Chapitre 25
Carmine, le troisième fils du Duc Komalon, était d'humeur massacrante depuis une semaine.
Bien que la récente rupture de ses fiançailles en soit en partie la cause, c'était surtout le Comte Palatio qui lui tapait sur les nerfs.
Lors du dernier banquet, il avait tenté d'évacuer son stress en provoquant le Comte Palatio, pour finir publiquement humilié.
Bien sûr, c'était entièrement la faute de Carmine.
S'il n'avait pas fait de commentaires déplacés sur l'apparence d'une autre noble, les pourparlers de fiançailles se seraient déroulés sans accroc.
Et s'il n'avait pas provoqué le Comte Palatio, il n'aurait pas subi un tel déshonneur.
Cependant, Carmine avait totalement oublié que c'était lui qui avait déclenché le conflit.
Il se focalisait uniquement sur l'humiliation qu'il avait subie, repassant l'incident en boucle dans son esprit.
C'était la première fois de sa vie qu'il éprouvait une telle honte.
Après tout, en tant que fils du Duc Komalon, pilier du royaume, il n'avait jamais fait face à une telle humiliation auparavant, et ce moment avait laissé une marque indélébile dans sa mémoire.
Pendant près de dix jours, Carmine grinçait souvent des dents en se remémorant l'événement.
À peine arrivé au domaine des Komalon, il prit la parole, comme s'il venait de prendre une décision.
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« Hé. »
« Oui, Jeune Maître ? »
« Où ce bâtard a-t-il dit qu'il allait ? »
« Aux dernières nouvelles, le Comte Palatio avait des affaires à Caliban… »
Sans attendre que le chevalier finisse, Carmine se précipita dans sa chambre et ouvrit un tiroir de son bureau.
À l'intérieur se trouvaient de nombreuses boules de cristal.
Il choisit celle tout à droite et sortit immédiatement une pierre de mana de sa poche, l'approchant du cristal.
Alors que le cristal commençait à briller intensément, le temps passa et la lumière commença à faiblir.
[Eh bien, si ce n'est pas mon ami Carmine !]
Une voix s'échappa du cristal.
« Je vais aller droit au but. J'ai besoin de ton aide. »
Carmine parla en tenant le cristal magique.
[Hmm ? Tu as besoin d'aide ? Pour quoi faire ?]
« Le Comte Palatio. Il est probablement en route en ce moment. J'ai besoin que tu t'occupes de lui. »
[M'occuper de lui ? Tu parles du Comte Palatio ?]
L'interlocuteur, confus par la situation, demanda à nouveau.
« Tu n'as pas besoin de le tuer. Laisse-le juste à moitié mort. »
Il y eut un bref silence de la part de l'homme dans le cristal avant qu'il ne réponde.
[Même ainsi, c'est un peu…]
« Je t'en donnerai cinq. »
[…Quoi ?]
« Si tu t'occupes de lui, je t'en donnerai cinq de plus. Tu en as besoin, n'est-ce pas ? Pour devenir plus fort. »
[Ha…]
L'homme dans le cristal laissa échapper un rire sec aux mots de Carmine.
[Tu es sérieux ? Tu peux m'en procurer cinq ?]
« Si tu fais le travail correctement, ce n'est pas un problème. »
L'homme dans le cristal resta silencieux un instant.
« Tu peux le faire, n'est-ce pas ? »
[Ha…]
Puis, comme amusé, l'homme gloussa.
[Mon ami, tu me connais trop bien. Tu sais toujours exactement comment me prendre !]
« Tu vas le faire ou pas ? »
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[Tout ce que j'ai à faire, c'est de m'occuper de lui, c'est ça ?]
« Ouais. Aussi brutalement que possible. »
[Wow, il a dû vraiment t'énerver pour que tu demandes ça. Bref, c'est noté. Je m'en occupe et je te recontacte une fois que c'est fait.]
Sur ces mots, la communication prit fin.
La pièce retomba dans le silence, comme si la conversation qui venait d'avoir lieu n'avait jamais existé.
Mais il y avait une différence.
Un sourire sournois s'étira sur le visage de Carmine.
« Il pensait vraiment que je le laisserais tranquille après m'avoir humilié publiquement ? »
C'était la seule pensée qui occupait son esprit.
***
« Sommes-nous enfin arrivés ? »
« On dirait bien. »
Cela faisait environ deux semaines qu'Alon avait rencontré Eliban, le protagoniste de ce monde.
Regardant la capitale de Kirdam au loin, Alon tourna son regard vers l'arrière de la calèche.
Divers cadeaux y étaient chargés, tous destinés à Deus, la personne qu'ils étaient sur le point de rencontrer.
