Chapitre 285
Chapitre 285 - Jour J
Traduction: Moonkissed
Ekitike rit doucement.
« Ça, c’est bien la famille. »
« Et toi ? » lui demanda Larsson.
Ekitike haussa les épaules.
« Ça dépend. »
« Ça dépend ? »
« La liste des convoqués en équipe de France va bientôt tomber, répondit-il. Si je suis appelé, je rejoins la sélection. »
« Et sinon ? »
Il écarta les mains.
« Vacances. »
Knauff s’adossa à la vitre.
« Moi, je vais quelque part où il fait chaud, dit-il. Quelque part où il n’y a aucun terrain de foot. »
Larsson hocha la tête avec approbation.
« Ça, c’est un bon plan. »
Puis Knauff se tourna vers Lukas.
« Et toi ? »
Lukas haussa légèrement les épaules.
« Pareil que lui, répondit-il en désignant Ekitike du menton. La liste de la sélection sort vendredi. »
Knauff éclata de rire.
« S’ils te convoquent pas, j’aimerais bien savoir qui ils comptent appeler à ta place. »
Larsson secoua la tête.
« Sérieusement. »
Même Ekitike esquissa un sourire.
Ils continuèrent à discuter tranquillement pendant plusieurs minutes, la conversation oscillant entre petites plaisanteries et réflexions à moitié sérieuses sur ce qui les attendait une fois la saison terminée.
Puis le bruit d’une porte s’ouvrant un peu plus loin dans le couloir les fit se retourner.
Robin Koch sortit le premier de sa chambre en se frottant les yeux.
« Me dites pas que vous arrivez pas à dormir non plus », marmonna-t-il.
« Bienvenue au club », répondit Larsson.
Koch les rejoignit près de la fenêtre.
Quelques instants plus tard, une autre porte s’ouvrit.
Kristensen apparut.
Puis Uzun.
L’un après l’autre, ils descendirent le couloir, attirés par les voix discrètes qui s’élevaient près de la baie vitrée.
Bientôt, sept ou huit joueurs se retrouvèrent dans le couloir, certains adossés aux murs, d’autres appuyés contre la vitre, discutant à voix basse.
Personne ne le disait ouvertement, mais c’était évident.
Personne n’arrivait à dormir.
La conversation passa de leurs projets pour l’après-saison à des souvenirs aléatoires de matchs disputés plus tôt dans l’année.
À mesure que les minutes passaient, la tension diminuait peu à peu.
Finalement, une autre porte s’ouvrit plus loin dans le couloir.
Cette fois, ce fut Dino Toppmöller qui en sortit.
L’entraîneur apparut en survêtement, ayant manifestement entendu les voix résonner doucement dans le couloir.
Il s’arrêta lorsqu’il aperçut le petit groupe rassemblé près de la fenêtre.
Pendant un instant, il se contenta de les regarder.
Puis il soupira.
« Vous savez, dit-il calmement, qu’il y a un match demain. »
Les joueurs se tournèrent vers lui.
« Je sais que vous êtes nerveux, poursuivit-il d’un ton plus doux. C’est normal. »
Son regard parcourut le groupe.
« Mais vous avez quand même besoin de dormir. »
Personne ne protesta.
« Huit heures, ajouta-t-il fermement. Minimum. »
Quelques joueurs laissèrent échapper un petit rire.
Toppmöller secoua légèrement la tête.
« Retournez dans vos chambres. »
Il marqua une courte pause.
« Demain, on écrit l’histoire. »
Les joueurs commencèrent lentement à se disperser, chacun regagnant sa chambre le long du couloir.
Lukas resta encore un instant devant la fenêtre.
Dehors, Bilbao continuait de briller sous le ciel nocturne.
Demain soir, toutes ces lumières entoureraient San Mamés.
Et tout changerait.
***
Même plusieurs heures avant le coup d’envoi, San Mamés était déjà en ébullition.
L’immense stade brillait sous le ciel nocturne de Bilbao comme une gigantesque lanterne rouge, sa façade extérieure illuminée par des milliers de lumières scintillant sur les panneaux d’acier enveloppant la structure.
La place entourant le stade s’était transformée en quelque chose qui ressemblait davantage à un festival qu’aux abords d’une enceinte sportive.
Les rues étaient fermées à la circulation depuis l’après-midi.
À la place, une mer interminable de supporters arborait des couleurs qui s’affrontaient sous les lumières du soir.
Rouge et blanc.
Noir et blanc.
Tottenham Hotspur d’un côté.
L’Eintracht Francfort de l’autre.
L’air vibrait déjà au rythme des chants bien avant l’arrivée des joueurs.
Des voix anglaises rugissaient depuis un coin de la place, entonnant des chants qui résonnaient dans les rues voisines, tandis que les supporters de Francfort leur répondaient de l’autre côté avec leurs propres refrains tonitruants.
