Chapitre 615
« Excusez-moi. »
Dans un château en ruines, presque entièrement effondré.
Au son soudain d’une voix de femme, les yeux noirs qui, un instant plus tôt, étaient encore fermés…
« Hein ? »
Nataman la regarda.
Ses yeux d’un noir d’encre semblaient capables d’aspirer quiconque croisait leur regard dans un abîme.
« Qu’y a-t-il ? »
Face à l’homme aux yeux noirs, qui arborait naturellement un sourire en coin plein de malice, la femme prit la parole, l’air quelque peu contrarié.
« J’y ai un peu réfléchi. »
« À quoi ? »
« À mon nom. »
« Ton nom ? Mais on l’a choisi la dernière fois, non ? »
Nataman pencha la tête.
Mais elle poussa un long soupir.
« C’est bien ce que je dis. Je n’aime pas vraiment ce nom. »
« Pourquoi ? “Siège de la Diligence”, ça va, non ? »
Nataman eut un large sourire.
« …… Je ne trouve pas ça très bien. »
Comme la femme continuait d’afficher son mécontentement, Nataman agita négligemment la main.
« Les autres, eux, n’ont rien eu à redire ? »
« C’est vrai, mais… »
La femme — non, le Siège de la Diligence — fixa Nataman, puis poussa un nouveau soupir.
« Laisse tomber. Je n’aurais pas dû en parler. »
« Et les autres ? »
« Ils s’occupent du travail que tu leur as confié. »
« Vraiment ? »
« Mais combien de temps allons-nous devoir continuer comme ça ? »
Le Siège de la Diligence poursuivit en regardant Nataman.
« Je commence à en avoir assez. Depuis des mois, à part faire le ménage, on ne fait que traîner dans ce château en ruines, pas vrai ? »
Ses paroles étaient tout à fait sensées.
Puisque c’était exactement le cas.
Même si cela faisait déjà un bon moment qu’ils étaient descendus, ils n’avaient jusqu’ici fait qu’un peu de ménage. Rien d’autre.
Pourtant, malgré son mécontentement, Nataman lui adressa un sourire rassurant.
« Allons… Ne sois pas si pressée. »
Il leva tranquillement les yeux vers le ciel.
« Il est bientôt temps pour nous de nous mettre sérieusement en mouvement, nous aussi. »
Un léger sourire aux lèvres.
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Le soleil, qui s’était levé, disparut de nouveau.
Le café que Deus avait posé devant lui refroidit.
Et, tandis que la bibliothèque, qui avait été lumineuse jusque-là, s’assombrissait à nouveau et que les lampes magiques s’allumaient…
« …… »
Alon baissa les yeux vers le livre en silence.
L’ouvrage qu’il avait ouvert traitait de magie du 7e rang.
La moitié présentait des formules de magie du 7e rang, et l’autre moitié, l’interprétation fondamentale de Heinkel, destinée à en approfondir l’essence.
Après avoir passé presque toute la journée à l’étudier, Alon parvint à une conclusion.
C’est certain. Un code y est dissimulé.
« …… »
Alon souleva le livre sans un mot.
Les formules que Heinkel avait écrites de sa main, consignant leurs détails sur un nombre impressionnant de pages.
Avait-elle su qu’un code se cachait dans ces formules ?
Alon secoua bientôt la tête.
S’il avait remarqué le code, c’était d’abord grâce à une impression de décalage.
Un sentiment inexplicable d’incongruité, et son intuition.
Mais surtout, il avait compris parce qu’il savait qu’Eliban se servait des formules des Vrais Mages pour transmettre des messages.
Autrement dit, il ne suffisait pas de déchiffrer le code. Sans les « règles de base » qu’Eliban avait écrites pour qu’Alon puisse les comprendre facilement, impossible d’interpréter ces caractères.
En d’autres termes, même si Heinkel était capable d’interpréter la formule, elle n’avait probablement pas remarqué l’anomalie qui s’était glissée dans ce sort.
« …… Ah. »
Parvenu jusque-là dans ses réflexions, Alon laissa soudain échapper une exclamation étouffée.
Car une fois arrivé à cette conclusion, une question s’imposait naturellement.
Pourquoi avoir caché quelque chose de ce genre dans la magie du 7e rang ?
Comment Eliban avait-il connu ces règles, et comment s’en était-il servi ?
Et pourquoi les avait-il présentées sous une forme aussi facile à comprendre pour Alon ?
…… J’ai fait une erreur.
Alon se gratta la tête.
Il s’était trop concentré sur la magie et ne lui avait posé que quelques questions importantes. Il n’avait pas demandé à Eliban ce genre de détails.
Eliban… ne doit plus être ici, maintenant.
À la connaissance d’Alon, Eliban ne se trouvait plus à la Tour centrale des Mages.
