Chapitre 278
Chapitre 278 - Un de plus
Traduction: Moonkissed
Fribourg poussa désespérément vers l’avant, tentant de revenir dans le match.
Cette agressivité laissa des espaces.
Et Francfort les exploita sans pitié.
À la 62e minute, Fribourg obtint un corner. Le centre arriva dans la surface, mais Ekitike s’éleva plus haut que tout le monde et repoussa puissamment le ballon.
Celui-ci monta très haut dans les airs avant de retomber près de la ligne médiane.
Lukas était déjà parti.
Lorsque les défenseurs de Fribourg se retournèrent, il était lancé.
Face à face.
La moitié du terrain devant lui.
Il conduisit calmement le ballon jusqu’au but avant de le glisser à côté du gardien.
4-1.
Fin du match.
Mais Francfort n’en avait pas terminé.
Dix minutes plus tard, un corner tiré par Chaïbi trouva de nouveau Ekitike.
Cette fois, sa tête fila directement au fond des filets.
5-1.
Une domination totale.
Alors que les joueurs applaudissaient les supporters, les commentateurs résumèrent la situation.
« Quelle démonstration. »
« Et quelle saison pour ce jeune homme. »
La caméra retrouva Lukas.
« Un joueur qui n’a disputé qu’une demi-saison en Bundesliga. »
« Et pourtant, il termine le championnat avec 15 buts et 10 passes décisives. En moins de quinze matchs. »
Son collègue ajouta avec incrédulité :
« Et ce qui est remarquable, c’est à quel point il se rapproche du record de passes décisives alors qu’il n’a joué que la moitié de la saison. »
Ils marquèrent une pause tandis que Lukas adressait un dernier salut aux supporters.
« Une véritable révélation. »
« Une demi-saison... et déjà l’un des joueurs les plus décisifs du championnat. »
La caméra resta encore quelques instants sur lui avant de s’éloigner pour montrer l’ensemble du stade.
La campagne de Bundesliga de l’Eintracht Francfort était terminée.
Mais le match le plus important de leur saison les attendait encore.
Bilbao.
***
Le vestiaire visiteur de l’Europa-Park Stadion était bien plus bruyant qu’il ne l’avait été de toute l’après-midi.
La porte venait à peine de se refermer derrière les joueurs de Francfort que le vacarme explosa dans la pièce comme une soupape de sécurité qu’on venait d’ouvrir.
Les éclats de rire rebondissaient sur les murs carrelés.
Les crampons frappaient le sol.
Quelqu’un avait déjà branché une enceinte diffusant de la musique dans tout le vestiaire.
L’ambiance n’était pas un chaos incontrôlé.
C’était plutôt l’énergie détendue et satisfaite d’une équipe consciente d’avoir accompli quelque chose d’impressionnant, et dans l’un des endroits les plus difficiles pour le faire.
Avant la rencontre, Fribourg avait tout à gagner.
La qualification en Ligue des Champions était en jeu.
Le stade était rempli de supporters persuadés qu’un dernier effort suffirait pour décrocher la quatrième place.
À l’inverse, Francfort n’avait rien à jouer au classement.
Sa position était déjà assurée.
Mais le football possède parfois un sens de l’ironie bien particulier.
Quatre-vingt-dix minutes plus tard, c’était Francfort qui célébrait dans son vestiaire tandis que les espoirs de Fribourg s’effondraient à l’extérieur.
Les joueurs circulaient dans la pièce avec de larges sourires, revivant les meilleurs moments du match et se félicitant comme s’ils venaient de gagner quelque chose de bien plus important que trois points.
Knauff passa le premier près de Lukas.
Souriant, il lui donna une petite tape derrière la tête.
« Deux buts, hein ? » lança-t-il en riant.
Un autre coéquipier arriva aussitôt après et ébouriffa brutalement les cheveux de Lukas avant de poursuivre son chemin vers son casier.
« Le gamin essaie de voler le titre de meilleur buteur du club en une demi-saison ! »
Cette remarque déclencha plusieurs rires.
« Il est à égalité avec Omar à la deuxième place, je crois. Hugo est toujours premier, non ? » ajouta Knauff en passant ses bras autour des épaules de Lukas.
Lukas et Marmoush comptaient chacun quinze buts en championnat.
Ekitike venait quant à lui d’inscrire son dix-huitième but de la saison ce soir-là.
Mais Ekitike avait disputé deux fois plus de matchs de Bundesliga que Lukas.
