Chapitre 174
Chapitre 174 - Les fantômes du passé
Traduction: Moonkissed
« Bien », intervint Lexi d'un ton sec. « Francfort est une bonne équipe. Et il est spécial. Tu as vu... »
Roger leva la main. « Il est talentueux », admit-il. « Mais le talent ne suffit pas en Europe. »
Il prit une autre gorgée de café, pleinement convaincu de son jugement.
Jane, quant à elle, débarrassait les assiettes, silencieuse et pensive comme toujours. Elle ne suivait pas le football de près, mais même elle connaissait son nom. Il était difficile d'échapper aux gros titres allemands après les matchs contre l'Italie.
« Lukas Brandt... », murmura-t-elle, presque pour elle-même.
Lexi lui tendit le téléphone. « Regarde-le. Il a dit qu'ils seraient à Bilbao. Il se fiche que les gens trouvent ça arrogant. Il sait. »
Jane se retourna et regarda l'écran.
La photo était maintenant en gros plan. Lukas souriait, les cheveux luisants de sueur, le visage éclairé par les projecteurs du stade. Quelqu'un avait fait une capture d'écran de la télévision. Ses traits étaient si vivants. Si nets.
Jane se figea.
Pendant un instant, tout dans la cuisine s'immobilisa, le faible bourdonnement du réfrigérateur devenant le bruit le plus fort dans la pièce.
Son souffle se coupa, si brusquement que les assiettes en porcelaine glissèrent de ses mains et se brisèrent sur le carrelage.
CRAC.
Roger et Lexi se retournèrent tous les deux.
« Maman ? » haleta Lexi.
Mais Jane ne répondit pas.
Elle ne pouvait détacher ses yeux de la photo.
Son visage était devenu pâle.
Car elle ne regardait pas seulement Lukas Brandt.
Elle le reconnaissait.
Quelque chose dans la mâchoire.
Les yeux.
La posture.
Quelque chose de douloureusement familier.
Un souvenir qu'elle pensait avoir enfoui.
Quand elle finit par parler, sa voix n'était qu'un murmure :
« ... non », souffla-t-elle, à peine audible.
Mais son expression en disait long.
Reconnaissance.
Choc.
Peur.
Et autre chose — quelque chose d'ancien, de lourd et de personnel.
La photo sur l'écran brillait silencieusement.
Lukas Brandt.
Et Jane Jackson le regardait comme si elle avait vu un fantôme.
« Jane ? Ça va ? »
Jane cligna des yeux, reprenant ses esprits, et inspira profondément.
« Je... je vais bien », dit-elle rapidement, sa voix plus assurée que son regard. « Ça m'a juste échappé. Je vais bien. Vraiment. »
Roger était déjà agenouillé à côté d'elle, ramassant les plus gros morceaux de céramique. Lexi attrapa une serviette sur le comptoir et s'accroupit également.
« Ça va, maman, ne bouge pas. Tu vas te couper », dit Lexi en repoussant doucement les mains de Jane lorsqu'elle tendit instinctivement le bras.
Jane resta immobile, les mains en l'air, comme si elle n'était pas tout à fait dans la pièce.
Roger leva les yeux vers elle. Sans agressivité. Juste... observant.
« Tu es sûre que ça va ? » demanda-t-il doucement.
« Oui », répondit-elle en hochant trop rapidement la tête. « Je suis juste... distraite. La semaine a été longue. Je vais bien. Je te le promets. »
Roger ne la croyait pas. Pas entièrement. Mais il savait aussi quand ne pas insister. Jane était discrète sur ses émotions, elle l'avait toujours été, et la pousser alors qu'elle était clairement bouleversée n'apportait que rarement des réponses, seulement des barrières.
Il ramassa donc simplement le dernier morceau dans sa paume, se leva et le jeta avec précaution.
Une fois tout nettoyé et le sol essuyé, il enfila sa veste.
« Je devrais y aller », dit-il. « Je t'enverrai un SMS quand j'atterrirai. »
Il se pencha et embrassa Jane sur la joue. Elle ne répondit pas vraiment, mais elle ne se détourna pas non plus.
