Chapitre 277
Chapitre 277 - Yeux sur le but
Traduction: Moonkissed
Plus tard dans l’après-midi, une fois la séance physique terminée sur le terrain et les exercices de récupération achevés, l’effectif se rassembla dans la salle d’analyse du club.
La pièce était faiblement éclairée. Plusieurs rangées de sièges faisaient face à un grand écran fixé au mur. Quelques membres du staff avaient leurs ordinateurs portables ouverts tandis que des assistants circulaient discrètement sur les côtés.
Les joueurs prirent place, certains tenant encore une bouteille d’eau, d’autres étirant leurs jambes après l’entraînement.
L’atmosphère était calme, mais attentive.
Lukas s’installa au milieu de la salle, entre Knauff et Ekitike, légèrement adossé à son siège tandis que les lumières diminuaient encore.
À l’avant se tenait Dino Toppmöller, les bras croisés.
Il attendit que tout le monde soit installé.
« Très bien », dit-il.
L’écran s’alluma.
Une séquence de conférence de presse apparut.
Le logo de Tottenham Hotspur était visible derrière le pupitre.
Puis Ange Postecoglou apparut à l’écran.
Quelques joueurs se redressèrent légèrement.
Ils savaient tous où cela allait mener.
Postecoglou répondait calmement à une question d’un journaliste.
« Comme je l’ai déjà dit », déclara l’entraîneur des Spurs avec assurance, « je gagne toujours quelque chose lors de ma deuxième saison. »
La salle resta silencieuse tandis que la vidéo continuait.
« Nous sommes désormais en finale européenne », ajouta-t-il. « Et je suis convaincu à cent pour cent que cette équipe terminera le travail. »
La vidéo prit fin.
L’écran resta figé sur le logo de Tottenham.
Toppmöller laissa le silence s’installer quelques instants avant de reprendre la parole.
« Voilà donc », dit-il lentement.
Son regard parcourut la pièce.
« Le niveau de confiance de l’autre camp. »
Quelques joueurs esquissèrent un sourire.
« Ils sont absolument convaincus qu’ils vont nous battre », poursuivit-il.
Il s’approcha de l’écran.
« Ils pensent que cette finale leur appartient déjà. »
Puis il se retourna vers son équipe.
« Et honnêtement... je comprends pourquoi. »
Quelques regards s’échangèrent.
« Un entraîneur qui gagne des trophées. Un club de Premier League. Un effectif énorme. Un budget colossal. »
Il haussa légèrement les épaules.
« Sur le papier, ils sont censés gagner. »
La salle resta silencieuse.
Puis son ton se fit plus tranchant.
« Mais le football ne se joue pas sur le papier. »
Plusieurs joueurs acquiescèrent.
« Pendant les deux prochaines semaines », dit-il en pointant l’écran, « c’est le seul match qui compte. »
Il marqua une pause.
« Oubliez vendredi. »
Plusieurs têtes se relevèrent.
« Oui », affirma fermement Toppmöller. « Nous avons Fribourg vendredi. Nous respecterons ce match. Nous jouerons avec professionnalisme. »
« Mais ce n’est pas la mission. »
Il tapota l’écran derrière lui.
« La mission, c’est Bilbao. »
Le mot resta suspendu dans l’air.
« Dans deux semaines », poursuivit-il, « nous entrerons dans le San Mamés pour disputer une finale européenne. »
Sa voix demeurait calme, mais lourde de sens.
« Tottenham croit que tout est déjà décidé. »
Il balaya lentement la salle du regard.
« Je veux qu’ils continuent à le croire. »
Quelques sourires apparurent.
« Parce que pendant qu’ils parlent de destin et de deuxième saison... »
Nouvelle pause.
« Nous, nous travaillerons. »
Il désigna le staff installé contre le mur.
« Pendant les deux prochaines semaines, nous allons les étudier. Chaque déplacement. Chaque déclencheur de pressing. Chaque faiblesse défensive. »
Les joueurs se penchèrent légèrement en avant.
« Nous allons nous préparer. »
Il secoua la tête.
« Pas simplement pour rivaliser. »
« Pour gagner. »
Son regard parcourut une nouvelle fois la salle et s’arrêta brièvement sur Lukas.
« Les finales ne se jouent pas avec la peur. »
« Elles se jouent avec du courage. »
Il recula légèrement.
« Vous avez déjà accompli quelque chose d’exceptionnel cette saison. Personne ne nous imaginait arriver jusque-là. »
Il pointa encore l’écran.
« Mais maintenant que nous y sommes... »
Sa voix se durcit légèrement.
« ...nous ne repartirons pas les mains vides. »
Le silence s’installa.
Puis Toppmöller hocha la tête.
« Reprise de l’entraînement demain matin. »
Il éteignit l’écran.
Puis, jetant un dernier regard à l’équipe :
« À partir de maintenant, tout ce que nous faisons est pour Bilbao. »
***
Vendredi 16 mai
Le soleil commençait déjà à disparaître derrière les tribunes de l’Europa-Park Stadion lorsque le coup de sifflet final retentit.
Les joueurs de Francfort levèrent les bras vers le parcage visiteurs, applaudissant les supporters qui avaient rempli leur secteur d’écharpes noires et blanches.
Le tableau d’affichage brillait dans la lumière du soir.
SC Fribourg 1 – 5 Eintracht Francfort
Le match venait à peine de se terminer, mais les chants des supporters francfortois continuaient de résonner dans tout le stade.
Sur la pelouse, Lukas marchait lentement vers eux en applaudissant au-dessus de sa tête.