Des drapeaux flottaient partout.
Certains étaient d’immenses bannières s’étendant sur des sections entières de barrières.
D’autres étaient noués autour des épaules des supporters comme des capes.
Au loin, des fumigènes s’allumaient parfois, projetant des volutes de fumée rouge dans la douceur de la nuit.
Des files de sécurité s’étendaient devant chaque entrée, tandis que les stadiers dirigeaient les vagues de supporters à travers les portes par flux soigneusement contrôlés.
Les camions des chaînes de télévision occupaient des rangées entières du parking, leurs antennes dressées vers le ciel tandis que les journalistes assuraient des directs suivis dans toute l’Europe.
Toutes les quelques minutes, un nouveau chant s’élevait d’une partie de la foule avant de déferler sur la place comme une vague venant frapper les murs du stade.
À l’intérieur, les tribunes se remplissaient rapidement.
Lorsque le bus de Francfort arriva enfin à l’entrée souterraine, le bruit au-dessus d’eux était déjà assourdissant.
Les joueurs descendirent un à un dans la zone du tunnel, accueillis par le grondement étouffé de cinquante mille voix résonnant à travers les couloirs de béton.
Pour certains, ce vacarme provoquait une poussée d’excitation.
Pour d’autres, quelque chose de plus proche de la nervosité.
Lukas descendit du bus parmi les derniers, son sac passé sur une épaule, puis se dirigea vers l’entrée du vestiaire.
Le bruit au-dessus de lui semblait vivant.
Il faisait vibrer toute la structure du stade.
Il résonnait dans le béton sous ses chaussures.
Lukas avait déjà joué dans des stades bruyants.
Mais là, c’était différent.
C’était une finale.
À l’intérieur du vestiaire, les joueurs se changèrent en silence et enfilèrent leurs tenues d’échauffement pendant que les membres du staff circulaient dans la pièce, vérifiant le matériel et transmettant les dernières consignes.
Certains joueurs plaisantaient légèrement avec leurs coéquipiers.
D’autres restaient assis en silence, occupés à strapper leurs poignets ou à ajuster leurs protège-tibias.
La tension pesait dans la pièce comme un poids invisible.
Finalement, la porte s’ouvrit de nouveau.
« Échauffement. »
Les joueurs se levèrent presque à l’unisson.
Ils avancèrent ensemble dans le tunnel, suivant l’étroit couloir qui remontait en courbe vers l’entrée de la pelouse.
À mesure qu’ils approchaient du dernier virage, le bruit du stade devenait de plus en plus puissant, jusqu’à donner l’impression de se tenir à côté d’une cascade.
Puis ils débouchèrent sur le terrain.
Le spectacle était saisissant.
San Mamés était plein à craquer.
Des dizaines de milliers de supporters occupaient les tribunes du premier au dernier rang, leurs couleurs se mélangeant en une immense mosaïque encerclant toute l’enceinte.
D’un côté, les supporters de Tottenham formaient un gigantesque bloc blanc, leurs drapeaux ondulant sans interruption au-dessus de la foule.
À l’opposé, ceux de Francfort avaient transformé leur tribune en une tempête tourbillonnante de bannières noires et rouges.
Les chants des deux camps s’affrontaient aux extrémités du stade, montant et retombant par vagues qui venaient se fracasser les unes contre les autres au-dessus de la pelouse.
Les tambours résonnaient.
Les écharpes étaient tendues au-dessus des têtes.
Des feux d’artifice éclatèrent brièvement quelque part à l’extérieur du stade, leurs lueurs se reflétant faiblement sur les tribunes supérieures.
Les joueurs entrèrent sur la pelouse en trottinant pour commencer leur échauffement.
Sous leurs crampons, le gazon parfaitement taillé brillait sous les projecteurs.
Lukas essaya de ne pas trop lever les yeux.
À la place, il se concentra sur la routine qu’il suivait avant chaque match depuis son enfance.
D’abord un footing léger.
Des étirements.
De courts sprints.
Toucher le ballon.
Recommencer.
Il enchaînait les exercices presque machinalement, essayant de garder une respiration lente et régulière.
Toutes les quelques secondes, il se répétait la même chose.
Juste un match comme les autres.
Juste quatre-vingt-dix minutes.
Peut-être cent vingt.
Le vacarme qui l’entourait semblait pourtant vouloir lui raconter une tout autre histoire.
À un moment, il leva les yeux vers les tribunes et parcourut du regard les rangées de loges VIP qui bordaient les parois du stade.
Puis il les trouva.
Dans l’une des loges vitrées, haut au-dessus de la pelouse, plusieurs visages familiers étaient réunis.
Javi.
Anne.
João.
Joanna.
Ruben.
Carlos et Sofia Gimenez.
Et légèrement en retrait, les bras croisés, se tenait Marco, son agent.
Ils étaient tous là.
Et ils le regardaient.