Puis il ébouriffa les cheveux de Lexi alors qu'elle reculait.
« Ne te stresse pas trop pour tes révisions », dit-il doucement.
« Elle ne le fera pas », murmura Jane, même si Lexi était déjà à mi-chemin dans le couloir, son téléphone à la main, clairement pas en route vers ses manuels scolaires.
La porte se referma derrière lui.
Le silence envahit l'appartement ; il était lourd et artificiel.
Jane resta debout quelques secondes.
Puis ses épaules s'affaissèrent.
Elle marcha — non, tituba — jusqu'au canapé, s'assit et saisit immédiatement son téléphone avec des doigts tremblants.
Elle tapa :
L u k a s B r a n d t
Les résultats de la recherche s'affichèrent instantanément : des photos, des interviews, des extraits de ses buts en Bundesliga, ses débuts avec l'Allemagne, sa célébration au coin du drapeau jeudi dernier.
Son souffle se coupa.
Elle tapa sur la première image.
Le même visage.
La même expression.
Les mêmes yeux.
Sa vision se brouilla.
Une larme tomba sur l'écran du téléphone et macula l'image.
Puis une autre.
Et encore une autre.
Elle laissa tomber le téléphone sur ses genoux, couvrit sa bouche de ses deux mains, comme si le bruit de sa propre respiration pouvait la trahir, et se pencha en avant, les épaules tremblantes.
Ce qu'elle avait enterré, celui qu'elle avait enterré, venait de revenir dans sa vie.
Pas dans un souvenir. Pas dans une photo du passé.
Mais vivant. Réel. Seize ans. Et soudainement partout.
Et Jane Jackson pleura dans ses mains, silencieusement, impuissante, sachant que sa vie venait de changer à nouveau.
Pour toujours.
* * *
La maison des Brandt était à nouveau chaleureuse.
Elle sentait légèrement le diffuseur de lavande d'Anne, celui qui, selon elle, donnait à la maison une atmosphère « habitée », et il y avait partout de petites touches familiales : des photos encadrées, des couvertures douillettes sur le canapé, des pantoufles rangées dans le couloir. Lukas n'avait pas passé la nuit ici depuis des semaines, voire des mois, et être ici lui donnait l'impression d'être... ancré.
Il était un peu plus de 23 heures.
Javi et Lukas étaient assis par terre dans le salon, près de la table basse, les manettes à la main. Mortal Kombat 1 retentissait à la télévision — Johnny Cage donnait des coups de pied en miroir à travers l'écran tandis que Kung Lao, le personnage de Lukas, faisait tournoyer son chapeau rasoir avec une intention imprudente.
« Tu n'arrêtes pas de faire tourner ton chapeau », se plaignait Javi.
« Ça marche », répondait Lukas sans détourner le regard.
« C'est mesquin », insistait Javi.
« Gagner, c'est gagner », rétorquait Lukas en appuyant sur les boutons avec une confiance nonchalante.
Depuis le couloir, Anne s'appuyait contre le cadre de la porte, les bras croisés, souriant malgré elle.
« Vous êtes des enfants », disait-elle.
« Nous sommes des athlètes à l'entraînement », corrigea Javi, au milieu d'un combo, « cela développe la coordination œil-main. »
« Je ne pense pas que la DFB faisait référence à ce genre de coordination », soupira-t-elle.
Le match s'intensifia — dernier round, santé faible, tension à son comble — lorsque le téléphone de Javi se mit à vibrer quelque part dans le couloir.
« Il est dans la chambre », dit Anne, se retournant déjà pour aller le chercher.
« Ne fais pas de pause, ne fais pas de pause », avertit Lukas en se penchant en avant.
« Oh, je vais définitivement faire une pause... », commença Javi.
COUP FATAL.
Kung Lao traversa l'écran.
« Pas de pitié », murmura Lukas fièrement.
Javi le fixa du regard.
« Tu es puni. À 16 ans. Je te remets en punition. »
Anne revint avec le téléphone à la main, toujours souriante, mais son sourire s'adoucit lorsqu'elle vit l'écran.
