Chapitre 594
Un jour exactement s’était écoulé depuis qu’Alon s’était retrouvé piégé dans la Source des fleurs de pêcher.
Au lieu de s’installer sur la montagne de pierre occidentale, que le Siège du Karma de la Cultivation immortelle avait soufflée, ils avaient pris pour base une grotte entre les montagnes de pierre orientales et y avaient rassemblé des informations.
«…… »
Alon baissa les yeux vers le terrain en contrebas de la montagne de pierre.
Le paysage ressemblait trait pour trait aux royaumes célestes où vivaient les immortels, tels qu’ils étaient souvent décrits dans les romans d’arts martiaux et de cultivation qu’il lisait autrefois.
Au loin, des chaînes de montagnes s’élevaient si haut qu’elles semblaient remplir le ciel bleu.
Plus bas, comme pour montrer que le printemps régnait en ces lieux tout au long des quatre saisons, des cerisiers en fleurs et des arbres verdoyants se mêlaient harmonieusement, offrant un spectacle à couper le souffle.
■■■■■—!!
Bien sûr, malgré la beauté du paysage, la terre était peuplée de monstres terrifiants.
« Seigneur Alon. »
Alon tourna la tête. Penia se tenait là.
« Deus est de retour. »
Il regagna la petite grotte avec elle.
« Te voilà. »
« Oui. Il s’est passé quelque chose ? »
« Non. »
Après avoir échangé quelques mots avec Deus, qui revenait de l’extérieur, le groupe se mit aussitôt à compiler les informations recueillies.
« Je commence. »
Celui qui ouvrit la discussion fut Alon, qui, la veille, avait chevauché Basiliora pour faire le tour du monde dès qu’il avait découvert la grotte.
« Je n’ai pas pu tout examiner, mais après avoir longé la barrière, j’ai l’impression que cet endroit est un immense monde hémisphérique. Et, comme l’avait dit le Siège du Karma, il y avait un arbre gigantesque au centre, qui semblait être la Racine. »
«…… Un arbre gigantesque ? »
« Oui. Un cerisier. Je ne l’ai vu que de loin, mais c’est sans aucun doute lui qui maintient la barrière. »
[Oui, je l’ai vu aussi. On aurait vraiment dit que l’énergie s’y concentrait avant de se répandre dans toutes les directions.]
Basiliora confirma l’analyse d’Alon.
Peu après, Penia prit la parole.
« Moi aussi, j’ai examiné la barrière hier soir. Comme l’avait dit le Siège du Karma, elle rétrécit peu à peu. Elle est sans aucun doute plus petite que lorsque nous sommes arrivés ici. »
« À ce rythme, combien de temps penses-tu qu’elle tiendra ? »
« Si ce monde a englouti à peu près tout le Continent occidental… d’après mes calculs, environ trois mois. »
«…… Trois mois. »
« Oui. À condition, bien sûr, que la barrière continue de rétrécir au même rythme qu’à présent. »
Alon réfléchit aux paroles de Penia.
Dans trois mois, les Sièges du Karma seraient déjà descendus à la surface.
Autrement dit, en pratique, le groupe ne disposait tout au plus que de deux mois.
Si les Sièges du Karma descendaient, même s’ils parvenaient à s’échapper au prix d’immenses efforts, ils seraient aussitôt exposés aux attaques des autres Sièges du Karma.
Alon songea à cela et hocha la tête. Deus prit alors la parole à son tour.
« J’ai étudié ces monstres. »
« Qu’as-tu découvert ? »
«…… Ils avaient tous une apparence terrifiante, mais, dans l’ensemble, leur comportement ressemblait à celui des bêtes ordinaires. J’ai toutefois relevé deux particularités. D’abord, la plupart des créatures qui ne mangent pas de viande se nourrissent de ces fruits… »
Deus marqua une brève pause, puis poursuivit.
« Et les bêtes carnivores semblent devenir plus fortes en se dévorant les unes les autres. »
«…… Elles deviennent plus fortes en se dévorant ? »
« Oui. Ce n’est pas simplement pour se remplir l’estomac. Elles semblent réellement gagner en force en mangeant leurs adversaires. L’une des créatures que j’ai observées — une bête qui ressemblait à un humain et possédait des dizaines de bras — a grossi après en avoir dévoré une autre. »
«…… Elles grandissent en se mangeant ? »
À ces mots de Penia, Deus hocha la tête.
« C’est pourquoi je n’ai pas eu l’impression qu’il existait une chaîne alimentaire établie entre les espèces. Il semble aussi y avoir des espèces similaires, mais aucune créature identique à une autre. »
Il sortit quelque chose de sous ses vêtements.
« Et ça, c’est quoi ? »
« Le fruit dont se nourrissent les animaux herbivores. »
Alon observa le fruit posé dans la paume de Deus.
