Chapitre 233
Chapitre 233 - L’enfant
Traduction: Moonkissed
La porte claqua derrière eux, coupant net le vacarme extérieur comme un coup de couteau. La chaleur et la frustration régnaient dans le vestiaire de Mayence, où les crampons raclaient le carrelage, les joueurs s'effondraient sur les bancs et les serviettes étaient tirées sur la tête. Avant même que quiconque ait eu le temps de reprendre son souffle, Bo Henriksen se tenait déjà au milieu de la pièce.
« Regardez-moi », lança-t-il en frappant une fois dans ses mains, d'un geste sec et bruyant. « Regardez-moi. »
Le silence s'installa, seulement rompu par des respirations haletantes.
« Où est l'intensité ? » continua-t-il en élevant la voix. « Où est la combativité ? C'est notre stade. Notre public. Et vous laissez un gamin de seize ans mener le jeu comme s'il s'agissait d'un entraînement. »
Il pointa du doigt la porte, en direction du terrain qu'ils venaient de quitter.
« Ils viennent ici sans rien à jouer dans le championnat et nous les laissons se sentir à l'aise. Nous les laissons s'installer. Nous laissons un seul garçon décider de tout. »
Henriksen faisait maintenant les cent pas, les mains en mouvement, la colère à peine contenue.
« Vous voulez jouer en Europe la saison prochaine ? » demanda-t-il en s'arrêtant soudainement. « Alors jouez comme il faut. Parce que si nous perdons ce match, si nous y retournons comme ça, vous pouvez oublier. Oubliez le classement. Oubliez le rêve. »
Il se tourna brusquement vers le côté gauche de la pièce.
« Caci. Costa. »
Les deux joueurs se redressèrent instinctivement.
« Vous lui laissez de l'espace », dit Henriksen en pointant son doigt en l'air. « Vous reculez. Vous attendez. Et que se passe-t-il ? Il lève les yeux. Il sourit. Et il nous fait mal. »
Il se pencha vers eux, la voix plus basse mais plus menaçante.
« C'est un gamin », dit Henriksen. « Un gamin. Faites-lui mal. Engagez-vous. Soyez durs. Faites-lui ressentir chaque sprint, chaque contact. Faites-lui réfléchir à deux fois avant de se précipiter à nouveau sur vous. »
Il imita un duel épaule contre épaule avec ses bras.
« Ne l'accompagnez pas. Ne l'admirez pas. Soyez agressifs, soyez physiques, mettez-le mal à l'aise. Dès la première seconde de la deuxième mi-temps. »
Henriksen se redressa et regarda à nouveau autour de lui, les yeux brûlants.
« Ce public vous portera si vous lui donnez quelque chose », dit-il. « Un tacle. Un duel. Un moment de feu. C'est tout ce qu'il faut. »
Il frappa à nouveau dans ses mains, plus fort cette fois.
« Allez-y et montrez-leur que vous avez votre place en Europe. Ou ne prenez pas la peine de revenir ici avec des excuses. »
Les joueurs se levèrent lentement, la mâchoire serrée, les crampons désormais mieux lacés. Dehors, le bruit reprenait déjà de plus belle.
* * *
Le coup de sifflet retentit, couvrant le bruit, et la deuxième mi-temps commença.
« Et Francfort nous remet en selle », annonça le commentateur, l'ambiance toujours électrique après la pause.
Ekitiké fit rouler le ballon depuis le point central, calmement et délibérément, jusqu'à Koch. Koch le contrôla d'une touche et le passa à Trapp, qui n'hésita pas. Il s'élança et envoya le ballon loin devant, le propulsant dans la moitié de terrain de Mayence alors que les deux équipes se ruaient vers l'avant.
« Un début très direct de la part de l'Eintracht », nota le commentateur. « Ils ne cherchent pas à y aller doucement. »
Un défenseur de Mayence s'est élevé le premier et a réussi à toucher le ballon de la tête, mais son dégagement manquait de conviction. Le ballon est tombé maladroitement au milieu du terrain, et Larsson s'est dirigé vers lui, les yeux rivés vers le haut. Il l'a amorti avec sa poitrine, essayant de le contrôler.
Il n'en a jamais eu l'occasion.
Sano est arrivé en trombe par derrière, percutant Larsson dans le dos avec son épaule, envoyant le Suédois s'étaler sur le gazon.
« Ouf, trop tard, beaucoup trop tard ! »
« C'est un coup bas de Sano ! »
Les cris de la foule locale ont été immédiats et tonitruants, l'approbation résonnant dans tout le stade alors que Larsson glissait sur la pelouse. Des sifflets et des applaudissements ont plu des tribunes, encourageant Mayence à continuer à jouer physiquement.
