Chapitre 592
« C’est ridicule… »
La voix éteinte de Penia parvint aux oreilles d’Alon.
Une voix empreinte du vide de quelqu’un qui assistait à une chose impossible à contrer.
« … »
Alon éprouvait la même chose.
Cracacacac… !!!
Le monde se replia.
La terre sur laquelle ils se tenaient…
Se pliait sous la puissance du Siège du Karma qui leur faisait face.
Un spectacle absolument écrasant.
Mais, bien sûr…
« ! »
… Alon n’avait pas l’intention de se laisser abattre aussi facilement.
Vroooom… !
Des étoiles s’élevèrent dans le ciel teinté par le soleil couchant rouge.
Des fils violets apparurent avec elles.
« Tss… ! »
Bien qu’il fût resté stupéfait un instant, Deus retrouva vite ses esprits et se servit aussitôt des fils violets pour créer une immense digue, afin d’arrêter le monde qui se repliait.
Crac… !
Malheureusement, les fils violets qu’avait créés Deus ne tinrent pas longtemps et se désagrégèrent lamentablement.
Et au moment où Deus serra les dents…
« Deus, Penia ! »
Au cri d’Alon, Deus sortit de sa torpeur. Il regarda dans sa direction et comprit aussitôt ce qu’il voulait faire.
« Ugh… ! »
Deus se précipita vers Penia, l’attrapa et rejoignit aussitôt Alon avec elle.
Et dès qu’il fut arrivé à sa hauteur…
Alon prononça la dernière formule du sort.
Œil du Soleil.
Un soleil apparut devant Alon.
La magie à bout portant qu’il avait utilisée lors de son combat contre le Siège du Karma de la Guerre.
Une magie qu’il pouvait employer parce que, dans cet espace, il ne pouvait absolument pas mourir.
Et puis…
────────En un instant, une explosion de lumière engloutit le monde.
Le soleil dévora la vue et l’ouïe.
Même le Siège du Karma qui leur faisait face.
Au bout d’un moment…
« Seigneur Alon ! Vous allez bien ? »
Avec la voix de Penia, la vue et l’ouïe leur revinrent, révélant…
Le monde, qui baignait encore dans la lumière du couchant quelques instants plus tôt, était devenu une immense caverne plongée dans les ténèbres.
Et…
[Intéressant.]
Le Siège du Karma observait la réaction d’Alon avec un intérêt manifeste.
Et…
« Ça va. »
Contrairement à ce qui s’était passé face au Siège du Karma de la Guerre…
Alon se tenait là, sans la moindre blessure, les yeux rivés sur le Siège du Karma.
####
Alon contempla la caverne obscure.
Non. À cette vue, il se remémora le coucher de soleil.
Ce qu’il avait fait était simple.
Il avait ouvert une brèche magique pour qu’ils ne soient pas écrasés dans le monde replié sur lui-même.
Le seul problème, c’était qu’il avait dû employer l’Œil du Soleil à bout portant.
Ça a mieux marché que prévu.
Heureusement, l’un des nouveaux sorts qu’il avait appris de Heinkel avait suffi à le protéger.
Alon observa la caverne où résonnaient des bruits de fusion, puis reporta son regard sur le Siège du Karma.
… Comme prévu, ça n’a pas marché.
Alon examina le Siège du Karma du Salut.
Son apparence n’avait pas changé.
Il portait toujours une robe semblable à un costume de cérémonie de clown et se tenait là, impassible, son masque empêchant de lire la moindre émotion.
En le regardant, Alon sentit que quelque chose clochait.
Comme il l’avait expliqué lui-même, son pouvoir consistait à replier, déplier et tordre l’espace.
Mais avait-il vraiment pu se protéger de l’attaque précédente en se contentant de tordre l’espace ?
« … »
Alon promena son regard dans la caverne.
La chaleur y était insoutenable.
La magie d’Alon avait créé un sous-espace.
Pas un recoin de cette caverne n’échappait à son emprise.
Autrement dit, le Siège du Karma n’avait nulle part où se réfugier.
Tout en examinant les lieux, Alon finit par baisser les yeux vers le sol, sous le Siège du Karma.
[Tu es plutôt doué, comme je le pensais.]
À ces mots, Alon prit lentement la parole.
« Laisse-moi te poser une question. »
[Laquelle ?]
« Qu’entends-tu par incarnation de l’autodestruction ? »
Alon se remémora ce qui s’était passé un peu plus tôt.
L’incarnation de l’autodestruction ne me tendrait jamais la main.
Voilà ce que le Siège du Karma lui avait dit en lui tendant la main, juste avant que le monde ne se replie.
Non.
Il avait parlé comme s’il connaissait Alon.
Alon savait déjà que les Sièges du Karma se souvenaient, dans une certaine mesure, de la première chronologie.
