Chapitre 556
Chapitre 556
« …… »
Alon, tout juste sorti du sommeil, fixa le vide un instant avant de tourner son regard vers la fenêtre.
Un soleil éclatant inondait la pièce.
Après être resté ainsi un moment, Alon se souvint enfin qu’il s’était endormi à l’aube, après le réveil de Penia. Il se leva et se frotta le visage.
« Je suis fatigué… »
Une remarque murmurée, alors même qu’il savait qu’il n’y avait personne.
Cependant…
« Vous êtes réveillé, Parrain ? »
À cette voix qui suivit immédiatement, il tourna la tête, légèrement surpris.
Rine était déjà assise au petit bureau à côté du lit, observant Alon.
« Rine… ? »
« Oui, Parrain. Je vous demande pardon d’être entrée sans permission. »
Rine inclina légèrement la tête.
Mais Alon agita la main.
« Ce n’est rien. Je devais être dans la lune, je ne t’ai pas remarquée. »
Il laissa échapper un soupir léger.
« Alors, qu’y a-t-il ? »
« J’ai trouvé. »
« Si tu as trouvé… »
« La biographie de Palaon dont vous parliez, Parrain. »
« ! »
Rine révélait enfin la raison de sa venue.
« Tu l’as trouvée… ? »
« Oui. »
Rine hocha la tête calmement.
Alon resta assis sur le lit.
« … Peux-tu me dire ce que tu as découvert ? »
Demanda-t-il doucement.
« Bien sûr. Je l’ai cherchée dans le seul but de vous transmettre l’information, Parrain. Il y a beaucoup trop de détails pour tout expliquer, alors je ne vous dirai que l’essentiel. »
Rine hocha la tête.
Et le récit commença.
« Palaon est devenu Empereur. »
« Il est devenu Empereur ? »
« Oui. Il est devenu le fondateur de l’Empire d’Ilanef. »
« … ! Si c’est Ilanef… »
« Oui. »
Rine fit un autre signe de tête bref.
« La nation qui a créé les Cinq Grands Pêchés, et le pays qui a créé le Pluto que je manie. »
« … Evan est vraiment devenu l’Empereur d’Ilanef ? »
La vérité était si difficile à croire qu’Alon parut réellement stupéfait.
Face à cette réaction, Rine haussa légèrement les épaules.
« Bien sûr, même ainsi, ce n’est probablement pas Palaon lui-même qui a créé les Cinq Grands Pêchés ou le Pluto. Il n’était que l’Empereur fondateur, après tout. Les Pêchés et le Pluto ont été créés plus tard. »
« Quoi qu’il en soit, » murmura Rine avant de poursuivre.
« L’Empereur d’Ilanef, Palaon, était apparemment appelé le “Grand Palaon”, tout comme je vous l’avais dit. Selon les archives, il a totalement vaincu les choses noires qui envahissaient le monde encore et encore, et même Al-Akulakka lui-même. »
« … Al-Akulakka était encore en vie ? »
« C’est ce que disent les textes anciens. Bien sûr, les archives anciennes ne sont pas toujours parfaitement exactes et peuvent être déformées, mais étant donné la fréquence à laquelle Al-Akulakka y est mentionné, il semble vrai que — même s’il ne l’a pas totalement détruit — il l’a combattu continuellement et a gagné. »
Sans s’en rendre compte, Alon se frotta le visage.
Des émotions contradictoires montaient en lui.
La culpabilité de ne pas avoir réussi à sauver Evan, laissé seul dans le passé.
… Et pourtant, en même temps, le soulagement de savoir que l’Evan laissé derrière lui était finalement devenu Empereur.
« … Dois-je considérer cela comme une chance ? »
D’une certaine manière, c’en était une.
Même après avoir été entouré par ces masses de chair noire à l’époque, Evan les avait percées pour devenir Empereur.
Et ce n’était pas tout. L’Empereur qu’il était devenu semblait avoir été loué par d’innombrables personnes.
Vu sous cet angle, cela ressemblait à une fin heureuse.
Mais, indépendamment de cela, il avait tout de même fait un sacrifice.
Même s’il était devenu Empereur, ce fait ne changeait pas.
Pour renvoyer Alon et Penia dans leur monde d’origine, Evan était resté volontairement dans le passé.
En y jetant tout ce qu’il avait.
« … Evan est-il mort entouré par les bénédictions de tous ? »
C’est pourquoi, avant même de s’en rendre compte, l’expression composée d’Alon s’était effondrée alors qu’il se passait la main sur le visage, le regard tourmenté, en posant cette question.
