Chapitre 284
Chapitre 284 - Prêts ?
Traduction: Moonkissed
Un journaliste se tourna ensuite vers Trapp.
« Kevin, ce club a remporté cette compétition très récemment. Vous faisiez évidemment partie de cette équipe il y a quelques années. Est-ce que cette expérience peut aider l’équipe demain ? »
Trapp hocha légèrement la tête.
« Bien sûr, répondit-il. Nous savons ce qu’il faut pour gagner une finale. Mais chaque finale est différente. Le plus important, c’est que nous croyions en la qualité de cette équipe. Si nous jouons notre football, nous savons que nous avons les joueurs capables de remporter cette compétition. »
La conférence de presse se poursuivit encore pendant une quinzaine de minutes avant que les officiels de l’UEFA n’y mettent fin.
Un peu plus tard, l’équipe entra sur la pelouse de San Mamés pour la séance d’entraînement officielle.
Les tribunes étaient presque entièrement vides, mais la présence des caméras donnait l’impression que des milliers d’yeux invisibles observaient chacun de leurs mouvements.
Pendant les quinze premières minutes, les équipes des médias furent autorisées à filmer.
Les joueurs trottinaient tranquillement sur la pelouse tandis que les photographes, accroupis le long de la ligne de touche, enchaînaient les clichés.
Quelques coéquipiers commencèrent à jongler avec des ballons, réalisant volontairement quelques gestes techniques pour les caméras.
Larsson courut jusqu’à Lukas, qui se tenait près de la ligne médiane.
« Lukas, lança-t-il avec un sourire en désignant les caméras du menton. T’es nerveux ? Fais-leur quelque chose. »
Lukas éclata de rire.
Larsson souleva le ballon du pied et l’envoya tournoyer très haut dans les airs.
« Allez. »
Le ballon monta au-dessus d’eux avant de commencer sa lente descente.
Lukas le suivit calmement du regard, ajustant sa position d’un pas.
Lorsque le ballon retomba, il leva le pied avec un toucher doux, parfaitement synchronisé.
Le ballon s’immobilisa net.
Il retomba juste devant son pied, comme si la gravité avait soudainement cessé d’exister.
Plusieurs photographes tournèrent aussitôt leurs objectifs vers lui.
Lukas commença à jongler tranquillement, faisant danser le ballon entre ses pieds.
Puis il le souleva et le maintint quelques instants en équilibre au centre de son front, inclinant légèrement la tête pour le stabiliser.
Après un moment, il le fit retomber, enchaîna rapidement un tour du monde autour du ballon, puis frappa proprement du cou-de-pied.
Le ballon partit comme une fusée vers le but.
CLANG !
Il heurta la barre transversale dans un grand bruit métallique avant de rebondir sur la pelouse.
Larsson éclata de rire.
« C’était fait exprès ? »
Lukas haussa les épaules, un léger sourire aux lèvres en se tournant vers lui.
« T’en penses quoi ? »
Les caméras avaient tout capturé.
Quelques minutes plus tard, les officiels de l’UEFA signalèrent que les quinze minutes réservées aux médias étaient terminées.
Les journalistes et les équipes de tournage quittèrent progressivement le stade.
Et le véritable entraînement commença.
L’atmosphère changea immédiatement.
Les rires disparurent.
Toppmöller rassembla les joueurs au niveau du rond central et commença à diriger les exercices tactiques préparés pour la journée.
L’heure suivante fut concentrée, précise et intense.
Schémas de pressing.
Exercices de positionnement.
Séquences offensives rapides spécialement conçues pour exploiter la ligne défensive très haute de Tottenham.
Lorsque la séance prit fin, la majorité des joueurs étaient couverts de sueur malgré la douceur du climat de Bilbao.
***
Alors que les joueurs descendaient le tunnel en direction des vestiaires, une voix retentit.
« Lukas ! »
Une femme tenant un microphone s’avança depuis le couloir réservé aux médias.
Son badge indiquait CBS Sports.
« Vous avez une minute ? »
Lukas ralentit légèrement et hocha la tête.
« Bien sûr. »
Le caméraman se mit en position tandis qu’elle tendait le micro vers lui.
« C’est votre première saison, dit-elle. Votre première finale européenne. Qu’est-ce que vous ressentez à l’approche d’un match comme celui-ci ? »
Lukas réfléchit un instant avant de répondre.
« Je mentirais si je disais que ça ne me fait rien, admit-il avec un petit sourire. Bien sûr que ça me touche. C’est une finale. »
Il marqua une courte pause.
« Mais j’essaie de ne pas la voir comme ça. Dans ma tête, je me répète que ce n’est qu’un match comme un autre. Quatre-vingt-dix minutes… peut-être cent vingt. On entre sur le terrain, on joue au football et on fait notre travail. »
La journaliste hocha la tête.