«…… On dirait une pêche. »
« Une pêche ? »
Penia eut l’air perplexe.
Alon se souvint alors que les pêches n’existaient pas dans ce monde et répondit :
« Ce n’est rien. »
« ? »
Penia pencha la tête, comme si sa réponse la laissait perplexe, puis hocha bientôt la tête, comme si elle avait compris quelque chose, et reporta son attention sur le fruit.
Il ressemblait exactement à une pêche et son parfum était si puissant qu’on en sentait la douceur sans même le porter à son nez.
« Donc, il y a des créatures herbivores assez élémentaires qui mangent ce fruit, puis, au-dessus d’elles, une hiérarchie totalement anarchique où règne la loi du plus fort ? »
« C’est ce que j’ai observé. Et il ne s’agirait pas tant de créatures strictement herbivores que de celles trop faibles pour se battre contre les autres bêtes. »
Alon examina le fruit de plus près.
« Autrement dit, c’est la source de nourriture la plus élémentaire qui permet à ces monstres de devenir plus forts. »
«…… Vous pensez que c’est à cela que le Siège du Karma faisait référence en parlant de cultivation immortelle ? »
Alon prit un air étrange à la remarque de Penia.
Ce n’est pas ce que la cultivation immortelle signifie à l’origine, si… ?
Dans les romans qu’Alon connaissait, la cultivation immortelle s’apparentait généralement davantage à une discipline mentale et spirituelle.
Bien sûr, parmi les romans qu’il avait lus, certains racontaient que l’on devenait plus fort en tuant les autres…
Non. À bien y réfléchir, c’était le cas de la plupart des romans de cultivation.
En poussant sa réflexion jusque-là, Alon se sentit soudain un peu pitoyable.
Même si les deux se ressemblaient, la fiction et la réalité étaient différentes.
Et ce monde n’était pas le sien.
Il était absurde de vouloir tout faire entrer de force dans ce cadre dès le départ.
« C’est possible, en effet. »
«…… Je vais d’abord vérifier si ce fruit est comestible. »
Penia prit avec précaution le fruit apporté par Deus.
«…… Tu comptes le manger ? »
« Si ce qu’a dit le Siège du Karma est vrai, et qu’il faut vraiment pratiquer la cultivation immortelle pour détruire la Racine… ne devrions-nous pas en manger ? »
Le raisonnement de Penia était logique.
Si c’était vraiment nécessaire pour détruire la Racine, ils n’auraient pas le choix.
Mais, évidemment, ils ne pouvaient pas faire confiance au fruit qui se trouvait devant eux.
Après tout, il avait été créé par le pouvoir d’un Siège du Karma.
… Bien sûr, cela ne voulait pas dire qu’ils pouvaient absolument ne rien faire sous prétexte qu’ils devaient rester prudents.
Mais ce qui inquiétait Alon davantage encore, c’était…
«…… »
Le regard de Penia.
Elle n’avait pas l’air d’être sous l’emprise d’un enchantement.
Pourtant, Alon percevait un désir étrange dans les expressions de Penia et de Deus tandis qu’ils contemplaient le fruit.
« Commençons par l’étudier. »
Pour une raison ou une autre, Alon se sentit légèrement inquiet.
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Craaaac— !
Dans un fracas assourdissant, la statue de la déesse Sironia s’effondra.
Et celle qui tomba avec elle fut…
[Haaah—]
Wanderer.
Il ne lui restait pas un seul endroit indemne.
Son corps était couvert de blessures et on lui avait déjà arraché un bras.
[Ghh—]
Comme si elle trouvait la situation absurde tout en endurant la douleur, Wanderer s’aida des débris de la statue qu’elle avait elle-même détruite pour se relever, puis regarda devant elle.
Ceux qui l’avaient combattue se tenaient là.
Depuis un jour entier.
« Haaah… »
Le premier son qui se fit entendre fut le souffle épuisé de Seolrang.
Elle n’avait pas subi de blessure grave, mais celles qui recouvraient son corps et sa respiration haletante, comme si elle allait s’écrouler d’un instant à l’autre, témoignaient de la difficulté du combat.
«…… »
Pluto, qui avait été invoqué sur le champ de bataille, était introuvable.
Quant à Rine, qui avait soutenu le combat grâce à la couronne d’or, elle n’avait pas non plus été grièvement blessée, mais paraissait manifestement épuisée.
« Tss. Toutes les armes sont fichues. »
Comme Seolrang, Radan portait une armure brisée en de nombreux endroits.
Il claqua la langue devant les artefacts complètement détruits, mais fit tout de même mine de rester détendu en levant un trident dont la pointe avait été arrachée.
«…… »
Le Chevalier rouge aussi fixait Wanderer, une Grande épée réduite à peine à la moitié de sa taille d’origine à la main.
Le paysage dévasté de Rosario et l’état des deux camps montraient toute la férocité du combat qui avait fait rage durant la journée écoulée.