« Non. »
Répondit Rine fermement.
« Non ? »
« Oui. »
« … Ilanef n’a-t-il pas perduré très longtemps après cela ? »
À la question inquiète d’Alon, Rine hocha la tête.
« Comme vous l’avez dit, Parrain, Ilanef a perduré longtemps. »
« Alors il n’a pas été détruit… et pourtant Evan a trouvé la mort d’une autre manière ? Pour que cela arrive… »
Alors qu’Alon continuait de parler sérieusement, Rine ajouta doucement :
« Pour être plus précise, la biographie de Palaon ne mentionne jamais sa mort. »
« Vraiment ? »
« Non. La quatorzième année après son accession au trône, il a transmis la couronne impériale à l’un des serviteurs qui l’avait suivi le plus fidèlement, puis il a soudainement disparu. »
« … Disparu ? Après avoir passé le trône à quelqu’un d’autre ? »
« Palaon ne s’est jamais marié. Il semble qu’il n’ait eu aucun descendant capable d’hériter du trône impérial. »
« Y avait-il des informations sur l’endroit où Palaon a disparu ? »
« J’ai cherché cela aussi, mais il n’y avait rien du tout. Cependant… »
« Cependant ? »
Sous le regard d’Alon, Rine pinça les lèvres un instant avant de répondre lentement.
« Il y avait une note disant que, dans le dernier village que Palaon a aidé, l’un des villageois lui a demandé où il allait. »
« … Et qu’a-t-il répondu ? »
« “J’ai terminé ce que je devais faire. Maintenant, je vais retrouver un vieil ami.” »
« Un… vieil ami ? »
« Oui. Il a dit qu’il allait retrouver un vieil ami qu’il avait servi pendant très longtemps, et qu’il n’avait pas vu depuis de nombreuses années. »
« …… »
« C’est là que s’arrêtent les archives sur Palaon, Parrain. »
Alon se tut.
« Un vieil ami qu’il avait servi pendant longtemps… »
Instinctivement, Alon comprit que cela le désignait.
Quelqu’un d’autre pourrait insister pour y réfléchir plus attentivement.
Ils pourraient se demander si Evan n’aurait pas pu faire référence à quelqu’un d’autre.
Mais Alon en était certain.
Si Evan avait vraiment prononcé ces mots…
Alors le « vieil ami » dans cette phrase faisait référence à Alon.
Même ainsi, il y avait quelque chose qu’il ne pouvait pas comprendre.
« Comment comptait-il venir me retrouver ? »
Pour autant qu’Alon le sache, le voyage dans le temps nécessitait un texte étrange.
Et la simple existence du phénomène de texte étrange ne suffisait pas à voyager dans le temps.
Il fallait la magie d’un Vrai Mage capable de distordre le phénomène.
Et il fallait aussi une puissance magique capable d’éroder le phénomène lui-même.
Mais pour autant qu’Alon le sache, Evan ne pouvait pas utiliser la magie.
« Rine, y avait-il quoi que ce soit disant que Palaon avait appris la magie ou qu’il était très doué en la matière ? »
« Non. D’après tout ce que j’ai vu jusqu’à présent, il n’y avait rien de tel. »
Répondit Rine immédiatement.
Alon resta silencieux, plongé dans ses pensées.
Il n’y avait pas assez d’informations.
C’était la conclusion.
Mais même ainsi…
Pour une raison quelconque, Alon sentit un coin de son cœur s’apaiser.
Rien n’était encore confirmé.
Il y avait encore beaucoup trop peu d’informations pour qu’Alon puisse juger correctement les actions d’Evan.
Cependant, si ce qui était écrit dans ces textes anciens était réellement vrai…
Alors…
« Si cela ne te dérange pas, pourrais-je te demander d’enquêter un peu plus sur Palaon ? »
« Bien sûr. Si c’est votre demande, Parrain. »
« Tu as toujours ma gratitude. »
Rine accepta la requête d’Alon sans hésiter.
Et lorsqu’il exprima sa reconnaissance…
« Ce n’est rien. Je voulais vous aider, moi aussi. »
« C’est vrai ? »
« Oui. »
Rine esquissa un léger sourire.
« Je… je n’aime pas vraiment vous voir triste, Parrain. »
Murmura-t-elle doucement.
… Et pour la première fois depuis un moment, une chaleur s’installa en Alon face à ce sourire.
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« Hoo… »
Laissant échapper un petit soupir, Reber traversa le palais avec une expression lasse.