Mais c’était la première fois que l’un d’eux parlait comme s’il le connaissait vraiment.
C’est pour cela qu’il avait posé la question.
Mais…
[Si tu désires le salut, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas te le dire.]
La réponse fut calme.
« Je ne tiens pas à le savoir au point d’aller jusque-là. »
[Pourquoi ? Tu le sais aussi, n’est-ce pas ? En fin de compte, seul la douleur attend ton avenir.]
« … »
[Et par ton choix, ces deux personnes à tes côtés suivront le même chemin semé d’épines.]
« La ferme. Ce n’est pas à toi de décider si ce chemin est semé d’épines ou non. »
Penia lui répondit avec hostilité.
Le Siège du Karma, qui avait jusque-là gardé un air décontracté, tourna alors les yeux vers elle.
[…]
Son expression s’était profondément assombrie, au point que cela se voyait même derrière le masque.
[… Crois-tu vraiment qu’un salut puisse exister sur un chemin semé d’épines ?]
Le murmure du Siège du Karma ne s’attarda qu’un instant.
Puis, comme s’il renonçait, il poussa un profond soupir.
[Très bien. Alors, comme la dernière fois, il ne reste qu’une seule voie.]
Il leva la main.
À cet instant…
« Malheureusement, c’est faux. »
Alon lui répondit.
Crac… !
Le Siège du Karma le vit alors.
Le sol de la caverne, où rien ne se distinguait quelques instants plus tôt, commençait à se fissurer.
[Quoi…]
Le Siège du Karma fronça les sourcils, comme s’il ne comprenait pas ce qui se passait.
Mais Alon lui répondit d’un calme absolu.
« Tu croyais vraiment que j’étais venu dans cet Empire avec l’intention de t’affronter seul ? »
[… Quoi ?]
La brèche dans le sol s’élargit.
Et ce qui apparut avec elle, ce fut…
[K-kyu… !]
Blackie.
Blackie déchirait l’espace sous le sol.
[!]
Ce n’est qu’alors que les yeux du Siège du Karma s’écarquillèrent derrière son masque, comme s’il venait enfin de comprendre.
Mais lorsque Blackie apparut, Alon, Penia et Deus, déjà rassemblés, étaient en train de tomber dans la brèche.
« À la prochaine, alors. »
Le Siège du Karma ne tendit la main vers Alon qu’un instant trop tard.
Le groupe avait déjà chuté plus bas, hors de sa portée.
####
Aussitôt après la chute du groupe d’Alon dans la brèche…
Avant même qu’il ait pu reconnaître les lieux…
Alon se retrouva, sans savoir comment, debout sur un sol ferme.
« Nous… sommes revenus ? »
Au son de la voix de Penia, à côté de lui, Alon tourna la tête.
« … »
Il reconnut le paysage désolé de l’Empire de l’Ouest qu’il avait déjà vu.
« On dirait bien. »
Aux mots de Deus, qui se tenait près de lui, Alon poussa un soupir et réfléchit.
Heureusement, tout s’est déroulé comme prévu.
Bien sûr, Alon n’avait jamais eu l’intention d’affronter seul le Siège du Karma.
S’il était venu dans l’Empire de l’Ouest, c’était justement parce qu’il comptait servir d’appât.
Il n’avait pas assez confiance en lui pour agir autrement alors qu’il ne comprenait même pas pleinement le pouvoir du Siège du Karma.
C’est pourquoi, dès qu’il avait appris que le Wanderer était un traître et qu’un Siège du Karma se trouvait ici, il avait élaboré deux plans.
Le premier consistait à tromper complètement le Wanderer en pénétrant jusqu’au cœur de l’Empire de l’Ouest.
Le second, à rencontrer le Siège du Karma, à en apprendre autant que possible sur lui, puis à rejoindre les autres pour l’affronter tous ensemble.
C’était aussi pour cela qu’il avait refusé la proposition de Rine.
Dès le départ, il n’avait jamais eu l’intention de régler son compte au Siège du Karma en un seul combat.
[Kyu…]
Alon poursuivit ses réflexions en caressant Blackie, qui s’était glissé dans sa poche de poitrine comme s’il n’avait attendu que ça.
… Même si la seconde partie est restée un peu floue.
Il n’avait jamais compté vaincre le Siège du Karma en un seul combat, mais il avait bien l’intention d’en apprendre autant que possible.
Dans un combat, les renseignements étaient essentiels.
Surtout quand on affrontait un Siège du Karma.
C’est pourquoi Alon avait délibérément fait traîner les choses afin de comprendre les pouvoirs de son adversaire.
Et il en avait effectivement cerné une partie.
Replier l’espace, le déplier, le tordre.
Du moins, voilà ce qu’Alon avait compris pendant qu’il se trouvait là-bas.