Et pourtant.
L’avantage.
Penchait bien plus nettement du côté de Rine que de celui de Wanderer.
Contrairement à eux, qui semblaient encore capables de poursuivre le combat, Wanderer ne parvenait plus à maintenir son propre pouvoir.
[…… Ha.]
En les regardant, Wanderer poussa un soupir sans joie.
Elle n’aurait jamais imaginé être acculée à ce point.
Elle aurait pu accepter de mourir si le sang de Monstre avait participé au combat.
Mais elle n’avait jamais cru que ce groupe, à lui seul, serait capable de l’arrêter.
Et pourtant, où en était-elle maintenant ?
Elle avait perdu.
Techniquement, le combat n’était pas encore terminé, mais cela revenait au même que d’avoir perdu.
Et ce, même si le sang de Monstre, dont elle était certaine qu’il prendrait part au combat quoi qu’il arrive, était introuvable.
C’est pourquoi elle sourit amèrement.
Mais brièvement.
Wanderer se mit bientôt à ricaner toute seule.
Ses épaules se mirent peu à peu à trembler sous l’effet de son rire.
Et, bientôt, elle éclata de rire à gorge déployée.
Le son clair résonna dans tout Rosario, réduit en ruines.
Les autres se raidirent instinctivement et la surveillèrent.
Mais Wanderer…
Elle tendit plutôt un bras vers le ciel.
Puis…
[Je n’aurais jamais cru finir dans un état aussi pitoyable—]
Un sourire lumineux se dessina sur son visage.
Sans le perdre, elle referma fermement la main tendue.
Et se mit à la tordre.
Krrrrrrac— !
L’instant d’après.
Le ciel au-dessus de Sironia commença à se déchirer.
« Haaah… »
« On dirait qu’un gros truc va nous tomber dessus… »
Seolrang soupira tandis que Radan fronçait les sourcils en regardant le ciel se fendre.
Cependant…
« ! »
Rine ouvrit de grands yeux, comme si elle venait de comprendre quelque chose.
« Non, c’est… ! »
En voyant le ciel se fendre peu à peu, elle s’écria :
« C’est une entrée ! »
« Une entrée ? »
« Oui ! L’entrée qu’empruntent les Sièges du Karma pour descendre ! »
« Quoi… ? Cette entrée ne peut s’ouvrir qu’à l’extérieur de l’Empire… »
Radan fronça les sourcils, puis ouvrit soudain de grands yeux à son tour.
Tss— !
L’instant d’après, Seolrang et lui disparurent de l’endroit où ils se tenaient.
Et, juste après…
Crac ! Boum !
Seolrang et le trident de Radan transpercèrent le corps de Wanderer.
Cependant…
Malheureusement, leurs attaques n’atteignirent pas Wanderer.
Non.
Il serait plus juste de dire qu’ils ne pouvaient pas l’atteindre.
Son corps…
« Impossible… »
« Elle a même mis en gage le pouvoir qu’il lui restait… »
Seolrang et Radan la regardèrent, stupéfaits.
Mais leurs expressions semblaient amuser Wanderer.
Car elle sourit sans hésiter et déclara :
[Puisque je vais mourir de toute façon, je me suis dit que je pouvais bien vous rendre la pareille.]
Wanderer afficha un sourire narquois.
« Si tu sais que c’est pitoyable, alors assume et tire-toi sans faire d’histoires, bon sang ! »
cria Radan.
Mais Wanderer détourna les yeux de leurs mines assombries et contempla le ciel avec ravissement.
Au bout du compte, tout ce qu’elle avait fait, c’était aider à remplir l’estomac des Sièges du Karma.
Mais…
Pour l’instant, elle avait une priorité supérieure.
Un « remboursement ».
Et c’est pourquoi elle avait fait son choix sans hésiter.
[Alors, maintenant, fais bon—]
Au moment où Wanderer ouvrit la bouche…
[…… Hein ?]
Son sourire se figea.
Il ne pouvait que se figer.
Parce que…
[P-pourquoi ?]
L’entrée qu’elle avait forcée à s’ouvrir en puisant jusqu’à la dernière goutte de sa force commençait à se refermer.
Non.
Elle ne se refermait pas.
[Elle… s’est arrêtée ?]
Elle s’était arrêtée.
L’entrée qui était en train de s’ouvrir.
Non.
Le monde lui-même.
[Ah— !]
À cette réalisation, elle tourna vivement les yeux dans une direction.
Au loin.
À l’extérieur des murs de Sironia…
[…… Toi… !!]
Elle apparut, comme si elle avait attendu cet instant précis.
En souriant.
« Il y a des choses qu’il ne faut pas faire. »
Yutia.
« Surtout quand elles deviennent gênantes. »
Et sa voix tranquille parvint bientôt aux oreilles de Wanderer.