Comme il s’était consacré à faire progresser son rang, il n’avait pas pu parler correctement avec Eliban. La dernière chose qu’il avait entendue de sa bouche, c’était qu’il avait quelque chose à faire et qu’il allait s’absenter un moment.
Autrement dit, il ne pouvait pas lui poser la question pour l’instant.
« …… »
Mais ce n’était pas grave.
Car, pour le moment, l’important n’était pas de savoir pourquoi Eliban connaissait ces règles, mais pourquoi une telle loi était dissimulée dans le 7e rang.
Scritch…
Sans hésiter, Alon se leva et se dirigea vers un endroit.
« Hum… ? »
Il allait rejoindre Heinkel, qui, ces derniers temps, s’absorbait dans l’écriture, au fond de la bibliothèque.
« Une loi ? »
« Oui. »
« Vous voulez dire qu’il y avait quelque chose de ce genre ? Je ne m’en étais pas du tout rendu compte… »
Quand il lui parla de la loi qu’il avait passé la journée à découvrir, Heinkel le regarda, perplexe.
« Elle existe bel et bien. »
« …… Pour commencer, pourquoi ne m’expliquez-vous pas ça clairement ? »
Mais son étonnement ne dura qu’un instant. Heinkel hocha la tête, comme si elle avait compris, puis désigna du menton le livre et le carnet qu’Alon avait apportés.
Alon s’assit aussitôt à côté de Heinkel, comme s’il avait compris, puis entreprit de lui expliquer une à une les choses qu’il avait découvertes.
Combien de temps passa ainsi ?
Le ciel, teinté par le crépuscule, s’assombrit ; bientôt, les lampes magiques remplacèrent toutes les autres sources de lumière de la bibliothèque.
« Donc, au bout du compte, si on les combine comme ça… »
« Vous dites qu’un mot caché apparaît ? »
« C’est exact. »
Alon acheva son explication.
« …… Qu’en pensez-vous ? »
Heinkel, qui l’avait écouté en silence, fixa Alon puis prit la parole.
« Comme je le pensais, vous… êtes un peu étrange. »
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« …… Pourquoi dites-vous ça tout à coup ? »
À la question déconcertée d’Alon, Heinkel poussa un soupir.
« Vous… savez ce que vous venez de m’expliquer ? »
La question de Heinkel.
Alon réfléchit un instant, puis répondit, l’air de se demander si c’était bien cela.
« Est-ce une règle qui permet d’interpréter la magie beaucoup plus vite… ? »
« Non. Ce n’est pas ça. »
Heinkel répondit d’un ton ferme.
« Hum… Mais, à vrai dire, oui, ça devrait probablement accélérer les choses. Maintenant qu’on sait que toutes ces règles inutiles ne sont que des chaînes de caractères. Par rapport à avant, le travail devrait prendre environ un tiers du temps. »
Enfin, ça restera lent malgré tout, marmonna Heinkel avant de poursuivre.
« Mais ce n’est pas ça qui m’a surprise. Pour être précise, c’est la règle que vous m’avez expliquée. »
« …… La règle ? »
« Vous avez compris, grâce à cet enfant nommé Eliban, que plusieurs formules magiques interprétées formaient des caractères selon une certaine règle, c’est bien ça ? »
« C’est exact. »
« Et celle-ci, c’est la règle que vous avez vue pour la première fois, celle dont cet enfant nommé Eliban s’est servi. »
« C’est exact. Je l’ai retranscrite de mémoire, mais je ne crois pas avoir fait d’erreur… Y a-t-il un problème ? »
Aux paroles d’Alon, Heinkel poussa un soupir.
« Bien sûr que oui. Et pas qu’un peu. »
« …… Vraiment ? »
Devant l’air déconcerté d’Alon, Heinkel reprit :
« Alon, vous avez dit avoir déduit cette règle en regardant ça, pas vrai ? Vous l’avez même comprise dès que vous l’avez vue, puis vous avez essayé de la résoudre. »
« Oui. »
« Mais vous croyez vraiment qu’on peut reconnaître cette règle d’un seul coup d’œil ? »
« …… La règle est clairement exprimée d’une formule à l’autre. Il suffit donc de trouver le lien et de les combiner, non ? »
Heinkel réfléchit un instant à la réponse d’Alon, puis prit la parole.