Cependant…
… Il y a trop de choses étranges.
Indépendamment de cela, les pouvoirs du Siège du Karma continuaient de l’inquiéter.
Le Siège du Karma avait reconnu lui-même ses capacités, mais des questions sans réponse et un malaise persistaient.
Même si son pouvoir se limite à cet espace, il y a quand même quelque chose qui cloche…
Par exemple…
« Seigneur Alon. »
Interrompu dans ses pensées par la voix de Penia, Alon tourna la tête vers elle.
« Nous devons partir au plus vite. »
À ces mots, Alon revint à lui et hocha la tête.
Ils s’étaient échappés grâce à l’un des pouvoirs du sang divin que Blackie avait dévorés auparavant : la capacité de « ronger l’espace ». Mais s’ils se faisaient à nouveau entraîner dans cet espace, la situation empirerait.
Bien sûr, les pouvoirs n’étaient pas tout-puissants et comportaient des risques. Le Siège du Karma ne pouvait donc pas les enlever de nouveau dans cet espace sur-le-champ.
« Tu as raison. »
Alon appela tout de même Basiliora afin de quitter les lieux au plus vite.
[J’arrive !]
À l’appel d’Alon, Basiliora répondit aussitôt et grandit rapidement.
Voyant Blackie s’enrouler autour de son corps comme s’il n’avait attendu que ça, le groupe d’Alon grimpa sur Basiliora.
« Ouf… »
Sans doute à cause de la situation, Deus poussa un profond soupir, comme s’il tentait de tenir bon sans tomber dans les pommes.
Sur ces entrefaites, Alon s’éleva dans les airs.
Alors que le sol s’éloignait rapidement sous leurs pieds, le groupe se dirigea vers le cercle de scellement situé dans l’Empire.
« Ouf… »
Alon expira en contemplant le paysage, puis se retourna.
Penia et Deus poussaient des soupirs de soulagement, comme s’ils pouvaient enfin se détendre, mais leurs expressions demeuraient sombres.
Alon comprenait leur réaction.
Leurs attaques n’avaient pas atteint le Siège du Karma une seule fois.
Le groupe continua donc à glisser dans les airs, l’atmosphère quelque peu morose.
Peu après, l’Empire apparut au loin.
« Encore un peu et… »
Penia s’interrompit.
« Hein ? »
Elle laissa échapper un son perplexe, comme si elle ne comprenait pas ce qu’elle voyait.
« Pourquoi est-ce que… »
Alon tourna la tête.
« … ? »
Il ne put s’empêcher d’afficher, lui aussi, un air interdit.
Car…
Dans le ciel, quelqu’un d’autre qu’eux se trouvait là.
Non…
« … Un dragon ? »
Il y avait un dragon.
Un dragon qui se déplaçait dans le ciel comme Basiliora.
Cependant…
« ! »
Alon comprit peu après.
Ce n’était pas un dragon.
C’était…
« … Un mille-pattes ? »
Un mille-pattes.
Une créature grotesque dont les pattes étaient toutes d’immenses doigts humains.
« Ugh… »
Et au moment où il le reconnut…
[Ugh… !?]
Basiliora gémit et piqua aussitôt vers le sol.
« Basiliora ! »
[Ce n’est pas moi qui le veux ! Quelque chose me tire vers le bas !]
Le cri de Basiliora retentit.
« Ugh… ! »
Tout en s’agrippant à Basiliora, le groupe se mit à tomber vers le sol.
Après avoir traversé les nuages, Alon…
« !? »
écarquilla bientôt les yeux devant le spectacle qui s’offrait à lui.
Était-ce parce que le sol s’approchait plus vite que prévu ?
Non.
Ce qui avait choqué Alon…
« Qu’est-ce que c’est encore que ça… »
C’était le paysage, qui avait changé.
La région désolée de l’Empire de l’Ouest qu’il avait vue auparavant n’était qu’une terre aride.
Mais qu’est-ce qu’il voyait, à présent ?
Au loin se dressaient des cerisiers en fleurs.
Plus loin, des montagnes gigantesques s’élevaient, comme tout droit sorties d’un roman de fantasy martiale.
Et enfin…
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Des monstres si répugnants qu’ils arrachaient une grimace, en contraste absolu avec ce magnifique paysage.
Une créature géante semblable à un crabe, dont les pattes étaient des doigts et dont la face évoquait une immense tête humaine.
Un monstre dévorait des cerisiers en fleurs, tandis que des membres entremêlés s’agitaient au fond de sa gueule béante.
Un lapin dont les deux immenses oreilles s’étaient changées en bras humains écorchés.
Une bête inconnue, qui se déplaçait grâce à des dizaines de bras soudés les uns aux autres.
Devant ce spectacle…
« … C’est complètement dingue. »
… au Paradis des monstres, Alon poussa un soupir.