« Bonne chance pour demain. »
« Merci. »
Lukas adressa un petit signe à la caméra avant de poursuivre son chemin dans le tunnel avec le reste de l’équipe.
L’écho de leurs pas se perdit peu à peu dans les couloirs silencieux de San Mamés.
La finale venait encore de se rapprocher d’un jour.
***
La nuit était tombée sur Bilbao.
Depuis les étages supérieurs du Gran Hotel Domine, la ville brillait doucement sous l’obscurité paisible.
Les lumières du Guggenheim se reflétaient sur la rivière et, quelque part au loin, des chants indistincts flottaient encore dans les rues où les supporters continuaient de se rassembler dans les bars et sur les places.
Même à cette heure tardive, la ville ne donnait pas l’impression de se préparer à dormir.
Elle semblait retenir son souffle.
À l’intérieur de l’hôtel, en revanche, les couloirs réservés à l’Eintracht Francfort étaient presque entièrement silencieux.
Les joueurs étaient déjà retournés dans leurs chambres après le dîner et la dernière réunion d’équipe de la journée.
Le programme avait été clair :
Repos.
Sommeil.
Récupération.
Le match aurait lieu le lendemain soir.
Et chaque once d’énergie compterait.
Lukas était allongé sur son lit, les yeux fixés au plafond.
Depuis presque une heure, il essayait de dormir.
Il avait fermé les yeux.
S’était tourné sur un côté.
Puis sur l’autre.
Il avait remonté la couverture.
Puis l’avait rejetée lorsqu’il avait soudainement eu trop chaud.
Rien ne fonctionnait.
Son esprit refusait de se calmer.
Des images tournaient sans cesse dans ses pensées.
Les lumières éclatantes de San Mamés.
Le rugissement de la foule.
Le moment où l’arbitre sifflerait le coup d’envoi de la finale.
Chaque fois qu’il sentait le sommeil commencer à l’emporter, une nouvelle pensée le ramenait brutalement à l’éveil.
Finalement, il se redressa.
« Ouais, marmonna-t-il pour lui-même. C’est mort. »
Il posa les pieds au sol, enfila son sweat à capuche et sortit de la chambre.
Le couloir était plongé dans une lumière tamisée.
Long.
Silencieux.
L’épaisse moquette étouffait ses pas alors qu’il avançait lentement vers l’extrémité du corridor, où une immense baie vitrée allant du sol au plafond donnait sur la rivière.
De l’intérieur, le verre reflétait faiblement l’éclairage du couloir.
Mais au-delà, Bilbao s’étendait dans la nuit comme une mer de lumières dorées dispersées.
En s’approchant de la fenêtre, Lukas réalisa qu’il n’était pas seul.
Trois silhouettes se trouvaient déjà là.
Ekitike, légèrement appuyé contre la vitre.
Larsson, les bras croisés sur la poitrine.
Et Knauff, qui contemplait la ville.
Knauff fut le premier à tourner la tête lorsqu’il entendit Lukas approcher.
Un léger sourire apparut sur son visage.
« Alors, dit-il en secouant doucement la tête. Même toi, t’arrives pas à dormir. »
Lukas expira et vint se placer à côté d’eux, posant légèrement les mains sur la rambarde devant la fenêtre.
« Pas encore. »
Larsson gloussa doucement.
« Bien, dit-il. Je croyais être le seul à devenir fou. »
Ekitike haussa les épaules.
« Le sommeil viendra, dit-il calmement. À un moment ou à un autre. »
Ils restèrent ainsi quelques instants, observant les lumières de Bilbao scintiller sur la rivière.
Quelque part en contrebas, des chants lointains montaient encore dans l’air nocturne.
Knauff inclina légèrement la tête vers la fenêtre.
« Vous entendez ? »
« Des supporters de Tottenham », supposa Larsson.
« Probablement », répondit Lukas.
Une nouvelle minute passa avant que Knauff ne rompe une nouvelle fois le silence.
« Alors, demanda-t-il d’un ton décontracté en se tournant légèrement vers Lukas, qu’est-ce qui se passe après demain ? »
Lukas haussa un sourcil.
« Après demain ? »
« Ouais, répondit Knauff. Cet été. »
La question resta suspendue pendant un instant.
Larsson fut le premier à répondre.
« Moi, je rentre chez moi. En Suède. Ça fait des mois que j’ai pas vu mes grands-parents. »
Il esquissa un léger sourire.
« Ma grand-mère va faire semblant de se foutre complètement du football… puis elle va me poser des questions sur absolument tous les matchs. »