Chapitre 177
Chapitre 177 - Urgent
Traduction: Moonkissed
Les doigts d'Anne se crispèrent légèrement sur le volant. Elle gardait les yeux rivés sur la route, mais Lukas pouvait voir une brève hésitation dans son menton.
« Désolée », dit-elle doucement, « tu peux répéter ? Je n'ai pas bien entendu. »
Lukas acquiesça, même si quelque chose dans son ton lui indiquait qu'elle l'avait parfaitement entendu la première fois.
« Je t'ai demandé... qu'est-ce que mon père t'a dit exactement à propos de ma mère biologique ? »
Cette fois, Anne ne répondit pas immédiatement.
La route vrombissait sous leurs roues, le ciel était gris et calme, mais à l'intérieur de la voiture, le silence devenait de plus en plus pesant, presque oppressant. Lukas se tortilla sur son siège, se demandant s'il n'avait pas posé une question qu'il n'aurait pas dû poser.
Peut-être s'agissait-il d'un sujet sensible.
Peut-être avait-il causé des disputes entre elle et son père.
Peut-être venait-il de toucher un point douloureux sans s'en rendre compte.
Il s'éclaircit la gorge.
« Tu n'es pas obligée de répondre si tu ne veux pas », dit-il doucement. « Je ne voulais pas rendre les choses gênantes. »
Anne inspira lentement, sans quitter la route des yeux.
« Ce n'est pas grave », dit-elle doucement. « Je veux juste... comprendre ce que ton père t'a dit. Pour ne pas dire accidentellement quelque chose que tu n'aurais pas dû entendre de ma bouche. »
Lukas fronça légèrement les sourcils. Il baissa les yeux vers ses mains.
« Honnêtement ? » commença-t-il. « Il n'a pas dit... grand-chose. Rien, en fait. »
Anne lui jeta un bref regard avant de reporter son attention sur la route.
« Je pensais que ma mère était morte », poursuivit Lukas. « Mais... il ne l'a jamais dit clairement. Il n'a jamais rien confirmé. Et si elle était morte, il ne me l'aurait pas caché. Je suis assez grand pour comprendre ce qu'est la mort. »
Il eut un petit rire sans humour.
« En fait... je ne pense pas qu'il ait jamais rien dit de concret à son sujet, ni dans cette vie, ni... enfin, peu importe. »
Anne n'insista pas sur cette étrange formulation. Elle sentait le poids qui se cachait derrière, un poids trop lourd pour un trajet en voiture.
Le silence s'installa à nouveau, mais cette fois, ce n'était pas pour éviter le sujet.
C'était une lutte.
Un débat interne.
Les pensées d'Anne se bousculaient dans sa tête : elle se demandait ce que Javi lui avait dit, ce qu'il ne lui avait pas dit, ce qu'elle avait le droit de dire, ce qui aiderait ou ferait du mal.
Lukas attendait. Patient. Mais plein d'espoir.
Après un long moment, Anne expira.
« Lukas... », commença-t-elle doucement, « ta mère est en vie. »
Ces mots le frappèrent comme un coup de massue.
Même s'il s'en doutait, même s'il y croyait au fond de lui, cela lui fit tout de même l'effet d'un coup de poing dans le ventre.
Il fixa le vide devant lui, son cœur battant étrangement fort dans ses oreilles.
« Mais », continua Anne, « ce n'est vraiment pas à moi de t'en dire plus. C'est à ton père de te le dire. Et je pense... qu'il est temps qu'il te le dise. »
Lukas eut la gorge serrée.
Il acquiesça lentement, mais un poids s'était accumulé dans sa poitrine.
Bien sûr qu'elle était en vie. Il l'avait toujours soupçonné.
Mais l'entendre dire, aussi simplement, aussi clairement, lui faisait quand même mal.
Dans sa vie antérieure, il avait cherché.
Désespérément. Discrètement.
Après la mort de Javi, après s'être retrouvé seul, il avait tout essayé : tests généalogiques, cartes de famille éloignées, forums en ligne. Les résultats des tests lui avaient donné des indices :
70 % d'Europe centrale.
29 % d'Europe du Nord-Ouest.
