Chapitre 370
Le monde s'arrêta.
Quelques instants plus tôt, le ciel rouge était encore épais de poussière, mais à présent, elle avait disparu.
Ce qui la remplaçait était... les ténèbres.
Une obscurité semblable à l'Abîme, un vide qui engloutissait le ciel tout entier.
Et dans cette scène accablante, Alon fixait l'être devant lui.
Pour être honnête, rien dans cette situation n'avait de sens.
Il ne comprenait pas pourquoi lui, qui se tenait sur le navire quelques instants auparavant, se retrouvait maintenant au sol.
Il ne pouvait pas non plus concevoir ce que cette chose devant ses yeux était réellement.
Pour autant qu'Alon le sache, même si le Péché de la Colère entrait dans sa seconde phase, il ne prenait pas cette forme.
Alon contemplait l'être devant lui, le regard vide.
C'était plus étranger que n'importe quel péché qu'il ait jamais vu.
La silhouette du chevalier qui se tenait face à lui n'était ni éblouissante ni grandiose comme les autres.
Elle n'était pas aussi écrasante ou destructrice que les autres péchés.
Elle était simplement... silencieuse.
Comme un abîme que l'on apercevrait à travers les interstices de son armure.
Avec un seul bras et une grande épée à la main, sa silhouette était calme — trop calme.
Ce calme la rendait d'autant plus dangereuse.
[Laisse-moi te demander à nouveau.]
Alors que cette pensée traversait son esprit, une voix résonna.
Alon tourna son regard vers elle avant même de s'en rendre compte.
[Peux-tu porter le fardeau du péché ?]
C'était la même question qu'auparavant.
Une question calme, résonnant faiblement à ses oreilles, aussi vide que le néant entre les plaques de l'armure.
Mais Alon ne pouvait pas répondre.
Il ne comprenait pas ce que ces mots signifiaient.
Il ne pouvait pas non plus reconnaître ce que l'être devant lui était vraiment.
Il n'avait jamais rien vu de tel, pas même dans Psychedelia.
C'est pourquoi...
« Qu'es-tu... exactement ? »
Demanda Alon en retour.
Pendant un moment, l'être se contenta de le fixer en silence avant de répondre.
[Pourquoi demander ce que tu sais déjà ?]
Murmura-t-il doucement, puis il baissa les yeux sur lui.
[Je suis le Péché de la Colère. Et en même temps...]
Il leva son unique bras.
[...Je suis Celui qui Porte.]
Vroooom— !
Le bras dénudé et squelettique se leva, et la grande épée commença à irradier une lumière cramoisie.
« Maître ! »
« Mon seigneur ! »
Avec la lumière, les voix familières de Seolrang et Radan lui parvinrent alors qu'ils se précipitaient.
En un flou, ils se placèrent entre Alon et Celui qui Porte.
Mais...
Crac !
Au lieu de donner un coup, l'épée fut enfoncée profondément dans le sol.
Kwa-ga-ga-ga-ga-gaaak !
La terre se fendit alors que des pointes jaillissaient vers le ciel — des épines massives assez grandes pour transpercer le corps d'un monstre, éclatant dans toutes les directions et déchirant le sol.
Les cris des soldats et le bruit grotesque de la terre qui se brisait remplirent l'air simultanément.
Et puis...
« Allez-vous bien, Maître ?! »
« Je vais bien. »
Le sol s'était transformé en un vaste réseau de vignes torturées.
S'échappant avec l'aide de Seolrang, Alon tourna son regard vers la silhouette lointaine de Celui qui Porte.
Et il le vit...
Levant à nouveau son épée, flottant solennellement dans le ciel.
Son regard fixé directement sur lui.
[Que l'épreuve commence.]
Celui qui Porte parla doucement, et l'épée dans sa main exhala une brume bleu pâle.
[Voyons si tu peux vraiment porter notre fardeau.]
Craaaack !
Avec un son glaçant, l'abîme qui avait englouti les cieux commença à se fracturer.
Une fissure.
Puis deux.
Puis quatre...
Bientôt, d'innombrables fissures couvrirent le ciel autrefois sombre.
Et avec le bruit du verre qui se brise...