Le trophée d’Homme du Match était coincé sous son bras.
La sueur collait encore à ses cheveux et son maillot était trempé après quatre-vingt-dix minutes d’efforts incessants.
Autour de lui, ses coéquipiers faisaient de même.
Ekitike échangeait son maillot avec un joueur de Fribourg.
Knauff trottinait vers la ligne de touche.
Le reste de l’équipe saluait les supporters ayant effectué le déplacement.
Dans la cabine des commentateurs, les analystes tentaient encore de comprendre ce qu’ils venaient de voir.
« Une véritable démolition », déclara l’un d’eux. « Et probablement au pire moment possible pour Fribourg. »
Les enjeux étaient pourtant simples.
C’était la dernière journée de Bundesliga.
Fribourg abordait cette rencontre à la quatrième place.
Une victoire leur suffisait.
Gagner signifiait une qualification en Ligue des Champions, quel que soit le résultat du Borussia Dortmund.
Le stade était plein plusieurs heures avant le coup d’envoi.
Les supporters sentaient l’occasion historique.
Mais quatre-vingt-dix minutes plus tard, tout avait changé.
Parce que Dortmund avait fait son travail.
Et Fribourg... non.
Avec cette défaite, Dortmund leur passait devant et récupérait la quatrième place.
Fribourg retombait cinquième.
Une position synonyme de Ligue Europa au lieu de Ligue des Champions.
L’un des commentateurs poussa un soupir.
« Une fin de saison cruelle pour Fribourg. »
Puis il ajouta :
« Même s’il reste encore une infime possibilité. »
Son collègue reprit immédiatement :
« Oui, mais elle est compliquée. »
Alors que les ralentis défilaient à l’écran, il expliqua :
« Actuellement, le classement UEFA des coefficients place l’Angleterre première, l’Espagne deuxième et l’Allemagne troisième. »
« Si l’Allemagne parvient à dépasser l’Espagne à l’issue des compétitions européennes la semaine prochaine, la Bundesliga obtiendra cinq places qualificatives pour la Ligue des Champions au lieu de quatre. »
« Et dans ce cas... »
Il marqua une pause.
« Fribourg, cinquième du championnat, retrouverait soudainement une place en Ligue des Champions. »
La caméra montra brièvement plusieurs joueurs de Fribourg assis sur la pelouse, épuisés.
« Mais pour que cela arrive », poursuivit-il, « deux conditions très précises doivent être réunies. »
« Premièrement : l’Eintracht Francfort doit battre Tottenham en finale de Ligue Europa. »
« Deuxièmement : Chelsea doit battre le Real Betis en finale de Ligue Conférence. »
« Si ces deux résultats se produisent, l’Allemagne dépassera l’Espagne au coefficient UEFA. »
« Et Fribourg recevra une dernière chance d’accéder à la Ligue des Champions. »
Pendant ce temps, Lukas avait atteint le parcage visiteurs et leva de nouveau les bras.
Les supporters rugirent.
Puis quelqu’un s’approcha de lui.
L’entraîneur de Fribourg.
Il posa calmement une main sur son épaule et lui adressa quelques mots avec un léger sourire.
Lukas éclata doucement de rire.
La caméra zooma sur leur conversation.
Dans la cabine, les commentateurs rirent également.
« Je vais vous dire exactement ce qu’il lui dit. »
« Ah oui ? »
« Il le supplie de faire la même chose à Tottenham la semaine prochaine. »
Les deux éclatèrent de rire.
« Et honnêtement », ajouta le second, « après ce que nous avons vu aujourd’hui... il pourrait bien le faire. »
Car dès le coup d’envoi, Francfort avait été supérieur.
Même dans un stade rempli d’espoir et de supporters fribourgeois.
Pourtant, ce fut Fribourg qui frappa en premier.
À la 18e minute, un centre venu de la droite trouva Michael Gregoritsch, qui s’éleva entre deux défenseurs.
Sa tête puissante et précise termina au fond des filets malgré Trapp.
Le stade explosa.
Pendant un instant.
Fribourg y crut.
1-0.
Mais cet instant fut de courte durée.
Francfort répondit avec une efficacité impitoyable.
Dix minutes plus tard, Lukas reçut le ballon entre les lignes au milieu de terrain.
Il se retourna rapidement et aperçut Ekitike démarrer un appel diagonal dans le dos de la défense.
La passe partit immédiatement.
Un ballon parfaitement dosé qui découpa la ligne défensive de Fribourg.
Ekitike s’élança.
Contrôle.
Puis finition du pied devant le gardien.
1-1.
Les supporters de Francfort explosèrent de joie.
Cette égalisation changea totalement le rythme de la rencontre.
À partir de ce moment-là, Fribourg ne retrouva jamais le contrôle.
Puis Lukas frappa à son tour.
À la 34e minute, il récupéra le ballon juste à l’extérieur de la surface côté droit.
Un milieu de Fribourg sortit sur lui.
Lukas poussa rapidement le ballon pour l’éliminer.
Un pas.
Un espace.
Puis une frappe enroulée vers le second poteau.
Le ballon décrivit une courbe magnifique.
Hors de portée du gardien.
Et termina dans la lucarne.
2-1.
Le stade se tut.
À l’exception du parcage visiteurs.
Avant même que Fribourg ne puisse réagir, Francfort frappa encore.
Juste avant la pause, une combinaison rapide sur le côté droit libéra Knauff.
Il pénétra dans la surface et conclut d’une frappe croisée.
3-1.
La mi-temps arriva.
Fribourg était sous le choc.
Et la seconde période ne fit qu’aggraver la situation.