Chapitre 8
« Très bien, M. Ryu », déclara Yu-ri d'une voix sèche en tapotant furieusement son stylo contre le bureau. « Si vous voulez séduire cette femme formidable, on va devoir revoir l'entièreté de votre attitude. Vous êtes beaucoup trop froid, trop distant. Les femmes aiment l'attention, le charme naturel, pas un iceberg en costume ! »
Pendant de longues minutes, elle lui débita ses conseils avec une poigne de fer, tentant par tous les moyens d'imposer son autorité de déesse de la séduction. Mais le regard sombre et impassible de Jae-han fixant ses lèvres à chaque mot la déstabilisait au plus haut point.
(C'est intenable. Cet air fermé... cet homme m'étouffe !)
« Bref ! » coupa-t-elle brutalement en se levant. « La suite de la séance aura lieu plus tard. J'ai besoin d'une pause. »
Sans attendre sa réponse, elle attrapa son sac, passa à toute vitesse devant le bureau de Mi-ho et s'échappa du bâtiment.
Une fois dans la ruelle calme située derrière le cabinet, Yu-ri laissa échapper un long soupir d'épuisement. La pression de la nuit dernière, le fiasco du dîner avec son père et la présence absurde de Jae-han pesaient trop lourd sur ses épaules.
Elle fouilla dans son sac, en sortit un petit paquet élégant et une fine cigarette, qu'elle alluma d'un geste machinal. Elle aspira une bouffée, recrachant une volute de fumée grise vers le ciel de Séoul, appuyée contre le mur de briques.
Clic-clac.
Le bruit de pas posés la fit sursauter.
Jae-han venait de tourner le coin de la ruelle. Il s'avança vers elle d'un pas lent, les mains enfoncées dans ses poches, sa silhouette imposante découpée par la lumière du soleil.
« Vous ne devriez pas fumer », dit-il d'une voix calme en s'arrêtant à quelques centimètres d'elle. « Est-ce que c'est bien raisonnable pour une fille aussi jolie ? »
BAM.
Les joues de Yu-ri s'enflammèrent instantanément. La chaleur lui monta au visage avec une violence inouïe.
(Une... une fille aussi jolie ?!)
Complètement paniquée par sa propre réaction, Yu-ri se plaqua brutalement la main contre la joue, se donnant une petite tape sonore pour se remettre les idées en place.
SLAAP !
(Mais ça ne va pas non !? Pourquoi je rougis comme une collégienne devant ce client ?! C'est pas le moment de flancher, ressaissis-toi Han Yu-ri !)
« Ça... Ça ne vous regarde pas, M. Ryu ! » bafouilla-t-elle en écrasant précipitamment sa cigarette dans le cendrier mural. « Je fais ce que je veux de mon corps ! Et d'ailleurs, vous devriez être en train de repenser à mes conseils au lieu de me suivre— »
Elle s'interrompit.
Jae-han ne la regardait plus. Son attention venait d'être complètement captée par l'autre côté de la rue principale. Son regard sombre, habituellement si neutre et illisible, venait de prendre une nuance singulière... un mélange d'envie, d'admiration et d'une intensité presque troublante.
Intriguée et étrangement piquée au vif, Yu-ri tourna la tête pour suivre la direction de son regard.
De l'autre côté du boulevard, devant la terrasse d'un grand café, une jeune femme venait de s'arrêter.
Yu-ri en eut presque le souffle coupé. La fille était d'une beauté tout simplement irréelle. Elle arborait de longs cheveux rose poudré qui flottaient doucement dans le vent, et des yeux de la même teinte cascade, éclatants comme des gemmes. Elle portait une tenue élégante et raffinée qui attirait tous les regards des passants. Une véritable déesse sortie d'un compte de fées.
(Alors... c'est elle ?) pensa Yu-ri, son cœur se serrant d'un coup. (La collègue qu'il veut absolument séduire ?)
En observant Jae-han dévorer cette fille des yeux, un pincement amer et étouffant traversa la poitrine de Yu-ri. Une sensation désagréable, chaude et toxique qui lui retourna l'estomac.
(Attends...)
Yu-ri serra ses poings contre sa jupe, les yeux fixés sur le profil parfait de Jae-han.
(Je suis en train de faire de la jalousie, là !? Pour CE mec !?)