[Si tu peux sauver ce monde.]
— la Voie lactée apparut.
Elle remplit le ciel nocturne, vaste au-delà de toute compréhension, un spectacle que personne n'avait jamais vu auparavant.
[Et si ce monde a vraiment besoin d'être détruit.]
Avec les cieux radieux derrière lui...
[Prouve-le.]
Celui qui Porte leva sa grande épée et déclara.
***
Même les soldats qui hurlaient de terreur quelques instants plus tôt, même les chevaliers qui tremblaient en tirant leurs épées, même les mages qui débattaient de l'opportunité de dresser à nouveau leurs barrières — chaque regard se tourna vers un seul point.
Vers la silhouette de Celui qui Porte, se tenant fièrement avec une seule épée, à contre-jour des étoiles.
Tout le monde ici présent savait.
Ils savaient que l'être devant eux était un monstre.
Ils savaient que c'était une calamité capable de les écraser comme des fourmis à tout moment.
Et pourtant... aucun d'entre eux ne pouvait détourner le regard.
Pourquoi cela ?
Était-ce parce que l'être inspirait la crainte ?
Parce qu'il était écrasant ?
Parce qu'il était le désespoir incarné ?
Ou était-ce parce qu'ils ressentaient de la peur ?
Parce qu'ils ressentaient un sentiment de libération venant de lui ?
Parce qu'ils ressentaient de la tristesse venant de lui ?
Alon força son esprit étourdi à rester calme.
Il n'avait toujours pas saisi ce qu'était vraiment cette chose.
Non... peut-être était-il naturel qu'il ne le puisse pas.
Son existence, ses mots... rien de tout cela n'avait de sens pour lui.
Pour autant qu'Alon le sache, la fin de Psychedelia consistait à éliminer tous les Pêchés.
Une fois cela fait, le monde serait libéré du péché, et la paix suivrait — une fin heureuse.
C'était la fin qu'Alon avait toujours connue pour Psychedelia.
Et pourtant, l'être devant lui disait quelque chose de complètement différent de ce qu'il avait appris.
Peux-tu porter le fardeau du péché... ? Peux-tu sauver le monde... ?
Pour Alon, ces mots n'avaient aucun sens.
Puis soudain, un souvenir fit surface dans son esprit.
« Ce que je voulais protéger... c'était l'humanité. »
Les derniers mots du Péché de la Paresse, juste avant d'être vaincu.
Les yeux d'Alon devinrent complexes alors qu'il se les remémorait et regardait à nouveau la silhouette.
Pour être honnête, il y avait encore d'innombrables choses qu'il ne comprenait pas.
Mais s'il y avait une chose dont il était sûr...
— c'était qu'il y avait quelque chose au-delà de ce qu'il savait.
Et donc.
« Seolrang. »
« Oui, Maître. »
Peu importe le nombre de questions qu'il portait.
Peu importe le nombre de vérités qu'il finissait par réaliser.
La tâche devant lui ne changeait jamais.
« Prépare-toi. »
Alon devait l'arrêter.
Sinon, la destruction viendrait.
Au moment même où Alon plongea la main dans son manteau, Celui qui Porte bougea sa main pour la première fois.
Crunch !
La sphère de cristal dans la main d'Alon vola en éclats.
Avec elle vint un son glaçant qui résonna dans toute la ruine.
C'était l'un des codes de signalement qu'il avait convenus avec les Royaumes Alliés à l'avance — si quelque chose d'inattendu se produisait et que ce son était entendu, toutes les troupes devaient battre en retraite immédiatement.
Alors que le signal jaillissait de la main d'Alon, les soldats commencèrent à crier et à bouger tous en même temps.
Et puis...
« !? »
Les Pêchés apparurent.
Le Péché de l'Envie, qui ne s'était pas montré jusqu'à présent, s'éleva avec huit bras massifs.
Le Péché de la Cupidité, autrefois vaincu à Fildagreen, revint avec des centaines d'ailes tourbillonnantes.
Un homme renaissant à travers la Calamité noire d'Ashtalon.
Et le fier dragon noir de la Cupidité, qui ne s'inclinait devant personne.
Chacun commença à former son corps, et bientôt, ils se manifestèrent pleinement.