1 % d'Asie du Sud-Est.
Des indices sur des personnes qui partageaient son sang, mais il n'avait jamais cherché à les contacter. Il ne savait pas par où commencer. Et il n'avait jamais quitté Darmstadt, sauf pour aller soutenir l'équipe nationale.
Et maintenant ? Il venait d'avoir la confirmation qu'elle n'était pas morte, mais simplement absente.
Sa poitrine lui faisait doucement mal.
Anne remarqua le changement dans sa respiration, la façon dont ses yeux se baissèrent vers ses genoux. Sans lâcher le volant, elle adoucit le ton.
« Hé », dit-elle doucement, « je suis désolée si ça t'a blessé. Vraiment. »
Lukas secoua la tête et déglutit.
« Ça va... Je... » Il expira. « Je me suis toujours posé la question. Mais l'entendre à voix haute… »
« Je sais », murmura Anne. « Et je te promets que je vais parler à ton père. Je vais m'assurer qu'il te dise tout. Tu mérites de savoir. Et je pense... qu'il veut te le dire. Il a juste peur. »
Lukas leva les yeux.
« Peur ? »
« Pas de toi », dit rapidement Anne. « Jamais de toi. »
Il attendit.
« Il a peur que tu lui en veuilles », expliqua-t-elle doucement. « De t'avoir caché des choses. D'avoir pris des décisions qu'il croyait justes à l'époque. Il t'aime plus que tout, Lukas. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait parce qu'il pensait que c'était pour te protéger. »
Lukas regarda à nouveau par la fenêtre, observant le flou des champs et des bâtiments lointains.
Sa voix était plus calme cette fois-ci.
« Merci », dit-il. « Merci de m'avoir dit tout ça. Et merci de... t'en soucier. »
Anne sourit, un petit sourire chaleureux, le genre de sourire que l'on offre à quelqu'un que l'on veut protéger.
« Je suis heureuse que Javi et toi soyez entrés dans ma vie », dit-elle. « Tous les deux. »
Lukas se tourna vers elle, le visage empreint de sincérité.
« Et je suis heureux que tu sois entrée dans la nôtre. »
* *
Le soleil était bas au-dessus de la ligne d'horizon de Francfort, peignant les contours du ProfiCamp de chaudes touches orange qui se fondaient dans le bleu du soir. L'entraînement venait de se terminer : des exercices de passes précises, des séquences de finition et une longue revue tactique avant le déplacement à Brême prévu le week-end. Les joueurs reprenaient leur souffle, s'étiraient ou discutaient en petits groupes tandis que Toppmöller se tenait devant le groupe, les mains derrière le dos.
« Bon, bonne séance aujourd'hui », commença-t-il en balayant les joueurs du regard. « Nous partons demain à midi. Soyez là tôt, assurez-vous que tout est prêt et emballé. Le déplacement à Brême ne sera pas facile, mais... »
Il s'interrompit au milieu de sa phrase lorsque son entraîneur adjoint, Zembrod, traversa précipitamment le terrain et se pencha pour lui murmurer quelque chose à l'oreille.
Quelle que soit la nouvelle, elle fit sursauter Toppmöller, qui se ressaisit immédiatement, presque trop rapidement, de manière presque artificielle. Son regard se posa une fraction de seconde sur Lukas, si rapidement que la plupart des gens ne l'auraient pas remarqué... mais Lukas, lui, le vit.
Pourtant, l'entraîneur reprit son discours comme si de rien n'était.
« ... mais si nous restons concentrés comme aujourd'hui, nous serons prêts. »
« Récupération ce soir, visionnage du match demain matin, puis nous partirons. Bon travail, tout le monde. »
Il applaudit une fois.
« Bon, vous pouvez y aller. »
Puis, sans un mot, il se retourna et se dirigea d'un pas vif vers le bâtiment administratif — suffisamment vif pour ne pas être considéré comme une course, mais certainement pas un pas normal.
