai-je bien vu ? Il peut se mêler à ce genre d'endroit ? »
Il ne put s'empêcher de douter de ses yeux.
Son frère cadet, qui aimait habituellement la propreté, détestait par-dessus tout partager des plats avec d'autres personnes. La maison du Comte avait des plats spécifiquement destinés à Arendt, et les domestiques s'en occupaient même séparément.
Mais à présent, Arendt buvait sans hésitation dans un verre qui avait dû être utilisé par quelqu'un d'autre.
Même l'étage inférieur était si bondé et bruyant qu'il se sentait mal à l'aise rien qu'en étant là. Ce ne serait pas un endroit où quelqu'un qui n'aimait même pas avoir une conversation normale, à moins d'être un noble, s'intégrerait facilement.
Après un moment, Richt von Crisanta, qui était sorti, rejoignit également la table.
Arthur parlait à Arendt, et Richt semblait approuver ce qui était dit. Laius, absorbé par son repas, poussa le nouveau plat que le propriétaire venait d'apporter devant les chevaliers.
C'était un spectacle étrange.
Même Henry, qui était assez extraverti pour un fils de duc, avait dit qu'il préférait manger séparément dans sa chambre, et lui-même n'avait pas le courage de les rejoindre.
Bien qu'Arthur Norbert fût le seul d'origine roturière parmi eux, personne ne semblait mécontent de l'idée de se mêler aux gens du peuple pour manger sans façon.
Il ne pouvait détacher ses yeux d'Arendt, qui s'empiffrait diligemment tout en discutant avec ses supérieurs.
C'était peut-être pour cela qu'il pressentit le comportement impulsif d'Arendt avant quiconque dans le restaurant.
Arendt sourit de manière significative.
« Quoi ? »
Arthur et Richt, voyant la même chose, cessèrent de manger et froncèrent les sourcils. Laius écarquilla également les yeux et posa sa fourchette.
Mais il était déjà trop tard.
Avant que quiconque ne puisse arrêter Arendt, celui-ci attira l'attention du propriétaire qui passait par là.
« Oh là là, de quoi avez-vous besoin d'autre ? »
Peut-être parce qu'il avait révélé son statut de noble lors de la réservation de la chambre, le propriétaire le traitait avec beaucoup de politesse.
Arendt commanda naturellement d'autres boissons et ouvrit la bouche.
« Mais monsieur, n'avez-vous pas entendu d'histoires intéressantes récemment ? »
« Hein ? Des histoires intéressantes… de quoi parlez-vous ? »
Bien qu'il n'eût pas élevé la voix outre mesure, la voix d'Arendt, qui avait été étouffée par le tumulte, pouvait être entendue clairement jusqu'à l'endroit où se trouvait Arcus.
« Non, ce n'est rien. »
Arendt parla sur un ton qui contenait clairement quelque chose. Alors que le propriétaire inclinait la tête, perplexe, les autres clients autour de lui commencèrent également à regarder les chevaliers un par un.
« Hé, hé ! Que fais-tu ? »
« Attends une minute. Arrête un instant, Arendt ! »
Arthur et Richt agitèrent les mains frénétiquement, mais Arendt les esquiva avec des mouvements fluides, et il finit par aborder un sujet tabou dans un restaurant bondé.
« Je me demandais si les escrocs qui vendent le nom de Dieu et qui sont en pleine ascension ces jours-ci étaient venus jusqu'ici. »
Naturellement, Arcus, qui observait la scène, ne put s'empêcher d'être choqué.
« Ceci… n'était-ce pas une attaque sournoise ? »