Lukas baissa la tête avec un sourire, essayant sans succès d’échapper aux mains de Knauff qui continuaient à lui décoiffer les cheveux.
À l’autre bout du vestiaire, Ekitike entendit son nom.
Il s’approcha en levant les deux mains, l’air à la fois fier et amusé.
« Deux et une. »
Il haussa les sourcils.
Lukas reproduisit le geste.
« Deux et une. »
Leurs paumes claquèrent rapidement avant qu’ils n’échangent une légère épaule contre épaule.
La familiarité naturelle de deux coéquipiers qui venaient de démolir ensemble la défense de Fribourg.
« Belle passe sur le premier but », ajouta Ekitike en secouant légèrement la tête, comme s’il revoyait encore l’action.
« C’est toi qui l’as mise au fond », répondit Lukas avec un haussement d’épaules. « C’est ce qui compte. »
Autour d’eux, le vestiaire continuait de bourdonner.
Certains joueurs avaient déjà sorti leur téléphone et faisaient défiler les réactions sur Internet.
D’autres rejouaient leurs actions préférées du match, débattant avec bonne humeur pour savoir qui méritait le crédit de telle ou telle construction.
Finalement, Lukas rejoignit son casier.
Il s’assit sur le banc en bois et se pencha pour retirer ses chaussures.
En étirant légèrement ses jambes afin de récupérer après la rencontre, il ressentit quelque chose d’inhabituel.
Une légère tension à l’arrière de sa cuisse gauche.
Ce n’était pas une douleur vive.
Ce n’était même pas vraiment inconfortable.
Mais elle était là.
Il fronça légèrement les sourcils et tendit sa jambe devant lui.
Il contracta le muscle.
Puis l’étira de nouveau.
Il essayait de déterminer s’il s’agissait simplement de fatigue normale ou d’autre chose.
La sensation persistait.
Une raideur discrète, légèrement différente des douleurs habituelles après quatre-vingt-dix minutes de jeu.
Larsson le remarqua presque immédiatement en passant devant lui.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Lukas secoua la tête avec désinvolture.
« Rien. »
Il étira encore sa jambe.
« Juste une petite crampe. »
Larsson s’arrêta malgré tout.
Il s’accroupit à côté de lui, saisit son talon et leva doucement sa jambe pour approfondir l’étirement.
« Détends-toi. »
Il poussa légèrement plus haut afin d’allonger davantage le muscle.
L’étirement tira sur l’ischio-jambier.
Lukas s’adossa au banc et laissa la tension se relâcher progressivement.
« Trop de sprints », ajouta Larsson avec un demi-sourire.
« Probablement », admit Lukas.
Ils maintinrent la position quelques secondes.
Puis Larsson relâcha sa jambe et se releva.
« Mieux ? »
Lukas se remit debout et tapa deux fois du pied sur le sol pour tester le muscle.
La tension diminua presque immédiatement.
« Oui. »
Il fit rouler ses épaules.
« Beaucoup mieux. »
Il attrapa une serviette et la jeta sur son épaule.
« Tu vois ? Rien du tout. »
Larsson lui lança un regard sceptique avant de hausser les épaules et de partir vers les douches.
Lukas n’y pensa plus vraiment.
À l’autre bout du vestiaire, la porte s’ouvrit soudainement.
Toppmöller entra.
Le bruit diminua légèrement.
Pas totalement.
Mais assez pour montrer le réflexe naturel des joueurs lorsqu’un entraîneur pénètre dans la pièce.
Il balaya calmement le vestiaire du regard.
Puis ses yeux s’arrêtèrent sur deux personnes.
« Ekitike. »
Son regard se déplaça.
« Lukas. »
Les deux levèrent la tête.
« Venez avec moi. »
Quelques coéquipiers sifflèrent immédiatement.
« Conférence de presse ! »
« Ne dites rien de stupide ! » cria quelqu’un depuis l’autre côté du vestiaire.
Une nouvelle vague de rires éclata.
Lukas leva les yeux au ciel en se levant.
« Trop tard pour ça », marmonna-t-il.
Ekitike éclata de rire.
Tous deux suivirent l’entraîneur hors du vestiaire, puis dans le couloir menant à la zone média.
Environ quinze minutes plus tard, ils revinrent.
L’ambiance s’était un peu calmée pendant leur absence.
La musique jouait toujours doucement.
Mais les joueurs avaient retrouvé le rythme tranquille de l’après-match : boissons de récupération, chaussures retirées, serviettes posées sur les épaules.
Toppmöller entra derrière eux.
Puis il frappa une fois dans ses mains.