Chapitre 7
« C'est quoi ça !!? »
Le cri de Yu-ri résonna dans tout le bureau, manquant de faire sursauter Mi-ho qui la fixa avec des yeux grands comme des soucoupes.
(Attends... Non, non, NON ! C'est impossible ! C'est un cauchemar, je suis encore en train de dormir chez moi !)
Sa respiration devint erratique. Son cœur tapait si fort contre ses côtes qu'elle crut qu'il allait exploser. Si cet homme était ici, dans son cabinet, un samedi matin... cela voulait dire une seule chose.
C'était son nouveau client.
Un client. Dans la logique absolue du travail de Han Yu-ri, un homme qui poussait la porte de son agence pour demander de l'aide était, par définition, un cas désespéré. Un homme sans charme, un exclu de la séduction, un être totalement incapable de plaire par lui-même.
(J'ai couché avec un client ?! Moi, la déesse Aphrodite, j'ai fini dans le lit d'un mec qui a besoin d'un TUTO pour choper !?)
Sa fierté légendaire venait d'être pulvérisée, réduite en miettes, piétinée et jetée aux ordures. Elle était au bord d'une crise de nerfs monumentale. Ses mains tremblaient légèrement sur son bureau en bois massif.
Pourtant, malgré l'ouragan d'hystérie qui ravageait son esprit, ses yeux traîtres glissèrent machinalement vers l'homme debout en face d'elle.
Il portait une chemise noire légèrement entrouverte au niveau du col. À travers le tissu ajusté, on devinait sans l'ombre d'un doute le tracé ferme de ses pectoraux et la découpe nette de ses abdominaux sculptés.
Aussitôt, des flashs de la nuit dernière lui percutèrent le cerveau avec la violence d'un camion de déménagement : des mains chaudes sur sa taille, le souffle chaud de cet homme dans son cou, le poids de son corps musclé contre le sien dans le noir de la suite...
BAM.
Le visage de Yu-ri devint aussi rouge qu'une tomate mûre. Une chaleur cuisante lui monta jusqu'aux oreilles. Elle plaqua vivement ses deux mains sur ses joues brûlantes, ajustant ses lunettes de travers dans un geste de panique totale.
(Mais à quoi je pense, bon sang !? Ressaisis-toi, Yu-ri !)
Pendant ce temps, l'homme ne cillait pas.
Il s'avança d'un pas tranquille, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, étalant un calme absolument exaspérant. Aucun regard complice, aucun sourire en coin, aucune rougeur. Il la fixait avec des yeux sombres, parfaitement neutres, comme s'il la voyait pour la toute première fois de sa vie.
« Bonjour », dit-il d'une voix grave et posée, celle-là même qui avait murmuré à son oreille quelques heures plus tôt. « Je m'appelle Ryu Jae-han. C'est bien ici l'agence de Mademoiselle Han Yu-ri ? »
Yu-ri resta pétrifiée, les lèvres entrouvertes.
(Il... il fait comme s'il ne me connaissait pas ? Il joue à quoi, là ?!)
Mi-ho, sentant l'atmosphère devenir extrêmement bizarre, jeta un coup d'œil inquiet à sa partenaire avant de se tourner vers le client avec un sourire professionnel.
« Oui, tout à fait ! Bienvenue M. Ryu. C'est bien Mlle Han. Elle est juste... très passionnée par son travail. Je vous laisse entre ses mains expertes. »
Mi-ho s'inclina légèrement et sortit du bureau en fermant doucement la porte derrière lui, laissant Yu-ri seule face à son destin. Et face à Ryu Jae-han.
Un silence de plomb s'installa dans la pièce. Yu-ri s'efforça de prendre une grande inspiration pour recouvrer son masque de supériorité, même si ses joues conservaient une teinte rosé très suspecte. Elle se racla la gorge, replaça ses lunettes sur son nez et croisa les bras sur sa poitrine.
« Hm ! Bien... Installez-vous, M. Ryu », ordonna-t-elle d'une voix qu'elle tenta de rendre la plus hautaine possible. « Expliquez-moi votre cas. Pourquoi faites-vous appel à mes services ? »
Jae-han tira la chaise en face du bureau et s'assit avec une aisance déconcertante. Il croisa ses longues jambes, posant un regard d'une clarté déroutante sur l'entremetteuse.
« C'est très simple », commença-t-il d'un ton monocorde. « Je travaille dans une entreprise de design. Il y a une femme dans mon équipe... Ma collègue de travail. Elle est magnifique, élégante, et tous les hommes du bureau cherchent à la séduire. »
Yu-ri haussa un sourcil, tentant désespérément de se concentrer sur son rôle professionnel pour oublier l'odeur de son parfum qui envahissait l'espace.
« Et donc ? Vous voulez qu'elle vous remarque ? »
« Exactement », répliqua Jae-han sans détours. « Je veux devenir plus séduisant. Je veux que vous m'appreniez à plaire, pour que cette femme tombe amoureuse de moi. »
Yu-ri le fixa, l'esprit en pleine surchauffe.
(Il a couché avec MOI cette nuit, et ce matin il me paie pour que je l'aide à pécho sa collègue magnifique !?)
Un rire nerveux et pincé lui échappa. C'était officiellement le jour le plus humiliant de toute sa vie.