« Je vais vous donner un exemple. »
« D’accord. »
« Il y a une personne ordinaire. Mais elle ne connaît rien aux gobelins, parce qu’elle a vécu dans un monde sans monstres. »
Heinkel poursuivit :
« Si vous expliquiez à quelqu’un comme ça à quoi ressemble un gobelin, puis lui demandiez d’en dessiner un, que se passerait-il, à votre avis ? »
« …… Le dessin lui ressemblerait, mais ne serait probablement pas parfaitement identique. Cette personne n’aurait jamais vu de vrai gobelin. »
« Exactement. Dans l’ensemble, le résultat pourrait être ressemblant. Mais il serait difficile de dessiner un gobelin parfaitement identique. Il manquerait des détails. Vous ne croyez pas ? »
« Sans doute. »
À l’acquiescement d’Alon, Heinkel ajouta sans hésiter :
« C’est exactement la situation actuelle. »
« La situation actuelle… »
« Oui. Le fait que vous ayez interprété et résolu cette règle de votre propre chef, simplement en la voyant, revient à expliquer à quelqu’un qui ne connaît pas les gobelins à quoi ils ressemblent et à lui demander d’en dessiner un… sauf qu’il le dessinerait parfaitement. »
Non, en réalité, c’est bien pire. Ici, il y a des dizaines de fois plus de choses à calculer. Après avoir ajouté cela, Heinkel regarda Alon avec le plus grand sérieux.
« Il semblerait que vous ayez encore bien des secrets. »
Elle prononça ces mots.
« Des secrets que vous ignorez vous-même. »
Avec une certitude inébranlable dans la voix.
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Juste après cette conversation avec Heinkel.
« De toute façon, cette interprétation vous sera utile aussi. Partageons le travail comme ça : vous vous occuperez de l’interprétation de première étape, puis je prendrai le relais. »
Elle décida d’aider Alon à interpréter les formules.
« Merci. »
« Inutile de me remercier. Pour être honnête, maintenant que les choses ont pris cette tournure, j’ai aussi des questions. Cela dit… ça risque de prendre longtemps. »
« Vraiment ? »
« Oui. Vous le savez aussi, non ? Il ne suffit pas de résoudre une courte formule pour voir apparaître une chaîne de caractères. Il faut en résoudre de larges morceaux entiers pour obtenir un seul caractère. »
« …… C’est vrai. »
Alon hocha la tête et Heinkel poursuivit :
« Pour aujourd’hui, il est tard. Reposez-vous. Demain, nous nous y mettrons sérieusement. »
« Entendu. »
« Dormez bien. À partir de demain, vous allez probablement devoir veiller un peu plus tard. »
Les paroles de Heinkel.
Alon hocha la tête, comme s’il avait compris, puis se retourna et s’éloigna.
« …… »
Après s’être assurée qu’Alon avait quitté la bibliothèque, Heinkel baissa les yeux vers les livres qu’elle avait annotés et murmura :
« Pourquoi ont-ils fait ça… »
S’ils avaient voulu transmettre quelque chose, rien ne les obligeait à répartir la chaîne de caractères sur tout un livre et à la rendre si longue.
Mais pourquoi ?
Pourquoi…
« Ah. »
Parvenue à ce point de sa réflexion, Heinkel laissa bientôt échapper une exclamation étouffée.
Comme si elle venait de comprendre quelque chose.
« Je vois… »
Un léger sourire aux lèvres.
« C’est ça, le but. »
Elle regarda le livre qu’elle avait annoté.
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Dès le lendemain, Alon et Heinkel passèrent presque tout leur temps ensemble.
Alon apprenait la magie du 7e rang tout en interprétant les règles que Heinkel avait mises au jour.
De son côté, Heinkel reprenait les formules interprétées par Alon, les interprétait à son tour et les transformait en chaînes de caractères.
Cela prit beaucoup de temps.
Alon, qui parcourait plusieurs livres sur le 6e rang en une seule journée, mettait désormais un temps fou à lire un livre entier, depuis qu’il était passé au 7e rang.
Et, contrairement aux règles employées par Eliban, celles-ci étaient dispersées de façon très éparse. Même avec l’aide de Heinkel pour les interpréter, la création de la chaîne de caractères prenait tout autant de temps.
Depuis que Heinkel s’était jointe à lui, le soleil s’était levé et couché plusieurs fois derrière les fenêtres de la bibliothèque.
Deus leur avait silencieusement servi du café des dizaines de fois.
Les mages de retour de la Terre Divine étaient venus à la bibliothèque des dizaines de fois, avaient pris la température de la pièce, puis étaient repartis.
Ce ne fut qu’après une longue période de travail qu’Alon et Heinkel parvinrent à reconstituer le code dissimulé dans l’un des sorts du 7e rang.
Et, chose risible, ce code ne contenait qu’un mot de trois syllabes.
À vrai dire, le résultat était dérisoire pour le déchiffrage d’un livre entier.
Pourtant, malgré tout…
« …… »
Les yeux d’Alon ne purent s’empêcher de trembler.
Car les caractères qu’ils avaient inscrits dans le carnet après interprétation…
« …… Seigneur Alon… »
Étaient cet appel.