Les joueurs de Francfort ont réagi instantanément.
« C'est un carton ! »
« Il l'a percuté dans le dos ! »
« On ne peut pas laisser passer ça ! »
Ils se sont précipités vers l'arbitre, les bras tendus, l'incrédulité se lisant sur leurs visages. L'arbitre a levé les deux mains brusquement, leur faisant signe de s'éloigner. Il a sifflé, a indiqué l'endroit de la faute, et rien de plus. Pas de carton. Pas même un avertissement.
« Et... pas de carton jaune », a déclaré le co-commentateur, la surprise perceptible dans sa voix. « Cela ne va pas plaire à l'Eintracht Francfort. »
Les supporters de Mayence ont adoré. Les acclamations se sont intensifiées, nourries par le sentiment que le ton de la mi-temps était donné.
Francfort n'en croyait pas ses yeux.
Sur la ligne de touche, Toppmöller venait à peine de s'asseoir qu'il se relevait déjà, sa veste ouverte, pour se précipiter vers le quatrième arbitre.
« C'est par derrière ! C'est dangereux ! » a-t-il crié en pointant du doigt le milieu de terrain.
« La mi-temps vient à peine de commencer et l'ambiance est déjà survoltée », commentait le commentateur. « Toppmöller est furieux. »
Le quatrième arbitre a tenu bon, les paumes tendues, l'exhortant à se calmer et à retourner dans sa zone. Buck est rapidement intervenu, posant une main sur le bras de Toppmöller et lui murmurant quelque chose à l'oreille, tout en le tirant doucement mais fermement en arrière avant que la situation ne s'aggrave davantage.
Sur le terrain, Lukas courut vers Larsson et lui tendit la main. Il l'aida à se relever, lui donna une petite tape sur l'épaule et le regarda dans les yeux.
« Ça va ? »
Larsson acquiesça immédiatement, la mâchoire serrée, et leva le pouce vers le banc tout en époussetant son short.
« C'est ça, le leadership chez ce gamin », a observé un supporter local. « Il va directement vers son coéquipier pour s'assurer qu'il va bien. »
« Dommage qu'il joue pour Francfort. Pourquoi n'est-il pas issu de notre académie ? », a répondu l'homme en face de lui, avant qu'ils ne se remettent tous les deux à huer Larsson qui continuait à marcher.
Lukas s'attarda un instant, puis retourna à sa position, scrutant le terrain, le regard durci.
« Le message de Mayence est clair », ajouta le commentateur. « Ils veulent que ce soit moche. La question est de savoir comment Francfort va réagir. »
Et alors que le coup franc était prêt, les sifflets retentissant encore et les corps déjà tendus pour le prochain défi, il était clair que cette seconde mi-temps allait être disputée centimètre par centimètre.
La reprise n'a rien fait pour calmer le jeu. Au contraire, Mayence s'est encore plus enfoncé dans le chaos, pressant plus haut, taclant plus fort, se nourrissant de chaque grognement et sifflement provenant des tribunes. Francfort a été contraint de se mettre en mode survie pendant de longues périodes, dégagements, ralentissement du tempo quand c'était possible, essayant de désamorcer l'agressivité de l'équipe locale.
Trapp s'est très vite retrouvé très occupé.
Une passe précise sur la droite a libéré Burkardt dans l'espace, dont le tir à ras de terre a filé vers le poteau proche avant que Trapp ne plonge rapidement et avec force sur sa droite pour le repousser d'un geste ferme du poignet. Quelques minutes plus tard, Lee s'est faufilé dans l'espace et a envoyé un tir enroulé vers le coin opposé, mais Trapp s'est élancé et l'a détourné du bout des doigts.
« Deux arrêts décisifs déjà pour Kevin Trapp !
Il maintient Francfort dans le match ! »
Chaque arrêt provoquait une nouvelle vague de bruit, une nouvelle vague de pression, et Francfort le ressentait. Au milieu de tout cela, Lukas s'est adapté. Le risque a disparu de son jeu. Des passes en une touche, des passes courtes, des changements rapides. Pas de dribbles. Pas de défis lancés. Chaque fois que le ballon semblait rouler vers lui, un maillot rouge et blanc fonçait à toute vitesse.
« Ils le traquent maintenant. »
« Chaque fois que Brandt s'en approche, ils se ruent sur lui. »
Il l'a vu. Il l'a senti. Et il s'est adapté.
Francfort a absorbé. Mayence a poursuivi. Le temps passait, la tension montait à chaque minute où Mayence ne parvenait pas à marquer. Puis, juste après l'heure de jeu, Francfort a trouvé la faille.
C'est arrivé à la 63e minute, lorsque Francfort a pratiquement scellé le sort du match.