« Qui appelle si tard ? » demanda Javi en se tournant vers Anne qui marchait vers eux.
« C'est... un numéro inconnu. Royaume-Uni. »
La pièce devint silencieuse, ce qui contrastait avec le sang versé dans le dessin animé à la télévision.
L'expression de Javi changea. Légèrement. À peine. Mais Lukas le remarqua — un clin d'œil, comme un souvenir qui s'imposait au présent.
Il prit le téléphone, mit le jeu en pause au milieu d'une animation de mort et tint l'appareil un instant avant de répondre.
Il ne parla pas.
Il n'en avait pas besoin.
Une voix — féminine — se fit entendre dans le haut-parleur, calme et indéniablement britannique.
« Bonjour, Mickey. »
Javi ferma les yeux pendant une demi-seconde, comme pour se stabiliser. Puis il se leva — lentement, délibérément — et marcha dans le couloir.
« Papa ? » appela Lukas doucement.
Pas de réponse.
Javi entra dans sa chambre et ferma la porte derrière lui.
Le léger clic du loquet résonna beaucoup trop fort.
Anne et Lukas échangèrent un regard — confusion, inquiétude, curiosité — chacun cherchant chez l'autre une explication qu'aucun d'eux n'avait.
Sur l'écran de télévision en pause, Kung Lao et Johnny Cage se regardaient, figés au milieu d'un combat, comme s'ils comprenaient eux aussi que quelque chose de réel venait de se mettre en marche.
« Eh bien... C'était bizarre... », dit Lukas, essayant de briser la tension palpable dans le salon. « À ton avis, qu'est-ce que ça voulait dire ? », demanda-t-il à Anne.
Anne regardait dans la direction où Javi venait de s'éloigner. « ... Je n'en sais rien... », répondit-elle, l'air distrait. « Je suppose que je devrai lui demander quand il aura fini », ajouta-t-elle, le regard suffisamment perçant pour transpercer la porte de la pièce où se trouvait Javi.
« Eh bien... », dit Lukas en se levant doucement du sol et en s'essuyant les fesses avant de se diriger sur la pointe des pieds vers la télévision et d'éteindre la console de jeux.
« Je crois qu'il est temps pour moi d'aller me coucher. Bonne nuit, Anne », dit-il précipitamment en se précipitant vers sa chambre et en fermant la porte sans attendre de réponse.
« Je suis sûr que ce n'est rien de grave. Mais quoi qu'il en soit, je suis sûr qu'ils s'en occuperont de manière civile et responsable », se dit-il en se glissant dans son lit.
[*On ne peut jamais être sûr de ce genre de choses, tu sais. Et si c'était un amant qui appelait et qu'Anne le découvrait et incendiait la maison pendant que tu dors ?*] La voix si familière de TT résonna dans la tête de Lukas.
« Vraiment ? Allez ! Mon père ne ferait jamais une chose pareille. Au fait, TT, tu ne peux pas découvrir ce qui se passe ? Tu es comme un super ordinateur ou quelque chose comme ça, non ? »
[*Non, je ne peux pas. Je ne sais pas à quel genre de système tu penses, mais je ne peux pas lire dans les pensées des gens. Sauf dans les tiennes, bien sûr.*]
« À quoi je m'attendais... »
[*Mais je peux t'aider à analyser ses...*]
« ... Inutile. Oh, attends, vraiment ? Tu peux aider à analyser quoi ? Ses expressions faciales ? Alors fais l'analyse, qu'est-ce que ça te dit ? »
[*Je pensais que j'étais inutile. Je ne fais aucune analyse aujourd'hui.*]
« Oh, allez... Je plaisantais ! »
[*Je ne savais pas que j'étais lié au Joker. Heath Ledger ? Joaquin Phoenix ?*]
« Ne fais pas ça. Qu'est-ce que tu disais ? »
[*Hum... Ses expressions faciales... Pendant un bref instant, il a été choqué, et il t'a jeté un coup d'œil avant de partir. C'est probablement lié à toi.*]
« À moi ? Un appel provenant d'un numéro inconnu en Angleterre qui a quelque chose à voir avec moi... Ne me dis pas que... »