« Ugh, je suis épuisé », bâilla Evan à ses côtés, visiblement fatigué en jetant un coup d'œil aux cadeaux.
Alon, lui aussi, ressentait la fatigue, tout comme Evan.
« Les longs voyages sont toujours fatigants. »
« …Ça aurait été beaucoup plus paisible si nous n'étions pas allés dans cet endroit semblable à un labyrinthe. »
Leur fatigue ne venait pas seulement du long voyage, mais aussi du fait qu'Alon avait fait plusieurs arrêts la semaine passée.
« C'était nécessaire. »
Ce fut la seule réponse d'Alon à Evan.
En vérité, la raison pour laquelle ils avaient fait tous ces arrêts sur la route de Caliban était de se préparer à la bataille imminente contre les Dieux Extérieurs.
Le collier en forme de lotus qui pendait désormais au cou d'Alon, et qui n'était pas là deux semaines auparavant, faisait partie de ces préparatifs.
Ignorant le regard d'Evan, Alon changea de sujet.
« Deus est revenu de son expédition, n'est-ce pas ? »
« Oui, il devrait être ici. »
Alon resta silencieux un moment avant de demander : « …Il me rencontrera, n'est-ce pas ? »
« …J'en suis sûr », répondit Evan, bien qu'Alon restât légèrement sceptique.
« Il ne s'agit pas seulement de le rencontrer… le vrai défi est de le convaincre d'accepter ma requête… »
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Alon avait apporté à Deus un soutien financier considérable au fil des ans et l'avait même sauvé de ce qui aurait pu être une situation désastreuse.
En termes de cause à effet, Alon était indéniablement dans la position d'un bienfaiteur.
Mais de manière réaliste, du point de vue de Deus, Alon n'était probablement qu'une personne sans visage qui avait généreusement dépensé de l'argent pour l'aider de loin.
Après tout, Alon n'avait jamais rencontré Deus en personne.
Sans aucune interaction directe, il était difficile d'espérer une quelconque proximité, alors maintenant qu'il était enfin à Kirdam, Alon ne pouvait s'empêcher de se sentir un peu anxieux.
« Je ne peux qu'espérer que les cadeaux le convaincront. »
Alors qu'Alon ruminait ses pensées, ils atteignirent enfin la porte nord de Kirdam, où ils rejoignirent la file d'inspection, comme n'importe quels autres voyageurs entrant dans la capitale.
Même s'il était un noble du Royaume d'Asteria, lors de voyages à l'étranger, les inspections étaient obligatoires pour tous.
Après avoir brièvement expliqué son identité au soldat menant l'inspection, Alon attendit qu'Evan termine alors que la file de calèches avançait lentement.
« Excusez-moi, Comte ? »
« Oui ? »
« Il semble y avoir un léger problème. »
Evan passa la tête dans la calèche, ce qui fit pencher la tête d'Alon par confusion. Il hocha légèrement la tête et descendit de la calèche, où il fut accueilli par un chevalier à l'expression trop confiante.
Le chevalier avait des cheveux roux et un blason de lion sur la poitrine, dégageant un air d'arrogance. Alors qu'Alon le regardait avec curiosité, le chevalier prit la parole.
« Êtes-vous le Comte Palatio ? »
« C'est exact. »
Bien qu'ils ne se soient jamais rencontrés, le chevalier parla de manière informelle, comme si les expressions faciales dans ce monde fantastique suffisaient à révéler la personnalité d'une personne.
Alors qu'Alon répondait, Evan se pencha pour lui murmurer à l'oreille.
« Ce chevalier semble être un disciple de Fiola. »
« …Fiola ? »
« Oui, vous savez, le Quatrième Maître d'épée. »
Aux mots d'Evan, Alon laissa enfin échapper un murmure de réalisation.
Un maître chevalier connu sous le nom de Quatrième Maître d'épée, Fiola, vint à l'esprit d'Alon, et bien qu'il hocha la tête, il gardait une expression perplexe.
« Alors, pourquoi le disciple du Quatrième Maître d'épée est-il ici ? …Et avec tout un groupe de chevaliers ? »
Alors qu'Alon jetait un coup d'œil autour de lui, il remarqua plusieurs autres chevaliers portant le même blason de lion que Fiola.
« …Quelles affaires avez-vous avec moi ? »
Se tournant vers le disciple de Fiola, Alon demanda. Le chevalier, qui marchait tranquillement vers lui avec un sourire en coin, se présenta enfin.
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« Tout d'abord, je suis Vilan, un disciple direct de Sir Fiola. »
« Et ? »
« J'ai entendu dire que mon ami vous devait une petite dette. »
« Ami ? »
Quand Alon demanda, Vilan sourit et continua.