Sur le chemin devant lui, les chevaliers postés proprement à côté des innombrables piliers le saluèrent comme s’ils attendaient son arrivée.
Acceptant leurs saluts comme s’il y était déjà habitué, Reber continua d’avancer jusqu’à atteindre le bout du palais.
Là, ce qui apparut fut une porte en bois ordinaire.
Et c’est précisément pour cela qu’elle semblait encore plus étrange.
Pour une porte située au bout d’un palais aussi splendide, elle était absurdement simple.
Mais Reber, qui avait déjà franchi cette porte en bois des centaines de fois, l’ouvrit avec désinvolture.
Et derrière elle se trouvait le bureau caché à l’intérieur du grand palais.
Criiic…
Un bruit lourd résonna au moment où il entra.
Le bureau pouvait être décrit comme antique, mais il n’était en rien luxueux.
« …… »
La toute première chose que l’on remarquait était le plancher en bois qui grinçait.
Ensuite venaient l’élégante armoire à l’ancienne et la petite table placée à côté.
Sur la table, là où la lumière du soleil filtrait, reposait une sculpture de chat recroquevillé sur lui-même, comme s’il se prélassait dans la chaleur.
Et si l’on ouvrait davantage la porte du bureau, directement devant, sur le bureau, gisait quelque chose en forme de serpent, étalé mollement.
Au-dessus s’empilaient des piles et des piles de documents.
Mais le regard de Reber n’était pas dirigé là.
Ses yeux se tournèrent vers la droite.
« … Votre Majesté. »
« Mm… ? Ah, Reber, tu es là ? »
Ignorant le grand bureau de direction que tout le monde supposerait appartenir au souverain, Reber s’adressa à Evan, qui était assis à un bureau niché dans le coin le plus éloigné.
« … J’ai apporté le rapport. »
Reber tendit le rapport.
Evan prit silencieusement la pile de papiers et commença à les lire.
L’observant comme toujours, Reber…
« Votre Majesté. »
« Mm ? Qu’y a-t-il ? »
« … Puis-je vous demander quelque chose ? »
Sans s’en rendre compte, il posa la question.
« Hm ? Qu’est-ce que c’est ? »
Alors qu’Evan lui répondait naturellement, Reber le fixa.
« …… »
Cela faisait déjà quatorze ans qu’il avait vu ce visage pour la première fois.
… Et dix ans qu’il avait vu ce bureau pour la première fois.
Quatorze ans.
Assez longtemps pour que le passage du temps grave des traces sur le monde lui-même.
Ce visage n’avait pas changé, pourtant, comparé à leur première rencontre, il portait les marques indubitables du temps.
La seule chose qui n’avait peut-être pas changé, c’était la manière décontractée dont il parlait malgré son accession au trône.
« …… »
Reber tourna lentement le regard et observa à nouveau le bureau familier.
À vrai dire, au début, les choses avaient été trop chaotiques pour qu’il y prête attention.
C’est pourquoi, bien qu’Evan ait transformé son bureau privé en quelque chose d’aussi bizarre au fil des dix dernières années, Reber n’y avait jamais fait grand cas.
En fait, il était devenu gênant de demander pourquoi le bureau ressemblait à cela après tant de temps.
Mais pourquoi donc ?
Aujourd’hui, cela le dérangeait pour une raison quelconque.
Pourquoi l’Empereur évitait-il le siège le plus prestigieux et le bureau le plus imposant pour travailler depuis le coin de la pièce ?
Pourquoi laissait-il toujours des piles de documents sans signification s’accumuler ?
Pourquoi y avait-il trois bureaux dans ce minuscule espace ?
Il voulait simplement savoir.
« … Pourquoi, Votre Majesté, travaillez-vous toujours ici ? Au lieu de là-bas ? »
Demanda Reber.
Et…
À cette question…
« Ah, ça ? »
Comme si ce n’était rien d’important, Evan feuilleta le rapport.
Et puis, d’une voix incroyablement calme…
« Ce n’est pas mon siège. »
« … Ce n’est pas le siège de Votre Majesté ? »
« Ouais. Cette place est… »
Répondit-il simplement.
« Le siège de mon vieil ami. »
Comme un Empereur qui avait déjà abattu des centaines de milliers de masses de chair noire d’innombrables fois auparavant.
« … Alors m’asseoir là me semble un peu déplacé. »
… Pourtant, aussi comme un chevalier portant en lui un étrange désir.
Une voix solitaire résonna doucement dans le bureau.