Les joueurs s'attardèrent un peu plus longtemps que d'habitude après le départ de l'entraîneur. Quelques têtes se tournèrent vers le bâtiment administratif, la question tacite pesant lourdement dans l'air. Les rumeurs circulaient vite sur le terrain d'entraînement, et encore plus vite lorsqu'il s'agissait d'un comportement étrange de la part du staff technique. Ekitike donna un petit coup de coude à Bahoya avec un sourire en coin, lui chuchotant quelque chose qui fit étouffer un rire au Français. Koch s'étirait les quadriceps près de la ligne de touche, mais continuait de jeter des coups d'œil vers le couloir dans lequel Toppmöller avait disparu, les sourcils froncés de curiosité.
Même Trapp semblait légèrement déconcerté, alors que le capitaine était généralement le dernier à réagir à tout ce qui sortait de l'ordinaire.
Larsson, debout à côté de Lukas, suivait le chemin emprunté par l'entraîneur en plissant les yeux.
« Euh... », murmura-t-il. « C'est moi ou le patron avait l'air d'avoir découvert que le bâtiment était en feu ? »
Lukas ramassa un ballon et le fit rebondir légèrement d'une main à l'autre.
« Qu'est-ce qui te fait penser que je suis au courant ? »
Larsson se tourna vers lui, les yeux plissés de manière dramatique.
« Parce que », dit-il gravement, « chaque fois qu'il se passe quelque chose de dramatique dans ce club, tu es impliqué d'une manière ou d'une autre. Soit tu marques un but spectaculaire, soit tu bats un nouveau record, soit quelqu'un essaie de t'acheter. Donc, statistiquement parlant, oui, je pense que tu es probablement au courant. »
Lukas éclata de rire.
« Mec, arrête avec ça. »
« Je dis juste ça comme ça ! » Larsson leva les deux mains en signe de défense. « Si des extraterrestres atterrissent demain dans le parking, je vérifierai d'abord s'ils sont venus pour toi. »
« Hum hum », répondit Lukas d'un ton neutre. « Très scientifique. Professeur Larsson. »
« Oui », répondit fièrement Larsson. « Docteur en conneries. Doctorat. »
Ils éclatèrent tous les deux de rire en se dirigeant vers le seau contenant le matériel, les balles éparpillées sur l'herbe. Au lieu de simplement les ramasser, Larsson planta soudainement ses pieds sur la ligne des trois points — enfin, la ligne imaginaire — et lança un ballon de football comme s'il s'agissait d'un ballon de basket.
Le ballon vola dans les airs...
...et heurta directement le rebord du seau.
« Mec », gémit Larsson en se prenant le visage dans les mains.
« Elle était dedans ! Elle était clairement dedans ! »
« Ouais, ouais, bien sûr qu'elle était dedans », taquina Lukas en ramassant un autre ballon. « Interférence du vent, problème de gravité, cycle lunaire... tout ce qui te permet de dormir la nuit. »
« Ohhh d'accord, Brandt », dit Larsson en s'écartant et en pointant le panier de manière théâtrale. « Voyons voir ta précision, Monsieur le Golden Boy de 16 ans. »
Lukas s'aligna, fit tourner la balle une fois dans ses mains, puis la lança en un arc fluide.
Elle tomba directement dans le seau avec un bruit sourd satisfaisant.
Larsson se figea.
« Non. Non. Je refuse. Je refuse d'accepter cette réalité. »
« La réalité t'accepte », dit Lukas en s'inclinant sarcastiquement. « Accepte-la. »
Ils continuèrent ainsi pendant une minute, Larsson ratant deux autres tirs et blâmant des rafales de vent imaginaires tandis que Lukas en réussissait un autre, jusqu'à ce que la plupart des ballons soient finalement rangés.
Alors qu'ils se dirigeaient vers la sortie, Larsson passa son bras autour des épaules de Lukas.
« Tu penses toujours que tu ne sais pas pourquoi le coach s'est enfui comme ça ? »
« Je n'en ai vraiment aucune idée », répondit Lukas honnêtement.
Larsson marmonna d'un air exagérément suspicieux.
« Hmmmmmmmm... »
Lukas le poussa légèrement.
« Oh, tais-toi. »
Et les deux quittèrent le terrain en riant, sans se douter que la nouvelle qui était parvenue à Toppmöller allait tout changer dans les jours à venir.