« Oui, un ami. »
« Je ne me souviens pas d'avoir eu de liens significatifs ici à Caliban. »
« Mon ami n'a pas non plus de liens particuliers avec Caliban. Il vient du Royaume d'Ashtalon. »
À ces mots, Alon murmura instinctivement : « Royaume d'Ashtalon… ? Hein ? »
Mais il se souvint rapidement et laissa échapper un soupir de compréhension.
« …Carmine ? »
« C'est exact, vous vous souvenez. Il m'a contacté. »
En entendant les mots de Vilan, Alon ne put cacher son incrédulité.
« Attends, je n'ai rien fait à ce type ! …Attends, ça fait combien de temps ? Quelques semaines ? »
Pendant un instant, Alon fut impressionné par le petit voyou Carmine courant se plaindre à ses amis en moins de deux semaines.
« Je lui dois aussi un peu, donc je dois au moins faire une apparition. »
« Donc, vous attendiez ici tout ce temps juste pour faire cette "apparition" ? »
« Pour être précis, j'attendais des nouvelles. Toutes les calèches venant du Royaume d'Asteria passent par cette porte. »
Alon ressentit une vague de vertige aux mots désinvoltes de Vilan, comme s'il s'excusait pour la gêne occasionnée, sans vraiment le penser.
Même si l'influence de la noblesse diminue considérablement en terre étrangère, ce n'était pas au point d'être traité comme cela aux portes.
« Alors, quel est votre plan ? »
« Je vais vous donner deux choix. Ces marchandises à l'air précieux dans votre calèche… que diriez-vous de nous les offrir toutes ? »
« Et l'autre choix ? »
« Passer environ trois semaines dans le cachot souterrain. »
« …Vous êtes bien conscient que je suis un noble d'un autre pays, n'est-ce pas ? »
Demanda Alon, sachant qu'emprisonner un noble étranger sans motif causerait sans aucun doute des problèmes.
« Je suis le seul disciple direct de Sir Fiola. »
Les mots suivants de Vilan laissèrent Alon stupéfait.
Ce que Vilan disait essentiellement, c'était : « Je peux causer un scandale, et en raison de mon statut, je ne ferai face à aucune conséquence. »
Le plus ridicule était que la déclaration de Vilan contenait une part de vérité. Ici, Alon n'était qu'un noble étranger, mais Vilan était le seul disciple direct d'un maître chevalier.
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« Incroyable, qui se ressemble s'assemble vraiment. »
Alon soupira, réalisant que cette bande de voyous était parfaitement assortie. Alors qu'Alon soupirait, Vilan esquissa un sourire méchant.
« Mais pour être honnête, peu importe l'option que vous choisissez, le résultat sera le même. »
Vilan tapota légèrement l'estomac d'Alon avec la garde de son épée.
« Après tout, mon ami n'a demandé qu'une seule chose. »
Vilan menaça Alon avec désinvolture.
Evan, qui était resté silencieux jusqu'à présent, commença lentement à froncer les sourcils. Il atteignit instinctivement l'épée à sa taille quand—
« Hein, hein~ ! »
Une voix appela de derrière, faisant tourner la tête à la fois à Alon et à Vilan.
Là, Alon le vit.
« Deus Macallian… ? »
Vêtu d'une armure de fer noir, arborant une expression froide, Deus marchait vers eux.
Au moment où il apparut, l'atmosphère à la porte devint lourde, comme si l'air lui-même était accablé.
Bien qu'il ne s'agisse que d'une seule personne, les soldats redressèrent leur posture, les yeux écarquillés par le choc. Même les chevaliers, qui avaient eu des expressions détendues quelques instants auparavant, se tenaient maintenant droits, le visage tendu.
« Attention ! »
Les soldats, qui avaient observé la situation avec désinvolture, levèrent immédiatement leurs épées en signe de salut en voyant Deus, mais il ne leur accorda pas un regard.
« Nous saluons le Grand Épéiste ! »
Les chevaliers du groupe de Vilan, « Yuzon », crièrent avec révérence, mais Deus les ignora également.
Au lieu de cela, il marcha directement vers Alon.
Voyant cela, Vilan retira précipitamment l'épée qu'il avait pointée vers Alon, essayant de parler, mais—
Crash !
« Gah ! »
La main de Deus jaillit et saisit Vilan à la gorge.
« Q-Quoi— ! »
Vilan atteignit rapidement la main de Deus en signe de protestation, mais—
« Que pensez-vous faire ? »
À ces mots froids, le visage de Vilan devint pâle alors qu'il luttait pour respirer, les yeux écarquillés par la peur.
« Comment osez-vous lever la main sur mon bienfaiteur. »
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