« C'est de la folie... »
« C-c'est... ! »
L'inquiétude se propagea dans les rangs des soldats.
Ce choc se répandit comme une infection parmi les troupes en retraite.
Cependant...
Alon, qui avait froncé les sourcils tout comme les autres, se reprit rapidement.
« Ce ne sont pas les vrais. »
Les Pêchés qu'il voyait n'étaient pas leurs véritables formes.
Même s'ils semblaient identiques, leur couleur était différente — cendrée, comme les pointes qui avaient jailli de la terre.
L'aura qu'ils émettaient était bien plus faible que celle des vrais Pêchés.
Bien sûr, c'était relatif — ils restaient monstrueux selon toute mesure normale.
BOUM !
Le dragon de la Cupidité disparut en un instant, volant vers les soldats d'Asteria à une vitesse dépassant la perception.
Plus rapide que la lumière, plus rapide que la pensée — personne ne pouvait réagir.
Les soldats en fuite ne s'en rendirent même pas compte.
Même le commandant debout à l'avant n'eut pas le temps de saisir ce qui se passait.
En cet instant fugace...
La Cupidité abattit sa griffe.
Crac !
Jusqu'à ce que quelque chose l'arrête.
ZZZZZAAAP !
Un éclair de foudre dorée illumina le dragon cendré.
Dans sa lueur apparut un homme au corps d'or et au visage dépourvu d'émotion — le Dieu du Tonnerre.
« Rang-chang... rang-chang... »
Le temps...
« Frappe de foudre. »
— bougea une fois de plus.
BOOOOOOM !
En un instant trop court pour être perçu, le dragon de la Cupidité fut balayé par le coup de pied de Seolrang, se brisant à travers le terrain couvert d'épines.
Comme sur un signal, les autres Pêchés bougèrent également — mais malheureusement pour eux, aucun ne réussit.
« Exactement comme prévu. »
Devant le Péché de l'Envie qui se tordait se tenait Radan, arborant un sourire confiant.
« J'ai déjà cartographié leurs mouvements. »
Autour du Péché de la Cupidité, qui avait commencé à déployer ses ailes, des centaines — non, des milliers — de cercueils dorés apparurent, se multipliant dans les airs.
« Je ne laisserai pas cela arriver. »
Et au-dessus du territoire de la Paresse, qui n'avait pas réussi à retirer son domaine à temps, des fils violets s'entremêlèrent sauvagement.
Chaque héros affronta son ennemi désigné.
Bien que les Pêchés aient été contenus, la situation était loin d'être favorable.
Même s'ils les retenaient... il n'y avait toujours personne pour arrêter Celui qui Porte.
Et même si quelqu'un le pouvait, la victoire ne pouvait être garantie dans cet état.
Même si ces Pêchés n'étaient que des marionnettes conjurées par lui, ils possédaient toujours leurs pouvoirs — du moins partiellement.
Ce qui signifie qu'ils pouvaient être tenus à distance pendant un temps, mais jamais complètement vaincus.
Pourtant, même en sachant tout cela, l'expression d'Alon restait calme.
Car parmi les personnes présentes, ils n'étaient pas les seuls à pouvoir combattre les Pêchés.
BOUM— !
Une aura noire sinistre se répandit dans toutes les directions.
De l'intérieur, une main sombre s'éleva et saisit le Pêché qui déchirait les cercueils dorés.
« Changement de plan. »
Ryanga, les cornes grotesquement étendues et irradiant une magie étrange, abattit le corps en charge de la Cupidité, libérant une vague massive d'énergie noire.
Shhhhk !
Coupant à travers les fils noirs liant chaque domaine en expansion, une femme au regard froid — Historia — s'avança.
Avec cela, l'équilibre fut rétabli.
Et puis...
« Mon Seigneur. »
« Yutia ? »
« Je vais aider aussi. J'ai confiance en ma défense. »
Yutia se joignit à eux.
« Très bien. »
Une lumière blanche se dispersa de sa main.
« ...Diffraction. »
La bataille commença.
Et puis, bientôt...
RRRRRRRRRR— !
La Voie lactée commença à briller.
Plus fort que jamais auparavant.